‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 35 sur 62 · II. — Les Physiocratesi · texte numérisé non relu

II. — Les Physiocratesi

C'était rÉconomie artificielle, celle qui attendait le développement de la richesse de Faction toute-puissante des gouvernements, qui avait conduit peu à peu la France à l'état de détresse où elle se trouvait. Il devait se produire dans l'opinion, efîrayée et indignée de tant de maux, une réaction en faveur de la richesse naturelle et de l'Économie fondée sur les lois de la nature. Malheureusement ce que les auteurs du temps entendaient par la nature n'était autre chose qu'une conception idéale et arbitraire, qui n'avait rien de commun avec la réalité historique : une philosophie chimérique gâte les mémorables travaux des Economistes français du dix-huitième siècle.

Cette philosophie est d'origine anglaise. Locke (1632-1704) avait, pour combattre l'absolutisme des Stuarts, adopté les doctrines que le Hollandais Grotius

1. Les principaux ouvrages des Piiysiocrates ont paru dans divers recueils, VEncydopédie (articles de Quesnay, fermiers et grains, 175G, 1757), le Journal d'agrictilture, de 1751 à 1768, les Êphémérides, de 1768 à 1782 : voyez sur cette période le volume des Physiocrates dans la collection des Économistes et le très bel ouvrage de Léonce de Lavergne : les Économistes français du dix-huitième siècle, 1870. La réputation de ce livre ne nous parait pas à la hauteur de son mérite. Dans notre désir d'aller d'abord aux textes, nous avons rédigé ce chapitre avant de l'avoir lu et nous le regrettons.

LES l'ilYSIOCRATES. 21S

(Hugues de Groot') avait exprimées dans son livre Du droit de la guerre et de la paix. Contre les théoriciens du pouvoir absolu- qui prétendaient que le pouvoir avait été transmis depuis Adam jusqu'aux rois modernes, de chef de famille en chef de famille, Locke invoquait un droit naturel qui consacrait à ses yeux la liberté et l'égalité des citoyens et les mettait au-dessus des entreprises des tyrans. « Pour comprendre, disait-il, le pouvoir politique et le dériver de sa vraie source, nous devons considérer dans quel élat sont naturellement tous les hommes : or c'est un état de parfaite liberté, liberté d'ordonner leurs actions et de disposer de leurs possessions et de leurs personnes comme bon leur semble, dans les limites de la loi de nature, sans en demander permission à personne, sans dépendre de la volonté d'aucun autre homme; c'est aussi un état d'égalité dans lequel tout pouvoir et toute juridiction est réciproque, nul n'ayant plus que son voisin, car s'il est quelque chose d'évident, c'est que des créatures de même espèce et de

1. Gi'Dtius, réfugw; en Franco, y avait composé ce livre, qui fut juililié à Paris en 1625, et l'avait dédié à Louis XIII dont il recevait une pension. Ses idées sont elles-mêmes empruntées aux stuïciens (jui, comme on l'a vu plus haut (pafre 60), professaient 1 antériorité d'un droit de nature par rapport au droit positif inscrit dans les codes. Jupiter (Dieu) en était le garant et le prince l'interprète.

-'. Filmer est le plus important, il avait écrit le Patv'mrcha (1680) au fond pour défendre la monarchie absolue des Sluart5, comn>e i-ocke écrit son Traité du tjouveriieinejU civil en IG'JO, jiour ,iustifier la Révolution de 1088.

même rang, également nées pour jouir de tous les mêmes avantages naturels et faire usage des mêmes facultés doivent aussi être toutes égales entre elles sans subordination ni sujétion. » En France, Bodin (v. p. 121) avait déjà tenu un langage semblable; mais le dix-huitième siècle ignorait ses précurseurs du seizième, et c'étaient Locke, Shaftesbury, Hutclieson, c'était la philosophie anglaise et écossaise qui enthousiasmait tous les esprits : les préliminaires philosophiques de Quesnay, de Dupont de Nemours et de Mercier de la Rivière sont, on va le voir, une transcription de Locke.

Les Physiocrates font reposer Tordre moral et politique sur l'ordre naturel. Mais qu'est-ce que la nature? Pour nous, c'est l'ensemble des choses en tant que régies par des lois nécessaires. Pour Quesnay, la nature est l'ensemble des desseins de Dieu pour la conservation et le bonheur de notre espèce. Et ces desseins, nous n'avons qu'à regarder en nous-mêmes pour les voir; ils sont écrits dans notre raison. Dès lors, tout ce qui paraît vraisemblable à l'auteur du système est déclaré d'institution naturelle ou divine. Avant toute société, il y a pour l'homme, selon tous les maîtres de l'École, un droit et un devoir, le droit de s'emparer de tout ce qui lui est avantageux et le devoir de travailler à cette prise de possession ; ce qui peut paraître bizarre, car comment y aurait-il un droit en dehors des relations sociales, et comment appeler

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