‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 53 sur 62 · Essai sur In prinvipe de la population · texte numérisé non relu

Essai sur In prinvipe de la population

tiens sauvages et relève les usages les plus bizarres, les vices les plus scandaleux, les misères les plus abjectes, tendant simultanément à la restriction de ce perpétuel surplus. La littérature des voyages, déjà très riche en Angleterre, lui fournit à ce sujet une multitude de faits extrêmement curieux, qui nous montrent la nature partout occupée en quelque sorte à mettre des digues devant le tlot montant de la population. Cependant dès que les subsistances recommencent à surabonder, la population recommence à croître et la famine est trop souvent forcée d'intervenir en dernier ressort pour couper court à la pullulation des races.

Chez les plantes et les animaux, l'obstacle répressif, la destruction par la famine, est d'application constante . Chez l'homme, les obstacles préventifs sont souvent le produit de dispositions prises à son insu par la nature même, comme lorsqu'elle institue l'esclavage, la guerre, les suppressions d'enfants ordonnées par la coutume, ou les vices qui déshonorent certaines peuplades. Mais, en outre, il y a place dans l'humanité pour une restriction volontaire fondée sur la vue distincte du sort réservé aux enfants dans une population à court de subsistances. Le célibat ou le mariage tardif est ici un acte de raison et de vertu. Voilà, en lin de compte, le grand moyen proposé par Malthus pour lutter contre les maux résultant d'un excès de population fréquent dans les populations modernes.

Tout autre remède est chimérique. Condorcet avai

SUCCESSEURS D ADAM SMITH. 29o

aperçu le problème. « Il existe, avait-il dit, une cause nécessaire d'inégalité, de dépendance et même de misère, qui menace sans cesse la classe la plus nombreuse et la plus active de nos sociétés *. » Et il compte, ou ses partisans comptent, comme Godwin, pour pallier ces maux, sur la perfectibilité indéfinie de l'espèce, sur la prolongation de la vie humaine et sur le respect croissant des droits de la personne. Mais, dit Maltlius, rien ne nous autorise à croire à la perfectibilité indéfinie des organismes. Si les éleveurs modifient les races, ils ne le peuvent faire que dans les limites étroites que leur impose la nature. La vie humaine d'autre part n'est certainement pas plus longue qu'autrefois ; que si elle doit se prolonger indéfiniment, le principe de la population trouve ici, de l'aveu de Condorcet lui-même, une application d'autant plus décisive. Enfin, en supposant les entraves gouvernementales abolies et l'âge d'or de retour, le besoin ne peut manc^uer un jour ou l'autre de faire entendre sa voix contre laquelle aucun ilroit ne prévaut. « Un homme qui naît dans un nKuule déjà occupé, si sa famille n'a pas les moyens de le nourrir ou si la société n'a pas l)esoin de son travail, cet homme n'a pas le moindre droit à réclamer une i)orlion ([iiflconque de ncniri-ilure, et il est réelh'ment de Iroj) sur la terre. Au grand ban([uet de la nature, il

1. Cull.ction dos ÉfOiiDiiiislcs, Phi/siocrn/es, p. 26, cl Tableau des prouvés de l'esprit liumain, dixit-me époque.

n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. »

Le gouvernement anglais, en organisant en grand la charité, n'a fait qu'encourager la paresse. En créant des hôpitaux pour les enfants, il a donné à la loi de la population une sanction nouvelle, car ces enfants assistés meurent presque tous entre les mains mercenaires qui les nourrissent. C'est le contraire que le gouvernement doit faire : propager par l'instruction, d'abord, les principes restrictifs, ensuite décréter qu'il refusera toute assistance aux entants issus au bout d'un an de mariages légitimement contractés, et aux enfants illégitimes, ce qui forcera tout homme incapable de nourrir sa progéniture de s'abstenir de la paternité. — La confiance de Malthus en ses déductions allait jusque-là.

On voit cependant quelle brèche de telles conceptions faisaient dans le système optimiste et libéral enseigné par A. Smith. Ricardo ne le compromet pas moins d'autre part alors qu'il ne songe lui aussi qu'à le compléter.

