‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 99 sur 265 · CHAPITRE m. — BEHTHOLD 18Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — BEHTHOLD 18Î

gny (1) pour les religieux du prieuré de Saint-Blin, dépendance de Saint-Bénigne. Cette convention fut signée, le 3 juin 1005, en présence de Guillaume, comte de Bourgogne, et, dans ce même plaid, Berthold et Brunon, son collègue de Langres, terminèrent à Tamiable TafTaire toujours pendante de Pauliniacus (2). Saint- Mansuy et Moyenmoutier entrèrent aussi dans la réforme cluniste et ils eurent, l'un et l'autre, la bonne fortune de recevoir quelque temps la direction de Guillaume (3).

Cependant Tahbé de Saint-Bénigne était réclamé par l'évoque de Metz, Adalbéron II ; il s'agissait d'introduire à Saint-Arnould et à Gorze l'esprit et les constitutions de Cluny (4). Il quitta donc Saint-Epvre, mais, suivant une habitude inspirée par la prudence, il en conserva la haute administration. Il avait d'abord songé à se donner Arnoud comme suppléant ou comme prieur mais, trop humble pour accepter cette charge, l'ancien chanoine préféra, à un monastère aussi considérable, le petit prieuré de Saint-Blin et l'abbé de Saint-Bénigne fixa son choix sur un autre moine toulois, Widric, celui même auquel nous devons la vie de saint Gérard (5).

Non content de procurer à Saint-Epvre, à Saint-Mansuy, à Moyenmoutier le précieux bienfait d'une réforme, Berthold favorisa rétablissement de nouveaux lieux de retraite et de prière. Il commença l'abbaye de Poussay (6), près de Mirecourt ; il applaudit à la résolution que prirent Folmar, comte de Lunéville, neveu de l'un de ses prédécesseurs, et Haimon, évêque de Verdun, d'ériger des monastères, l'un à Lunéville, sous le vocable de saint Remy (999) (7) ; l'autre, à Gellamont, près de Dieulouard, sous le patro-

{{) Àugéville, c. do DoulaiDcourt (Haute-Marne). — Bertigny, aiij. Saint-BUn, arr. de Chaumont (Haute-Marne).

(2) Cf. Mabillon (Ann., IV, 182, citant Pérard, CartuL S. Benigni, IG'Ji : « Acta sutit hœc quando fuit placitum de ahbaiia Poloniacensi inter dornnum Bertholdum et domnum Brunonem epi^copos, in Dndoniscurte jtixta Quercus.. III idu» Junii^ anno Dom. Inc. MV.

(3) J(:*rôme, Moyenmoutier, 217 et scf.

(i) Chaussier, L'abbaye de Gorze, 112 et sq.

(5) Sur Widric et son œuvre, voir r Avant-propos.

i6| Poussay, c. de Mirecourt (Vosges). —Celte fondation futachcvi^'e par Brunon de Dagsbourg (voir plus bas).

(7| Gallia Christ., XllF, i,m ; Instr., 463. — SaintRemy, dont les bâtiments sont oecupi'îs par THôtel-de-Ville et dont l'^^^lise est afTec(<'*e à la paroisse Saint-

JSH LIVKE 111. — LKS GHANDS KVF^QUKS DE TOl'L

nagre de saint Laurent (997^ (1) ; le premier fut donné à des moines qui, plus tard, vers 1034, furent remplacés par des religieuses ; le second, élevé sur une terre de l'abbave Saint-Germain de Montfaucon ;2), fut confié à Dudon, Tabbé de ce monastère, et converti plus tard en collégiale. Dieulouard était dans une enclave formée par le temporel de Verdun; un accord entre Haimon et Berthold régla la situation : les habitants du monastère reconnaîtraient l'évêque de Verdun comme leur souverain et l'évéque de Toul comme leur pasteur spirituel (3). Complication que nos esprits simplistes ont aujourd'hui peine à concevoir, mais qui était fréquente à cette époque et qui était de nature à susciter mille difficultés.

