‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 9 sur 62 · ÉPICURIENS ET STOÏCIENS · texte numérisé non relu

ÉPICURIENS ET STOÏCIENS

travail. C'est parle travail manuel, et le plus rude, que les uns et les autres gagnent leur vie et s'assurent l'indépendance. Ils ont dans ces humbles tâches les esclaves pour compagnons, et dès lors cessent de les dédaigner. Rien n'est vil que la lâcheté et le mensonge. D'ailleurs, dans l'univers chaque être a sa fonction marquée par Jupiter ; dans la société chacun a sa tâche à remplir pour le service de lliumanité. Cléanthe, qui puisait de l'eau la nuit pour un jardinier et bêchait ses i)lates-bandes, disait : " Les riches jouent à la boule ; moi, j'ôte à la terre sa dureté et sa stérilité à force de travail. » Ni le travail ni le salaire n'avilissent.

Les juges, les magistrats, les généraux, les empereurs mêmes ne reçoivent-ils pas un salaire ? La vie tout entière n'est-e!le pas un laborieux esclavage ; ne sommes-nous pas tous égaux devant les vicissitudes de la fortune et devant la mort? La seule servitude déshonorante est celle des passions et du vice. l"n esclave vertueux est supérieur à un honune libre dépravé. Ainsi les Stoïciens essayaient de relever le travail manuel de la condamnation que les philosophes grecs avaient portée contre lui.

Mais ils ne l'approuvaient qu'en tant ({u'il assurait au sage lindépendancc et le préservait du besoin, lui et ses proches. Dès qu'il se proposait pour but la richesse, ils le i)renaient en pitié; la richesse, nous l'avons vu, n'a point de valeur propre à leurs yeux :

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le sage ne s'en occupe que pour se demander quelles en sont les sources permises, quand, comment et jusqu'où il convient de s'enrichir'. Le précepte : « Suis la nature », ne veut point dire « Suis le penchant qui te pousse à rechercher ton bien-être, à entasser des richesses. » 11 veut dire : « Suis ta nature d'homme, qui est celle d'un être raisonnable, obéis à la Raison; fais dans le monde ce que cette Raison universelle attend de toi, fais ton devoir en un mot et méprise tout le reste. »

Qu'eût fait au surplus le travailleur de ses produits? Le Stoïcien ne doit pas se livrer au commerce. Si pendant une famine un honnête homme qui vient d'acheter du blé à l'étranger apprend qu'un convoi considérable est sur le point d'arriver, est-il tenu de le déclarer à ses concitoyens ? Non, dit l'opinion vulgaire. Oui, dit le philosophe ; car le sage, non seulement ne doit pas nuire à ses semblables, mais il est tenu de les obliger de son mieux en toute occasion. En général, le commerce, surtout le commerce de détail, où l'on ne peut éviter de mentir, est peu digne d'estime. Les philosophes qui proscrivaient ainsi l'échange ne pouvaient encourager la production industrielle.

Cicéron, Stoïcien pourtant en morale, va jusqu'à condamner, non seulement le commerce, mais toutes les formes de l'industrie ; le travail mécanique est

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