Ricardo (1772-1823). — Plusieurs fois millionnaire à 25 ans, auteur de sa propre fortune, on ne peut dire qu'il fût dépourvu d'esprit pratique; mais son esprit, rompu aux combinaisons financières, se plaisait à concevoir les phénomènes économiques sous leurs formes les plus abstraites. C'est un dialecticien parfois

SUCCESSEURS D'ADAM SMITII. 297

subtil, peut-être plus prompt à généraliser qu'il ne conviendrait dans l'étude de faits aussi complexes et s'accordant trop facilement les hypothèses les plus favorables à l'essor de ses raisonnements. Si cette tournure d'esprit n'était pas la plus sûre pour toucher juste, c'était sans aucun doute la plus propre à séduire et à entraîner : il eut un succès considérable. Il débuta par une campagne de presse dont le but était d'obvier à la dépréciation subie par le papier de la banque d'Angleterre sous le régime du cours forcé. Il calma, par une analyse exacte des faits de la circulation , les inquiétudes de l'esprit public et conseilla de déclarer les billets convertibles non en espèces mais en lingots de poids et de pureté étalonnés; c'est le système employé de nos jours pour la garantie des billets de la banque de France. Il combattit ensuite pour une sage extension de la liberté commerciale dans le commerce des grains; il montra que, même au fort de sa lutte récente avec Bonaparte, le blé n'avait pas manqué à l'Angleterre et qu'on pouvait avoir confiance dans les lois naturelles pour Tapprovisionnement en tout tcmi)S des marchés anglais. Mais plus que les services qu'il n'a cessé iIc rendre à son pays par une intervention active dans les questions d'économie [)ratique, un ouvrage théorique le recommande à l'attention de l'historien des doctrines économiques, c'est son livre sur les Principes du VEconomie poliliquc et de llmpôt. Vax réalité, sous ce titre inexact

c'est une étude générale sur la répartition des richesses que Ricardo présentait à ses contemporains. On se rappelle les distinctions faites par A. Smith entre les divers éléments du prix : renie^ salaire et profit (p. 107). Ricardo recherche dans quelle proportion ces trois éléments varient l'un par rapport à l'autre au cours du développement de la richesse. Et il soutient que les salaires et les profits vont toujours en diminuant, tandis qu'au contraire la rente s'élève. Persuadé de la vérité des conclusions de Malthus en ce qui concerne la loi de la population, frappé comme lui de la multiplication rapide de la classe ouvrière, il assure que celle-ci doit offrir ses bras à un prix de plus en plus modique, et que la seule limite de cette dépréciation est la somme strictement nécessaire pour l'alimentation de l'ouvrier et de sa famille. « Le travail, en effet, ainsi que toutes les choses qu'on peut acheter et vendre et dont la quantité peut augmenter ou diminuer, a un prix naturel. « Ce prix naturel du travail, c'est le salaire « qui fournit aux ouvriers en général le moyen de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement et sans diminution ». Il est vrai que les progrès même de la population et l'avilissement de l'argent, en augmentant le prix des subsistances, tendent à accroître le salaire; mais les satisfactions accessibles n'en restent pas moins identiques si elles ne deviennent pas moindres. D'autre part, le salaire augmentant relativement, le profit doit dimi-

nuer : Tenlrepreneur et le fermier voient ainsi leurs bénéfices de plus en plus restreints. Seul, le propriétaire du sol peut compter sur un accroissement indéfini de revenus. En effet, le progrès de la population détermine la mise en culture de terres de plus en plus médiocres; comme il faut que le cultivateur vive, le coût de leur exploitation met le blé à un prix élevé, et ce prix, qui est le même pour le produit plus abondant des terres supérieures, constitue à leur propriétaire un avantage considérable. C'est la rente. Sans travailler comme l'ouvrier, sans risquer de capitaux comme l'entrepreneur, par le seul fait de la mise en culture de terres de plus en plus improductives, le propriétaire de bonnes terres devient de plus en plus riche.

