‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 17 sur 62 · Morale à Nicomuqtie, lilt. V, cliap. iv · texte numérisé non relu

Morale à Nicomuqtie, lilt. V, cliap. iv

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valeur naturelle (intrinsèque) ; car, dans ce cas, une mouche vaudrait plus que tout Tor du monde. Mais nous estimons la valeur des objets ])ar rapport à notre usage et nous ne les employons à notre usage que pour la satisfaction de nos besoins ^ » Ces raisonnements économiques sont embryonnaires; mais ils sont dignes d'être rapportés en ce qu'ils s'appuient sur la justice naturelle et sur les besoins de riiomme, non sur les prescriptions de la morale révélée.

De V usure. — Les docteurs scolastiques eurent plus de peine à comprendre la légitimité du prêt à intérêt i|ue celle du commerce. L"o])ération esti)liis conijdexe et. sans parler des défenses canoniques, il y entre une considération de temps ([ui troublait les esprits*. Saint Thomas reproduit sur ce point, en la perfectionnant quelque peu, l'argumentation d'Aristole et des rauonistes. Les choses qu'on échange, dit-il en siihslance, peuvent se diviser eu deux catégories. 11 en est que celui à qui on les cède utilise sans les consommer ; par exemple, celui à (pii on loue une maison riiabite sans la détruire. On peut distinguer ici la chose et l'usage ou l'emploi de cette chose. Il est donc juste que l'on exige la restitution des deux séparé-

1. Cité dans le texte jiar Juurdaiii, p. 14. Xoiis traduisons litliralfiiieiit.

•2. On disait (|iic !(; teni|is est à Dieu et (jne c'est un prch.' d,' I. faire payer à l'eniprunteur.

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ment et que l'emprunteur ait à rendre au prêteur : l" la maison; 2° un i)rix pour l'emploi de la maison. En efi'et, le préteur ne lui a pas transféré la propriété de la chose en lui en passant l'usage. Mais il en est aussi qui, comme le blé et le vin, ne peuvent être cédées sans ({u'on cède à la fois la chose et l'usage de la chose : les utiliser, c'est les consommer. On ne peut donc, dans de pareils marchés, séparer l'usage de la chose même, et si quelqu'un voulait vendre séparémont du blé ou du vin, il vendrait la même chose deux fois, ce qui est contraire à la justice; dans de pareils contrats, le vendeur épuise son droit quand il réclame un prix égal à la chose cédée et il ne doit rien réclamer en plus pour l'usage, parce qu'en échangeant la chose contre son prix, il a cédé à l'acheteur la propriété de la chose : « le doin'niiinn a été transféré ».

L'argent rentre dans cette seconde catégorie. Sa fin essentielle est de servir aux échanges, d'être dépensé dans des achats comme la iin du blé est d'être mangé. On ne peut distinguer la chose de son emploi, car si on prêtait de l'argent sous condition de ne pas le dépenser, on ne le prêterait réellement pas : le prêteur transfère la propriété, l'emploi passe à l'emprunteur avec la chose dont il est inséparable. Si donc le prêteur exige de l'emprunteur que celui-ci rende, 1» la somme prêtée, 2° le prix de l'usage, il se fait payer une seule et même chose deux fois, il pèche

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(•outre la justice ([ui préside aux éclianfi;cs ou justice commulative'.

Saint Thomas reprend cette thèse dans plusieurs de ses ouvrages ^ On voit, en efïet, dans le traité apocryidie, mais contemporain De iisuris, qu'elle soulevait dans toutes les écoles de vifs débats. Seul au treizième siècle, Albert le Grand (1205-1280) entrevit la solution désirée : dans sa JtépiihrKjue^ il écrit : « Les lois civiles, bien qu'elles n'instituent pas l'usure, la permettent et la règlent... Il est vrai que l'usure est contre la perfection des lois chrétiennes, mais elle n'est i»as contre les intérêts civils. » Henri de (laud (1220-129o), Raymond de Pennalort, Gille de Rome s'en tiennent encore au point de vue traditionnel : nous ne nous attarderons pas à rapporter leurs opinions; t(»utefois, un passage du premier mérite d'être signalé ; il nous montre que les advei'saires contre lesquels les docteurs scolastiques avaient à soutenir un aussi rude assaut étaient les légistes. « C'est une grave erreur, dit-il, que commettent certains légistes quand, ignorant

1. Ce raisoiinemont emprunte ce qu'il a de spécieux à ua principe sous-entendu ici, mais pos6 ailleurs par saint Thomas d'après Aristote, et considéré par lui foniuK! évident, c'est que l'argent est improductif; admettez que lecapital puisse, connue Verri.Condillac et À. Smith le démontrèrent plus tard, mettre en valeur du travail, c'est-à-dire qu'on puisse le dépenser autrement que pour la satisfaction immédiate de nos besoins, le raisonnement tond)e aussitôt.

2. Dans ses Quesliofis sur le mal, dans ses Questions (/uodcli/'Ctiqttes, dans son Commentaire sur le mailre îles sentences et dans sa Somme de thilolor/ic.

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