‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 3 sur 62 · SOCRATE ET XÉNOPHON · texte numérisé non relu

SOCRATE ET XÉNOPHON

utiles*, les richesses en général. Cet art se tire de lexamen des pratiques avisées de ceux qui savent exercer un travail, conduire des entreprises, administrer des revenus d'une manière avantageuse, grâce à un certain esprit de suite et de réflexion : par exemple, il y a des hommes qui savent construire à peu de frais une maison commode, tirer bon parti d'instruments peu nombreux mais bien rangés, s'assurer la victoire à la guerre sans dépenses excessives, pourvoir à l'alimentation du peuple et des armées sans faire venir à grands frais des subsistances du dehors, tandis que d'autres, avec de plus grands efforts ou de plus grands déboursés, faute d'ordre et de prévisions exactes, obtiennent des résultats tout contraires. Or, si l'on veut acquérir les utilités ou valeurs (chrêmata) les plus précieuses, il faut laisser de côté les arts industriels ou mécaniques que les ouvriers exercent, soit en restant assis dans un atelier, soit en travaillant près des fourneaux : ces arts affaiblissent ou déforment le corps, s'opposent à la culture de l'esprit, et par suite des sentiments généreux, empêchent le citoyen d'exercer les fonctions publiques, rendent enfin ceux qui les exercent impropres à la guerre ; ils doivent être réservés aux esclaves. Les

1. Les chrêmata — richesse, valeurs — sont en cfTcl tout ce qui est cfn-rsiwofi — utile, tout ce qu'on sait utiliser. Économie de Xénophon, chap. i : voir le résumé de ces défiuitions essentielles, chap. Vf.

deux seuls ai-ls dignes d'un honnête homme sont l'agriculture et l'art militaire, étroitement unis parce que l'agriculteur est seul bon soldat. « L'agriculture est la mère et la nourrice des autres arts : dès que l'agriculture va bien, tous les autres arts fleurissent avec elle ; mais partout oii la terre est forcée de demeurer en friche, presque tous les autres arts s'éteignent sur mer et sur terre'. » Envisagée en elle-même, ses mérites sont résumés ainsi par Socrate^ « 11 n'y a pas pour un homme d'un noble naturel de profession ni de science au-dessus de l'agriculture, qui procure aux hommes le nécessaire, (^lar cette profession est la plus facile à apprendre et la plus agréable à exercer ; elle donne au corps la plus grande beauté, la plus grande vigueur, et aux âmes assez de loisir pour songer aux amis et à la chose publique. L'agriculture nous a paru encore exciter les hommes à devenir courageux, vu que c'est en dehors des remparts (à portée des incursions de l'ennemi) qu'elle fournit le nécessaire à ceux ([ui l'exercent. Voilà pourquoi, dans tous les Étals, c'est la profession la plus honorée, parce qu'elle donne à la société les citoyens les meilleurs et les mieux intentionnés. » On voit que Xénophon mêle déjà ici les considéi-ations morales aux considérations utilitaires; il fait de mêm(! dans tout le reste du traité, où il d(jnne des préceptes non seulement comme il le

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