On devine quel parti les socialistes devaient tirer des déductions de Ricardo. En tout cas, l'horizon qu'il ouvrait à l'activité humaine n'avait rien d'encourageant : des propriétaires de plus en plus opulents et des t)uvriers de plus en plus pauvres, quelle perspective! Et comme on devait peu s'attendre à voir ces conséquences sortir de la doctrine optimiste des Physiocrates et d'Adam Suiitli 1 11 ne faut pas nous étonner d'entendre Sismondi 1^1819), Villeneuve de Bargemont et plus tard lilanqui, pousser des cris d'alarme en présence des conséquences douloureuses attrii)uées aux lois naturelles par les plus autorisés de leurs inter})rèles, M;illlius vl Hicardo.

Ces protestations étaient fondées. A l'origine, l'école libérale avait, nous l'avons vu, protesté, elle aussi, contre les abus de l'ancien régime et les sacrifices excessifs que le système réglementaire exigeait des populations, surtout en France. C'est un élan de pitié qui l'avait poussée à invoquer les droits de lindividu, comme une sauvegarde contre les vexations de l'administration fiscale. Elle avait cru trouver dans la liberté un remède à des maux profonds. Mais peu à peu, l'amélioration du sort des travailleurs par l'accroissement de la richesse avait cessé d'être son but, et elle avait visé exclusivement à l'accroissement de la richesse, persuadée, en vertu de son optimisme fondamental, que l'accroissement de la production ne pouvait, dans aucun cas, nuire à l'homme, instrument de la production. Maintenant que, grâce aux découvertes de la science, la machine industrielle avait atteint une puissance productive inconnue des siècles précédents, l'école se souciait peu que la population laborieuse, partie intégrante de ce mécanisme, fût surchargée et décimée. « Si l'Angleterre réussissait à faire accomplir tout l'ouvrage de ses champs et tout celui de ses villes par des machines à vapeur, et à ne pas compter plus d'habitants que la république de Genève, tout en conservant le même produit et le même revenu qu'elle a aujourd'hui, devrait-on la regarder comme plus riche et plus prospère? M. Ricardo répond positivement oui . Pourvu, dit-il, que son revenu

net et réel, et que ses fermages et profits soient les mêmes, qu'importe qu'elle se peuple de dix ou douze millions dindividus? Quoi donc! la richesse est tout et les hommes ne sont rien ! » « En lisant certains économistes, on croirait, dit un écrivain du même groupe (Droz), que les produits ne sont pas faits pour ■les hommes, mais que les hommes sont faits pour les produits! » Sismondi et de Villeneuve -Bargemont s'efforçaient donc avec raison de ramener les études économiques à leur fin dernière qui est la multiplication de la race humaine et l'amélioration de son sort par l'accroissement de la richesse. Par là, ils étaient d'accord avec les premiers socialistes. De V. -Bargemont présente un programme de réformes qui a été repris presque littéralement par les socialistes catholiques de nos jours. Mais, en général, les économistes orthodoxes restèrent insensibles à ces critiques et à ces plaintes, et Dunoyer aima mieux chercher les causes de la crise industrielle dans l'imprévoyance et l'inertie des ouvriers que dans l'oubli « des principes de justice, de morale, d'humanité et de charité » signalé par de Bargemont.

J.-B. Say (1767-1832), appartient au groupe des

disciples encore fidèles d'Adam Smith. II ne fait ilans

. son traité d'Économie politique que reproduire la

I doctrine du maître sous une forme qu'il estime plus

originale et qui est certainement plus claire. Le livre

eut un large cours. Il mit en lumière la Théorie des

débouchés dont J.-B. Say est considéré comme l'inventeur, bien que Hume l'ait entrevue, et qui se réduit à ceci : que, en général, qui vend ne peut s'abstenir d'acheter; que, par conséquent, les produits étrangers importés sur un territoire y suscitent des produits destinés à l'exportation, en sorte que les produits se paient avec des produits. Il confirme ainsi le cosmopolitisme industriel et commercial impliqué dans la doctrine du maître. « Une nation, par rapport à la nation voisine, est dans le même cas qu'une province par rapport à une autre province, qu'une ville par rapport aux campagnes : elle est intéressée à la voir prospérer, et assurée de profiter de son opulence. » Dans le même esprit optimiste, J.-B. Say défend le système industriel contre des adversaires qui n'en comprenaient pas, à dire vrai, toutes les ressources. II soutient que les machines favorisent le développement de la population en abaissant le prix des produits et en permettant, par les économies qu'elles réalisent, d'élever progressivement les salaires. Enfin, il cherche à compléter la doctrine classique en ouvrant, après les chapitres consacrés à la production, à l'échange et la répartition des richesses, un chapitre nouveau sur la consommation. Les consommations les mieux entendues, suivant lui, sont celles qui satisfont des besoins réels, celles qui sont lentes plutôt que celles qui sont rapides, celles qui choisissent de préférence les produits de la meilleure qualité, celles qui sont faites en

