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A une autre extrémité, au contraire, bien loin de l'étude de l'histoire et du sentimentalisme philanthropique, l'école autrichienne retournait à la métaphysique, caractérisée comme elle l'est par une analyse profondément touillée de tous les concepts économiques tels que bien, valeur et capital, et par la rigueur mathématique de ses déductions et de ses formules.
Son chef le plus en vue est M. Karl Menger, professeur à l'Université de Vienne'. Autour de lui se groupent d'autres maîtres renommés, M. de Bœhm-Bawerk notamment et M. Sax — ce dernier profes-eur à l'Université de Prague.
Nous signalerons parmi les idées principales que Karl Menger a exposées ou développées : 1° sa théorie de la valeur ; 2° sa théorie de l'échelle des biens; 3" ses vues sur les types et les rapports typiques.
La théorie de la valeur selon Menger est troj) connue pour que nous y revenions ici. C'est la théorie de « l'utilitélimite », Grenznutzen,ex^vess\on que M. Blocka traduite — d'après le sens plutôt que d'après le dictionnaire — par
' Ne pas confondre Karl Menger avec son frère Anton Menger, qui est également professeur a l'Université de Vienne, mais qui est socialiste. — M. Karl Menger a donné les Grund^ietze der VolksunrthschafUehre (dont un volume seulement a paru, en 1872); les L'ntersuchungen âber die Méthode der Socialwissenschaf'ten und der politischen Œhononiie insbesondere 1 1883) ; et Die Irrthùmer des Historismus in der Xationalœkonomie (1884), où il combat l'historisme et la théorie organique que Schîpffle, entre autres, avait soutenue dans Bau loid Leben des socialen Kon'pers.
celle de Ja « moindre jouissance », et qui n'est qu'en termes à peine différents la théorie du final degree of utility de Stanley levons '.
Menger et Jevons émettaient leurs conclusions en même temps : elles peuvent s'appuj'er réciproquement, sans qu'aucun des deux y perde le mérite de l'originalité et de l'invention.
La théorie de la valeur déterminée par l'utilité dernière de l'objet conduit assez naturellement à la théorie de Y échelle des hiens économiques^. Il est admis que nous n'estimons les choses qu'au point de vue de la satisfaction de nos besoins. Or, les choses ont entre elles certains rapports de succession et de hiérarchie, qui nous invitent à hausser ou à baisser notre estimation subjective, selon que l'ordre occupé par une chose dans cette échelle de succession la place plus ou moins près de cette satisfaction de nos^ besoins. C'est le « rapport causal » des biens entre eux. Les deux idées de causalité et de finalité sont liées ici, comme elles le sont partout. Par exemple, j'estime le pain nécessaire à mes besoins : par lui, je fais une estimation de la farine, sans laquelle le pain ne pourrait exister; j'en fais une aussi du blé. Le pain, moyen immédiat de la satisfaction de mes besoins, est un bien de premier ordre ; la farine n'en sera qu'un de second ordre ; et le blé, un de troisième ordre.
Mais la série des richesses que nous consommons d'une manière directe lorsqu'elles sont parvenues à l'état de biens de premaer ordre, irnplique à côté d'elles une autre série de biens ou richesses, que nous ne consommons, que d'une manière indirecte et qui ne nous en sont pas moins indispensables. Ce sont les biens complémentaires : le pétrin et le four par exemple, pour passer de la farine au
• IJlock, Progrès de la science économique depuis Adam Smith, 2^ éd., t. I, pp. 158 et s.; pp. 134 et s. — Voyez nos Eléments d'économie politique, 2« éd., pp. 29 et s. — Supra, p. 437.
2 lilock, op. cit., 2e éd., t. I, pp. 122 et s.
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pain ; le moulin, pour passer du blé à la farine; la batteuse, la faucille, la herse, la charrue, la terre elle-même, pour obtenir le blé.