Un noble chevalier barrisien, llézeb ou Hézelin, sans doute Tun des fils du duc Frédéric l (4), avait construit une chapelle. à l'intérieur du château de Bar, l'avait dédiée à la Sainte-Vierge et à saint Etienne, l'avait enrichie des reliques de saint Maxime ou Maxe, solitaire d'x\quilaine, et avait prié saint Gérard de la consacrer (5). Los comtes de Bar firent à ce sanctuaire de nombreuses donations et Thierry, fils de Frédéric, et, comme lui, duc de Lorraine, voulant expier la faute qu'il avait commise en séquestrant sa mère Béatrix, établit dans cette église un chai)itre qui devait devenir le premier corps ecclésiastique de la ville de Bar (<>). Primitivement composé

Jarques, fut occup(^ par dos moines jiis(iuVn \(XM: puis, par dos religiouses ; et rnlin, on 113:5, par des Chanoinos-Réj^'uliors. Ce fut le premier monastère de la Conj^rt^galion de Noire-Sauveur (1023).

(I) Dieulouard, Q. de Pont-à-Mousson (M.-et-M.i, cbef-lieu d'une chAtellenic de l'évtVhé de Verdun. — La colié«riale Saint-Laurent comprenait un doyen ol quatre chanoines. File fut réunie, en l(i()3, à la Primatiale de Nancy. —Cf. Melnotte, yotice sur Scarpone et Dieulouard. Nancy, Vajjner, 189ii.

(2! Moutfaucou^ arr. de Venlun (Meuse).

(.îi Diplôme confirmatif de Conrad II, 1028, dans Bouquet, XI, :>l)7.

(4) M. Parisot {De prima domo, 10 et 11) a prouvé l'identité des deux noms Hézelin et Henri. Or, je suis porté à croire que le Hézcb, ou Hézel, dont parle le Récit de la fondation de Saint-Maxe (Calmet, II, ca.l) était Hézelin ou Henri, (ils de Frédéric I, car, comment expliquer autrement qu'un particulier, fùt-il de la plus haute noblesse, ait bâti un oratoire à l'intérieur même du cbAteau ducal ?

(5) Récit de la fondation et dénombrement des biens de la collégiale de Saint- Mare, 1022 (Cal m., II, ccD.

(Ol La date de la fondation du chapitre est Incertaine : mais ce que nous sa-

CIIAIMTUK IN. — HKHTHOLI) 187

(le quatre prébendes, il coniptn plus tard dix chanoines, sous la conduite d'un préviM, et il fui réuni, en 1782, à la collégiale Saint- Pierre de la même ville.

L'abbaye de Bonmoulier était, depuis jdus d'un siècle, occuj)ée par des fils de saint Benoit (1) ; mais elle s'étiolait au fond de sa vallée solitaire, Berthold résolut de lui donner <le l'air et de l'espace; il la transporta, en lOlO, sur une colline, à trois quarts de lieue plus au sud ; il dédia la maison nouvelle au Saint Sauveur et il la dota généreusement (2». Sans être aussi importante que ses quatre sœurs de la Vôge, l'antique abbaye de saint Leudin-Bodon put dès lors recevoir vingt religieux : elle conti nua de vivre sous la règle de saint Benoît et ce ne fut qu'un siècle et demi plus tard, vers 1171, que les moines furent remplacés par des Chanoines Réguliers (3).

Cependant Othon IH était mort en 1002; Henri, duc de Bavière, et Hermann, duc de Souabe, se disputèrent le sceptre ; mais bientôt Henri l'emporta et se vit reconnaître successivement [)ar tous les l)rinces de l'Empire. Berthold ne fut point des derniers à se ranger

vons dft robli^ation où Thierry fut mis par \o souverain pontife île fonder quatre prébendes en expiation de sa faute, me permet de reporter celte érection après 1002 et par conséquent de la dater de l'épiscopat de Berthold. — Sur la collégiale Saint- Maxe, voir le chapitre qui lui est consacré par M. llenard, dans son livre sur le Château de Bar. Bar, Contant-Laguerre, 18%. il) Voir plus haut, p. M2.

