‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 97 sur 265 · CHAPITRE II. — SAIXT GÉKAHJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — SAIXT GÉKAHJ

sion solennelle. Il fit porter, à travers les rues et les places, les châsses de saint Mansuy et de saint Epvre. Pendant cette touchante cérémonie, Dieu éprouva cruellement la confiance de ses serviteurs ; seize personnes tombèrent dans les rangs de la procession ; trois autres succombèrent pendant que tout le monde était prosterné devant Tautel de saint Epvre. L'évoque, loin de désespérer, excitait son peuple à la confiance. Sa persévérance devait être récomi)ensée : Tair se purifia et le fléau cessa presque instantanément. Gérard avait été pourToulce que devaient être plus tard pour Milan et pour Marseille saint Charles Borromée et le pieux Belzunce.

Une vie si active et si mortifiée aurait triomphé du tempérament le plus robuste. Notre Saint n'avait point atteint soixante ans qu'il sentit ses forces faiblir. Au lieu de s'autoriser à diminuer ses labeurs et ses austérités, il redoubla de ferveur et de zèle pour paraître plus agréable aux yeux du Souverain Juge. Une révélation faite à un Ecossais, son protégé, l'instruisit, nous dit Widric ( l), du moment de sa mort. Il ne s'en émut nullement ; il alla au chœur, selon sa coutume, pour réciter les matines avec les chanoines, mais il fut saisi, près de l'autel de saint Biaise, d'une vive douleur à la tête. Il s'afïaissa sous le coup ; on s'empressa autour de lui, on le porta sur son lit. Il eut encore la force et le courage d'exhorter son clergé et son peuple à l'amour de Dieu et à l'observation de ses commandements ; il donna sa bénédiction aux assistants, rétendit aux absents ; puis, après avoir pris congé de tous, il reçut pieusement les derniers sacrements et s'endormit dans le Seigneur, le 23 avril de l'an 994 (2), le cinquante-neuvième de son ûge, le trente et unième de son épiscopat .

il) Widric, dans Caimot, I, cxciii.

(2) Bonoît-Picart {Hist., 32."») et, après lui, Dom Calmol ill, 130), W Gallia Christiana (Xlll, 1182), Guillaume {Hist. de Tout, I, 21)2) donnent la date du 22. — Mais cette indication est défectueuse. Les Schedulae (Calmet, l, ccxx), la bulle de canonisation (Ben. -Pic, Hist., 328) et Bcnoit-Picart lui-m6me, dans sa Vie de saint Gérard (p. 90/ disent que saint Gérard est mort le neuf des calendes de Mai, lequel toml)0 le 23 avril. — La fixation de la fête de saint Gérard au 23 avril dans l'ancienne liturgie touloisc, malgré la coïncidence de la fètc de saint Georges confirme la vérilé de celte dernière elale.

17S LIVHK in. — LKS (ÎKANI»S KVK(,M ES llK ÏOl L

La iioiivolle de sa mort, connue niiracnleuseinent [»ar plusieurs saints personnages (I), se répiindil rapidement dans toule la région. Kvèques el nobles .tinrent à honneur de lui rendre les derniers devoirs. Ses funérailles se firent au milieu d'un i^rand concours de peuple. Il fut inliumé au milieu du chceur <le sa cathédrale et son tombeau devint bientôt rinstrument d'une foule de prodiges (2;. Après avoir soulagé les malheureux pendant toute sa vie, le saint évécjue avait obtenu la récompense bien douce de continuer après sa mort scm ministère de miséricorde et de bonté.

Il fut canonisé en lOoO, dans un concile tenu à Home, jtar Tun de ses successeurs sur le siège de saint Mansuy, Brunon de Dagsbourg, devenu pape sous le nom de Léon IX (3). L'année suivante, le 21 octobre, le même pontife présida la cérémonie de la translation de ses reli([ues, prononça lui-même le panégvri([ue et déposa la chasse sur un autel collatéral, à droite du maitreautel (4). Des quatre grands saints dont s'honore notre catalogue

i|i Whlric, dans Caimot, 1, <:xi:iv.

(2i On pput (^n liro un cNTlain nombre dans Widric (Cainiot, 1, cxcv) lequel so décian' impuissant a ii's raconter tous.

i',i\ D.'-i lors, la f«M<* dr sainl <iérard so f(''l«'d)ra à Toul lo 23 avril, ooncurromnu'nt avec celh» do saint iioori^'os. - Mgr Bôj^on la fit ^iissor d'un jour ot Nancy a conscrv»' cotte dalo du 24 avril, tandis (|Uo Saint-Dié a repris la (iatc primitive. — La builo do canonisation est donnée par Bonolt-Picart {HiaL, p. 328) ot par l)om C.almet il, (:<:). - Au moment do la rédaction du Pouillé de Bonotl- IMcarl, deux églises soulem<*nt, liera rdmor (4 Sommorécourt, c. dv Bourmont (Haute-Marne) étaient dédiées à saint (lérard. — Doux autres, Prayo, c. do Véze lise; {M. -et M.) et Sommorviller, c. de Lunévillc-Nord, lui furent c(msacréos,dans le cours du xvui* siècle.

