I. — Le travail cause de la valeur
La valeur de toute marchandise a pour principe et pour mesure la quantité de travail qui y est renfermée, et cette valeur, en même temps qu'elle doit constituer le prix des choses, doit revenir aux travailleurs dans la mesure du travail qu'ils ont fourni.
La valeur absolue, distincte de la valeur d'usage (laquelle consiste dans l'utilité relative au regard de chaque acheteur), n'est que du « travail humain cristallisé ». Autrement dit, o Ja valeur d'une marchandise est à la valeur de toute autre marchandise comme le temps de
' L'original est en français. L'ouvrage ne fut traduit en allemand qu'en 1885, par Bernstein et Kautsky, autres sommités du parti collectiviste.
- Par ses trois filles, Marx eut trois gendres illustres dans le socialisme, Paul Lafargue, qui fut député du Nord, puis Aveling et Longuet.
630 LIVRE IV — LE SOCL^LISME
travail nécessaire pour produire l'une est au temps de travail nécessaire pour produire l'autre. » Cette idée avait été déjà émise plus d'une fois, notamment par Rodbertus; à la rigueur même on peut la trouver dans Ricardo, bien que celui-ci constate un phénomène plutôt qu'il ne pose une thèse quelconque, et Lien qu'il n'ait pas non plus la prétention de s'occuper de l'universalité des cas'; mais Marx ajoute une analyse de ce travail et une prétendue démonstration de cette thèse.
Le travail que Marx fait entrer dans la composition de la valeur, c'est le travail abstrait, distinct du travail concret et effectivement emploj'é ; c'est le travail socialement nécessaire, avec le degré moyen d'habileté des travailleurs, dans les conditions et avec les perfectionnements généraux qui sont acquis à l'industrie. En un mot, c'est du travail social.
Et pourquoi ce travail social est-il la mesure et l'essence même de la valeur? Le voici. Puisque l'on compare et que l'on estime équivalentes entre elles une quantité a de fer, une quantité & de soie, une quantité c de blé, une quantité d d'or, il faut évidemment que ces quantités aient un principe commun. Ce principe n'est pas la masse, la quantité matérielle, puisque ces diverses richesses sont de poids inégaux ; ce n'est pas la composition chimique ; ce n'est pas davantage l'aspect extérieur, qui est différent en elles toutes. Qu'y a-t-il donc de commun ? Rien, si ce n'est que toutes ont été obtenues avec du travail. C'est i)our cela et seulement pour cela que l'or, obtenu avec beaucoup de travail sous un petit poids et un petit volume, peut servir d'équivalent et d'évaluateur dans les échanges. — Il y avait eu quelque chose de semblable dans Aristote. Celuici, dans son Ethique, avait cherché ce qu'il pouvait y avoir de commun dans les choses que nous évaluons respectivement entre elles : seulement il avait répondu que
' Voyez nos Eléments d'économie politique, 2» éd., pp. 3;i et s.
« cette mesure commune, c'est Je besoin qu'on en a' ». Aristote avait raison ; Karl Marx a tort, en disant que c'est le travail.
Mais reprenons l'argumentation de ce dernier. Son même raisonnement s'applique aux produits complexes exigeant indirectement du travail en outre de celui que leur propre confection a imposé directement. Pour le fer, par exemple, il faut embrasser par la pensée tout le travail nécessaire pour l'extraction du minerai et du combustible, ainsi que pour la construction du haut- fourneau, des fours à puddler et des laminoirs.
« Pendant le processus de la production, dit Marx, le travail passe sans cesse de la forme dynamique à la forme statique. » Et la conclusion, c'est que, le travailleur constituant par son travail toute la valeur ou prix de la marchandise, cette valeur ou ce prix doit lui revenir en entier, comme l'effet à la cause.