commun, enfin celles qu'avoue la saine morale. Aucune de ces règles ne sortait du thème exclusif de l'école, qui était l'augmentation de la richesse, et considérait le problème de la population comme résolu par l'affirmation des harmonies naturelles, le grand postulat du système.

Le traité de J.-B. Say est de 1803 ; Garnier traduisit Adam Smith en 180S. A la même époque Bentham, qui avait déjà, 20 ans après Turgot (1797), réclamé la liberté du prêt à intérêts, reprit et développa la doctrine du laissez faire et du laissez passer qu'il poussa jusqu'à ses plus extrêmes conséquences. Il revendiquait le titre de radical comme homme politique et comme économiste. Pour lui, l'économie est une science pure où « il y a beaucoup à apprendre et peu à faire », Il essaya do fonder cette « science » sur le principe uni(iuc de l'intérêt du plus grand nombre, ce ([ui lui eût donné l'unité dont elle auuKjuail, mais il continua à mêler avec ces vues utilitaires, les maximes individualistes à priori des Physiocrates. Dans son enthou- H siasme pour la méthode ({u'il assignait à la science économique, il alla jusc^u'à professer (^ue la an'-me méthode devait convenir à la morale, et tandis ([ue i c'est la science des intérêts qui devait se subordonner I à la science des devoirs, il réduisit simplement la I morale à l'économie eu ranicnaut h- tlevoii- à un r calcul d'intérêts. Il est vrai, (|ue selon lui, l'inlerêt général coïncidait exactement avec l'intérêt indivi-

duel; mais on peut se demander si cette simplification à outrance n'aboutit pas à la confusion ; la nature humaine et l'organisme social sont très complexes et il vaut mieux subordonner leurs fonctions les unes aux autres que les asssimiler témérairement.

Stuart Mill , disciple de Bentham, reprit en Angleterre au milieu du siècle ce rôle d'interprète et de clarilicateur de la doctrine désormais classique, joué au début en France par J.-B. Say. Son ouvrage : Les principes d'Économie politique avec quelques-unes de leurs applications à la philosophie sociale, avait pour but de remplacer la Richesse des nations, qui dans plusieurs parties avait vieilli et d'y corriger de nombreuses imperfections. Mais au fond, Mill n'invente guère ; il répète Ricardo. Il est strictement orthodoxe. Pourtant les vues sociales qu'il a empruntées à A. Comte s'accordent mal avec les dogmes de l'école du laissez faire et du laissez passer. Nous le verrons tout à l'heure. Aussi sont-elles plutôt juxtaposées à ces dogmes, dans l'œuvre de Mill, que fondues intimement avec eux.

Si ce corps de doctrines, qui, dans son ensemble, remonte aux Physiocrates, avait pu, chez Mill, résister à l'action dissolvante des idées positives, il devait à plus forte raison recevoir de la philosophie spiritualiste récemment restaurée en France une consolidation nouvelle. Tel fut, en effet, le rôle de la philosophie éclectique enseignée par Cousin etses disciples à partir

de 1825. Son établissement annonce en France pour l'orthodoxie économique une période de prospérité et de tranquille possession, retardée un instant par la première explosion du socialisme contemporain, mais que les sanglantes journées de juin 1848 affermirent définitivement.

