III. — Allemagne
L'Allemagne n'entra qu'assez tard dans legrand courant des études économiques. Le souffle libéral du xviii^ siècle y avait circulé moins librement que dans d'autres pays; elle n'avait point fait de Révolution, bien qu'elle eût senti lourdement la nôtre passer chez elle; et elle atteignait ainsi le xix" siècle avec tout un régime de corporations obligatoires, de corvées, de justice seigneuriale et de privilèges nobiliaires, même avec le servage dans certaines parties du pays, en un mot avec tout un ensemble d'institutions féodales qui contrastaient étrangement avec le régime intérieur de l'Angleterre et avec l'égalité des droits civiques, telle que la Révolution venait de la donner à la France. Ajoutez a cela la multiplicité des Etats souverains, de telle sorte que les douanes intérieures eussent en Allemagne une base que notre unité nationale française, dès longtemps
* Ingram, Histoire de T économie politique, pp. 203 et s. — Cependant Price, dans son History of poUtical economy in England from Adan\ Smitli to Arnold Toynbee (1890i, ne trouve rien à en dire que ceci : « Malthus' successor at Haileybury, Richard Jones (1790-1855). controverted many of liicardo's positions on the tlieory of rent in his Essaij on the distribution of wcallli and on tlte sources of tcuration. But Ricardo's iniUience on the gênerai course ol'English économie opinion remained uasliai<en ." {Op. cit., cil. m, 2eédit., p. 64). — Jones est entièrement inconnu a Block et au Dictionnaired'économiepoliliijv.edf' Léon .Say et Cliailley-Bert. Pourtant Sherwood (professeur d'économie politique à l'Université John Hopkins) le mentionne en ces termes : « Bagehot and Leslie and, to some extent, previous writers like Jones hâve pointed ont tlie relativity of the classical system in the économie conditionsof England al the close of thexvin"' century and lliebeginning of the xix'" century» {Tendencies in American économie titouglit, Baltimore, 1897, p. 10).
* Voyez Roscher, Geschichte der Nationalœnomik ; — Richard Schiiller,. Die Wirthschaftspolitik der historischen .Sr/M(/e, 1899.
constituée, leur avait enlevée chez nous depuis plusieurs siècles.
Une lutte dans les idées était inévitable.
Les deux principaux représentants des institutions féodales furent Haller' et Adam Millier-. Haller défend énergiquement le servage {Leibeigenschaft) et les justices seigneuriales, qui lui paraissent une suite naturelle de la propriété^ foncière ; MûUer fait l'éloge de la féodalité, qu'il appelle « la fusion la plus élevée des hommes et des choses » ; et tous deux s'accordent à attaquer vivement Smith et l'école libérale.
A côté d'eux, d'autres écrivains comme Sartorius, So- -den, etc., et avec eux le grand jurisconsulte Savigny prennent une attitude moins systématique ; ils se placent tout simplement sur le terrain des faits et des institutions, soit pour les justifier, soit pour conseiller de n'y toucher qu'avec des précautions infinies. On peut voir en eux 'les précurseurs de l'école historique.
L'influence que la Révolution française avait exercée sur l'histoire de l'Allemagne, et les suites qu'elle avait eues, expliquent assez bien cette attitude nettement réactionnaire d'une notable partie de la littérature économique et politique au commencement du xix" siècle. Par contre, il est vrai, le génie allemand aurait dû s'accommoder fort bien du caractère rationnel de l'économie politique anglaise, avec le penchant qui portait celle-ci aux généralisations et à l'étude des éléments tj-piques. et avec la préférence que beaucoup d'économistes anglais donnaient alors à la méthode métaphysique.
Aussi bien Adam Smith ne manqua pas de disciples. Kraus fut un des premiers^. A dater de 1790, il se consacra
1 Karl Ludwig von Haller, Restauration der Staatsicissenschaften, 1816.
- Adam Mûller, Die Elemente der Staatskunst, 1809.
' Christian Jacob Kraus, successivement professeur de philosophie, de mathématiques et d'histoire à l'Université de Kœnigsbery, auteur d'une Staatswir thschaft {[80'i-\8il) et de Vermischte Schriften.
aux études écouomiques et politiques ; il renouvela l'enseignement des sciences camérales et implanta par là les doctrines classiques — die klassische Nationalœkono'mie, qu'il faudrait bien se garder d'appeler l'économie politique nationale au sens français de ce dernier mot.
