‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 25 sur 62 · I.K SYSTÈME MKIli-.AXTILE. iol · texte numérisé non relu

I.K SYSTÈME MKIli-.AXTILE. iol

était poète, célèbre chacune de ces industries où la France excelle ou excellerait si elle voulait. « L'heur des hommes, dit-il en concluant, pour en parler à notre mode, consiste principalement en la richesse, et la richesse nu travail. Xi plus ni moins que tous animaux qui ont sang ont cœur, tous pays qui ont richesse ont industrie. L'industrie y tenant tel lieu doit estre donc leur i)remior vivant et leur dernier mourant. » Et il pntclamo que le grand ressort de Tindustrie est lamour du gain, passion qu'il se refuse à condamner comme égoïste ; car c'est « la raison qui nous imprime cette aflection, afin de nous induire avec plus de charme et d'attrait à hdus pouvoir rendre utiles les uns les autres et jette quand et quand en nos cœurs la première semence de cette charité, qui ne nous commande pas sculemcnl de nourrir, mais de vèlir les pauvres' ».

Maintenant, quelles sont les règles que le prince doit imposer au commerce? Tel est l'objet du second livre. — Montchrétien soutient d'abord qu' « il est absolument au pouvoir du prince de restraindre le commerce à quoy il veut, de le cliargcr ou descharger d'iniposilions selon qu'il lui vimt à gré, principalement pour le regard des étrangers ». Linlérél du

1. Voir p. 123 (le rt'dition récente de M. Funek-Iîrentano (Paris LS8!)) uiio pa',^' trrs ('■loiiiicnto sur le rôle social dos dilTéi ents arts .( cliaiix et ciniciit ipii Joi^MUMit et Mont au Itastimont do la U.'pul.ii(ino les partios qui sont diss.'inhlai.lrs de iiaturo ».

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prince ou de l'État est ici la seule règle. « Toute la quintessence du gain que le trafic, le labeur et l'industrie de vos sujets amassent est, en cas de besoin, pour fournir aux despenses de vostre Estât, aux nécessités de vostre couronne ». « La richesse de vos sujets est vôtre. » Il y a des cas où le prince a intérêt de laisser au commerce étranger un libre cours, à condition d'obtenir la réciprocité ; par exemple, nous vendons plus que nous n'achetons à l'Espagne et à la Hollande et ne perdons rien à commercer avec elles sous des conditions égales. Mais ce sont des exceptions; l'état normal des relations entre États est la lutte : ils sont comme des corps affamés qui cherchent par le commerce à entreprendre sur la substance les uns des autres^ Il faut garder les produits naturels avec un soin jaloux contre les convoitises de l'étranger. « L'entretien des Estais est comme celuy du corps qui retient de la nourriture la portion nécessaire et rejette seulement le superflu. « En exhaussant les droits « forains » on obtient en toute certitude ou que l'étranger abandonne son argent au profit de l'État, ou qu'il renonce à l'achat des denrées, qui deviennent alors plus abondantes et baissent de prix, u Quel si grand mal y aurait, quand tous les bleds et les vins demeureraient en ce royaume? Le peuple en vivrait à meilleur marché la moitié. Est-ce pas la marque d'un bon

1. Les négociants élrangers vivant en France sont comparés à des sangsues et à des poux.

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et bien heureux règne? Mais il faut de l'argent et, n'en ayant point de notre creu, il faut en avoir des étrangers. Soyez curieux d'en faire recherche et vous trouverez qu'il en sort plus de vos pays que l'on n'y en apporte. C'est voirement par une grande et inexcusable négligence, car vos sujets ont assez d'industrie au bout des doigts, assez de pratique en toutes sortes de manufactures pour attirer au contraire chez eux l'or et l'argent des autres contrées, si le bon ordre règne une fois en cet Estât, sans envoyer ailleurs nos provisions et nos vivres que par pitié de cœur, comme on dit, et par une charitable assistance aux voisins. Que Vos Majestés en fassent l'essay et ne permettent point que l'on apporte les ouvrages de main qui procèdent de l'art des hommes, ni que l'on emporte les matières et denrées crues de ce royaume ; elles aur(jnt bientost le contentement de voir que leur Estât a tout autant de facultés naturelles et acquises qu'il lui en faut pour bien agir et pour bien estre. »

On voit que dans ce passage Montchrétien ne se préoccupe pas moins de l'intérêt des peuples que de celui du fisc. La vie à bon marché est déjà un de ses soucis, et il se plaint, comme le feront à la lin ilu siècle Vau!)an et Hoisguilbert, de la mauvaise répartition comme du détestable mode de collection des im[)ôts. 11 s'écarte notablement du système mercantile quand il dit : « Ce n'est point l'abondance d'or et d'argent, ];i (luaulitr- de perles et de diamants qui font

