II. — Angleterre
En Angleterre, la littérature économique resta d'une étonnante fécondité. Ce sont ces écrivains que les Allemands appellent les Epigones, en souvenir de la mj thologie grecque, qui avait donné ce nom aux fils et successeurs des sept chefs devant Thèbes.
* Ainsi Modeste, le Prêt à intérêt, dernière forme de l'esclavage, Paris,
"^ Pour cette question de la prohibition de lintérèt par l'Eglise et pour l'introduction de la permission ou tolérance actuelle, voyez nos Eléments d'économie politique, où le sujet est traité avec plus de détails i2'- éd., pp. 469 et s.). — Voyez Pages, Dissertation sur le prêt à intérêt, 1820.
Le disciple le plus immédiat et le plus fidèle de Ricardo fut James Mill, dont le fils Stuart Mill devait illustrer davantage le nom'. James Mill, préludant à cette diversité de travaux qui sera un des caractères de son fils, a donné, comme historien, une Histoire des Indes anglaises (1817); comme économiste, des Eléments d' économie politique (1821), qui ne sont (ju'un résumé des théories de Ricardo, sans grandes vues et sans originalité; comme philosophe enfin, une Analyse de V esprit humain (1829) et un Essai sur le gouvernement. Dans ce dernier ouvrage, James Mill conclut d'une manière fort radicale au gouvernement du pays par le pays, au moyen du suffrage universel, qu'un système bien préparé d'éducation aurait dû, au préalable, rendre possible et éclairé. Très radical comme on le voit, James Mill ne poussait pas non plus très loin le respect de la propriété. Mais nous reviendrons sur ce point*. James Mill est un esprit de second ordre, enclin comme son fils à l'abus de la méthode métaphysique dans les sciences sociales.
Senior (1790-1864) fait paraître en 1826 des Lectures on political economy\ où il développe la théorie du fonds des salaires et la loi du rendement plus que proportionnel en industrie*.
Mac-Gulloch (1779-1864), outre d'innombrables articles de revue et des travaux de statistique, a laissé des Principes d'économie politique (1825), précédés d'une intro-
^ James Mill (1773-1836), iils d'un cordoniiier écossais, avait été destiné à la carrière ecclésiastique, grâce aux libéralités do sir Jolin Stuart de Fetler- •cairn, qui lui fit faire ses études à l'Université d'Edimbourg. En 1802, il vint à Londres avec son protecteur, tourna au scepticisme pliiIosoplii<iue et se lia avec Ricardo et Bentliam. Il avait obtenu en 1819, dans les bureaux de la Compagnie des Indes, une place qui lui rapportait 50.000 francs, somme énorme surtout pour l'époque.
- Infra, 1. IV., ch. v, g 4.
3 Ouvrage traduit en français sous le nom de Principes fondameiitaux de l'écononiii; jioUUque.
* Voyez Stuart Mil!, Principes de Véconomic jioliti(]ue,[l. IV, ch. ii (tr. fr., t. II, p. 250).
l'économie politique après SMITH ET RICARDO 319
duction intéressante sur l'histoire de l'économie politique et conçus sur le plan classique de la division en quatre parties. Mac-Culloch tient pour le fonds des salaires, selon la doctrine alors dominante. On signale chez lui l'opinion que les impôts, aussi bien que les charges de famille, stimulent la production. Malgré ces erreurs, nous pensons que Mac-Culloch ne méritait point l'oubli trop grand dans lequel il est tombé.
Sir Robert Torrens (1780-1864) soutient particulièrement la cause du libre-échange et réclame l'abolition des cornlaws. Ce serait lui qui, d'après Stuart Mill*, aurait eu la première idée de la « valeur internationale », que nous rencontrerons en étudiant ce dernier'.
Thomas Tooke (1774-1858), sans avoir fait de traités généraux ou didactiques, est célèbre par son Histoire des prix^, comme Edgar Gibbon AVakefield (1796-1862) par son système de colonisation^. Mais Tooke et "Wakefield nous emmènent déjà vers une génération plus récente, où le culte des premiers maîtres de la science économique n'allait plus être aussi fidèle.
Une femme aussi, Mrs Marcel, se fit un nom dans la littérature économique. On lui doit, non seulement des Conversations on polilical econowz?/, mais encore, sous le pseudonyme devenu célèbre de John Plopkins, un volume de Notions on political economy, ouvrages qui eurent l'un et l'autre un assez grand nombre d'éditions.
Pour lors, parmi les auteurs qui osaient élever quelque protestation contre les théories smitliianistes et ricardiennes, nous ne voyons guère à citer que Richard Jones, professeur à Hailej'bury, auteur d'un Essay on ihe dis-
' Principes cC économie politique, 1. III, ch. xvn, ^2itr. fr.,t. Il, p. 108),
2 Infra, ch. vi, « Théorie de la valeur internationale «.
' A histor\i of priées and of tlie states of the paper-circuîation froni ■nos to i831, paru de 1838 à 1848.
* A view of the art of colonisation, 1849. — Voyez nos Eléments d'économie politique, 2e éd., p, 628.
trïbution oficealth and on the sources of taxation (1831), ouvrage longuement étudié par Ingram ^
Nous rencontrerons plus tard Stuart Mill, dont les Anglais font le quatrième maître de la science, aux côtés de Smith, de Malthus et de Ricardo : car ils n'acceptent pas J,-B. Say, qui était un Français.