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CHAPITRE III LE SOCIALISME D'ÉTAT

Philosophiquemenl, le socialisme d'Klal est né de la récente altération de l'idée de l'Etat.

Qu'est-ce que l'Etat ? Quelle est sa mission^

Interrogez la pensée ancienne : partout elle vous répond que la mission de l'Etat est de détendre la nationalité, d'en grandir l'influence s'il est possible, et défaire régner l'ordre et la justice à l'intérieur de la société. Ce dernier caractère est celui qui avait le plus frappé les moralistes, tandis que le maintien et le progrès de l'unité nationale préoccupaient davantage les politiques et les historiens. Du reste, sous l'un et l'autre aspect, l'Etat travaillait au bien commun, et le prince pouvait se faire une haute idée de la mission que la Providence lui donnait '.

Mais on a élargi progressivement ce cadre, au point de le faire éclater, et le socialisme d'Etat est né de cette extension.

Le premier penseur qui en ait exprimé le principe, n'est autre que Montesquieu, disant que « l'Etat doit à tous les citoyens une subsistance assurée, la nourriture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit point contraire à la santé- ». Il est vrai que Montesquieu est allé au-delà aussi et qu'il a posé plus d'un jalon pour tracer la route à un socialisme plus absolu. Nous aurons à y revenir.

' Sur l'idée de l'Etat dans la théologie et la philosopliie anciennes, nous^ nous en référons au P. Caudron, S. J., De la fin de VElat ou des sociétén civiles, 1894. — Voyez nos Eléme^ils d'économie politique, 2" éd., Tpp.lSel s.

• Esprit des lois, 1. XXIII, cii. xxix.

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Une autre cause, d'un ordre plus nettement philosophique, aidait en même temps à l'avènement du socialisme d'Etat. C'était la thèse de l'autorité et de l'infaillibilité directes de l'Etat en matière de doctrines, l'Etat se présentant alors, non comme un pouvoir délégué, mais comme détenant en propre et par lui-même le droit de définir le bien, le juste et le vrai.

Le monde avait vécu de longs siècles sur la croyance à des lois que les hommes n'ont point faites, et pendant de longs siècles aussi on avait reconnu à l'Eglise la mission d'enseigner ces lois. De là, la séparation du pouvoir ecclésiastique et du pouvoir séculier : de là, la distinction du domaine religieux et du domaine civil. L'Eglise, en revendiquant la direction des consciences, les défendait du même coup contre les entreprises de l'Etat. Or, la philosophie du xviii" siècle effaça cette ligne de démarcation avec plus de succès que n'en avaient eu toutes les écoles qui l'avaient essayé auparavant ; et l'Etat se vit attribuer le rôle de guide des âmes et des intelligences, non pas sous l'autorité de l'Eglise ou comme représentant d'une Eglise, ainsi qu'il avait pu arriver jadis, mais indépendamment des Eglises et contre elles. Nous citions tout à l'heure le mot de SchmoUer regardant l'Etat comme « la plus grandiose institution qui existe pour l'éducation de la race humaine ^ » ; el l'école historique allemande, en émettant cet axiome, ne faisait que répéter les idées de M. Dupont-White, pour qui l'Etat est le « principe de ce qu'il y a en nous de plus élevé... un être intermédiaire entre les individus et la Providence... médiateur entre la liaison absolue et l'esprit humain... doué d'une autorité morale qui ne le cède en rien à celle d'une Eglise* ».

Or, l'école historique, dont le propre est de réduire la part de l'absolu et même de l'exclure lui-même s'il est

' Voyez plus liaut, p. 4'J7.

' Lindivida et VEtal, 1857, pp. 160, Sfifj, 278.

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l>ossi]jle, devait aboutir facilement et par tous les chemins au socialisme d'Etat, à moins qu'elle ne franchît cette première étape sans s'y arrêter et qu'elle ne conduisit directement ses adeptes jusqu'au socialisme pur ou démocratique.