(2) Saint-Sauveur, c. de Cirey (M.-et-M.). — L'abbaye a été transportée à Domévre-sur-Vezouze, en 1569 ; de l'ancien monaslt're, il ne reste îi Saint-Sauveur que le chœur de l'église, qui sert aujourd'hui de paroisse à ce petit village. — La bulle de fondation est perdue, mais le sens, sinon les paroles, nous ont été conservés par Hicher (L. II, c. XVI. — Perlz, SS., XXV,277i : « Qund quidem mona^iteriuin ex prnprio dotarit patrimonio, videlicêt villa cum honiinibuif de Domo Àpro iDomévre-sur-Vezouze, c. de Blâmont) ; villa Iferthecurte ad Owercu-s (Burlhecourtaux-Chénes, c. de Saint-Nicolas de Port); villa de Àuralcourt, prnpe Vicum (Arracourt, arr. de Lunéville, non loin de Vic-sur-Seille).

Sur Saint-Sauveur et Domévre, voir la notice très documentée de M. Chatton, Koiice historique sur l'abbaye de Saint-Sauveur et Domévre. Nancy, Sidot, I89S.

(3i Les moines y étaient encore en 1171, année où Pierre de Brixey déposa l'abbé de Saint-Sauveur (Calm., 1" éd., II, cr.cLXiv) ; ils n'y étaient plus en 1188, année où, sur un diplc^me relatif à une contestation entre Saint-Sauveur et Clairlieu (Arch. de .VI.-etM., H. 4'J8i, il est fait mention des chttuoinfs de Sain I -Sauveur.

188 LivnE iir. — lks grands évêq^es de toil

sous sa bannière (1) ; il assista au synode que convoqua le. nouveau souverain, vers 1004, à Thionville, pour aviser à la reforme de TEglise et à la suppression des mariages qui se contractaient trop souvent entre parents, aux degrés interdits par les canons (2). Il se rendit aussi, en 1007, à l'assemblée où fut décidée la création de révéché de Bamberg (3) et sa fidélité fut récompensée par d'importantes faveurs. Henri lui accorda le droit de pèche dans une bonne partie du cours de la Meuse, le droit de chasse dans plusieurs forêts (4) et surtout il lui restitua le fief de Bergheim, en Alsace (o).

Ce fief était une ancienne possession de Moyenmoutier que des seigneurs avaient usurpée dans les troubles du siècle précédent. Frédéric de Bar Tavait donné à saint Gérard, en même temps que les deux abbayes de Saint Dié et de Moyenmoutier (6), mais il avait de rechef tenté quelque convoitise. C'était donc une œuvre de justice que croyait réaliser l'empereur. Mais l'abbé de Moyenmoutier réclama; il y eut, de la part des moines, de violentes protestations (7), et le différend dura plus d'un siècle. Il fallut une bulle d'Innocent II (13 février 1132), pour ratifier le fait accompli et décourager les revendications des religieux vosgiens (8).

(1) Calmet(II, 145) dit que Borlhold assista au couronnement du roi^i Mayenco, en 1002, et il cite, comme autorité, la Yxia Xdalheronu.^\^vr>\\ a confondu celte assembh^e avec celle de Thionville. La \iia mncli Henrici d'Adalbod, évoque d'IJtrecht {Act. SS., IV Julii, p. 715) mentionne bien la présence des évéques moseilans à la cérémonie, mais l'expression est trop générale pour être valable dans les cas particuliers. Hirsch {Jahrbucher des deutschen Reichs unter Heinrich II, Leipsig, 1862) ne donne pas l'énumération détaillée des prélats qui furent au couronnement de saint Henri.

(2) Yiia Àdalberonis II, dans SS., IV, 664.

(:|) Àdalbodi vita Heinrici II, dans Pertz, SS., IV, 1^\S.

(4) Diplrtme du 15 août 1011 (Ben.-Pic, XXIVl.

(5) Bergheim, c. de Ribeauvillé ilIaute-Alsace). — 04te ailaire très obscure de Bergheim a été éclaircie par M. Jérôme, op. cit., 200-203 et 269-273.

(6) Voir plus haut, p. 172. — La donation semble n'avoir point eu d'eïïet à ce moment-là ; mais elle n'en constituait pas moins un titre suflisant pour m'autoriser A traiter de 7'eslitution l'acte de saint Henri.