Mais ces problèmes de la liberté du travail ou du maintien des corporations {Zunfté), ceux de la suppression des douanes intérieures et ceux de l'affranchissement de la propriété paysanne absorbaient une notable part de l'attention des économistes. Jacob' voulait remplacer le système corporatif fermé par le système des associations libres; d'autre part son interventionnisme étroit et son désir de ne pas sacrifier l'intérêt général à quelques intérêts particuliers lui faisaient encore croire que la propriété, n'étant pas un droit absolu, avait besoin d'être limitée par la recherche des buts généraux et plus importants à l'égard desquels elle n'était elle-même qu'un moyen. Lotzserait l'auteur le plus libéral de cette génération. En tout cas, celui dont l'influence est restée certainement la plus grande, fut Rau (1792-1870), professeur à l'Université d'Erlangen, puis à celle d'Heidelberg^. Rau n'est cependant qu'à demi libéral; tout au moins ne s'élève-t-il que lentement vers les doctrines classiques, surtout dans leur application à l'Allemagne. Partisan du rachat des corvées et des charges qui pesaient sur la classe rurale, il ne laisse pas d'être temporisateur et quelque peu flottant dans le choix des moyens qu'il faut mettre en œuvre pour les racheter; surtout, il demeure trop fidèle au vieux système annonaire du xviii' siècle avec les greniers d'abondance et les ventes de grains à vil prix. Aussi, en 1828, en était-il encore à combattre l'idée d'un Zollverein allemand.
' Jakolj, auteur des Grundsaetze der Polizeigesetzgebung et des Grundssptze der Nationalœkononiie (1809).
2 Lotz, conseiller d'Etat du duché de Saxe-Cobourfr, auteur dun Handbuch der StaatvAssenschaftsle/ire, Erlangen, 1821.
•' Auteur de Ansichten derVolksnirthschaft, 1821 ; Grundsaetze derVolksvnrthschaftspflege, 1828; Lelirbuch der politiscfien Œkonomie, 1826-1832.
l'économie politique APRES SMITH ET RICARDO 323
Ce qui est à remarquer, c'est que les deux principaux ministres réformateurs du royaume de Prusse, Stein et Hardenberg, appartenaient l'un et l'autre au groupe des admirateurs d'Adam Smith,
D'autres auteurs allemands se consacraient à des branches spéciales de la science économique. Nous n'en citerons qu'un, Nebenius ', auteur d'un bon traité de crédit public, paru en 1819. Nebenius réclamait déjà le libreéchange et ne fut pas étranger à la conclusion du Zoilverein.
Pour être complet, nous rappellerons encore Hermann (1795-1868), Bavarois d'origine, professeur à l'Université d'Erlangen, puis à celle de Miinich, et député à l'Assemblée nationale de Francfort en 1848, auteur de Recherches économiques dans le sens d'Adam Smith et de Say ; enfin Mangoldt (1824-1868), professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau, esprit déjà plus éclectique, connu surtout pour son Unternehmers Geirinn (ou Gain d'entrepreneur), ouvrage qui passe en Allemagne pour avoir renouvelé la théorie scientifique du profit et qui, dans tous les cas, mit fin à la confusion que l'école anglaise avait faite si longtemps entre le profit d'entrepreneur et les loyers ou intérêts du capital.
Dussions-nous faire un retour en arrière, cest à l'Allemagne aussi, nous semble- t-il, que nous aurions dû rattacher Storch (1766-1835), qui. Russe par sa naissance et par ses hautes fonctions à la cour du tzar Alexandre P"" comme précepteur du futur empereur Nicolas P"", n'en était pas moins Allemand par sa formation aux Universités d'Iéna et d'Heidelberg. Storch a publié en 1803 un Tableau historique et statistique de l'empire de Russie ; il s'est illustré surtout par son Cours d'économie politique
' Nebenius (1784-1857), ministre du grand-duclié de liade, auteur de Der wlfentliche Crédit, dargestelU in der <ieschicfite loid der FoUjen der Finanzoperationen der grossen europirischen Staaten, et de Der Deutsche Zollverein, sein System und seine Zukunft (183.")).