Comment ctda ^

C'est un fait indéniable que les aspirations socialistes nous entourent de tous les côtés. Or, si le fait fonde le droit, pourquoi ces aspirations'ne seraient-elles pas légitimes? Pourquoi lelir succès ne serait-il pas le caractère juste et néceséaii^e de la phase sociale oîi nous sommes? Pourquoi enfin l'Etat — la plus grande force que nous connaissions et la seule que nous voyions près de nous sous une forme pour ainsi dire matérielle et tangible — pourquoi l'Etat, dis-je, n'interviendrait-il pas pour faire triompher ces aspirations si elles sont indifférentes, voire même salutaires, pour les modérer, les diriger et })eutêtre les faire dévier légèrement si elles sont nuisibles et dangereuses ?

D'un autre côté, ce que le socialisme se propose, c'est la suppression du problème de la misère par une jouissance effective et égale des biens économiques. Qui pourrait aider les hommes à atteindre ce but, mieux que l'Etat ne pourra les y aider, puisque c'est lui et lui seul qui est investi de la force coercitive ?

Le problème ne doit pas non plus être insoluble — aux yeux de l'école historique tout au moins — puisque les choses sont ce que les hommes les font, et puisqu'on s'est affranchi de la vieille formule des lois naturelles intangibles et immuables. Il en résultera sans doute un amoindrissement de l'individu, qui va perdre ainsi le devoir et le souci de prévoir et d'épargner; mais les nouvelles théories sociologiques auxquelles nous allons arriver dans un instant, et la formule moderne de « l'organisme social » tendent précisément, par un autre côté, à diminuer l'homme au regard de l'humanité et à le réduire à l'état de simple

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•cellule d'un corps social, lequel va être pourvu d'une intelligence, d'une volonté, d'une conscience et même d'une âme complètement distinctes de l'intelligence, de la volonté, de la conscience et de l'âme de chaque individu.

Il ne s'ensuivra pas cependant la suppression nécessaire et immédiate de la propriété, ainsi qu'il en devrait être avec le socialisme dit scientifique,: car le socialisme d'Etat, qui a abandonné les principes et les formules des vieilles écolse libérales et qui n'a pas encore adopté celles des jeunes écoles collectivistes, ne rompt pas du premier coup tout lien avec les institutions traditionnelles regardées comme les bases de l'ordre social'. En cela encore, le socialisme d'Etat se montre fidèle à l'historisme, avec lequel il s'accorde si bien.

Mais de là résulte aussi la grande difficulté d'une définition du socialisme d'Etat. Il est une tendance ; il est une transaction entre des doctrines contraires d'omnipotence de l'Etat et de liberté des individus, doctrines qu'il ne veut pas sacrifier l'une à l'autre : et il n'est pas loin de se dérober à toute classification reposant sur quelque critérium nettement tranché-.

A la demande de Kautsky, le congrès socialiste de 1892, tenu à Berlin, l'a défini comme suit, en même temps qu'il arrêtait l'attitude que le socialisme démocratique doit prendre en face de lui :

« Le prétendu socialisme d'Etat, y élail-il dit, entant qu'il s'occupe de réformes sociales et d'améliorations dans

' En sens contraiie, cependant, nous devons Taire observer que Ch. Andler, dans ses Orif/ines du socialisnie cVFAal en Allemagne, iS'il (thèse pour le doctorat es lettres et non pour le doctorat en droit), aboutit sous ce nom à la nationalisation du sol et qu'il éludie Rodbertus et Lassalleconime n'étant (|ue des socialistes d'Etat. Mais ce n'est pas le sens usuel des mots.

^ Voir nos Eléiitents d'économie politique, 2« édit., pp. 9i et s. — « Le socialisme d'Etat n'est pas une docUine, car on ne sait pas où il commence et 011 il Unit « (E. Maisonatie, la Doctrine socialiste, 1900, p. 12, en note. — Nous recommandons ce petit volume de M. Maisonabe comme un bon exposé des principales tliéories socialistes, avec une l)onne réfutation au double point de vue de la logique et de la pratique).