G. Successeurs indirects d'Adam Smith.

1° Retour aux Physiocrates. — Les Éclectiques français. L'École philosophique nouvelle affirmait hautement l'existence d'un Dieu bon, ou d'une Providence et l'immortalité de l'àme. Elle prêtait par là un appui à cette doctrine économique selon laquelle les lois naturelles de la production et de la distribution des richesses étaient faites pour le bonheur de l'homme, et qui fondaient la propriété et la liberté sur des droits primitifs, innés, indiscutables. La métaphysique de Quesnay et de Dupont de Nemours, laissée au second plan par Smith, est remise en vigueur. On réédite les Physiocrates avec des commentaires enthousiastes. On proclame qu'il n'y a qu'une vérité économique comme il n'y a qu'une vérité mathématique et juridique et on édicté les lois pratiques qui en découlent pour tous les temps et tous les lieux. La théorie du progrès indéfini, providentiel, est, comme au siècle précédent, invoquée pour garantir la pleine réalisation du programme optimiste. Mais bientôt cette ferveur tombe et, les principes généraux étant mis à, part comme inattaquables aux controverses, on s'occupe des faits, on cherche aux problèmes pratiques une solution, on s'efforce de suffire aux difficultés de

l'heure présente. De là une multitude de travaux qui ont illustré TÉcoIe française économique devenue éclectique, c'est-à-dire dire disposée à adopter ce que les écoles adverses peuvent lui prêter de meilleur, comme l'était l'École philosophique à laquelle elle emprunte plusieurs collaborateurs éminents, l'École de V. Cousin. La méthode de ces divers écrivains est (i priori, s'il sagit des principes, comme celle des Physiocrates : mais elle emprunte largement à l'expérience quand elle cherche des solutions pratiques. Elle est donc éclectique elle aussi. Dans ses conclusions l'École est trop fidèle aux doctrines des fondateurs pour renoncer à l'individualisme et au laissez faire ; mais elle cherche à réserver une place à l'association et à l'initiative gouvernementale. Bref, elle ap[)orte dans la défense des traditions libérales du dixhuitième siècle cet esprit de sagesse pratique et de juste milieu qui caractérisa la bourgeoisie française pendant sa longue hégémonie politique. Voici les noms et les ouvrages de ses principaux représentants :

Dnoz (1773-1850), De V Application de la morale à PÉcotiomie politique et Principes de la science des richesses (1829). — Du.noyer (1786-186-2), l'Industrie et la Morale considérées dans leurs rapports avec la société (IS?.")). De la liberté du travail ou simple exposé des conditions sous lesquelles les forces humaines s'e.rercent avec le plus de puissance (1845). — Uossi (1787-184S), Cours d'Économie polit iqtie. — Ilu'POLYTE Passy (1793-1880), des Si/stèmes de culture et de leur inflaeiicc sur V Économie soc(rt/e(1810). Des formes de gouvernement et des lois qui lesréi/issent. — TlIlKUS (1797-1877), de la l'ro/irirté (18 iH).— liL.\yQVi(rnH-\8'A), Histoire de l'Économie IKililiquc en Europe (1837). Les classes ouvrières en France (1818). —

Bastiat (1801-1850), Cohden ou In ligne. Pamphlets. Harmonies économiques. — LÉON Faucher (1803-1854), Éludes sur l'Angleterre (1845). Mélcmges . — Cqq\]'B.w^ (1803-1852), Dicliojinaire d'Économie politique.— MiCHKL Chevalier (1806-1879), Lettres sur f Amérique (1833-1835). Des intérêts nnturelsde laFranceen 1838. L'organisation du travail et la question des fravailteiers {[8i8). — LKONCR Lavergne (1809-1880), Les Économistes français du xviii* siècle (1853), CEconomie rurale de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande (1853). L'agricidture et la popidation (1855). L'économie rurale de la France depuis 1789(1860). WoLOWSKi (1810-1876), de l'organisation du travail (1819). La question des hanqjtes (1864). L'or et l'argent (1872). — Joseph Garnier (1813-1881), Édition de Malthus. Traité d'Économie politique et industrielle. Richard Cobden et les ligueurs. Du principe de la population. Traité des finances. Notes et petits traités. Premières notions d'Économie politique. — Couucelle- Seneuil (1813). Le crédit et la banque. Traité théorique et pratique des opérations de banque. Traité théorique et pratique des entreprises industrielles commerciales et agricoles. Traité théorique et pratique d'Éco7iom.ie politique. Étude sur la sciejice sociale. ..Liberté et Socialisme. — Jules Simon, l'ouvrière, le travail, le libre éc/(fl«,7e. — Baudrillart, dk Lavkleyk, de Molinari, Frédéric Passy, Léon Say, Levasseur, Leroy-Beaulieu, etc.*.