Toute idée de bien économique exige un rapport ou une série de rapports entre les hommes et les biens : mais il faut que dans cette série de rapports il n'y ait pas de solution de continuité. Ainsi l'ignorance des procédés ou la privation des instruments nécessaires pour passer du blé à la farine empêcherait le blé d'avoir la valeur qu'il tire de son futur acheminement vers l'état de pain. Ainsi la découverte des usages nouveaux d'une matière première citons ici nous-même les utilités à tirer jadis des pins des Landes) ou bien la décoi>verte des moyens nouveaux propres à l'utilisation d'une matière première dédaignée (citons ici la découverte des procédés de déphosphoration des minerais de l'Est de France) ont amené très justement des bouleversements dans les notions de valeur et dans les situations économiques respectives des diverses régions de notre pays. Menger citait à ce propos la dépréciation des filatures anglaises par la disette des cotons à transformer.
Que devient alors le concept de capitale II perd, pour ne rien dire de plus, une très notable partie de son importance. Les biens économiques de premier ordre constituent le fonds de consommation; tous ceux d'ordre inférieur ou plus éloigné représentent, soit le capital circulant (s'il s'agit de matières premières destinées à être transformées, comme la farine et le blé, ou bien le drap, la laine filée et la laine brute); soit le capital fixe (s'il s'agit d'instruments tels que le four et le moulin, ou bien les ciseaux, les aiguilles et les métiers à tisser et à peigner)'.
ha?, Recherches sur la méthode àa Karl Menger, renfermaient de leur côté des vues très judicieuses sur la néces-
> Block. op. cit., 2* éd., t. I, pp. 461-i62.
site d'abstraire les types économiques. Il n'y a pas, peuton dire, un homme qui ressemble en tout à un autre homme : mais entre tous il y a certains traits communs que l'on dégage des réalités concrètes et qui constituent les types. De même, il ne se rencontre guère d'échanges qui se forment dans les conditions idéales de l'égalité des valeurs : mais tous n'en présentent pas moins certains caractères dont la répétition constante exprime une loi économique.
M. de Bœhm-Ba^verk, alors professeur à l'Université d'innspriick, s'est rendu célèbre par sa théorie du capital et sa théorie de Vintérêt, qui procèdent l'une et l'autre de l'idée économique de tevnps^.
Le capital, pour lui, se résout en une économie de temps, c'est-à-dire en un détour pour produire, d'abord avec une perte de temps et ensuite avec du temps gagné*. Par exemple, faute de tout capital, j'allais à la source pour boire de l'eau dans le creux de ma main. Si je façonne un vase en bois pour apporter de l'eau, ce travail me fait perdre d'abord du temps, puisque je suis obligé de différer la première satisfaction de mon besoin : mais comme ensuite ce vase plein d'eau que j'ai rapporté suffît à me désaltérer plus d'une fois, j'économise, aussi souvent que je bois à ce vase, le temps que me prendrait un trajet à la source. Il en sera de même si je creuse des troncs d'arbre pour faire couler l'eau à côté de moi : leur préparation et leur mise en place me font perdre d'abord le temps que m'économisera ensuite leur usage. La productivité du capital résulte de l'excédent du temps gagné sur le temps perdu ; elle dépend à la fois du temps que la formation du capital a exigé
* M. de Bœhm-Rawerk a été ensuite ministre des finances dans le cabinet Gautsch (décembre 1897-mars 1898). — Son traité Kapital und Kapilalzins comprend deux volumes : t. I, Gesclûclite nnd Krilil; der Kapitalzinstheoi-'teen (1884); t. II, Positive Théorie des Kapilals (1889).
' Voir Block, Progrès de la science économique depuis A da))i Smith, 2» éd., t. I, p. 465; — P. Leroy-I^eaulieu, Traité théorique et pratique d'économie politiqxie, 2* éd., t. 1, p. 198.
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et du nombre plus ou moins répété des opérations dans lesquelles il y aura ensuite une économie de temps. Tout cela est ingénieux et bien déduit, peut-être un peu naïf : de plus, en certains cas, il semble bien que le capital soit autre chose qu'une économie de temps, autre chose qu'un circuit et un moyen détourné. C'est ce qui arrive toutes les fois que le capital nous donne la force d'obtenir quelque chose que sans lui nous n'aurions pu obtenir par aucun moyen, ni par aucune voie directe.
Quelles sont les théories diverses qui expliquent et justifient Yintèrêt ou lorjer du capital?
