‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 98 sur 265 · CHAPITRE III. — BERTllOLD · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — BERTllOLD

an et demi de pontificat (1), Son corps fut porté à Moyenmoutier. suivant le désir qu'il avait exprimé, et déposé au côté droit de Tautel de Marie, dans le monument funéraire d'où Ton avait levé, quelque temps auparavant, les corps de deux saints moines, les frères Jean et Bénigne (2). Sur sa poitrine, une main pieuse plaça une petite croix de plomb qui , selon Richer (3), portait cette laconique inscription : (( Stephantis bonœ memoriœ, tuUensis episcopus » ou, selon le Libellus de successoribus sancti Hildulfi (4), ce distique assez médiocre qu'aurait composé un certain abbé Sicccm :

(( Hic fuit antistes Lenchorum Stephanns olim. (( Idihus et terna martis discessit ab arvis. » Son tombeau, rapporte le Libellus, devint l'instrument de nombreux prodiges ; la vénération populaire lui décerna le titre de saint; mais, quoique le Livre des SchednUv lui reconnaisse cette qualité (5), les liturgies touloises ne l'ont point inscrit dans leur calendrier.

Ce fut, parait-il, de Tab^aye de Metllach que fut tiré Robort, le successeur d'Etienne (6). Mais ce prélat ne semble pas avoir pris possession : il dut mourir presque aussitôt et le peuple de Toul connut à peine son nom. Les (lesta, les Schedukv et les cbroni queurs contemporains (7) omirent de faire mention de lui et nous ignorerions son existence, si Berthold n'avait pas déclaré, dans

(1) Le jour ost donné par los Genta , loc. cit.) ot la fixation de l'annexe rnsullp du m^mc calcul quo pn''C(^dommont (voir p. 180, n.2). — C'osl par orronr (|uo Benott-Picart (76iV/., ;«!)) mot la mort d'Étionno au 20 décembre ÎKKi.

(2) Libellus, loc. cit.

13) Gesla Senoniensis ecctesiœ, SS., XXV, 275.

\i) Libellu.^, loc. ri f., 20G. —Otto différence do textes peut s'expliquer par celte observation que Richer qui déclare avoir été témoin de l'exhumation

d'Etienne, semble citer ce texte de mémoire, plusieurs années après la cérémonie. C'est l'opinion de M. Jérôme.

|5) C^almet, I, ccxxi.

|6) Sur l'existence antérieure de Robert à Mettlach, Benoit-Picart iHist., 3M)> donne divers détails (jue je ne reproduis pas, n'ayant pu découvrir où il les a puisés.

(7) Widrio (C-ilmet, I, cxcvr) compte saint Léon IX commR le (juatrième successeur de saint Gérard, alors que, d'après le catalogue admis aujourd'hui, il est le cinquième. — Le lihellys (Belhomme, op. cit., 20r») met Berthold comme

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une charte, qu'en s'occupant des moines de Bonmoulier ou (îe Saint Sauveur, il ne faisait que réaliser les pieuses intentions de Robert, son prédécesseur.

Ce Berthold appartenait à une noble famille de Germanie (i). Désigné au choix du chapitre par l'empereur Othon III, il avait été reçu à ïoul, le 11 octobre 996 (2). Il prit pour modèle son maître. Adalbéron II, évêque de Metz (984-1005) (3), et son prédécesseur, le bienheureux Gérard, et son zèle éclairé, sa noble attitude, firent de lui le dig:ne successeur des deux grands évéques que la Providence venait de donner à notre Eglise.