(4,1 Voir le résumé du récit i\o cotte translation dans Bonolt-Picart (///.n7., I^W «'t s<i.i ot le texte dans l)om Calmel (1, r.cin). - - Cette fête fut toujours solonniséo par l'Kglise de Toul, à celte date du 21 octobre, avec une pompe plus grande (lue celle du ii avril. — Benolt-Picart , loc. cit.! place cotti» translation le 22 (»clobre : mais |<' récit latin dit positivement (juo la veille de cett<» cérémonie fut un dimancbe (jui tombait le treizième jour avant les calendes dv .Novembre. Or, le A'///" cit!('U(his ntmnbrifi correspond au 20 octobre : la date liturgique coiitirnu^ celle donnée. Quant à l'année, Bt^nfdl-Picart dtuino lOiil el son assertion est exacte, cai», en H) il, le 20 octobre était un dimancb(\

(( La majeure partie dos ridiques du saint prélat a pu ecbapper aux ravages de la Révolution. La calbéMlrale (\c Toul possède un r)s «lu bras; celle de [Nancy, un péroné, un fragment d'bumérus, une partie de cùte et un fragment de vertèbre cervicale ; l'églis*^ Saint-Sébastien de la même ville garde un humérus ; la chapelle des religieuses de la Ooclrine-Chrétii'nne ot beaucoup d'églises du iliocèso do .Nancy possèdent di^s o>semonts ou fragments d'ossements do notre saint. Ine

CHAlMTHb: II. — SAINT (iKRAKI)

épiscopal, saint Mansuy et saint Epvre étaient conservés dans les deux abbayes suburbaines ; saint Léon IX fut déposé, à Home, dans la basilique Saint-Pierre ; seul, saint (îérard eut son tombeau dans la cathédrale de Toul. Aussi, durant très longtemps, les chanoines célébrèrent-ils ses fêtes avec une solennité plus ji^rande que celles de notre premier apôtre; ils relevèrent la pompe de ses oiïices par des hymnes et des proses spéciales et c'est dans la chaire qu'ils lui attribuaient, qu'ils intronisaient les évéques au jour de leur prise de possession.

grande partie dos reliques de saint (ii^rard se trouve à réalise Saint-(ienjîouU de Tout. Ce trésor comprend plusieurs côtes, les deux calcaneums, une rotule, un radius, un tibia, un fêmui:, "" ileum, une vertèbre, un humérus, une clavicuh*, en tout dix-sept à dix-huit ossements. » {L'Hôte, op. r/7.)

.\ la cathédrale de Toul, on garde précieusement le chef de saint (jérard et un»* plaque de marbre mur marriue au milieu du chœur la place do son tombeau. Là, se dressait autrefois Un mausolée magnifi({ue dû an doyen Ferry, de Void ; mais, vers la fin du xviii* siècle, le mauvais poùt de l'époque le fit disparaître.

Lors de la construction de la cathédrale actuelle, la chapelle du transept de droite fut consacrée à saint (iérard : mais, en i7(v3, le saint évé<iu«' dut céder son autel au Sacré-Cœur, sur la demande de Marie Leck/inska, jurande promotrice de celte dévotion.

Aiinuirii'S prctées à saint (îérard.

rvprudiiilus sur des \itraux de la Cathédrale

CIIAIMTKË iil

Berthold, et le commencement du IX*^ siècle

Etienne de Lunéville, le successeur de saint (iérarti, soiiait d'une ancienne famille du pays. Il était Tonde de F'ohnar le Vieux, comte de Lunéville, le futur fondateur de l'abbaye Sainl-Hemy (J). Apj)artenant au diocèse de Metz, peul-(^tre même primicier de cette cathédrale, il fut sacré par Ludolf, arclievtVfue de Trêves, dans l'église abbatiale de Mettlach, le 24 juin de l'an 994 (2) ; il entra dans sa ville é|)iscopale, au mois de septembre de la même année, et il paraît avoir tenu en singulière afTection les monastères vosgiens. Il porta son neveu, Folmar, à renoncer à certains droits de vonerie qu'il avait sur des biens des religieux de Senones (3) ; il li! |)lusieurs donations à l'abbaye de Moyenmoutier ; il lui ramena sa cloche et en consacra l'église Notre-Dame (4). 11 était à Honmoutier quand il fut frappé par la mort, le 12 mars 996, après un

il» MfMiii's s<nii'c(^s j^j'înérult's qu'au cliapitrc pmvdonl.

(2i Lr jour rsl donnr par 1ns (irsta {SS., VIII, C»V2i et la fixation dr l'anniM» rrsulto do <•<• (juc lo m(*Miî(3 docuinont nous dit sur la duri'O do cot opiseopal : nn an ot d(Miu, à partir de la priso de possession on soptonibro, ot do co quo los Anuales de Saint-Bénigne {SS., V, il) nous rolalont do l'avènomont do Bertlioid : nWMy. Jiprlholdus, epiHcopuii VIII kalendas .septembrift ; ingredilur TuUum, y idus octobria. » — La villo de Trêves était alors sous le coup d'un interdit que rarchev(V|ue avait jeté pour punir une révolte de ses bourgeois.

(3) Ben.-Pic., Ilist., 338.

(4) Libeilus, dans Belhomme, Hist. Med. Mon., 20j ; Jérùme, Moyenmoutier^ 198. -— La consécration se fit lo li novembre, sans doute de l'an W).

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