OU Exposition des principes qui déterminent la prospérité des nations, ouvrage qui, écrit pour l'instruction des grands-ducs Nicolas et Michel, fut publié en 1815 et traduit ensuite du russe en allemand par l'économiste Rau. La traduction française, parue en 1823, est enrichie de longues et nombreuses notes de J.-B. Say. Storch, qui a eu une réelle autorité, mais qui est bien oublié maintenant, est clair et didactique comme son annotateur. Nous signalons de lui, au passage, une théorie de la valeur causée tout entière par le besoin ', comme l'école autrichienne le détaillera plus tard ; puis une distinction entre le revenu primitif, m qui résulte d'une production matérielle », et le revenu secondaire dans lequel il met les salaires même industriels ^ — théorie que Storch parait bien emprunter aux physiocrates ; — enfin une division quadripartite des revenus en salaires, rente du capital (c'est-à-dire loyer ou intérêt), rente foncière et profit d'entrepreneur. 11 serait entendu ici que le fermage se décomposerait en deux éléments, dont l'un serait la rente primitive ou rente foncière pour la location de la terre vierge, et dont l'autre serait une rente (ou loj^er de capital) pour les améliorations immobilisées^. Storch décompose pareillement le profit d'entreprise en salaire d'entrepreneur et intérêt de capital; en quoi, confondant entrepreneur et capitaliste, il se trompe bien évidemment*. Antérieur à Ricardo, il ne soupçonne rien de la rente diâerentielle. Mais comme lui il croit à un salaire nécessaire : ce dernier varierait selon les industries, et, outre l'entretien de l'ouvrier, il devrait com-
1 « La valeur naît des besoins de l'homme et de YxUilité des choses. C'est
&\i jugement à découvrir le rapport ([ui existe entre ces deux éléments
La valeur n'est pas une qualité inhérente aux choses : elle dépend de notre jugement. Nous jugeons que telle cliose est plus ou moins propre à tel usage auquel nous voulons l'employer, et c'est cette estime qui constitue la valeur. Donc la valeur n'a d'autre source que l'opinion » (Op. cit., Introduction générale, ch. iv, t. I, pp. 53-54 de l'éd ranç.).
» L. III, ch. II (t. I, p. 272).
3 L. III, ch. XI (t. I, pp. 35i).
* L. III, ch. XIII (t. I, p. 377 et s.).
l'ÊCX)NOMIE politique après SMITH ET RICARDO 325
prendre aussi le renouvellement de la classe ouvrière : on aurait ainsi et très clairement la loi, non pas morale, mais tout simplement économique, de ce qui est appelé aujourd'hui le salaire familial absolu et moyen '.
Le véritable intérêt que Storch présente encore actuellement, c'est la description d'un régime économique et social fort différent de celui de l'Angleterre et de la France"'; et Storch en prend occasion pour exiti-imer sa conviction, que « c'est rendre un service essentiel à l'économie politique et fournir de nouvelles preuves évidentes à ses principes, que de montrer qu'ils se vérifient ici comme ailleurs^ ».
VON THUENEN
En Allemagne, l'esprit le plus original de cette période, c'est sans contredit l'agronome prussien von Thiinen (1780-1851), célèbre par sa théorie de « l'Etat isolé » et par sa thèse, presque nouvelle alors, du rapport entre les salaires et la productivité du travail.
Grand propriétaire foncier à Tellow, en Poméranie, Thiinen se demande s'il y a des principes généraux qui puissent conduire un cultivateur à faire les plus grands profits. C'est à cette question qu'il répond dans son livre fameux de Y Etat isolé\ paru, pour la première partie au moins, en 1826.
Thûnen suppose d'abord une vaste plaine, uniforme et
' L. III, ch. IV (t. I, pp. 290 et s.).
* Voir surtout le tome IV de l'édition française. 3 Préface (t. I, p. xi).