— Très ingénieuse et très subtilement présentée, cette première thèse de Marx est infirmée et contredite :
1° Par l'observation interne. En effet, pour évaluer une chose, nous ne demandons jamais ce qu'elle a coûté de travail ou ce qu'elle aurait dû en coûter socialement à ceux qui l'ont faite. Nous jugeons cette valeur en raison de la jouissance espérée, ou plus exactement en raison de la jouissance que la résistance à vaincre va nous faire apprécier. Ici l'école autrichienne et les fines analyses de la valeur par Jevons et Karl Menger ont rendu un réel service, en opposant à la théorie de Karl Marx une autre théorie aussi métaphysique et aussi fouillée, mais beaucoup plus juste et tout à fait exempte de conséquences dangereuses;
2" Par l'observation externe, l'expérience donne d'innombrables démentis à la théorie de Marx. Comment, avec cette théorie, pourriez-vous expliquer la perte de valeur dans les cas de consommation subjective? Gomment expli-
' ?upra, p. IG.
queriez-vous la valeur attribuée par la caravane à l'eau de l'oasis? Comment expliqueriez-vous le vin qui prend de la valeur en vieillissant et qui revient ensuite à en perdre? Même dans l'industrie usuelle, comment expliqueriez-vous que le fabricant, connaissant la quantité de travail social incorporée à ses produits et la quantité de travail social incorporée aux autres marchandises qu'il désire acheter ensuite, ne puisse cependant connaître ni ses prix de vente, ni ses prix de rachat? Il faut donc dire bien haut que la thèse de Karl Marx sur le travail cause et mesure de la valeur n'a pas un atome de vérité en elle^
IL — La plus-value.
La plus-value — Mehrheit ou Plusmacherei — est l'excédent de la valeur ou force-travail — Arbeitskraft — retenue par le patron, sur la valeur ou force-travail payée par lui à l'ouvrier. En d'autres termes, le patron fait travailler l'ouvrier une journée entière; il garde le produit de cette journée et donne à l'ouvrier seulement l'équivalent du produit d'une demi-journée. Cette plus-value, constamment reproduite et retenue, engendre le capital, lequel est un vol continu.
Ici la dialectique de Karl Marx devient particulièrement prolixe et laborieuse.
Si le capitaliste, dit-il en substance, ne vendait le produit qu'à sa valeur d'échange en donnant à l'o.uvrier l'intégralité de cette valeur, il n'aurait aucuns profits- Mais il en exige : pour en avoir, il prend la force de travail de l'ouvrier, il la paie ce qui est suffisant à l'ouvrier pour pouvoir vivre (soit l'équivalent de six heures de travail), et il lui fait produire le double (soit l'équivalent d'un travail de douze heures). C'est cet excédent ou différence qui constitue la plus-value.
Un peu plus loin', Karl Marx distingue deux sortes de plus-value :
* Voyez nos Eléments d'économie politique, 2» édition, pp. 34 et s.
* L. J, ch. XVI.
LE SOCIALISME SCIENTIFIQDE 633
1° La plus-value absolue, basée sur l'allongement de la journée, c'est-à-dire sur le surtravail ou excédent du temps de travail accompli sur le temps de travail nécessaire à la reproduction d'une valeur égale au salaire;
2° La plus-value relative, résultant de méthodes qui font produire en moins de temps l'équivalent du travail qui serait nécessaire à cette reproduction. Cette plusvalue relative dépend de l'intensité personnelle du travail chez l'ouvrier; elle dépend surtout de la productivité technique de l'industrie, par l'emploi des machines et le perfectionnement des procédés. Enfin la division du travail accroît la plus-value relative, idée que nous avions signalée déjà comme étant en germe dans le Mémoire de la propriété de Proudhon*. « La production de la plusvalue absolue, dit Marx, n'affecte que la durée du travail ; la production de la plus-value relative en transforme entièrement les procédés techniques et les combinaisons sociales. Elle se développe avec le régime capitalistique proprement dit. » Karl Marx doit donc être hostile aux perfectionnements qui tendent à accroître la productivité.
