BODIN KT LK STOÏCISMK
le l'orKlomenl et la limite de leur pouvoir. Le fondement, parce que ce sont eux qui expriment la raison souveraine immanente au corps des citoyens : ils commandent alors au nom de Dieu même. « Si la justice est la (in de la loi. la loi est l'œuvre du prince, le prince est l'image de Dieu. » — La limite, car, o ])ar suite de raison, il faut que la loi du ])rince soit faite au modèle de la loi de Dieu. » Et ailleurs : « Tous les |)riiu('sde la terre sont sujets aux lois divines et naturelles, el il n'est en leur puissance d'y contrevenir s'ils ne veulent être coupables de lèse-majesté divine, faisant la guerre à Dieu sous la grandeur duquel tous les monarques du monde doivent faire joug et baisser la tète... Et par ainsi la puissance absolue des princes et seigneuries souveraines ne s'étend aucunement ;iii\ lois de Dieu et de uaUii'e' »
Lue de ces lois primordiales est le respect de la propriété individuelle. « Ceux là s'abusent — il s'agit de Platon et de ceux qui le suivaient sur ce point — i[ui pensent que, par le moyen de la communauté, les jiersonnes vi les biens communs seraient plus soigneusement traités. " Le souvtM-aiu ne dispose des biens comme des personnes {[ur dans les limites ilu droit : les impiHs doivent être consentis (comme en
1. Les juristes do l'Univcrsiti'- do Tuiiluuso côlôbraient, on s'iiisliiiant do ce que les jurisconsultes romains disaient deseniitoicurs, la 1,'randour et superexcollonce du roi do Franco, roi dos rois, vicaire do Jôsus-ChrisI, IT-ijaldo rcniporoiir alloinand^ et niômo du
papr.
Angleterre). Le roi qui dépouille ses sujets agit non en vertu d'une souveraineté légitime, mais « il vaudrait mieux dire i)ar force et par armes, qui est le droit du plus fort et des voleurs. »
Une autre règle dérivée du droit naturel « c'est que tous ceux qui participent aux avantages de la société en supportent aussi les charges en raison de leurs moyens; c'est que l'impi'tt soit réparti proportionnellement aux fortunes, et que personne n'en soit exempt, sinon celui qui n'a rien. Non content de réclamer l'application de ce principe, Bodin enseigne les moyens de le mettre en pratique. 11 donne l'idée d'un cadastre général de tous les biens, d'un registre public des hypothèques, d'un recensement périodique de la population, d'une statistique des bénéfices et des charges avec les revenus qui y sont attachés, d'un système de contributions indirectes, qui, en épargnant les objets de consommation générale, nécessaires au pauvre comme au riche, atteindrait principalement le superflu et le luxe, les délicatesses de la vie, d'autant plus recherchées qu'elles sont mises à plus haut prix. Puis, éclairant selon sa coutume, la raison par les faits, il nous fait voir, dans un sombre tableau de la France du seizième siècle, comment les exemptions des classes i)rivilégiées avaient porté à son dernier terme la misère du peuple. 11 nous montre celui-ci, l)endant que le clergé, la noblesse et les villes les plus riches se déchargent] sur lui, succombant sous le
BODIN ET l.K STOÏCISMK. i23
l'ai'deau, comme l'àne de la fable, et menaeaiit (iCiitraîner dans sa ruine Tintai tout entier. « Il avieiil, comme an corps humain, ([ue les parties h's plus fortes et les plus nobles jettent les humeurs supertlues et vicieuses aux i)lus faibles, ({uand l'aposlème est entlé si fort que la {lartie faible n'en peut plus, il faut qu'elle crève ou qu'elle infecte tous les membres ' . » L'abcès a éclaté, en efTet, deux siècles plus tard, par la Révolution de 1789.
Le même auteur, en 1568, dans sa « liéponse aux paradoxes di' M, de Malesiruit touchant le fait des monnaies ft l'enchérissement de toutes choses », tend encore à chercher les causes de ce fait dans des lois naturelles. Ce sont suivant lui : 1° laljondance d'or et d'argent. 2° les monopoles, 3° la disette, 4° le luxe des cours. Il uKuitre avec clarté — et il revendique le mérite d'être le premier à l'avoir compris — que l'abondance de tout objet échangeable en entraine l'avilissenuMiL <i Quand l'Espagnol se lit seigneur des terres neuves. les cognées et couteaux étaient plus cher vendus ([lu' les i)erles et pierres précieuses, car il n'y avait couteau de bois et il y avait force perles. C'est donc labondance qui cause le mé[»ris i la déprécialionl. » Mais quand la chose ([ui surabonde est « ce (jui donne estimation et \n\\ aux choses ». la dépréciation est générale. B(jdin établit ;ilors ([u'il y a beaucoup plus
1. A. Franck. IW-fonnalem ^ cl i.uhlnisles de rLuropr. IJn.lm, vnl. I. [,. 4.->.'.
\2't mSÏOIUK DES DOCTUIXKS ÉCONOMIQUES.
d'or et d'argent en circulation qu'auparavant, parce que, le commerce s'étant beaucoup développé en activité et en surlace, la quantité du numéraire a dû s'accroître, parce que, depuis le traité de François I" avec les Turcs, <> les marchands français ont tenu boutique en Alexandrie, au Caire, à Barut (Beyrouth), à Tripoli, aussi bien que les Vénitiens et Genevois et que nous n'avons pas moins de crédit à Fetz et à Maroc que l'Espagnol, ce qui nous a été découvert de|niis que les juifs chassés d'Espagne par Ferdinand se retirèrent au bas pays de Languedoc et nous accoutumèrent à trali([uer en Barbarie, «parce que labanque de Lyon prenant à 10, 16 et jusqu'à 20 p. 100 a attiré en France quantités de Lucquois, de Genevois, de Suisses et d'Allemands, « aflriandés de la grandeur du profit », parce que « le Castillan ayant mis sous sa puissance les terres neuves pleines d'or et d'argent, en a rempli l'Espagne ; or, est-il que l'Espagnol qui ne tient vie que de la France, étant contraint par force inévitable de prendre ici les blés, les toiles, les draps, le pastel', le papier, les livres, voire la menuiserie et tous les ouvrages de main, nous va chercher au bout du monde l'or et l'argent et les épiceries » ; tandis que « d'un autre côté l'Anglais, l'Écossais et tout le peuple de Norwège, Suède, Danemark et de la
1. Isatis tinctoria, Linné, crucifère qui était, avant la découverte (le l'Amérique, la seule plante dont on pût obtenir une teinture bleue solide.