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les Estais riches et opulents, c'est raccommodement des choses nécessaires à la vie et propres à la vie ; qui plus en a, plus a de bien. Quand tant de pistolles ne rempliraient nos coffres, qu'importerait, si comme à nos pères ces choses coûtaient peu, les ayant toujours en égale abondance. » « Ce ne sont, dit-il encore, ni les armées, ni les monceaux d'or qui conservent les royaumes, mais les sujets fidèles que l'on ne saurait forcer par contrainte, ni détourner de leur devoir par violence. » L'esprit souple et compréhensif de notre compatriote proleste par ces saillies en sens divers contre les formules trop étroites où l'on serait tenté de l'enfermer. Il est grand partisan de l'art, de l'industrie et de l'intervention du pouvoir en matière commerciale. Mais il n'oublie pas que l'art dérive de la nature et que le bonheur des sujets est la raison d'être du pouvoir royal.

Deuxième degré.

Théorie et abus du crédit public.

C'était déjà une méprise que de regarder l'or et l'argent monnayés comme la richesse fondamentale d'un État et de compter exclusivement sur une habile réglementation de l'industrie et du commerce pour s'assurer cette richesse ; cependant, comme l'industrie suppose l'emploi de matières premières tirées du sol, l'agriculture ne pouvait manquer de prohter de son essor. Mais la doctrine, qui fait dépendre le développement de la richesse publique de l'action gouvernementale et en général de la volonté des hommes, dt'vait revêtir une forme beaucoup plus hardie. On découvre, de la lin du dix-septième siècle au commencement du dix-huitième , les ressources qu'olTre le crédit pcjur la multiplication des échanges et, conformément aux idées régnantes, on imagine de le remettre aux mains du pouvoir royal, comme un moyen nouveau de produire de la ricliesse. C'est le dernier elVort cl c'est la ruine des doctrines arti/iciaHsf''s, si l'on nous permet ce mol, ({ui amont par conséiiuent régné

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en Europe de 1570' environ à 1721, année qui voit la chute du système de Law.

1. Nous ne nions pas qu'on n'en puisse trouver des exemples antérieurement à cette date. Ainsi, dans le Débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre, déjà cité et qui est de 1456, on voit le héraut d'Angleterre se prévaloir des mesures prises par son pays pour se rendre la balance du ''ommerce favorable. « Il y a, dit-il, une ordonnance ancienne en Angleterre que jamès les marchans (anglais) ne emportent en estrange pays ne or, ne argent hors du dit royaume, ou bien peu, mais largement peuvent emporter des marchandises... lesquelles ils vendent à or et à argent et l'apportent en leurs maisons et en leur royaume, et ainsi soubtivement tirent et emportent en leurs maisons et royaume l'argent des pays leurs voisins... Que en marchans estrangicrs portant vins et autres marchandises en Angleterre, les Anglais leur laissent vendre leur marchandise, mais jamès ne souffrent qu'ils emportent l'argent, mais faut par nécessité qu'ils achaptent marchandise ou qu'ils troquent o celle d'Angleterre. Si ce n'est pas de merveille, s'il y a grant richesse en Angleterre d'or et d'argent, car l'on en apporte toujours et on n'en laisse point emporter. » Ce passage prouve que l'Angleterre chez laquelle les pouvoirs féodaux délégués en une fois par le roi conquérant n'ont jamais été aussi indépendants de la couronne qu'en France et qui acquit plus tôt que la France, comme le prouve la guerre de Cent ans, la conscience de son unité nationale, a inauguré de bonne heure le régime mercantile; mais il n'en est pas moins vrai que ce régime n'a été systématisé et ne s'est généralisé que plus tard. Il ne faut pas inférer de ce que le quinzième siècle nous en fournit cet exemple qu'il est un des traits essentiels de l'économie féodale : au contraire il est le symptôme de la constitution des grandes nationalités, qui marque elle-même la fin de l'époque féodale. Il se développe dans la mesure où l'intérêt général, le bien public est conçu, dans une nation donnée, comme la règle de l'activité économique, mais avec cette réserve que le bien public et l'intérêt du prince, la richesse publique et le trésor royal sont encore identifiés. Pendant l'époque féodale, l'idée du bien public est encore très vague, et toutes les fonctions gouvernementales sont l'objet de conventions personnelles entre le vassal et le suzerain. Nous ne pouvons partager ici l'opinion de M. Funck-Brentano, qui appelle le régime mercantile patronal ou féodal (voyez son IntroducLion au Traicté de Montchrétien).

