Livre I, chap. vin, vol. I, page
ADAM S.MlTll. 273
la nature pour la production et la distribution îles richesses, sans y porter le désordre et la ruine. De là une tendance dans tout liiuvrage à restreindre l'aclion gouvernementale. Or, si les producteurs et les commerçants d'une nation donnée peuvent se passer, ou peu s'en faut, du concours des pouvoirs publics, il en sera de même de tous les producteurs et de tous les commerçants des nations environnantes; dès lors, les frontières n'auront plus de raison d'être et le monde civilisé tout entier formera un seul atelier et un seul marché. Sous l'action des lois naturelles, toutes les populations doivent atteindre, un jour ou l'autre, dès que l'effet de ces lois bienfaisantes , étant compris, cesse d'être entravé, le même degré de prospérité et toutes les pojjulations civilisées doivent former alors une masse homogène dont les parties seront d'autant plus solidaires que leur développement économique sera plus avancé'. Dès lors, les armées permanentes deviennent inutiles ; la justice est rendue dans chaque ville ou chaque bourg, les entreprises d'intérêt public sont aux mains de grandes compagnies : toutes les fonctions gouvernementales se résorbent au sein des organes élémentaires ; c'en est fait des nations. Ce rêve d'une république économique universelle n'est
1. Livre I, chap. ui, vol. I, pape 2G. Voir aussi au livre 111, chap. VI, vol. I, p. 517 : « Que le marchand n'a pas de pairie, » et au livre V, chap. u, vol. II. p. 533 : « Que le pnipiiiHairo de capitaux est citoyen du inuiide. "
pas développé par Smith, mais il est au fond de son optimisme antigouvernemental.
Tels sont les traits essentiels de sa doctrine ; indiquons-en brièvement les parties principales :
Partie spéculative. Les trois premiers livres (premier volume) sont donc, comme nous l'avons dit, consacrés à l'étude des lois du développement de la richesse, ou des causes qui expliquent son accroissement dans les nations civilisées. Si le titre de l'ouvrage porte aussi : « Recherches sur la nature des richesses, etc. » , c'est que nécessairement Fauteur doit exposer les éléments de la richesse et les diflerentes formes qu'elle revêt dans son développement, en même temps qu'il en détermine les lois. Mais à aucun moment, dans cette partie, il ne recherche ce qui devrait être ; son seul souci est de découvrir ce qui a été et ce qui est, et de rattacher les faits à leurs antécédents nécessaires ou conditions. C'est un travail exclusivement scientilique.
La richesse d'une nation est le produit annuel de la terre et du travail. Le travail est le plus important de ces deux facteurs. « Le travail annuel d'une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ; et ces choses sont toujours, ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées des autres nations avec ce produit. Selon que ce produit ou ce qui est acheté avec ce produit se trouvera être dans une proportion
plus ou moins grande avec le nombre des consommateurs, la nation sera plus ou moins bien pourvue de toutes les choses nécessaires et commodes dont ("Ile éprouvera le besoin; » elle sera plus ou moins riche.
La puissance productive peut augmenter de deux façons : 1° en énergie, 2° en étendue.
Klle croit en énergie quand les parties d'une même opération se divisent en autant de tâches séparées, exécutées par des mains difTérentes. Adam Smitli développe avec ampleur pour lapremière fois le thème de ]<i division du travail posé par Platon, repris par PettyetBeccariaMl montre que cette division augmente l'énergie productive par la dextérité et l'habileté qu'elle lait acquérir à l'ouvrier, et aussi par l'épargne de temps quelle lui permet défaire. Les avantages de cette organisation se manifestent jusque dans le travail intellectuel, caria naissance des sciences et des arts a dépendu (le la spécialisation d'une classe d'hommes à ce genre (l'actiN ité. Liavenlion des machines est elle-même un cllt'l (11' la division du travail. Maintenant cette division recoiiiiait une cause à son tour; cette cause réside dans l'échange. L'intérêt respectif des contractants les pousse à s'abandonner leur superllu l'un à l'autre : de lu la possibilité pour chacun d'eux de poursuivre en paix une seule ti\che et d'y acquérir les talents qui résultent d'un long exercice. i'Ius donc les échanges