(7) On peut le soui>conner par ce jugement si injuste -que jwrte sur Berthold l'auteur du If 6e//M8 ;I()C. cit.): « iltertholdusj... honestati sœculi prœcipue intentua^ in conatructiofie novarum atque eminentium fabricarum ntilli aecundus, insoliiis legihna oppressor vnlgt et monasteriorum versutus. n

(8) Libellus, loc. cit. — JalTé, n" 7.'i39. — Eudes de Sorcy céda Bergheim, en

CIlAriTIlIi m. — liKUTUOLD 189

Thierry, duc de la Haute-Lorraine, était un prince puissant. Comte de Bar et d'Ainance, avoué de Saint-Mihiel, de Saint- Martin de Metz, de Saint-Dié, de Moyenmoutier, etc. (1). ce diocésain eût pu devenir pour révè(fue un redoutable adversaire. Berthold sut le ménager: il érigea en paroisse l'église d*Amance, juscfue là dépendance de Dommartin (2) ; il lui reconnut la propriété du château de Bar et, en échange des villages autrefois cédés par Béatrix, il accepta Manonville, Arracourt et Acraignes (3).

Mais il savait, quand il le fallait, défendre les droits de TEglise contre les grands, avec une inllexible rigueur.

Béatrix, mcre de Thierry, étiût venue vers 1005 à Saint Dié, abbaye dont elle était suzeraine, pour y vénérer les reliques du saint évé(|ue deNevers; elle avait exigé des chanoines qu'ils ouvrissent la chûsse pour qu'elle pût contenter sa dévotion. Berthold rapprit ; protestant courageusement contre cette sorte de profanation, il excommunia la princesse, et Béatrix, pour se faire relever de celle censure, dut offrir une somme considérable et aider ainsi à Ja construction d'une nouvelle église. Ce fut l'occasion d'une translation solennelle des précieux restes du bienheureux fondateur.

Le comte Walfrid et un seigneur, nommé Daquin,ne cessaient de

122^), au duc de Lorraine, Mathieu II, et Mathieu le donna à Philippe de (ierlKtviller. son oncle ; puis, quand celui-ci fut mort, à Hugues de la Pelite-Piern* (Le Mercier de Morièrc, fatal, des Actes de Mathieu II, n'» 4« et 2ÎI7. — Jérôme, Moyenmoutier, 272;.

(1) Parisot, Déprima domo, pas>iiin. — Benolt-Ï^icart [Vorigine delà Maison de Lorraine^ p. 30) et d'autres auteurs du xviii' siècle attribuent aussi à Thierry la vouerie de Remiremont et de Senones. M. Parisot {Ibid., 50; n'ose se prononcer sur ce point.

(2} Charte de Pibon, 1076, dans Calmet, II, cccxLvni. — Àmance et Dommartin-sous-Àmance, c. de Nancy-Est.

(3) Gesta, ap. SS., Vlll, 642. — Acraignes, Frolois, c.dc Vézelise (M.-et-M.;.— Arracourt, arr. de LunévUle fM.-et-M.). — Manonville, c. de Domôvre uM.-el- M.}. — Ces villages ne restèrent pas longtemps du temporel de Toul : dès le xn' et XIII' siècle, nous trouvons à Acraignes (Lepage, Communes, }, 384, et a Manonville (Lefebvre, Manonville, 8) des ^seigneurs particuliers. Arracourt fut donné par Berthold à Saint-Sauveur (Lepage, op, cit., 41;. — Les villages cités ici ont été énumérés plus haut.

Benolt-Picart {Hist., 348 j prétend que Berthold accorda à Thierry la vouerie de Liverdun ; mais, devant l'absence de preuves, M. Parisot [op. laud,, oOi s'abstient de se prononcer.

lUO LIVHK 111. — LKS GRANDS ÉVÈQL'KS DE TOUL

commettre des déprédations sur Jes terres du temporel: Berlhold envahit à main armée un alleu que Daquin possé(Iait à Savonnières

(l) et le réunit au domaine de Saint Ktienne.

