PROGRÉS DU NATURALISME
Des ck'U.x teudauces que ikilis avdiis vues se couibaltre dans les ouvrages des philosophes de lantiquité, à savoir la recherche de la meilleure organisation économique, et raspirati(m à la vertu considérée comme incompatible avec la richesse, le moyen âge avait surtout suivi la seconde. La renaissance suivra surlout lu première. .\ aucun moment la lradilii>u antii|U(' n'avait éli' cniiiplèlement abandonnée : mais, des (lcu\ doctrines, l'une économique, l'autre antiéconomique, léguées par les penseurs grecs, c'est celle-ci. c'est la doctrine de renoncement et de suicide eollr(til'i[ui avait été d'abord en laveur dans la société nou\clli'. Maintenant. pi-es(pie adulte, cette société prend r.iiilianee eu ses lurces et s'essaye à l'art de
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vivre. Pour y réussir, il lui faut des maîtres. Elle les clierche dans l'antiquité, méconnaissant à son tour tout un côté des mêmes doctrines dont elle n'a que faire, sourde aux leçons de pessimisme que les premiers Pères avaient avidement recueillies. Elle apprend ainsi des anciens à se servir de la raison, à se régler, dans ses réflexions sur les choses d'intérêt, d'après les penchants et d'après le droit naturels ; elle désapprend les leçons de la théologie à l'école de la philosophie. C'était là son premier besoin. C'est dans cet esprit que les théories de Platon, des Stoïciens et de Xénophon sont restaurées par Morus, Bodin et Sully, jusqu'à ce que Montchrétien fasse apparaître un Aristote nouveau. Quelquefois on peut croire que les hommes de la Renaissance hésitent entre les deux voies ; Sully, par exemple, semble en défiance visà-vis des formes nouvelles de la richesse; mais, s'il lii'ét'ère un mode de production à un autre, il est l(ieu loin de condamner l'amour de la richesse et la recherche du bien-être en général : il n'est pas une joie de la vie qu'il n'ait lui-même savourée, et c'est un bonheur tout humain, purement terrestre que, d'accord avec Henri IV, il veut donner au peuple.
Thomas More, Campanella et Platon.
Platon avait été l'objet d'une très vive admiration de la part des érudits italiens dès le quinzième siècle ; l'Église n'était pas insensible sans doute au plaisir de retrouver, dans ses ouvrages, comme l'écho des Pères qui avaient, aux origines de la théologie chrétienne, été, eux aussi, des Platoniciens fervents. Mais l'Église alors était humaniste, c'est-à-dire qu'elle admirait et aimait la littérature et la vie antiques prises dans leur ensemble, avec leur enthousiasme pour la beauté, la santé, pour l'équilibre des facultés physiques et morales, pour la vertu civique, et Platon n'est pas exempt de cet enthousiasme. Par bien des ci'dés est-il besoin de le dire? il est grec, il adore la raison, l'ordre et l'harmonie ; il croit que la Justice est une condition de force et de prospérité pour les individus et les États. C'est ce Platon que la Renaissance oppose à l'Aristote de la scolastiquc; l'esprit platonicien envahit la philosophie et ne peut manquer de s<» répandre dans les théories politiciues et économi- <iues du temps. On s'en inspire jtour tracer des constitutions idéales (jui ullVciit eu modèle aux nations.
encore divisées par les derniers établissements t'éudaux, leur belle unité et leur simple ordonnance. Thomas More. — L'Anglais Thomas More (1480- 1535), homme d'Etat pourtant, grand chancelier sous Henri YllI, écrivit son Utopie ou De la meilleure république (1518) sous l'évidente inspiration des conceptions platoniciennes; « on sait quelle en est la principale idée , c'est la critique de la propriété et la description imaginaire d'un État où tout serait commun. La propriété, selon l'auteur, engendre Tinégalité : elle se distribue toujours de telle sorte qu'un petit nombre seulement est dans l'abondance et la plus grande partie des hommes dans la misère. La difficulté de distinguer le propre de chacun donne naissance à tous les procès. La propriété, enfin, favorise et encourage ce nombre d'oisifs et de parasites inutiles à la terre, dont ils consomment les trésors, dévorant les fruits du travail d'autrui sans travailler eux-mêmes. L'inégalité, la discorde, l'oisiveté, voilà les fruits de la propriété »... « Mais la république de Morus, plus équitable que celle de Platon, ne connaît ])liis de castes : elle est véritablement la chose commune ; tous peuvent défendre l'État et le gouverner, et, loin que le travail manuel soit une cause d'indignité, il est au contraire le principal titre d'honneur. Dans Y Utopie, tout le monde est à son tour agriculteur et a en même temps un métier propre. Morus résout ainsi le problème difficile du partage des travaux
THOMAS MOHK, CAMI'ANELLA ET PLATON. 117