* Der isolirte Staat, iri Beziehung aiif Landivirlhschaft und Nationalœkononiie. — La première partie (UntersHcfiungen ïiber dcn Ein/Iuss,den die Getreidepreise, der Reicfithuni des Bodens und die Ahgaben auf den Ackerbaxi ausùben) a été traduite en français en 1851 sous ce titre : Recherches sur l'influence que le prix des grains, la richesse du sol et les impôts exercent sur les systèmes de culture. La seconde partie (Der naturgemxsse Arbeitslohn und dessen Verhxltniss zum Zinsfuss und zur Landrente) n'a été traduite qu'à moitié, sous le titre Le salaire naturel et son rapport au taux de V intérêt (1857).
identique à elle-même en toutes ses parties, et ne possédant ni canaux, ni rivières navigables qui puissent en différencier les diverses régions par des facilités inégales de communication. Au milieu est une grande ville, et il n y en a pas d'autre dans tout le pays : le pays lui-même, isolé par définition, n'entretient aucun rapport avec le reste du monde. Cette supposition bizarre ne se fût jamais présentée à l'esprit d'un Anglais : mais elle est moins absurde dans le cerveau d'un Poméranien, qui ne conçoit rien autre que la plaine uniforme qui va de Magdebourg à Kœnigsberg et des monts Karpates jusqu'à la Baltique. Toutefois, ce qui est plus étonnant, c'est qu'une hypothèse aussi chimérique ait amené d'intéressantes déductions.
Dans cet Etat imaginaire, c'est la ville qui doit fournir tous les produits manufacturés; ce sont les campagnes qui doivent donner, sans aucun appoint de l'étranger, toutes les denrées alimentaires. Tout autour de la ville se dessinent des zones concentriques affectées à des produits spéciaux.
La première zone est réservée à ceux dont la conservation est impossible, comme le lait et les légumes frais, et à ceux qui, étant encombrants comme les fourrages, se prêtent mal aux transports; la deuxième est la zone de la culture forestière, parce que le bois, plus facile à conserver que le fourrage, est presque aussi difficile à transporter; la troisième est celle de la culture continue par assolement régulier entre les céréales et les autres récoltes; la quatrième est celle de la culture pastorale; la cinquième est celle de la culture alternative (ou triennale"), peu intensive et dépourvue d'engrais; la sixième repose sur l'industrie du bétail avec transport des cuirs et des laines (comme font aujourd'hui les lointaines régions de l'Australie et de la PlataV.
^ Au point de vue de la culture intensive et du transport des engrais, il y a quel(|ue chose de semblable dans lioisguilbert, Traité des grains, II« partie, ch. VI (édit. (luillaumin, p. 350).
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Bien plus, dans chaque domaine, en admettant que les bâtiments d'exploitation soient au centre, on peut observer des zones concentriques analogues; et ici l'observation de Thiinen est d'une frappante exactitude pour quiconque regarde un domaine isolé placé dans une situation quelque peu semblable. La maison y est entourée du jardin et des menues récoltes exigeant le plus de soins journaliers: viennent un peu plus loin des terres à culture continue, situées à une distance moyenne, mais assez faible encore pour que les engrais y soient transportés commodément; enfin, tout aux limites de la propriété, se trouve une ceinture extrême de bois pour le chauffage domestique et de terres laissées fréquemment en jachère.
Telle est la théorie qui a fait connaître von Thiinen.
La seconde partie de Y Etat isolé est consacrée au salaire naturel et à ses rapports, soit avec le loyer des capitaux, soit avec la rente de la terre. Thiinen se demande avec inquiétude « si le bas salaire que le manœuvre reçoit presque partout, est conforme à la nature, ou bien s'il provient d'une usurpation à laquelle l'ouvrier ne peut plus se soustraire ». Cette partie de l'œuvre de Thiinen ne parut qu'en 18.50. Mais il y avait plus de vingt ans qu'il en assemblait et en revisait sans cesse les matériaux, puisque dès 1830 il écrivait à son frère toute la joie qu'il avait éprouvée en se démontrant à lui-même la fausseté de la prétendue loi du salaire nécessaire, « une de ces lois, disait-il, qui légitiment toutes les duretés et qui, en démontrant l'impossibilité du progrès, dispensent tout le monde de le poursuivre* ». Et il constatait que le salaire a une double base : l'une qui se déduit des besoins de l'ouvrier, parce que la population ouvrière ne pourrait ni vivre, ni se renouveler, s'il n'y était pas pourvu, ainsi que l'avait
' LeUre du 7 nov. 1830, citée par Schuhmacher {Ueher Thûnen's Gesetz vont naturrjemœssen Arbeitslohne und die Bedenlung dièses Gesetzes fur die Wirklichkeit, 1869, pp. 3-5).
déjà remarqué Adam Smith * ; l'autre, qui se déduit dugain que l'ouvrier procure au patron, c'est-à-dire de la productivité du travail. Il est vrai que Thùnen demande à l'ouvrier de ne se marier qu'avec le sentiment de la responsabilité qu'il assume et du progrès auquel il doit faire monter ses enfants".