Il venjçea de même les violences qu'on avait faites à saint Gérard. 11 lit une guerre acharnée aux seigneurs de MidrevauxetdePagny, rasa leurs châteaux (2), et, tout en payant ainsi à son prédécesseur sa dette de reconnaissance et d*admiration, il délivra le pays de ces pillards et de ces brigands de haut parage. Et ce fut sans doute pour les tenir en respect qu'il construisit le château de Rorley (3), qui fut achevé par son successeur.

11 mourut, plein (rœuvres et de mérites, le ^ août 1019 (4), et il fut inhumé dans le chceur de la cathédrale (5). Seul, le livre des Sdw.luUV' lui donne le titre de saint ^(i) ; s*il ne nous est pas permis deratitierce titre, nous pouvons du moins reconnaître que Berlhold fut un grand évéque et qu'il lient bien sa place entre les prélats qui occupèrent le siège épiscopal de Tout au x^ siècle et ceux qui leur succédèrent au xi®, avec non moins de gloire et de profit.

« Berthold, écrit Wibert, dans sa vie de saint Léon IX (7), se lit admirer par son amour de la véritable distinction. 11 illustra la cité de Tout en y réunissant des enfants de noble race ; il Tenri chit de trésors et d'ornements de tout genre; il la décora de nom-

(1) (iall. Christ., XIII, iinflr., Mm. - Ce doit ôlre Savonnières, près de Foug. — Ol aliou, c(u\ô par Hermann ji Saint-Mansuy fut rendu, par Brunon, à la veuve de Daquin, vers Tan 1040.

(2) (iesta, /oc. cit.

{IV) Gesta, ibiil. — Rortey, près de Sionne, c. de Coussoy (Vo.sges).

('*) Les Gesta uSS., VIII, ijii, disent que Berthold fut vingt-deux ans évèque de Toui. Ayant pris possession le 11 octobre 9îMi, il n'a pas dû mourir avant le 11 octobre 1018. Or, nous savons p«ir les Gesta qu'il s'endormit dans le Seigneur le 2ij août. La date de son dc'cès est donc le lo août 1010, et non le2o septembre, lois, comme l'écrit Dom Calmet (II, IWj ,. Cette rectilication est confirmée par l'acte de précaire qui fut passé entre le soldat Ddeiric et Berlhold, à PAques de l'an 1010 Gall. C/</i.s/., XIII, iitstr., 461).

i;i) Gesta, ibid. — Son cercueil fut déplacé et inhumé dans la chapelle de la Madeleine {Schedulœ, ap. Calmet, ï, ccxxi) et il a disparu dans les remaniements de la cathédrale (Ben. -Pic, 346'.

t6) Loc. cit.

(7i Act. SS., Il Apnlis, p. 640.

CHAIMTHK III. — BKKTlîOLr) lUl

breux nioiiumenls, la peupla de personnages lettrés et restaura, au dedans comme au dehors, la régularité des monastères.» Ce (lue nous avons raconté prouve que cet éloge était bien mérité.

Les chanoines de Toul vinrent, selon Tusage, demander à Tem pereur de leur désigner un pasteur. Henri II, alors à Cologne, leur proposa Hermann.

C'était un chanoine de cette métropole, issu d'une noble et ancienne famille, qui, d'abord à Técolede Saint (léréon et ensuite à Liège, sous la conduite de Tévèque saint Notger, s'était fait remarquer par ses succès dans les études, dans les travaux du ministère et, plus encore, |>ar ses vertus sacerdotales.

Sacré le 20 décembre 1019 (l), Hermann fut, comme Berthold, un homme de zèle et d'action. Les comtes Riquin, Louis et Thierry, s'étaient emparés d'un fief de l'Eglise de Toul. Il assembla ses vassaux, embaucha plusieurs aventuriers, marcha contre les usurpa teurs et se fit pleine et entière justice (2).