Ainsi c'est la plus-value qui engendre le capital de l'entrepreneur-. Ici Karl Marx distingue deux sortes de capital : 1" le capital constant, soit cette partie du capital qui achète des choses, qui se transforme en matières premières ou en instruments mécaniques de travail; 2° le capital variable, soit cette partie du capital qui achète du travail, celle qui se transforme en force de travail et qui reproduit, non pas seulement son équivalent, mais encore la plus-value. « Le capitaliste, dit Marx, en transformant l'argent en marchandises qui servent d'éléments matériels d'un nouveau produit, et en leur incorporant ensuite la force du travail vivant, transforme la valeur du travail passé, travail mort, devenu chose, en capital, c'est-à-dire
* Voyez plus haut, p. G20, en note.
' L. I, ch. VHi.
en valeur grosse de valeur, monstre animé qui se remet à à travailler comme s'il avait le diable au corps. »
A la distinction du capital constant et du capital variable se lie, chez Karl Marx, le problème de la population.
D'abord chaque régime économique a son propre « principe (ou loi) de population ». Or, sous le régime capitalistique, le rapport du capital variable au capital constant a une tendance irrésistible à décroître; au lieu de faire moitié du capital total, le capital variable n'en fait bientôt plus qu'un tiers, un quart et toujours moins. En effet, toute machine ou tout perfectionnement de procédés rend inutiles un certain nombre de bras. Marx appelle « armée de réserve de l'industrie » ou « population de surplus » cette partie de la population qui devient superflue par le progrès des méthodes capitalistiques. Or, l'existence de cette armée de réserve est indépendante de l'accroissement absolu de la population. Au début du régime capitalistique, la proportion de l'un et de l'autre capital ne s'altérait que lentement, et l'accroissement du capita,! constant coïncidait avec un accroissement encore assez rapide de la demande de travail par les patrons. Puis cette demande est allée en décroissant et la diminution a été activée par les efforts que les patrons faisaient pour obtenir de chaque travailleur un rendement plus élevé, grâce au surtravail, à Tintensification de la production et à l'emploi des femmes et des enfants. Ainsi, dit Marx, a le surtravail de la partie occupée des travailleurs augmente l'armée de réserve; et inversement aussi la pression que cette dernière exerce sur les travailleurs actifs par la concurrence dans l'offre du travail, condamne ces derniers au surtravail, en les assujettissant toujours davantage à la dictature du capital. Mais condamner à l'oisiveté forcée une partie delà classe ouvrière par le surtravail de l'autre partie — et inversement — est un moyen d'enrichissement pour le capitaliste. L'armée de réserve s'augmente
donc avec une proportion et une rapidité qui correspondent au progrès de raccumulation sociale*. »
La théorie de la plus-value et la théorie du travail social cause de la valeur, mises en contact l'une avec l'autre, dé^'agent les deux lois suivantes* : 1'^ que la valeur (ou prix) d'une certaine quantité de travail est une quantité fixe et indépendante de la productivité effective et concrète (c'est la théorie du travail sociah; 2" que la plus-value, au contraire, augmente en raison directe de cette productivité concrète et en raison inverse du salaire payé à l'ouvrier ; ou — ce qui revient au même — qu'elle croit ou décroit nécessairement et toujours d'après l'écart entre le salaire effectif et le prix commercial réalisé par la vente du produit du travaiP.