2° Les orthodoxes allemands. Jusqu'au début de ce siècle, l'Allemagne n'avait pris qu'une faible part aux recherches économiques. A partir de ce moment elle entre en scène à son tour avec les qualités propres de son esprit essentiellement systématique, mais patient et observateur, et très désireux dans sa complexité de concilier les doctrines contraires. Jusqu'au milieu du siècle, elle est occupée à s'assimiler les résultats

1. Les ouvrages île Cournot : Recherches sur les Principes mathématiques de la théorie des richesses (1838) et Principes de la théorie des richesses (1863) ont une haute importance au point de vue de la méthode, mais ils rentrent difficilement dans Tune ou l'autre des catégories d'ouvrages que nous venons de signaler.

obtenus par l'École de Smilh*. A partir de 1848, elle produit des systèmes originaux appelés à un immense retentissement.

Von Thiinen (1826)^ pousse à leurs dernières conséquences les idées de Ricardo sur l'inévitable écart que le progrès économique doit produire entre le salaire de l'ouvrier et le bénéfice du propriétaire. Il n'y voit qu'un remède : la réunion dans les mêmes mains du capital et du travail, c'est-à-dire la remise au producteur des instruments de la production. Mais Hermann et Rau, sans répudier le Smithianisme, s'efforcent de le concilier avec les nouvelles conditions de l'industrie et de la société en général. A cùté de l'intérêt personnel, premier ressort de l'activité productive, Hermann signale un esprit social, un ensemble de tendances ayant pour objet la collectivité et dont l'effet est d'atténuer les rigueurs de la lutte économique. Dès lors commence le long effort de la science allemande pour mettre d'accord l'économie avec la morale et avec la politique. Rau, pendant de longues années d'enseignement à l'université d'ileidelberg et dans de nombreuses publications souvent rééditées (son Manuel est de 1826), traite selon le môme esprit toutes les questions relevant de la science des richesses. 11 intro-

1. Il faut excepter Fichte dont nous aurons A parler tout à riii'uro comme précurseur du socialisme contemporain.

2. Nous donnons pour chaiiue auteur la date de l'ouvrapre principal. Von Thiinen est mort en 18('J, HeriMunn en 18G8, Hau m

duit la clarté des définitions et des classifications en une multitude de sujets qui n'avaient été, avant lui, qu'esquissés à grands traits, et nourrit de nombreuses illustrations historiques et statistiques les solutions d'Adam Smith et de J.-B. Say. Il revient à la division fondamentale que nous avons relevée chez Smith entre la science et l'art économique, dépassant ainsi sur un point essentiel les économistes historiques dont il est le précurseur immédiat.

C'est en Allemagne que la doctrine d'Adam Smith a porté ses fruits les plus abondants. Après une mémorable discussion, la théorie libre-échangiste triomphe au congrès économique de Stuttgard, en 1861, et pénètre la législation prussienne. Pleins d'une confiance sans bornes dans l'initiative individuelle, des hommes comme Schulze-Delitzsch, Pfeifer, Wolf, Max Wirth et Prince Smith cherchent dans la multiplication des sociétés coopératives la solution de la question sociale ; ils provoquent congrès sur congrès et l'agitation qu'ils propagent remue si profondément le peuple allemand que Schulze-Delitzsch croit pouvoir se vanter en plein parlement d'avoir obtenu cette solution tant désirée. Mais l'ambition des travailleurs dépassait de beaucoup les modestes satisfactions que pouvait leur assurer l'application du laissez faire et du laissez passer. Le parti socialiste, dont nous verrons tout à l'heure la rapide évolution, loin d'être désarmé par ces institutions libérales, n'y trouvait qu'un moyen nou-

veau de propagande, et d'autre part, l'École de Manchester allait rencontrer devant elle des doctrines philosophiques nouvelles auxquelles il lui serait de plus en plus difficile de s'adapter.

Page 1