Son premier soin fut d'assurer la sanctification de ses collaboraleurs, en particulier des chanoines de Saint-Etienne. Maintenir dans leur chapitre la vie de communauté, puissant rempart contre l'esprit du siècle : telle était la constante préoccupation des prélats de cette époque. Ils ne cessaient de réagir contre les tendances à rindéj)endance et à l'isolement, si chères à la nature. Berthold ne

siireosscur imiiuHUat d'Ktionno. Wib(M'l pomiant (.Ir^/ï .S.S'., //.l/>ri7îV{, 6W)(lonn<^ son luTos, Rrunon dcDîiprsbourjf, comnio lorin<|Hh'irn*siire<»ssour elo saint (it'rard. — On (rouvo le nom do Robort, pour la preniion^ foH, à ma connaissance, dans h* cataloffuo drossé par Soi* vob' ot Louis de Sainlo-Marlho (f^aZ/îa ChriMiana^ Paris, 10161. Do U \\^\q /Mémoires \ Do Rijçuol S}jMh)ie chronologique' ront insérô à iour tour, mais sans dimnor lour roféronoo ; Bonott-Picart (p. 340) et Dom Calmot (II, 140) invoquonl une cbarto de Berthold, donnée en faveur de wSaint-Sauveur, i^n 1012. Malhoureusemont ils n'en publient pas le texte et ne disent mémo point où ils l'ont trouvée. — H. Hildebrand (Ànn. de la Soc. franc, de yumisniatique, XII, 3751 écrit <|u'il a <lécc»uv<'rt une monnaie d'un Robertvs^ epincopua^ frappée à Saint-Dié ; V.ngel H î>orrur{} [Traité de yumismat'qve^ II, 549) sont convaincus qu'il s'ajrit de notre Rol>ert de Touh — Si la pièce a été réellement frappée à Saint-Dié, leur conclusion semble logique ; mais comment concilier ce fait avec ce que nous savons du peu de durée de cet épiscopat? Etienne est mort le 12 mars 9iH5 ; Berthold a été élu le 24 septembre de la même année : à mettre les choses au mieux, Robert n'a donc pas conservé cinq mois son titre d'évéque de Toul.

(1) (( yobilifisinria Alamanorum natalibus ortus » {Gesta, .S.S., VIII, 642).

(2) Ann. S. lienigni^ SS., V, 41.

i'.\) Nous savons que Berthold fut le disciple d'Adalbéron II, par ce passage de la Vita Àdalheronis JI Metcnsis^ par Constantin, abbé de Saint-Symphorien de Metz (.S\S., IV, 672) : « Accu r rente ad exequiaa Adalheronis Domino Bertholdo, Leucorum venerabili pontifice, qui quod sic leniter dulcissimeque ab eo enutritus sit... satis rocibus et fîelibus recolens... sepriltura* dilecti aibi corpus trndidit. » Passage mal interprété par Benott-Picart {Ilist., .'i4»*J) qui fait d'Adalbéron Il le disciple de Berthold.

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faillit point ii retto tradition ; il poussa très activement la reconstruction (les bâtiments du cloître et, dès que les travaux furent terminés, il imposa aux chanoines le règlement que Ludolf avait composé pour le clergé de Trêves (1).

Il augmenta son temporel de plusieurs domaines (2); 11 enrichit sa cathédrale de vases et d'ornements précieux; il décora lemaîtreautel de lames d*or et de pierreries et commanda, pour la façade, des portes d'un travail exquis (3). 11 édifia ou répara les églises de Saint Jean-aux-Fonts, de Saint-Waast, de Sainte Geneviève (4\ Il donna un vif essort à l'école é[)iscopale et il eut la joie d'y compter, comme élèves, des jeunes gens de la plus haute distinction : Brunon de Dagsbourg, le futur saint Léon IX ; Adalhéron, fils de Thierry, duc de la Haute-Lorraine (5) , et un autre Adalhéron, fils du comte Frédéric de Luxembourg et plus tard évéque de Metz (1047 107:J).

Son primicier, Iléribert, et le chanoine Arnoud, son intime ami, l'aidèrent puissamment dans toutes ces œuvres ; mais bientôt, la vie canoniale ne suffit plus à leur ferveur. Ils vinrent frapper à la porte de Tabbaye Saint Epvre oii, sous la directicm d'un homme de Dieu, se continuait ce {juissant mouvement de rénovation que nous avons admiré sous lesépiscopats précédents.