Finalement le capital est un vol, instrument de domination pour le capitaliste et instrument d'oppression contre le travailleur. Mais c'est un vol objectif et matériel, non pas un vol subjectif et formel; il est inévitable, il résulte de toute l'organisation sociale, il n'est pas imputable à tel ou tel patron ; par conséquent il ne peut pas ne pas être commis par un patron qui serait personnellement plus
* Sur lopinion des divers auteurs socialistes au sujet de la population, voyez le Ilandbuch des Socialismiisde StegmannetHugo, v^' jBeia'/Àe/n<ngst/teorie, pp. 66 et s. — « La surpopulation, dit encore Marx, provient, non pas dun accroissement positif de la population ouvrière, qui dépasserait les limites de la richesse en voie d'accumulation, mais au contraire d'un accroissement accéléré du capital social, qui permet à celui-ci de se passer d'une partie plus ou moins considérable de ses manouvriers... En produisant laccumulation du capital et à mesure qu'elle y réussit, la classe salariée P'oduit donc elle-même les instruments de sa métamorphose en surpopulation relative... Le mouvement d'expansion et de contraction du capital en voie d'accumulation produit alternativement l'insuffisance ou la surabondance relatives du travail offert: mais ce n'est ni un décroissement absoln ou proportionnel du chiffre de la population ouvrière qui rend le capital surabondant dans le premier cas, ni un accroissement absolu ou proportionnel du chiffre de la population ouvrière qui rend le capital insuffisant dans l'autre » (Capital, tr. fr., t. I, pp. •272-280).
■« Ch. XVI. — Karl Marx, subtilisant, constate trois lois. En réalité, la troisième est contenue dans la seconde.
3 On peut comparer avec des propositions analoi^ues de Ricardo, moins subtiles, mais tout également fausses (voyez supra, p. 295).
désintéressé et moins rapace que les autres. Marx ne rend pas « l'individu isolé responsable des conditions dont il dépend socialement, comme cet individu devrait l'être s'il pouvait s'élever subjectivement au dessus d'elles* ».
— Cette deuxième thèse de Marx — la thèse de la plusvalue — est aussi fausse que la première. Il n'est pas vrai que le capital soit un vol, même simplement objectif, parce qu'il n'est pas vrai que le gain de l'entrepreneur soit un vol sur l'ouvrier, vol accompli au mojen du surtravail.
D'une part, en fait, rien ne prouve que six heures de travail produisent une valeur égale aux besoins des travailleurs. Nombre d'entrepreneurs végètent ou se ruinent en faisant travailler le temps normal et usuel, qui est actuellement en France de dix à onze heures et rarement davantage, très souvent beaucoup moins ; nombre, aussi, de travailleurs autonomes se ruinent ou végètent en travaillant autant, plus même ordinairement, que les salariés de l'industrie. L'assertion de Marx reste donc dénuée de preuve et de vérité ■.
* Cette distinction du vol objectif et matériel, que l'individu commet sans en être responsable, parce que ce sont les conditions sociales qui Ty condamnent, n'est pas spéciale à Karl Marx. Les démocrates chrétiens l'ont maintes fois employée, par exemple pour expliquer le prêt à intéjét, dont la pratique est due, suivant eux. aux vices d'une organisation capitalistique destinée à disparaître avec une transformation radicale de la société (en ce sens, Georges Goyau, Autour du catholicisme »i>cial, 1897, p. 247 ; — II. P. Antoine, S. .1., Economie sociale, p. 507). Ces formules, citez les démocrates chrétiens, ont le grand avantage, d'une part, de leur permettre de déclamer contre la société contemporaine et le libéralisme économique, d'autre part, de leur permettre de continuer, en sécurité de conscience, à gérer leur fortune comme tout le monde et à payer les salaires de leurs ouvriers au taux de tout le monde.
2 A plus forte raison en est-il de même de cette assertion parfaitement gratuite et injustifiée de M. Ch. Andler : « L'obligation, dit-il, de ne pas renvoyer d'ouvriers ou simplement la résolution prise par une coopérative ou par une autorité constituée d'occuper tous les travailleurs sans ouvrage résoudrait la question .sociale : 1" parce que tout travailleur produit toujours son salaire ; 2" parce que, en ne produisant jamais que ce qui est dans le besoin public, mais en le produisant sans bénéfice, on ne dépasserait jamais le pouvoir d'achat du marché. » (Ch. Andler, Préface à la traduction du Droit au p)-oduit intéffral du travail de Karl Menger, p. xxiv). — Appliquez
D'autre part, en principe : 1° le gain du patron a pour cause, en tant que loyer ou intérêt, la productivité du capital (à supposer que le capital soit fourni par lui); 2° en tant que profit, il a pour cause : a) le salaire implicite du travail de direction et de coordination; 5) la rémunération des aléas d'entreprise, avec compensation des mauvaises chances par les bonnes'.
