CHAPITRE II. — SAINT GÊRARÎ) l
néfices, au profit du patrimoine de Saint-Etienne. Notons ce point important : il nous servira plus tard, lors des revendications des monastères vosgiens.
Le diplôme d'Othon II maintint toutefois Frédéric dans la pos session viagère de Moyenmoutier et Gérard, provisoirement, n'avait que le droit d'investiture sur ce qui concernait la prébende des religieux, c'est- à dire, sans doute, Tacceptation des moines à la profession, et la part des biens de Tabbaye que le duc usufruitier consentirait à lui laisser (1).
Sa qualité de propriétaire exigeait une prise de possession. L'évéque se rendit à Moyenmoutier et à Galilée, reçut des intéressés le serment de fidélité et emporta, comme gages, les deux bâtons pastoraux qui, d'après la tradition, avaient appartenu à saint Dié età saint Hidulphe (2). Il emmena aussi, de Moyenmoutier, une cloche, la plus grosse, la plus belle, la plus harmonieuse ; mais, dit l'auteur du Libellus (3;, la pauvre exilée perdit la douceur de sa voix ; elle ne la recouvra qu'après la mort de Gérard, quand elle se retrouva dans sa patrie ; douze paires de bœufs avaient eu grande peine à la conduire à Toul ; quatre suffirent pour la ramener. N'oublions pas toutefois que c'est un moine de Moyenmoutier qui nous transmet ces merveilleux détails.
Le diplôme d'Othon II n'avait point mis de restriction à la possession par notre Eglise de l'abbaye de Saint-Dié ; mais Frédéric semble l'avoir retenue au môme titre que Moyenmoutier (4) et même, à sa mort (978), Gérard, pour ménager de graves intérêts, dut re-
(1) « ii Fridericu,^ dux benefirViiim jam dictœ abbatiœ tanium tempore vitœ suœ teneat ; adjicientes illud nostra imperiali decentia tit prœfatua Gerardns episcopus et Ecclesia ipsiu.< prwhendam monachorum investiiura possideat et quantum ex beneficio ipsius abbatiœ a jam dicta duce consequi potuerit (Ben. Pic, XIX). — Los Gesta (S\S., VIII, 640) disent que, d'iiprcs les conventions faites entre Ollton I et saint Gauzelin à propos de Moyenmoutier, Frédéric devait simplement retenir la voucrie du monastère. Il semble, d'après le texte du diplôme impérial, que Frédéric conserva ou obtint d'Othon 11 plus que ces droits de voucrie.
(2) Libellua, toc. fit.
(3) Ibid. — Le Libellus a pour auteur un moine de l'abbaye (Jérôme, op. laud.^ p. 37 et sq.).
(4) Parisot, op. cit., 44. — Jérôme, op. cit., 192.
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noncer à la jouissance immédiate des deux monastères et les céder en précaire à sa veuve Béalrix et à Tun de ses fils, sans doute le duc Thierry. Il obtenait en retour plusieurs villages dans les environs de Bar (Ij et, à la mort des deux précaristes, les deux abbayes devaient revenir à Tévêché toulois (2). Cette dernière clause ne fut point complètement exécutée. L'instabilité des institutions de cette époque, la cupidité des hommes, plus puissante que les droits de la justice et que la volonté des empereurs, en empêchèrent la réalisation. Jointures ne fut jamais que de nom le vassal de Saint- Etienne ; seul, Moyenmoutier lui appartint plus tard, du moins pendant quelque temps.
Comme saint Gauzelin, Gérard eut un comte à ses côtés. Ce fonctionnaire était-il son délégué ? Je suis porté à le croire, en voyant le propre frère du prélat figurer parmi les successeurs du comte Wido (3) et en constatant tout ce que fit le saint évoque pour la prospérité matérielle de son peuple.
Il rédigea lui-même des règlements pour Tadministration de la justice et le gouvernement de la cité (4) ; il établit des mesures pour le débit du vin (5) et il pourvut à ce que les puissants n'abusassent plus dé leur autorité pour opprimer les faibles. C'était se heurter à forte partie. Des seigneurs, Odelric et Richard entre autres, hommes de grand crédit, s'efforcèrent de soulever le peuple (6). Gérard fut inébranlable et, après avoir usé des moyens de persuasion, il lança contre eux l'excommunication. Alors, au
(1) Widric, ap. Oïlraot, I, cxcii. — Moniplonne^ c. d'Ancorville (Meuse). — BrilloD, ibidem. — Longeville, c. de Bar. — Ressoîi^ c. de Vavincourt (Meuse). — Tannoia, c. de Ligny (Meuse). — Nani-le -Grand, ibid. — CourceUes-surÀire, c. de Vaubécourt (Meuse). — Courcellesaux-Bois, c. de Picrrefitle (Meuse). — Bazincourt, c. d'Ancerville (Meuse). — Malberg, comm. de Morlaincourt, c. de Void (Meuse).
(2) Ce pacte dont parle Widric (Calmct, I, cxcii) fut ratifié par Olhon III, en 984 (Pertz, DipL, II, 395).
(3) « Signum Àzeliniy comitistullensia, fralris Domni Ponti/icis » {Dipl. de 982, Calmet, II, ccxxxvii).
(4) Ben. Pic, Vie de maint Gérard, 59.
(5) Ces mesures subsistèrent longtemps sous le nom de Mei^urea de saint Gérard (Ben. Pic, ibid,).
(6) Widric, dans Calmet, I, cxr.