Livre I, chapitre v, I
11 y a ensuite le salaire^ c'est-à-dire le revenu du travailleur. Le nombre des salariés augmente avec la puissance productive du travail, car, plus il restera de revenu disponible, soit à l'entrepreneur, soit à l'ouvrier indépendant, après que leurs besoins seront satisfaits et que les instruments comme la matière du travail auront été acquis, plus l'un et l'autre enrôleront d'auxiliaires. Le taux des salaires augmentera de son coté quand l'organisation industrielle réalisera de nouveaux progrès, ou qu'il y aura de nouveaux capitaux à employer. Il ne baissera que quand la richesse et l'industrie seront stationnaires, à /br//o?-i quand elles seront en déclin. Adam Smith pose, en présence de ces hypothèses, la question alors nouvelle des rapports entre le capitaliste et l'ouvrier, montre en termes satisfaisants l'antagonisme de leurs intérêts, et pèse les chances qu'auront les deux partis dans la lutte engagée.
Il y a enfin le ;jro/<7, c'est-à-dire le bénéfice qui reste à celui qui a loué un capital, terre, usine ou valeur quelconque, quand il a payé la rente au propriétaire et le salaire aux ouvriers. Il est surtout en fonction de la nature de travail; il varie, en effet, suivant que l'emploi est aisé ou pénible, propre ou malpropre, honorable ou méprisé, suivant que l'apprentissage en est facile ou difficile, accessible ou dispendieux, suivant qu'il présente ou non des interruptions (exemple, les mortes-saisons pour les ma-
çcms), suivant le degré de confiance exigible de ceux qui le pratiquent, suivant enfin les chances de succès qu'il présente. Le travail est donc le grand régulateur du prix des choses.
Revenons à notre point de départ ; nous avons dit que la puissance productive peut augmenter non seulement en énergie, mais en étendue. Nous venons de voir qu'elle croît en énergie quand le travail se spécialise, et qu'il se spécialise davantage à mesure que l'échange est plus actif.
Quand croît-il en étendue ?
11 croît en étendue en raison, premièrement, do la ]>lus grande accumulation des capitaux.
Le capital est la condition préalable nécessaire à la la division du travail : « un tisserand ne'peut pas vaquer exclusivement à sa besogne spéciale s'il n'y a quelque part, soit en sa possession, soit en celle d'un tiers, une provision faite par avance, où il trouve de ([uoi subsister et de quoi se fournir des outils de son métier et de la matière de son ouvrage, jusqu'à ce que sa toile puisse être, non seulement achevée, mais encore vendue. Et il est évident ([u'il faut que l'accumulation précède le moment où il pourra ai)pliquer son industrie à entreprendre et à achever cette besogne. » Mais d'autre part, quand le travail se divise, il suscite linvcnlion de machines (jui suffisent à effectuer les opélations de détail maintenant simplifiées. La fabrication des machiiM'S drmandc de inuivcaux capilaiix.
De plus, la production étant beaucoup plus considérable, bien que chaque ouvrier fasse plus de besogne qu'auparavant, le nombre des ouvriers augmente sans cesse : de là un appel de plus en plus énergique de capitaux ou d'avances nécessaires à leur rétribution.
Ce capital est une partie des richesses accumulées. Celles-ci se divisent en deux groupes: fies fonds destinés à l'actuelle ou prochaine consommation de ceux dans les mains desquels ils se trouvent ; 2° les fonds réservés à la production de nouveaux revenus, ou le capital.
Il y a deux sortes de capitaux. Le capital fixe produit un revenu sans changer de maître ; il comprend toutes les machines et instruments de travail ; tous les bâtiments et constructions destinés à une exploitation quelconque; les travaux et améliorations faits à la terre pour la rendre plus productive; les talents et l'habileté que certains membres de la société ont acquis à force de temps et de dépense, en réalisant ainsi sur eux-mêmes le travail accumulé qui a pourvu à cette dépense. Le capital circulant est celui qui ne peut produire un revenu à son possesseur qu'autant ([ue celui-ci l'échange. Il comprend : l'argent de la circulation ; les provisions de vivres existant entre les mains tant des producteurs que des marchands et gardées tant par les uns que par les autres pour être revendues avec profil ; les matériaux pour logement, vêtement, ameublement, ornement ou décoration, plus
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ou moins manufacturés, (jui sont entre les mains des ouvriers occupés à les mettre en œuvre et à les rendre tout ù fait consommables; enfin l'ouvrage terminé et propre à la consommation qui est dans les magasins et boutiques des marchands pour être vendu ou dans les Vf)itures et navires pour être transporté.
Entre le fonds de consommation, le capital fixe et le capital circulant, il y a des rapports incessants que nous devons brièvement indiquer. D'abord les capitaux tant fixes que circulants n'ont pas d'autre destination que d'entretenir et d'augmenter le fonds de cons(jmmation, puisque c'est celui-ci qui nourrit, habille et loge la population d'un pays. Les gens y sont riches ou pauvres selon que ce fonds est approvisionné avec abondance ou parcimonie. D'autre part, 1 le capital circulant peut être considéré comme un tleuve à deux branches dont le C(uitenu se verserait incessamment dans le fonds de consommation d'un ci'>té, et dans le capital fixe de l'aulre : les vivres, vêtements, ouvrage fait de toute espèce, passent en l'IVet des magasins de vente dans les mains des consommateurs; mais en même temps toutes les machines utiles et instruments d'industrie, et les matières manufacturées, fer, bois, pierres tailh-cs, etc., sont consai-rés, soit à l'établissenuMit , soit à l'entretien des objets ou édifices qui composent le capital lixe.
Adam Smith est le créateur de ces théories ; dans la lielle étude qu'il consacre à la partie dv capital cir-
culant qui consiste en argent et en papier-monnaie; il utilise, en même temps que ses observations personnelles sur les banques qu'il avait vues fonctionner sous ses yeux, les recherches de Law et de son école. Il reproduit une ingénieuse idée de l'abbé Terrasson, disciple de Law, quand il dit : » Une guinée peut être regardée comme un billet au porteur sur tous les marchands du voisinage, payable en une certaine quantité de choses propres aux besoins et aux commodités de la vie*. » 11 reconnaît le merveilleux pouvoir du crédit qui, en faisant accepter comme espèces des promesses de paiement pour une somme supérieure aux espèces en caisse, libère pour le commerce à l'étranger une quantité équivalente d'argent monnayé et accélère d'autant la circulation, partant la production. Mais il en connaît le péril et marque aussi à quelles conditions les banques prospères qu'il a observées ont maintenu leur crédit intact.
Les capitaux s'accumulent d'autant plus vite et augmentent d'autant plus l'étendue du travail que la proportion entre les consommateurs productifs et les consommateurs non productifs est plus grande en faveur des premiers. Sous ce rapport, il y a, par exemple, une grande différence entre les villes de résidence, sièges de parlements, et les villes industrielles et commerçantes ; entre les pays orientaux efr