En dehors des théories indéterminées, qui se bornent à constater le fait universel ou bien à en donner une raison pratique tirée de ce que, au grand détriment de la société, le capitaliste n'aurait pas constitué le capital s'il n'avait pas dû en tirer un avantage, même sans l'exploiter luimême, on peut, avec M. de Bœhm-Bawerk, distinguer les théories suivantes :
1" hs. productivité du capital. Le capitaliste, lors même qu'actuellement il ne travaille pas, participe à la confection du produit. Il est donc juste qu'il en ait une part sous le nom de loyer ou intérêt, comme l'ouvrier en a une sous le nom de salaire. Cette théorie, qui avait été indiquée par Lauderdale et par J.-B. Say, explique très bien le loyer des terres et l'intérêt des prêts à la production; elle réfuteaussi très bien l'argument d'Aristote contre l'intérêt (les prêts d'argent, si l'on admet que les pièces de monnaie doivent être envisagées comme douées d'une force productive distincte de la réalité matérielle des espèces. Mais cette théorie n'explique pas le loyer des maisons, ni plus généralement le lo3'er de tout ce qui est capital privé ou lucratif sans être capital social ou productif; elle n'explique pas non plus l'intérêt des prêts à la consommation, c'est-à-dire l'intérêt de l'argent quand celui-ci n'est pas envisagé comme capital social par l'emprunteur ;
2° Le service rendu. Cette théorie embrasse bien la pré-
cédente, puisque croître les puissances de produire d'un individu, c'est bien lui rendre un service : mais elle embrasse beaucoup plus, puisque le locataire d'une maison et l'emprunteur de choses fongibles qui les destine à sa consommation, ne peuvent pas nier qu'ils reçoivent un service. Autrement dit elle embrasse les prêts à la consommation, soit prêts de capital fixe improprement dit (maisons, chevaux et voitures de luxe, etc.), soit prêts de capital circulant (argent, semences, etc.), envisagé par l'emprunteur comme fonds de consommation et non de production.
On a critiqué, il est vrai, cette explication, par le motif qu'elle légitimerait l'exploitation des besoins et « toutes les spéculations sur les passions ou sur la position embarrassée de tel ou tel emprunteur' ». Or, l'objection ne nous semble pas des plus sérieuses, d'autant plus que cette même explication — c'est-à-dire la justification d'un prix reçu pour un service rendu — est absolument nécessaire dans une foule de cas, sinon même dans tous les cas de contrats à titre onéreux.
Nous répondons, en substance : 1° que l'exploitation des besoins individuels du contractant, parfaitement distincte de l'appréciation du service commun qui est rendu, est flétrie en toute espèce de contrat, soit qu'il s'agisse d'une vente, d'un louage de choses, d'un mandat ou de n'importe
1 Claudio Jannot (Capital, spéculation et finance, p. 83 en note) : ■Jt II eet très important au point de vue doctrinal, dit-il, de s'en tenir, pour justifier la perception de l'intérêt, aux titres de droit canonique : periculuni sortiSf dartinum eniergens, liicnwi ccssans, parce qu'il en découle l'obligaliou de conscience, pour le préteur, de ne pas élever l'intérêt au-delà du taux moyen de la productivité du capital et du péril de non-remboursement ([ue peut comporter l'allaire. L'idée de Bentham, de Hume, de Turgot, de Hastiat, que le service rendu est la cause de la perception de l'intérêt, amènerait à justifier toutes les spéculations sur les passions ou sur la position embarrassée de tel ou tel emprunteur. » — C'est cet avis là que nous ne saurions partai;er : la conclusion que tire M. Claudio .lannet ne découle point du tout des prémisses. On ne permet point au propriétaire d'une maison de spéculer sur la position embarrassée du locataire, quoique le loyer de l'appartement se justifie par le service rendu.