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le sort (les classes laborieuses, est un s^'stème de demimesures qui procède de la crainte du socialisme démocratique. A l'aide de petites concessions et de palliatifs de tout genre, il a pour but de détourner les travailleurs du socialisme démocratique et de désarmer ce dernier. Celuici n'a jamais manqué de demander, ou bien — si la demande venait d'autre part — d'api)rouver toutes les mesures publiques qui peuvent relever la condition des classes laborieuses sous le régime économique actuel; mais il ne considère des mesures de ce genre que comme des acomptes qui n'égarent point les efforts qu'il fait pour la transformation socialiste de l'Etat et de la société. Le socialisme démocratique est essentiellement révolutionnaire : le socialisme d'Etat est conservateur. Ils sont l'un avec l'autre en une opposition irréductible ^ »

Bien que le socialisme d'Etat soit plutôt une série de procédés qu'un corps homogène de doctrines, il a eu ce-, pendant en Allemagne un apôtre éminent, en la personne de M. Adolf Wagner, qui a été recteur de l'Université de Berlin. Les interprètes surtout ne lui ont pas manqué. Ce sont eux qui ont tissé le vaste réseau des lois allemandes sur les assurances et les retraites ouvrières, votées en 1883, 1884 et 1889, au moment où le prince de' Bismarck comptait, par ces moyens là, détourner les ouvriers du socialisme démocratique et les attacher pour toujours à la d3nastie impériale.

M. Adolf Wagner fonda en 1872 sa revue le Staatssocia- Hst, l'année même où le publiciste libéral Oppenheim décernait à toute cette école le sobriquet qui s'est conservé : Kathede/'socialisien ou socialistes do la chaire-. Dans sa

' Voyez le Handhuch ries Socialisnti'.s de .Stei^mannet Hugo, Zurich, 1897, p. 784; item, p. 773. — Ce livre est un de ceux qui contiennent le plus de faits et de documents, avec le moins de phrases.

- Kst-ce la chaire du professeur ou celle du prédicateur? En réalité le socialisme c.ilhédrant remplit bien les Université? allemandes. Cependant c'était plutôt à des prédicants que songeait le député Oppenheim quand il lança dans le Ileichstag son mot qui lit fortune : • Vous êtes des socialistes en chaire ».

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Grundlegung der politischen Œkonomie, M. ^^'aguel• précise sa doctrine. Selon lui, comme nous le savons déjà, la jeune école historique abuse du caractère relatif et passager des tendances et des institutions. Le socialisme proprement dit. auquel elle est menacée d'aboutir, exagère en sens inverse la variabilité de la nature humaine, comme l'économie politique individualiste en exagérait la constance. Il ne suffit pas, en effet, de changer les formes de l'économie politique, pour que notre nature se trouve du même coup radicalement transformée. Aussi le socialisme proprement dit, s'il est trop pessimiste pour le passé, est-il trop optimiste pour l'avenir. L'individualisme avait le tort de déclarer que le système de la libre concurrence créait le meilleur des mondes possible et que le jeu des lois économiques ne devait pas être contrarié, même quand il choquait les lois morales; le socialisme scientifique, d'un autre côté, prétend absorber à l'extrême l'individu dans la communauté. Ce sont deux erreurs. Entre les deux, il faut faire intervenir le socialisme d'Etat, au sein duquel les forces organisées de TEtat feront agir davantage d'autres ressorts que celui de l'intérêt personnel. Ainsi le socialisme d'Etat fera enfin converger l'égoïsme et l'altruisme vers le bien unique de la communauté.

Le socialisme d'Etat ne manque pas d'adeptes en France.