D'autre part, le Querist de Berkeley est de 1735 et un Espagnol,

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Law. — Des banques publiques avaient été fondées, en 1157, à Venise, en 1349 à Barcelone, à Gênes en 1407, à Lyon en 'lo43, à Amsterdam en 1609, à Hambourg en 1619, à Londres en 1694. Simples banques de dép(H à l'origine, et n'émettant du papier que sur la garantie d'espèces réelles, frappées par elles, elles étaient devenues peu à peu , pour répondre aux besoins d'un commerce de plus en plus lointain et complexe, des banques de circulation, dont le papier empruntait sa valeur à la confiance qu'elles inspiraient. Law avait vu fonctionner de près celle d'Amsterdam et péricliter celle d'Ecosse; et tout un système économique était né dans l'esprit de ce joueur de génie au spectacle de leurs opérations.

Le numéraire, pense-t-il, n'est pas seulement nécessaire aux échanges. Il est la rémunération du travail, et comme beaucoup de bras restent inactifs parce qu'aucun travail ne leur est offert, plus il y aura de numéraire dans une nation , plus il y aura de travailleurs occupés. Alors des ouvriers accourront de l'étranger pour profiter de l'offre. « Les familles seront en outre plus nombreuses, étant plus à l'aise. En sorte

Ustarilz, morcantiliste ;ilt;inlé, ('■crivait fiicore en 1710 : « il est nt'-cessairo d'employor avec rigueur tous les moyens (|ui peuvent uDus conduire à vendre aux étrangers plus de nos productions qu'ils ne nous vendront des leurs. C'est là le secret et la seule utilité du commerce. » On trouverait plus avant encore dans le (•(jurs du siècle des traces d'idées mercantiles. Par exemple, VEsprit des Loin, 1748, accuse encore leur influence. Hien ne commence ni ne finit brusiiucnnMit dans la vie socinlo.

io8 HISTOIRE DES DOCTRINES ÉCONOMIQUES.

<]U(' laugmentation du numéraire produit un surcroît de population. Cela se voit aussi bien dans les campagnes que dans les villes, car l'agriculture a le même besoin de numéraire que l'industrie des manufactures. La monnaie est donc le principe du travail, de la culture et de la population. Les pays riches sont ceux où il existe beaucoup de monnaie ; les pays pauvres sont ceux où elle est très rare. »

L'abondance du numéraire n'est pas seulement une cause de prospérité, elle est la condition sans laquelle il n'y a pas de justice possible dans les relations éconoini(jues. « En effet, il y a lutte perpétuelle entre les propriétaires des choses et les détenteurs de l'argent. Les premiers font la loi aux seconds quand les denrées et les marchandises de toute nature sont rares; et ils subissent, par contre, la loi de leurs adversaires quand elles deviennent communes. Cependant la justice et l'intérêt général veulent que la valeur ou le prix des choses ne dépasse jamais la limite des frais de producti(jn. Il n'y a qu'un moyen pour atteindre ce résultat, c'est de faire que la monnaie soit constamment en équilibre avec la quantité des choses, hypothèse qui se réalisera du moment que l'on pourra fournir sur des garanties réelles du numéraire à tous ceux qui en réclameront. »

Le numéraire est donc une richesse qui a le caractère d'en produire d'autres, en tant qu'elle met en valeur des forces productrices qui resteraient sans

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emploi, et la justice est intéressée à ce qu'il suit abondant.

Mais en quoi consiste précisément le numéraire? Il y a deux éléments à considérer dans la monnaie : 1° le métal qui la compose; 2" l'empreinte. Or, le métal est une marchandise comme une autre : un lingot de métal, sans l'empreinte qui en fait une monnaie, ne serait certainement pas accepté en échange d'autres marchandises ou de travail, et ne présenterait pas l'utilité que nous venons de reconnaître à la monnaie. Ce qui en fait un instrument d'échange, ce qui le rend circulable, c'est la garantie de l'État qui l'a doué du pouvoir de représenter pour tous une valeur déterminée. C'est celte garantie (|ui lui confère sa valeur pr(<pre, valeur qui n'est en rien imaginaire, bien ({ue dépendant de l'action de l'État, et qui s'ajoute à la valeur du lingot comme marchandise.

Si l'on pouvait séparer le second de ces deux éléments de l'autre, on pourrait augmenter indéliniment la quantité de numéraire, puis([ue ce second élément dépend de la volonté humaine '. Malheureusement, on a essayé beaucoup de moyens pour atteindre ce but; ici, la dénomination de la valeur des monnaies a été élevée; là, elle a été abaissée, mais jamais on ua réussi à s'affranchir des limites qu'impose ii la valeur fiduciaire de la monnaie la valeur intrinsèque commerciale des lingots qui la composent.

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