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quelle autre opération; 2** que l'idée du service rendu est celle qui convient le mieux pour expliquer une rémunération du bailleur toutes les fois que l'objet du prêt n'est pas susceptible d'un emploi productifet toutes les fois qu'il n'y a ni privation pour le bailleur, ni risque de non-restitution (par exemple une maison d'habitation, si en fait elle ne peut pas être habitée par le propriétaire) ; enfin, 3° que la morale n'a jamais interdit de vendre, au taux de la valeur d'échange mesurée sur le besoin moyen des acheteurs, des objets qui ne présentaient aucune valeur d'usage pour le vendeur et dont l'aliénation ne lui infligeait non plus aucune perte ou ne lui faisait manquer aucun gain. Tel est le cas pour toutes les vieilles matières et rebuts quelconques. La seule règle, c'est qu'ici, comme en tout autre cas de vente et comme en tout contrat, le vendeur doit arbitrer le service rendu d'après les besoins communs des acheteurs en général, sans pouvoir, ni ici ni ailleurs, exploiter les besoins particuliers de son coéchangiste. Le sentiment public a l'instinct de ces règles de morale, et il le montre — de quelque contrat qu'il s'agisse — en flétrissant du nom de chantage l'exploitation des besoins individuels, qu'il sait distinguer très nettement de l'appréciation du service moyen qui est rendu.
Mais revenons aux explications de M. de Bœhm-Bawerk;
T La privation ou abstinence du bailleur ou prêteur. Le capitaliste se prive, puisqu'il s'interdit de jouir par lui-même : c'est cette renonciation qu'il se fait payer. Cette théorie, proposée par Senior, a été raillée par Lassalle, qui a parlé ironiquement de la prétendue a abstinence des millionnaires » ;
4° La rémunération du travail. Puisque le capital est incontestablement le produit conservé d'un travail antérieur, on peut admettre que le capitaliste est par lui-même ou par ses auteurs un véritable travailleur social '. L'in-
' Celle idée était indiquée par James Mill, Mac-Culloch, Courcelle-Seneuil Cauwès.
térêt serait donc quelque chose comme le salaire indéfiniment prolongé du travail de capitalisation.
Yoilâ des explications économiques.
Les socialistes et notamment Karl Marx en ont cherché une autre qui rendit compte du fait sans fonder le droit. C'est la tlièse de l'exploitation du travailleur par le capitaliste. L'ouvrier devrait avoir la totalité du produit : le capitaliste en distrait une partie pour lui-même, par un abus qui constitue un vol formel. Voilà l'explication prétendue historique. Nous y reviendrons.
A toutes ces raisons M. de Bœhm-Bawerk propose d'en substituer une qui soit d'un ordre plus métaphysique. Selon lui, c'est le temps qui est chargé de la fournir, comme c'était lui qui, dépensé d'abord, devait être récupéré et au-delà sous la forme de capital. Un bien présent vaut plus qu'un bien futur; donc, au bien futur il sera nécessaire d'ajouter quelque chose, pour rétablir l'égalité entre la prestation actuelle du bailleur ou prêteur et la prestation future du locataire ou emprunteur. Mille francs dans un an ne valent pas mille francs aujourd'hui : à ces mille francs dans un an j'ajouterai 30 francs, pour que les 1.030 francs futurs équivalent aux 1.000 francs présents.
Cette explication s'adapte as«ez bien au prêt à intérêt et à l'escompte'. M. de Bœhm-Bawerk essaye de l'appliquer également aux bénéfices de l'entrepreneur pour justifier le loyer ou intérêt qui, selon la terminologie anglaise, est inclus dans les profits du capital. Il considère, en effet, que les biens d'un ordre plus éloigné, sur lesquels la production dernière d'utilité ne s'est pas encore appliquée, valent moins que les biens du premier ordre, parce qu'entre les uns et les autres le temps ne s'est pas encore intercalé. La même raison serait donnée pour le loyer des biens durables, auxiliaires de la consommation. Ici, par consé-
' M. Block (Progrès de la science économique depuis Adam Smith, 2* édit., t. II, p. 365) trouve cependant ici que le temps est chargé de faire beaucoup trop de choses, et le travail, beaucoup trop peu.
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quent, nous retrouvons un certain oubli de la force productive du travail, supplantée sans motifs suffisants, croyons-nous, par la force productive du temps*.
L'idée du temps est-elle donc si nouvelle en cette matière? Sans contester le moins du monde que M. de Bœhra- Bawerk soit le premier qui l'ait creusée et qui ait voulu en faire le pivot de tout un système de relations sociales, on peut faire observer que cette idée n'était inconnue ni des scolastiques, ni de Turgot. Au xiii' siècle déjà on parlait du temps pour chercher à justifier l'écart de prix entre les ventes au comptant et les ventes à crédit. Mais les scolastiques rejetaient expressément la supériorité d'une valeur présente sur une valeur future, par le motif que le temps n'appartient qu'à Dieu et que nul homme ne peut le vendre. On peut se souvenir, en effet, que saint Thomas ne permettait pas de vendre au dessus du juste prix sous la condition d'un paiement différé, ni de se faire vendre au dessous sous la condition d'un paiement anticipé, et cela parce que les choses, ayant un juste prix, ne pouvaient ni le dépasser, quand à la chose ou additionnait le temps, ni ne pas l'atteindre, quand on en déduisait ce temps.