Y classerons-nous M. Gide? A coup sûr les préférences toujours plus marquées qu'il manifeste pour les doctrines socialistes sans épithète, ne sauraient être niées; elles ressortent assez, et sans plu^, des sympathies et des vœux qu'il exprime pour la future nationalisation du sol, tout au moins actuellement pour la suppression de l'hérédité légitime en dehors de la ligne directe et en dehors des collatéraux privilégiés. Mais M. Gide a changé lui-même son classement, ainsi que son opinion. Dans sa cinquième édition, il se disait de l'école coopératiste\ et dans la

' Principes lïéconomie politique, 5* édit., p. 38.

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sixième, de l'école solidarisiez en reconnaissant d'ailîeurs que cette école (laquelle des deux^ «a trouvé jusqu'à ce jour plus d'adhérents parmi les philosophes et les sociologues que parmi les économistes proprement dits* ». Maigre recommandation de compétence, quand c'est d'économie politique que précisément il s'agissait!

Cette école solidariste serait caractérisée par la tendance à remplacer le salariat par la coopération ■*. Mais nous nous refusons, quant à nous, à voir là le trait constitutif et suffisant d'une école nouvelle, s'il est vrai que ce mot d'école doive désigner dans la science tout un système homogène et coordonné, tendant à fournir l'explication d'un ensemble de phénomènes. Au résumé, l'école solidariste est surtout un procédé ou plutôt un ensemble de procédés de plus en plus teinté de socialisme : car, bien qu'elle « se sépare de l'école révolutionnaire, à ce que dit M. Gide, en ce qu'elle ne croit pas à l'efficacité de la révolution et de l'expropriation poui' transformer l'homme et même le milieu social, elle vise cependant à réaliser les principaux desiderata du socialisme ».

M. Gide la félicite ainsi de son « rare privilège de rallier des adhérents venus de tous les points de l'horizon : les fidèles au vieux socialisme idéaliste français de Fourier

' Ibid., 6« ëdit.. p. H'J.

* Ihid. — Ici M. Gide cite comme partageant ses idées MM. Fouillée, Funck-Brentano, Dui kheim, etc. — L'historisme est très visible, par exemple, dans la Science sociale, morale politique, de M. Funck-Brentano. 1896.

^ ' Le contrat de salaire, si bien adapté qu'il puisse être aux conditions économiques actuelles, présente certains vices graves et en quelque sorte rédiiibitoires... Que cette forme de contrat doive rester la loi générale de nos sociétés, de telle sorte que la masse des travailleurs se trouve privée de tout droit sur les produits du travail et de tout intérêt dans la production, voilà qui serait contre nature. On ne saurait donc considérer un semblable état comme déiinitif... L'association coopérative reste le suprême espoir de tous ceux qui pensent qu'il y a une solution sociale à trouver et une révolution sociale à éviter » (Op. cit., 5« édit.. pp. 391-393, 433). — Voyez une discussion très vive contre Gide, dans Block, Progrès de la science économique depuis Adam Smith. 2" édit., t. II, pp. 318 et s. — On verra plus loin que Saint-Simon en avait dit autant du salariat : seulement il parlait de travail sociétaire, au lieu de travail coopératif, pour le remplacer. .\ cela prés, c'est la même chose.

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et de Leroux, les disciples d'Auguste Comte, les mystiques et les esthètes qui s'inspirent de Garlyle, de Ruskin ou de Tolstoï, ceux qui \ont à l'église comme ceux qui sortent des laboratoires de biologie. Mais peut-être, ajoute-t-il, doit-elle cette bonne fortune au fait que son programme est encore assez indéterminé' ». Or, jamais adversaire n'aurait pu la juger plus sévèrement que M. Gide ne -le fait lui-même dans ces derniers mots.

Le Précis d'écooiomie politique de M. Cauwès, très solidement documenté, fortement appuyé de faits et de chiffres, ne présente que des traces beaucoup plus affaiblies de socialisme d'Etat.

