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cote Baltique, qui ont une infinité de minières, vont chercher les métaux au centre de la terre pour acheter nos vins, nos safrans, nos pruneaux, notre pastel et surtout notre sel qui est une manne que Dieu nous donne dune grâce spéciale avec peu de labeur; parce quenfin la population de la France s'est accrue avec sa prospérité. » ... « Depuis cent ans on a défriché un pays infini de forêts et de landes, bâti plusieurs villaj^es, peuplé les villes, tellement que le plus grand bien de lEspagne, qui d'ailleurs est déserte, vient des colonies françaises qui vont à la file en Espagne et principalement d'Auvergne et du Limousin; si bien ([uen Navarre et Aragon presque tous les vignerons, laboureurs, charpentiers, maçons, menuisiers, tailleurs de pierre, tourneurs, charrons, voituriers, chartiers, cordiers, carriers, selliers, bourreliers, sont Français. Car l'Espagnol est paresseux à merveille, hors le fait des armes et du trafic. » « Voilà les moyens qui nous ont apporté l'or et l'argent en abondance depuis deux cents ans. 11 y en a beaucoup plus en Espagne et en Italie (|u"cn France... aussi loiit est-il ])lus cher en Ks|(agiie et en Italie qu'en France et plus eu l^spa.une qu'eu Italie. »
l/iilee d'un ordre universel voulu de Dieu ins[)ire a Hodiii sur les relations internationales des vues qui ne seront reprises ([ue deux siècles plus tard et où se reucoulre ])oui- la première fois le pressentiment de l'uuile er(uiiuni(iiu' (les uatious l-;ui'op(M'unes. Il eulre
selon lui dans les desseins de Dieu que les nations diverses vivent en bonne amitié les unes avec les autres, ou du moins qu'elles ne se fassent i)as lonj^temps la guerre, ne pouvant se passer les unes des autres. C'est pour cela qu'il a donné aux unes et aux autres des productions naturelles différentes. 11 faut donc se garder d'entraver par des taxes le commerce avec l'étranger. « Quant à la traite des marchandises qui sortent de ce royaume, il y a plusieurs grands personnages qui se sont efforcés par dits et par écrits de la retrancher tout à fait, s'il leur était possible, croyant que nous pouvons vivre heureusement et à bon marché sans rien donner à l'étranger et sans en rien recevoir; ils s'abusent, à mon avis, car nous avons affaire des étrangers et ne saurions nous en passer... Quand bien même nous pourrions nous passer de telles marchandises... et quand bien même il en serait ainsi que nous en aurions à revendre, encore devrionsnous toujours trafiquer, vendre, acheter, échanger, prêter, voire plutôt donner une partie de nos biens aux étrangers et même à nos voisins, quand ce ne serait que pour communiquer et entretenir une bonne amitié entre eux et nous. » C'est qu'un même droit unit les hommes de tous les pays. Mais cette liberté des échanges est encore avantageuse au point de vue économique; on prétendait que le libre commerce enchérissait les objets de consommation. « Je leur nie ce point là. Car ce qui entre au lieu de ce (jui sort
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cause le l)()n marché de ce qui défaillait. » « Il seml)ic, à les ouïr, (jue le marchand donne son bien ])our néant, ou (jue les richesses des Indes et de TArahie heureuse croissent en nos landes ' 1 »
Nous devons nous borner à ces indications en ce (jui concerne les tendances d'un des esprits les plus vigoureux de la Renaissance. Il croit à des lois naturelles posées par la Providence pour le meilleur gouvernement du monde économique et social comme pour le gouvernement du monde physique : il admet une sorte d'harmonie préétablie entre les intérêts moraux et les intérêts matériels de l'humanité. Ses idées eu tout ordre otn-ent un tempérament entre le naturalisme de la Renaissance et le spiritualisme déjà tempéi-é d'Ai-istotc. Nous l'avons dit, c'est avec les stoïciens ([ue celte direction intermédiaii-e le fait le plus souvent se rencontrer.
1. \nii- \'rUu]r (Ir lîiuiiliillart : llii<l/)i et son temps, Tahb'au des t/téories jioliliques et des idées écoiioniufiies au seizième .siècle. l'aris, 1853. IJodin s'élève aussi contre l'esclavage, et, tnujuurs liiléle aux idées sto'icicnnos, réhai)ilil(' If travail nianncl.
