IV. — Épicuriens et Stoïciens
On sait qu'après Aristute, pendant les derniers siècles avant J.-C.,les deux doctrines qui eurent le plus d'adhérents furent l'Épicurismeet le Stoïcisme. Malgré leurs réelles oppositions, elles ont quelque chose de commun, parce que toutes deux se rattachent, la première par les Cyrénaïques, la seconde par les Cyniques à la même origine, à savoir l'enseignement de Socrate, et ce trait commun est précisément ce qui peut ici nous intéresser le plus.
Toutes les philosophies de ce temps cherchent le bonheur ou le souverain bien et toutes s'accordent à déclarer qu'il réside non dans les choses extérieures, mais dans l'usage que nous faisons de ces choses ; et comme cet usage dépend de l'opinion que nous avons des choses, c'est dans la direction de l'esprit que réside le souverain bien. A ce point de vue la richesse comme les honneurs est ou indifférente ou nuisible au progrès de l'homme dans la vertu ; elle est donc méprisable et la sagesse consiste moins à savoir s'en servir qu'à s'en passer. De là l'éloge unanime de la pauvreté célébrée par les Épicuriens comme par les Stoïciens. On le voit, c'est le second point de vue des
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])]iilosophos antérieurs, le [)oint de vue moral qui domine exclusivement pendant cette période. Les études économiciues, qui dans ce temps ne pouvaient guère être poursuivies que par les }>liilosophes, se trouvent du même coup supprimées.
Los Épicuriens. — La morale d'Épicure est utilitaire ; elle a pour principe et pour fin le plaisir. Elle conseille d'abord au sage de penser à l'avenir, d'épargner, d'acquérir i)our se suffire à lui-même. Mais elle lui apprend aussi à être heureux dans toutes les conditions en réglant les dispositions de son àme. La satisfaction des besoins de la chair, source du i)laisir, trouve dès lors un contrepoids dans les jouissances d'un esprit éclairé, qui sait combien le plaisir du corps est instable et mêlé de peines et qui fait dépendre son bonheur avant tout de l'absence des passions troublantes. Le sage n'a besoin que de pain et d'eau })our être heureux; (^ il méprise les plaisirs du luxe, non, sans doute, pour eux-mêmes, mais pour les peines qui les accompagnent. » — « Souvent rac([uisition des lichesses, dit Épieure, est un changement de misères et n'en est pas le terme. Voulez-vous enrichir Pythoclès ? n'ajoiilc/, point à ses richesses ; <')te/ à ses désirs. » (l'est une grande l'orliiMc ([ue la pauvreté réglée sur les lois de la naliur. (lu sait ({u'i'^picure et ses disciples donnèrent l'exemple de cette pauvreté savante. « Leur vie, dit un historien de la philosophie (Diogènc de Laërte), était d'une simplicité et d'une
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sobriété excessives; un cotyle de petit vin leur suffisait ; et quant à l'eau, ils se contentaient de la première venue. " Dans une lettre à un ami, Épicure lui dit : « Envoie-moi du fromage de Cythère afin que je puisse faire grande chère quand je le voudrai. » Une autre fois, écrivant à Polyène, il se vante de ne pas dépenser un as pour sa nourriture, tandis qu"à Métrodore, moins avancé que lui, l'as entier est nécessaire'.
Les Cyniques. — Les Cyniques, précurseurs des Stoïciens, professent dès lorigine un égal mépris de la richesse, et pour la même raison, à savoir qu'elle est relative aux exigences du besoin. Dans le Banquet de Xénophon,Socrate dit à Antisthène, le premier des Cyniques. « A ton tt.ur maintenant, dis-nous pourquoi, toi qui es si à court, tu es fier de ta richesse ? — Parce que je crois, mes amis, répond Antisthène, que les hommes n'ont pas leur richesse ou leur pauvreté dans leurs maisons, mais dans leurs âmes. Je vois, en effet, lin grand nombre de particuliers qui, avec une grande fortune, se croient si pauvres qu'ils bravent tous les travaux, tous les dangers pour acquérir plus encore. Je sais des frères qui ont hérité par portions égales : eh bien, l'un a le nécessaire et même le superflu et lautre manque de tout. J'observe même qu'il y a certains tyrans si affamés de richesses qu'ils commet-