Précisément parce que le socialisme d'Etat est un procédé beaucoup plus qu'une théorie ou un système de doctrine, nous en avons ici peu de choses à dire. C'est surtout dans les faits et dans les lois qu'il doit être étudié.

Les assurances obligatoires en Allemagne ont été une de ses manifestations les plus imposantes. En France, nous avons été sur le point d'en avoir de semblables avec la forme première de notre loi sur l'assurance contre les accidents de l'industrie et avec le projet de MM. Rouvier et Constans sur les retraites à la vieillesse, projet heureusement ajourné"-. Il est vrai que ce projet est repris et que cette fois il pourrait bien aboutir.

Nous en avons en tout cas des expressions fort nombreuses, soit dans l'organisation obligatoire de l'assistance des malades, coïncidant avec les mille entraves apportées à l'exercice de la charité et aux fondations hospitalières; soit dans la municipalisation ou « l'étatisation » de nombreux services publics qui pourraient être laissés avantageusement à l'industrie particulière ; soit enfin dans la jalousie avec laquelle l'Etat revendique le rôle d'éduca-

Gide, Principes d'économie politique,!'' édit., 11K)1, p. 42. Voyez nos Eléments d'économie politif/uc', 2'' rdit., p. 580.

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teur de la jeunesse, sans laisser une sullisante liberté aux familles et aux communes. Nous avons signalé ailleurs comment l'accroissement fatal et automatique des budgets et par conséquent des impôts est tout à la fois une cause et un effet des progrès du socialisme d'Etat '.

Quel qu'il soit, il n'a pas d'adversaire plus clairvoyant et plus irréconciliable que l'économie politique libérale. Elle a pu être accusée parfois de reculer trop loin les limites de la liberté et d'admettre trop tard l'intervention de l'Etat : on ne saurait en tout cas l'accuser d'avoir trop tôt fait appel à son action et à sa force. C'était le sentiment universel des économistes que M. Baudrillart traduisait, quand il écrivait que « le vœu des esprits les plus éclairés et les plus libéraux est.de réduire l'action de l'Etat, et que l'économie politique ne cesse pas de recommander de substituer aux tutelles et aux gênes administratives le libre essor du travail- «.

'■ Voyez nos Eléments d'ëcunoniie politique, 2* édit., pp. 96-97.

- Baudrillart, Manuel d'économie politique, ô^ édit.. p. 108. — Comment se fait-il donc que les chrétiens sociaux accusent le libéralisme économique d'avoir engendré le socialisme, non seulement d'une manière indirecte et par réaction, mais encore d'une manière directe? iVoyez.4)lus iiaut. p. 451 en note). • Au point de vae théorique, dit par exemple leR. P.Pachtler. S. J., nous accusons avant tout le dogme fondamental du libéralisme — l'omnipotence de l'Etat — d'avoir servi de précurseur au socialisme. Notre devoir est de prouver que même au point de vue économique le libéralisme a servi de pionnier au socialisme... lll'a fait directement, en épousant, en théorie et en pratique, des principes socialistes » (P. Pachtler. le But du socialisme et les idées libét^ales. trad. franc., 1S93. pp. 44 et 56). — Létymologie et le bon sens protestent contre cette synonymie, que *< libéralisme > égalerait '< omnipotence d'Etat >. Précisément les économistes libéraux de France et d'.\ngleterre ont toujours été et sont toujours les plus grands adversaires de l'action de l'Etat: et en proclamant la force invincible des lois naturelles avec la nécessité des conséquences économiques de tout acte humain de cet ordre, ils nient aussi complètement que possible l'omnipotence de l'Etat. Ceux qui croient à l'omnipotence de l'Etat, ce sont bien plutôt ceux des chrétiens sociaux qui redemandent, comme le R. P. Lehmkûhl (Theologia moralis. 3"- édit.. p. 715, citée par Claudio Jannet dans Capital, spéculation et finance au xix« siècle, pp. 199-2'.X-! . la ■ taxation univers«lle des salaires et des produits ».

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