Etienne, seigneur de Neufchàteau, avait profité d'un diiïérend qui s'était élevé entre Olry, archidiacre de Reynel, et les moines de Saint Blin, pour arrondir ses domaines. Le prieur de Saint-Blin avait obtenu, en 1003, de l'évoque Berthold, le droit de nommer à la cure d'Augéville (3). L'archidiacre leur contesta ce privilège: le doyen Wauthier, l'abbé de Saint l'rbain, au diocèse de (^hà- Ions (4), et Etienne de NeuchAteau soutinrent l'archidiacre, chacun à leur manière ; le premier défendit à ses hommes qui habitaient sur le territoire d'Augéville, de payer la dîme au curé nommé par les religieux. Etienne fut moins négatif : il s'empara de plu sieurs manses à sa convenance. Le prieur recourut à Hermann qui lui donna raison ; somma son subordonné de cesser toute

il) Le jour est indiqué par les (iestn {SS., VIII, 042). — La fixalion de l'année résulte de ce calcul fort simple : Hermann mourut pendant le Carême, le 1" avril i02(> ^Richer, ap. Pcrlz, SS., XXV, 279. — Wibert, Vita S. Leonis IX, dans Ad. SS., II Apr., Giil). Or, U a siégé sept ans, nous disent les Gesta. 11 a dû par consé([uent être installé dans le courant de 101',).

(2; Ben.-Pic, '3\S.

(3) Voir plus haut, p. 184.

t4) Saint-Urbain, abbaye bénédictine du diocèse de ChAlons, auj. c. de Doulaincourt (Haute-Marne).

opposition et écrivit au seigneur de Neufchâteau une lettre très énergique (1). L'archidiacre reconnut sa faute ; Etienne lit amende honorable et Tévêque, pour récompenser sa soumission, lui donna l'investiture du château de Rortey qui, dans la suite, passa dans les maisons de Beauvau et de Salles (2).

Il bâtit aussi le château de Dommartin, pour protéger le pays d'alentour (3).

Son ardeur l'emportait parfois un peu loin et, s'il faut en croire Raoul Glaber (4), il aurait, dans un accès d'humeur contre les moines de Saint-Epvre, levé sur Widric, leur abbé, un bâton bien peu pastoral et Guillaume, l'abbé de Saint Bénigne, informé de ce mouvemeutde colère, aurait remarqué que les manières peu chrétiennes de cet évéque répondaient pleinement à son nom. Mais ceci est peu vraisemblable: notre prélat avait en haute estime les religieux de Cluny ; il avait défendu énergiquement les droits de Saint Blin; il donna des couronnes de lumières, en argent massif, aux monastères de son diocèse (o). Tout au plus, pourrions-nous voir dans cet acte, s'il est authentique, un mouvement d'humeur ou un défaut de caractère.

Hermann n'en reste pas moins pour nous un prélat pieux, zélé et généreux, et lui aussi fut digne des Gauzelin, des Gérard, des Berthold et des Brunon. Il poussa les travaux de l'abbaye de Poussay (G) ; il leva les reliques de saint Amon, de l'antique crypte où elles étaient restées, en lit une translation solennelle et les déposa dans sa cathédrale (7).

(1) VèruTÔ^ Recueil de plusieurs pièces curieuses sur rhistoire de Bourgogne, p. 174, cité par Mabillon [Annales, IV, 2:j6).

2) Delabordc, Jean de Joinville. Paris, Picard, 18i)4, p. ii.

(',]] Oesla, loc. cit. — C'est sans doute le château de Dommartin-sur-Vrainc, c. de Chaienols ( Vosges i, siège d'une des vieilles familles de la chevalerie lorraine.

(i) Vita S. Guilielmi, loc. cit., p. 331. — « Secunduni suum nomen fecil episcopus iste... nam lingua barbara Eerman, in nostra homo errans dicitur. )) Guillaume joue sur le mol Hermann qu'il fait venir de irren, errer, et de inann, homme, tandis qu'en réalité il vient de Wehr, guerre, et de Mann. Avec cette dernière étymologie, le jeu de mots eût été plus juste.

('6) Gesta, loc. cit.

(0) Voir plus loin.

(7) Gesta, loc. cit. — Telle est la raison pour laquelle la fête de saint Amon

CHAPITUE III. — BEUTHOLD 193

Durant son épiscopat, le pays jouit d'une paix profonde et ne semble point s'être mêlé aux compétitions qui divisèrent l'Empire, à la mort de Henri II (14 juillet 1024). L'évoque reconnut comme souverain Conrad, duc de Franconie; Thierry de Bar fit de même (1) et le succès définitif de leur candidat évita à leurs peuples les malheurs d'une guerre.