Sully et Xénophon.
L' liconomie de Xénophon est un des livres qui eurent à la Renaissance le plus large cours. De 1516, année de leur première impression, jusqu'à 1561, c'est-à-dire jusqu'à la publication d'Henri Estienne, les ouvrages de Xénophon eurent huit éditions grecques, h" Économique fut imprimé à part trois fois, dont deux à Paris (1535 et 1544). En 1531, une première traduction de ÏÉcoiiomie {c est-à-dire dome.si'upiés tnstitiilions e! enscig/ioiieiits pour bien régir sa famille et augmenter son bien particulier) est mise en vente à Paris; en 1562 il en parait une autre (de JM-ançois de Péris, médecin de Toulouse) sous ce titre : « Le Mesnagier de Xénophon » ; ce qui n'empêche pas Montaigne de publier, en 1571, celle que son ami La Boétie avait faite près de dix ans auparavant et qui est un des monuments de la langue française au seizième siècle : « La Mesnagerie de Xénophon ». Ce n'est point d'une autre source que Sully a tiré sa prédilection pour l'agriculture et sa répugnance pour l'extension des industries de luxe, si chères à Henri IV. 11
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siif'lil (lo lire ce passage des f'J cou <> mies royales pour s'en convaincre. « Le Roy voulant établir en son royaume le plan des meuriers, l'art de la soie et toutes sortes de manufactures étrangères qui ne se fabriquaient point en iceluy, à celte tin faire venir à grands frais des ouvriers dr tous ces mestiers et construire de grands bastiments pour les loger, vous listes ce qui vous fut possible pcjur empêcher eela; mais lui s'y passionnant bien fort, il s'en vint un jour à l'arsenal et vous dit' : « Je ne scay pas quelle fantaisie vous a pris de vouloir vous opposer à ce que je veux établir pour mon contentement particulier, l'embellissement et enrichissement de mon royaume et pour oster l'oysivelé de parmy mes peuples. » — « Sire, lui répondîtes-vous, quanta ce qui regarde votre contentement, je serais très marry de m'y opposer formellement, quelques frais qu'il y fallust faire... mais de dire qu'en cecy à voire plaisir soit Joiul la coniuKidilé, remljcllislissement et enrichissement de votre royaume et de vos peuples, c'est ce que je ne puis comprendre. Que si il plaisait à Vostre Majesté d'escouter en patience mes raisons, je m'asseure, cognoissant comme je fais la vivacité de vostre esprit el la solidité de vostre jugement, quelle seroit de mon opinion. — Guy doa. je le veux bien, dit le Roy... » — ... .. lui premier lieu.
1. Ldà Écoicmies royales sont n'Mlij^rcs par dos stvrétairos ([ sont censés ramenlevev à Sully tout ce qu'il a fait pomlaiit s<. adiiiiiiistralion, el même des choses dont il a été le seul témoin.
IW HISTOIHK DKS DOCTRINES Ér.ONOMIUUES.
