‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 93 sur 265 · CHAPITRE II. — SAINT GÉHARD · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — SAINT GÉHARD

Epvre avait disparu, à la suite de l'invasion des Hongrois (1): Gérard eut la satisfaction de la retrouver ; il en fit la translation solennelle (2) et révoque de Troyes mit le comble à ses vœux en lui donnant, pour l'abbaye et la cathédrale, les ossements de sainte Aprône, la sœur du bienheureux pontife (3).

Sur les bords du Vair, au lieu de son martyre, saint Elophe était l'objet d'un culte assidu et le dispensateur de nombreux bienfaits (4). Désireux de posséder des reliques de ce glorieux athlète, l'évêque ouvrit la châsse et fit trois parts des ossements qu'elle contenait: il en laissa une à Soulosse, prit la seconde pour Toul et, sans doute comme hommage de filial souvenir, il offrit la plu^ considérable à Cologne, sa patrie. La dévotion à saint Elophe franchit ainsi la frontière des Leuques et produisit sur les bords du Rhin des fruits abondants de salut (5). Mais les paroissiens de l'antique Solimariaca furent longtemps pour pardonner à saint Gérard ce qu'ils considéraient comme un larcin.

Ce zèle qu'il avait pour la mémoire des Saints le fit applaudir à deux autres translations qui enrichirent de précieux trésors deux localités de son diocèse et resserrèrent les liens qui unissaient les trois Eglises lorraines.

En 959, on avait découvert, dans la cathédrale de Verdun, le corps de saint Firmin, l'un des premiers évéques de cette ville (G). Hurabert, abbé de Saint Vanne, l'obtint de l'évoque Bérenger ; il résolut de le transporter à Flavigny (7), sur les bords de la Moselle,

(1) Voir plus haut, p. 134.

(2) Miracula sancti Àpri (Calmet, I, clxiii) .

(3) Widric, dans Calmet, I, clxxx.

(4) Voir plus haut, p. 32. — Les Miracula sancti Apri (loc. cit.) semblent dire que saint Gérard prit ces reliques de saint Élophe à l'abbaye Saint-Epvre, mais comme ce recueil est d'une valeur douteuse et que les termes mômes sont assez obscurs, je crois, sauf avis contraire, que le corps de saint Élophe était encore au lieu môme du martyre. Peut-être était-il caché au moment de l'invasion des Hongrois : ce qui expliquerait mieux la possibilité du partage fait par saint Gérard.

^5) C'est k cette translation que nous devons nos vies de saint Élophe (Act, SS., 16 octobre).

(6) Voir plus haut, p. 66. — Le récit de celte translation a été inséré par dom Calmet, au III' volume de son Histoire de Lorraine, 2« édition, Pr. cccxxxvii.

(7) Fiaoignysur-Moselle^ c. de Saint-Nicolas de Port, M.-et-M. — Le prieuré, (jul eut pour prieur au xvm* siècle Dom Remy Ceillier, est aujourd'hui une

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dans une terre qu'il tenait de Tempereur Othon, et d*y construire un prieuré. Flavigny était du diocèse de Toul, mais saint Gérard, comme Bérenger, donna toutes les autorisations nécessaires et la cérémonie commença le jour de la Pentecôte. Brunon, archevêque de Cologne, Einoid, abbé de Gorze, Bérenger et Humbert levèrent la châsse et Ton se mit en marche par Dieue, Bislée, près de Saint Mihiel, Pagny-sur-Meuse, Trondes et Foug. A Toul, ville natale du saint prélat, Gérard reçut le cortège à la tête de son clergé et déposa le précieux fardeau dans Téglise de Tabbaye Saint-Epvre ; puis, le lendemain, la procession continua par Dommartin, Chaligny, Ludres. A Flavigny, les reliques furent placées provisoirement sur Tautel de Téglise paroissiale Saint Hilaire et les religieux de Saint- Vanne se mirent sans retard à bAtir, dans leur domaine, le sanctuaire et le prieuré.

En amont de Flavigny, dans un étranglement formé par les premiers contreforts des Vosges, la vallée de la Moselle semblait offrir à des âmes, éprises de solitude, un séjour très favorable. On appelait ce lieu Spinalium; il était du temporel de Metz et un château en protégeait les avenues. Saint Goéric (1) avait eu jadis Tidée de s*y fixer. Thierry, qui occupait alors le siège de Metz, conçut le pieux projet de réaliser ce désir, autant qu'il était en son pouvoir, et de transférer à Spinalium les restes vénérés de son prédécesseur. Il pria révêque de Toul de présider la cérémonie et quand fut achevée réglise qu'il édifiait en cet endroit, il lui demanda d'en faire la consécration. Auprès du sanctuaire, son successeur, Adalbéron II, établit une communauté de clercs qu'il remplaça plus tard par une abbaye de Bénédictines. Telle fut, selon toute vraisemblance, l'origine de la ville d'Épinal et de son chapitre de chanoinesses (2).

abbaye do Daines Bénédictines.— Cf. Guillaume, Notice stir le Prieuré de Flavigny-sur-Moselle^ dans Mém. Soc. Àrch. Lorr.^ 1877.

(1) Saint Goéric, Goëry ou Gœury fut évéque de Metz de 629 à 647 (Calmet, I, XXV) et succéda h saint Arnould. — Toul célébrait sa mémoire le 19 septembre et Nancy la féto le 5 mars. Il est le patron de la ville d'Épinal. (Cf. Àcta SS., 19 septembre. — Chapelier, Épinal et saint Goëry, et Les origines d'Épinal, dans Bull. Soc. phil. vosg., 18a5 et 1886. — L'Hôte, La Vie des Saints...)

(2) La question des origines d'Kpinal a donné lieu à bien des systèmes, que l'on peut voir analysés dans Louis, Le Département des Vosges, VI, p. 240.

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