De là, quoi qu'il en soit, sont venues, chez Thïmen, deux formules restées fameuses l'une et l'autre.
D'après la première de ces formules, « le salaire est égal au surcroît de produit fourni dans une grande exploitation par l'ouvrier placé le dernier », parce que, suivant l'expression de M. Block, « on ne peut pas augmenter indéfiniment le nombre des ouvriers qu'on met à une besogne, sans qu'il }' ait un moment où le produit ne vaudrait pas le salaire qu'il a coûté ^ ». Dans un champ de pommes de terre, par exemple, pour faire enlever en un jour les tubercules contenus dans un morgen, on emploie cinq ouvriers, qui en enlèvent 80 hectolitres, mais qui en laissent quelque peu. Si on employait six ouvriers, ils en enlèveraient 86 hectolitres dans leur journée : donc le dernier ouvrier placé donnerait un surcroît de rendement égal à la valeur de 6 hectolitres. Théoriquement, ce dernier ouvrier placé ne peut être pajé ni plus ni beaucoup moins que la valeur de ces 6 hectolitres; car, si on devait le payer plus, on ne le prendrait pas, et si on devait le payer sensiblement moins, on en prendrait un septième dont le rendement de travail payerait encore le salaire. Or, tous les ouvriers seront payés également entre eux, sur la base du rendement du dernier, de même que les blés des terres les meilleures ou les plus rapprochées se vendent d'après les prix les plus bas avec lesquels les terres éloignées ou maigres peuvent encore être cultivées en
^ Richesse des nations, 1. I, ch. viii (t. I, p. 88). * Lettre du 7 nov. 1830.
^ h\oc[i, Progrès de la science écono7ni(jue depuis Adam 5niit/j, l'^édit., t. II, p. 202.
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céréales. Le lien entre la théorie de Thi'inen et celle de Ricardo est donc des plus frappants.
D'apiès la seconde formule, le salaire est une moyenne proportionnelle entre les besoins de l'ouvrier, au dessous desquels il ne peut jamais descendre d'une manière normale et prolongée, et la productivité du travail, qu'il ne saurait pas davantage dépasser. De là l'expression s = i^ a p, en appelant s le salaire, a l'aliraentalion et p la productivité. Tliunen tenait tellement à cette formule qu'il voulait qu'elle fût gravée sur sa tombe. Elle reste malheureusement d'une exactitude fort hypothétique, parce que ni le strict nécessaire, ni la productivité moyenne et constante du travail ne sont des quantités susceptibles d'être déterminées arithmétiquement.
Thi'inen, quand il traite du salaire, doit être rattaché à l'école mathématique. On a essayé aussi de voir en lui un des précurseurs intellectuels, mais involontaires, du socialisme scientifique en Allemagne'. Thiïnen, il est vrai, après en avoir eu dès longtemps la pensée, associa spontanément, en 1848, les villageois de Tellow aux résultats de son exploitation; mais il n'est point exact qu'il ait posé le principe d'une participation de l'ouvrier aux gains du capital. Quant à l'autorité que son système a exercée, elle est demeurée assez faible : ni Rau-, ni Roscher-', ni Mangoldt* n'ont cru que la tentative de Thiinen pour formuler une loi générale du salaire eût abouti à un énoncé d'une vérité générale ou au moins suffisamment approximative.
' Etudier à ce propos Andler, Origines du socialisme d'Etal en AUet^iagne, 18'J7, et particulièrement 1. III, ch. iv, § i, hérissé des formules algébriques de Thiinen.
• Rau, Grundsœtze der Volkswirthschaftslehre, 18G0, Ji 200.
' Roscher, System der Volkswirthschaflsleli^-e, 1874, ^g 173, 183.
* Mangoldt, Grundriss der Xolkswirthschaftslehre, 1863, pp. 160-164.