Sire, vostre majt^slé doit mettre en considération qu'autant qu'il y a de divers climats, régions et contrées, autant semble-t-il que Dieu les aye voulu diversement faire abonder en certaines propriétez, couiuioditez, denrées, matières, arts et mestiers spéciaux et particuliers, qui ne sont point communes, ou pour le moins de telle bonté aux autres lieux, afin que le trafic et commerce de ces choses (dont les uns ont abondance et les autres disette), la fréquentation, conversation et société humaine, soit entretenue entre les nations, tant esloignées pussent elles estre les unes des autres, comme ces grands voyages aux Indes orientales et occidentales en servent de preuves. En second lieu faut-il bien examiner si ce royaume n"a point un climat, une situation, une eslévation du soleil, une température dair, une qualité de terroir et une naturelle inclination de peuples qui soient contraires aux desseins de Yostre Majesté. En troisième lieu, si la saison du printemps n'y est point trop froide, humide et tardive, tant pour faire esclorre et vivre les vers à soye, que pour y avoir des feuilles aux meuriers pour les nourrir, d<jnt r(jn ne sçaurait avoir quantité suffisante de quatre ou cinq ans, quelque diligence que l'on fasse d'en semer et planter. Et en quatriesme lieu, si lemploy de vos sujets en cette sorte de vie qui semble estre plutost méditative, oysive et sédentaire, que non pas active, ne les désaccoustumera point de celle opérative, pénible et labo-
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1-ieiise, on laquelle ils ont besoin d'estre exercez, pour formel- de bons soldats, comme je l'ay ouy dire plusieurs lois à Vostre Majesté, que c'est d'entre telles f^ens de fatigue et de travail que l'on tire les meilleurs hommes de guerre; que. pour mettre en valeur tant de bons territoires, dont la France est généralement pourveue plus que royaume du monde, excepté celuy d'Egypte, le grand rapport duquel, consistant en ;:;rains, légumes, vins, pastels, huilles, cidres, sels, lins, chanvres, laines, toilles, draps, moutons, pourceaux et mulets, est cause de tout l'or et de tout l'argent qui entre en France, et que, par conséquent, ces occu])ations valent mieux que toutes les soyes et manufactures d'icelles, qui viennent en Sicile. Espagne ny Italie ; et tant s'en faut aussi que l'estabiissement de ces rares et riches estofl'es et denrées acc<jmodent vos peuples et enrichissent vostre Estât, nuiis qu'elles les jetteraient dans le luxe, la volupté, la fénéantise et l'excessive despence qui ont toujours été les principales causes de la ruyne des royaumes et ré|iubliques, les destituant de loyaux vaillans et laborieux: soldats desquels Vostre Majesté a plus de hcsuiu (|ue de tous ces petits marjolets de cour et de ville, revestus d'or et de pourpre. Car ([uant aux transports d'or et d'argent hors de vostre royaume, des-ja tant de fois alléguez par ceux (jui pniposent l'établissement de ces estoll'es estrangères, riches et chères, il n'y a rien de si facile (jue de les éviter sans
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aucun desli'iment pour qui que ce puisse estrc, defï'endant toutes somptuosité/, et superfluitez et réduisant toutes personnes de toutes qualitez, tant hommes que femmes et enfans, pour ce qui regarde les vestcmens de leurs personnes, leurs ameublemens, baslimons, logemens, plants, jardinage, pierrerie, vaisselles d'argent, chevaux, carrosses, esquipages, trains, dorures, peintures, lambris, mariages denfans, achapts d'offices, festins, banquets, parfums et autres bombances à ce qui se pratiquait du temps des rois Louys XI, Charles VIII et Louys XII. »
Sully n'était pas, on le V(jit, entiché d'idées théologiques, c'est — sa vie le prouve — un utilitaire, un praticien de la politique ; même il n'énonce le plus souvent d'idées ou de règles générales que celles qui se sont dégagées naturellement de la multitude d'afï'aires sur lesquelles il a dû prendre parti pendant quatorze ans d'administration presque souveraine. Et ces idées, ces règles sont conformes à celles de ses contemporains : faire entrer de For dans le royaume et, une fois entré, l'empêcher d'en sortir est la principale de toutes. Dès 1593, avant d'arriver au pouvoir, il avait soumis au roi un plan de réforme où figurait un projet de statistique générale du royaume : par sa méthode, il appartient à l'économie moderne, et nul ne doute que le bien public n'ait été son but suprême, plutôt que le service du roi. Mais un préjugé antique le domine : s'il croit avec ses contemporains que la
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richesse, c"est l'argent monnayé*, il est l'écho de Xénophon et d'Aristote quand il dit que toute richesse vient du sol et que « labourage et pasturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée, ses vraies mines et trésors du Pérou », quand il rêve pour tous la vie frugale et rude des cultivateurs, quand il veut enfin édicter de nouvelles lois sompluaires. Sa " Mi'snagerie ^ » est encore en bonne partie domestiqiœ comme celle de ses modèles et il traite la France comme la Maison rustique de son maître.
1. Il éleva le taux des monnaies françaises qui étaient l'oljjet d"une exportation « furieuse ».
2. Il se sert constamment de ce mot rnesnarje (le bon et le mauvais >nesiiaf/e] dans ]es Économies royales ;\\ faut lire, après le passage de Sully cité ci-dessus, dans la belle édition donnée par M. Defodon de la traduction de la Boétie (Bordeaux, 18^39) les paires 68 et suivantes où Xénophon fait l'éloge de la mesnagerie des champs.