Ilermann survécut deux ans ti peine au saint empereur. 11 était allé à Cologne pour affaires, au printemps de 1026 ; il y tomba malade et y succomba le premier avril de cette môme année (2) . Son corps fut déposé dans l'église St-Géréon (3). Dieu l'avait ainsi ramené dans sa patrie, pour qu'il y dormit de l'éternel sommeil.

était solennisée avec plus de pompe, ii la cathédrale, que la fête de saint Mansuy. Ce n'est que le 29 octobre 1639 [Délib. capiL, Arch. de M.-et-M., G. 104) que le chapitre décida de célébrer désormais la fête de saint Mansuy selon le même rite que celle de saint Amon.

(1) Benolt-Picart (if is(., 349) écrit que Herraann et Thierry se laissèrent entraîner par l'archevêque do Cologne, Pilj<rin, dans le parti de Conrad le Jeune, compétiteur de Conrad II. Calmet (II, 148) répète la même assertion, mais ni l'un ni l'autre ne donnent d'autorités à l'appui de leur affirmation. Je préfère donc m'en rapporter à ce que disent les Gesla {loc. cit.) de la paix complote, intégra, qui dura dans le pays sous l'épiscopat de Hermann. Bresslau {Jahrbucher des deutiichen Reicha unter Konrad II, II, 526) estime que Hermann, en sa qualité d'adversaire du mouvement cluniste, a dû s'abstenir de s'opposera Conrad. La raison invoquée n'est pas forte, car il n'est rien moins que certain que notre évêque fut opposé aux Clunistes.

M. Parisot {op. cit., 116) croit que Thierry de Bar se tint tranquille durant toute cette contestation.

(2; Voir p. 191, n. 1.

(3) Telle est peut-être la raison pour laquelle les anciens calendriers de Toul mentionnent, au 10 octobre, saint Géréon et ses compagnons.

CIIAl'ITItK IV

Brunon de Dagsbourg ;saint Léon IXi et Udon, son disciple '''

- Brunon de Dagsbourg (1026-104S-10K2)

Heniianii avait dans son clui-fui un jeune homme iippurlenant à l'une îles premières familles du pays, aussi remarquable par les dons de l'inlelligoncc el du snvoir que jhirla pnreléet la sainteté de sa vie. Fils de llu^uei^, comte d'I^islieim et de Dagsbourg <i|, Ilrunun fut élevé avec le plus grand soin par sa l>ieuse mère, Heilwlge, et fut confié, dés

(t; Sur Saint Léou IX, outre les travani généraiii, nous pouTDDs consulter Wibert, Virii sinirli lennU papœ niini (Aelii SS., 1) Aprilis, G« el sq.|. — C'est de lui, f»\it IndlcatiiinH cimlratres. i|ue sont tirAa las faits de ec chapitre. — Jade,

l lc« vies récentes du saint pape : Delurc, Cm papt n-8v — Bnicker, S, J. L'Ah/ire et VÉglUr au . Strasbourg, Lp Roux, I88!l, 2 vol. I11-8", cic. — 1 lex iit'iiiuxl.wx ilf l.iirraiiie, dans Àiin. Sor.

I ni: allrihui^, ilHRs la snllr,

Rrgesia, I. p.

aharieii. l'Hris, Pion, It

tfinpx du pape Kaiiit lèi

Dubiimel, le pnpe I.êim II el lex mum

Éiinil, Vosg., IMIS.

Le bliiMin, diinni^ en \i-U- île ce chapitre lamille d'KftishHin et île Dagslxmrfi.

(i) Ëgishelm est sltu(> près de Colmar — Dagsbourg est iiujourd'hiii Pubo, gni' bourg mm loin de Sarrebourg.

Hugues d'K^islieim était le petlt-DlH d'Adalbcrt, comte de Metz, le cousin gerniHin de Gérard, comte de Metz, pCre de l'impératrlre GisAlo et oncle de Conrad II et le petit cousin de Gérard d'Alsace, souche de la seconde brandie des dues de Lorraine.

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