inali'i'iclN l't iiitt'Uectuels dans la société : il appelle tout le monde aux uns et aux autres et il demande que le travail soit toujours accompagné de loisir et ennobli par les récréations intellectuelles. Ainsi le loisir et le travail ne divisent plus, comme dans l'antiquité, les hommes en deux classes, les citoyens et les esclaves (ou artisans) : le loisir n"est que la récréation du travail, qui devient le véritable principe du dinil di- cité ]i.irre qu'il est la source de la subsistance' -. Campanella. — Un siècle après, un moine italien, (jui avait rêvé d'abord d'établir la nKjnarcliie universelle en faveur des rois espagnols, puis, repoussé par eux, avait conspiré contre leur domination avec l'aide des couvents de la Calabre, jeté en prison, ne cesse pas de caresser sa chimère d'une cité parfaite où régnent des philosoj)hes. II écrit la Cilé du Soh'il (1623). Campanella est bien encore, en dépit des dates^ un esprit de la Renaissance. Tout en suivant Platon,, il ne croit pas s'écarter de l'Évangile ni des Pères. Mais, en même temps, il s'accorde avec les Stoïciens pour réhabiliter le travail, lùilin, il y a un ressouvenir des villes commerçantes, un i)eu épicuriennes, de la
1. Jant.l ■.Histoire de la science politique, vol. Il, |). 2."fl. L'Aiiglelerro, où les couvents avaient t'-tti fermés, avait à se préocciiper lie la présence de celte multitude d'hommes oisifs et inhaltiies à exercer un métier. Sur le cunlineiil les guerres prolongéfs et le poids des impôts avait-ut partout fait déserter les champs et peuplé les roules de vagabonds dangereux. De là le désir d'IIeuri W de multiplier les manufactures pour donner du travail à ces malheureux. Voir 11- passage des Mémoires de Sttlli/, cité plus loin.
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riche Italie, peut-être de Florence ou de Venise, dans sa cité qui tient à la fois du phalanstère et du couvent. En voici le tableau : « Grâce à la communauté, les hommes de cette cité ne seront ni riches ni pauvres. Ils sont riches parce qu'ils possèdent en commun ; pauvres parce qu'ils n'ont rien en propre. Ils se servent des choses, mais ne les servent pas. C'est ce qu'ils admirent dans les relijj^ieux de la chrétienté et encore plus dans la vie des api'jtres. » Le travail n'est pas déshonorant dans cette république ; la plus humble des tâches est utile à la communauté et emprunte sa noblesse à cette destination. » Les travaux les plus l'atij^ants paraissent aux Solariens les plus dignes déloges. Tels sont la maçonnerie et la ferronnerie. Aussi personne ne refuse de s'y adonner, d'autant plus qu'on a consulté le goût de chacun pour la désignation de son métier. » Le travail n'est pas fatigant, d'ailleurs; imposé à tous, il ne dure qu'un petit nombre d'heures, a On coui})te 70 000 âmes à Naples, et c'est à peine s'il y a 10 ou 13 000 travailleurs de ce nombre. » Que tout le monde travaille et chacun ne sera pas occupé plus de quatre heures par jour. Le reste du temps sera employé à étudier agréablement, à discuter, à lire, à faire et à entendre des récits, à se promener, à exercer enfin le corps et l'esprit, tout cela avec plaisir. » Cependant, comme dans la république de Platon, les Solariens, qui ont beaucoup de superflu et le vendent aux marchands étrangers, ne
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reçoivent point de monnaie. Les échanges se f<int en nature. Et les étrangers sont admis dans la cité comme visiteurs, non comme habitants : « toute vente et t(nit achat se font aux portes de la ville'. »
1. Cité du Soleil, édition L. Collet, 1844, pages ls9, 190, 201. Voir plus loin ce qui est dit de Fénelon.
Bodin et le Stoïcisme.
Le stoïcisme était bien fait pour ces hommes de coHii* et de sang-froid qui formèrent en France, au milieu des guerres religieuses, le parti des poUtigues. L'Hi')pital et Bodin croient cfu'en dehors des dogmes révélés, au-dessus des confessions diverses, il yaune loi à la fois naturelle et divine qui se manifeste à la raison de tous les hommes. « Tout ainsi, écrit le premier dans sa Héformcition de la Justice^ que c'est le même soleil qui luit à Paris que celui qui donne sa lumière et sa chaleur à Rome et à Constanlinople, ainsi la justice divine et aussi le droit naturel n'est point autre parmi les sauvages de l'Amérique que parmi les chrétiens de l'Europe. » Et le second, dans sa I{f'publique{i^l'd), tout en reconnaissant avec Aristùte que la perfection humaine est dans la vie contemplative, hxe comme but à la société civile l'observation de la justice, et déclare que les républiques sont <( ordonnées de Dieu » selon une « loi de nature », qui n'est autre que la raison divine. Cette a raison naturelle et divine va partout et n'est point enclose » aux frontières des États. En elle, les princes trouvent