Turgot exploitait ce même argument du temps pour justifier l'intérêt des prêts d'argent. « Où ont-ils vu, demande-t-il, qu'il fallût n'avoir égard qu'au poids du métal livré dans les deux époques différentes, sans comparer la différence d'utilité qui se trouve, à l'époque du prêt, entre une somme possédée actuellement et une somme égale qu'on recevra dans une époque éloignée?... Si une somme actuellement possédée vaut mieux, il n'est pas vrai que le prêteur reçoive autant qu'il donne, lorsqu'il ne stipule point d'intérêt : car il donne de l'argent et ne reçoit qu'une promesse. Or, s'il reçoit moins, pourquoi cette différence ne serait-elle point compensée par l'assurance d'une augmentation sur la somme, proportionnée au
^ Block, Joc. cit., p. 367.
retard? Cette compensation, c'est l'intérêt de l'argent*.» L'école autrichienne, dans son ensemble, a montré beaucoup de finesse pour l'analjse des phénomènes les plus usuels de l'économie politique. Peut-être même, à leur égard, a-t-elle subtilisé et quintessencié. Elle n'a pas cependant mieux éclairé les grandes lois de l'économie politique; elle n'a pas non plus mieux expliqué les modifications sociales qui sont nées de la grande industrie et de l'universalisation du commerce entre les peuples. Ce n'était pas, il est vrai, dans sa pensée, puisqu'elle s'adonnait par préférence aux spéculations de pure théorie.
* Mémoire sur les prêts d'argent, § 27. — Signalons, pour être complet, une opinion que certains théologiens catholiques selïorcent d'introduire. Selon eux, l'organisation économique actuelle a donné à l'argent une force productive qu'il n'avait point autrefois. Jadis les écus n'étaient qu'un instrument d'échange — symbole plutôt que forme de valeur — pour passer du troc à la vente : et c'était bien là l'idée d'Aristote. Mais ces écus sont devenus tout récemment autre chose, et ils renferment maintenant, un pouvoir qui leur manquait autrefois. Ainsi s'expliqueraient la gratuité essentielle du nuitauni dans les temps antérieurs et la tolérance moderne du prêt à intérêt. Mais il faut que l'on modifie radicalement cette organisation économique, afin que la gratuité essentielle des prêts d'argent réapparaisse d'elle-même (P. Antoine, S. J., Cours cVéconomie sociale, p. 507). — Inutile de montrer l'encouragement et l'appui que ces thèses donnent au socialisme. De plus, il est liistoriquement faux que la puissance productive de l'argent soit un fait tout nouveau. Elle peut trouver maintenant des occasions beaucoup plus fréquentes, et même des occasions continuelles, de s'exercer, quelle que soit l'importance de la somme : et c'est pour cela que nous avons expliqué ailleurs, par la présomption générale actuelle d'un hicrum cessans, la permission ou tolérance que l'Eglise a consentie en iSÎJO ivoir nos Eléments d'écononiie politique, 28 éd., p. 479, et ici même, p. 317). Mais cette productivité a toujours exist(''. Je n'en veux pour preuve que les réclamations fort intelligentes que les négociants de Gênes et d'ailleurs avaient faites auprès du Saint-Siège, la pratique habituelle des marchands en foire pour les règlements à long terme, et enfin le texte même de Benoît XIV dans son Encyclique Vix pervenit de 1745, envisageant le cas où l'emprunteur aurait emprunté (I ad fortunas suas amplificandas, vel novis coemendis praediis, vel qunesluosis agitandis negotiis inipensurus » : auxquels cas, du reste, la prohibition ordinaire était maintenue dans toute sa rigueur (Voyez nos Eléments d'économie politique, 2« éd., p. 473, et supra. Histoire des doctrines économiques, pj). 64 et 65).
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