(iràce à la piété active de ses abbés, Odon, Mayeul, Odilon, le monastère de Cluny avait fait revivre, dans un grand nombre de

|i) Ben. -Pic, 3W. — Jo n'ai pu découvrir où cot autour a trouve^ ce renseignement. Comme le fait me semble vraisemblaljle, j'ai cru l)on toutefois de I«' signaler.

i2) « Àdeptua est ecclesiam de Sortiacn..,. et ecclesium quœ dwitur Ccistelhim^ Chatel-sur-Moselle? arrond. d'Kpinal (Vosj^'esi et alodum lindonciller dictum^ etc.. , Gesta, loc. cit.J.

• (3) Ibid.

(il Gciita^ loc, cit. — Sainle-(Jencviève (>tait une ancienne abbaye qui fut brûlée dans l'un des nombreux incendi«'s qui ravagcrent Toul durant le vnr siècle (Ciilmet, II, \'M\\. Elle était situé»' vits les numéros î.) et 11 de la rue de Ri-^ny et toucbait au cbAteau épiscopal. Il n'en reste plus rien aujou-rd'bui.

(:;i Àctn SS., II Aprilis^ m). — a la mort d'.Vdalbéron II, évéïiue de Metz (10(>I)i, Thierry obtint pour son fils Adalbéron, encon^ en bas-j^^'c, la succession de ce sié{/e épiscopal. Mais Thierry de Luxembourg qui en avait été nouimé administrateur canonicjue, parvint à supplanter le ](*unc prélat. D'où une Umi^'ue guerre, durant laquelle Adalbéron mourut. iCf. Difcot, n\i. r/^, 212 et sij.-- l'arisot, o/>. cit., lo:?.

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maisons françaises, le plus pur esprit de saint Benoît (1) ; il avait, et c'était une nouveauté très heureuse, groupé en congrégation les abbayes isolées jusque là. Un des plus ardents apôtres de cette rénovation religieuse, était Titalien Guillaume, disciple de saint Mayeul (2). Son austérité, sa régularité parfaite lui avaient valu le glorieux surnom de Supra regulam. Au dire de Raoul Glaber, « sa réputation était si grande que les rois le regardaient comme leur père, les évêques comme leur maître, les abbés et les moines comme un archange (3). )) Il avait déjà restauré et agrégé à la congrégation de Cluny une dizaine d'abbayes de Bourgogne, de Normandie et du Nord de la France, et Brunon, évêque de Langres, l'avait ordonné prêtre et sacré abbé de Saint-Bénigne de Dijon.

Mais son zèle ne put se contenir dans les murs de son couvent. Il devint, soit de droit, soit de fait, le propagateur et le visiteur général de la congrégation : il eut la haute administration de quarante monastères.

Berthold envia pour Saint-Epvre un homme si puissant en œuvres ; il appela Guillaume et lui confia l'abbaye. L'introduction des constitutions de Cluny, plus sévères que les statuts que l'on avait suivis jusqu'alors, ne se fit point, il faut l'avouer, sans exciter quelques murmures : l'austérité de la règle, la perpétuité du silence, la rigueur de la clôture semblèrent des conditions bien dures, moins toutefois aux religieux eux-mêmes qu'aux habitués de la maison qui ne pouvaient plus à leur gré pénétrer dans les bâtiments claustraux. Il y eut de leur part de vives réclamations, mais le mouvement n'en fut point entravé. Plusieurs prêtres fort distingués, Héribert, Arnoud entre autres, accoururent se ranger sous la houlette de Guillaume et l'évêque, ravi de tant de fruits salutaires, lui abandonna les deux églises d'Augéville et de Bertî-

(1} Sur le mouvement cluniste, voir la Bibliotheca Cluniacensis, Paris, 1614, et les vitœ Bernouis, Odonis, 3InyoUSy etc., dans les Àcta SS. 0. S. B., sîbc. V.

(2) La vie du B. Guillaume a été écrite par Raoul Glaber et insérée par Mabillon, dans ses Àcta SS. 0. S. Z?., sa?c. Vï, pars I, p. 3^, et par Mif^ne, Patr. lat., CXLIl. — On peut consulter aussi la notice que lui a consacrée l'Histoire littéraire de la France (édil. Paulin-Paris, Vil, 318 et sq.) et Chevallier, Le vénérable Guillaume, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, Paris, 1871).

(3) Acta SS. 0. S. B., loc. cit.

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