Marx s'engage ensuite dans un long plaidoyer contre le régime industriel moderne, où tout est contre l'ouvrier-. Le machinisme pousse à l'intensification du travail, c'està-dire à l'augmentation fatale de la plus-value relative. Le patron y est conduit par le désir de ne pas laisser chômer son capital constant et de pouvoir répartir ses frais généraux sur une production plus abondante, à tel point que la plus-value relative peut augmenter par l'abréviation du temps de travail avec maintien du même salaire, si le patron, en réduisant le nombre d'heures de ses ouvriers, parvient à rendre leur travail plus intensif^ et à épargner en même temps sur les dépenses de combustible et d'éclairage. Marx combat également la théorie de la compensation, c'est-à-dire du déplacement du travail par l'effet des machines.
Toute cette partie du livre, sans faire le procès théorique du capitalisme, décrit et critique, soit l'état chaotique de la grande industrie, déjà bien corrigé au temps de Marx et bien davantage depuis lors, soit le siceating System, où se trouvent, précisément en dehors des machines et des perfectionnements économiques et techniques, les pires misères et les plus désolants exemples de paupérisme.
cette formule à lindustrie agricole de la France et vous verrez ce qui en sortira ! M. Andler devrait bien apprendre aux entrepreneurs menacés de faillite la manière de faire toujours produire son salaire à louvrier!
* Voyez nos Eléments d'économie politique, 2» édition, pp. 157, 591 et s.
» L. I, ch. XV.
' C'est la thèse soutenue en fait par John Rae, dans ses Eight liours of labour.
Ici Karl Marx a méconnu, exagéré ou travesti les faits. La transformation industrielle a accru la population partout où elliB s'est accomplie : c'est au contraire dans les paj's voués aux anciennes pratiques du travail que la population est restée stationnaire ou a décru au nombre. La théorie de la compensation est démontrée par l'expérience, sauf les abus et les souffrances des trop brusques transitions.'Les excès de la « période chaotique » ont été heureusement combattus par l'initiative généreuse d'un bon nombre de patrons, par la législation ouvrière et par le mouvement général de l'opifiion. Ainsi le salaire réel s'est élevé considérablement, et avec lui le standai'-d of life\ Enfin, il est faux que le moyen âge et l'ancien régime, antérieurs à la concentration de l'industrie et à la forme dite capitalistique, n'aient pas connu d'âpres souffrances, non seulement les famines, mais aussi les déplacements de vie industrielle et commerciale, qu'attestent en Belgique le déclin de Bruges, d'Ypres et de Louvain, en Italie les ruines de Pise, de Sienne et de nombre d'autres cités.
III. — Rôle du capital dans les procès de production et de circulation.
Marx a décrit longuement et verbeusement le rôle du capital, non sans donner au capital argent, dans la production industrielle, une importance que celui-ci n'a pas aussi grande en réalité. Pour Marx, le mouvement circulatoire s'opère en trois stades. Au premier, l'argent se convertit en marchandises (matières premières) : c'est l'acte de circulation A — M^. Au deuxième stade, le ca-
' Sur les progrès de la condition ouvrière, voyez notamment Lavollée, les Classes ouvrières en Europe, 1886-1896, t. I, II et II 1 ; — von Schul/.e- Gœvernitz, la Grande industrie dans son rôle économique et social, tr.fr., 1896; — Paul de Bousiers, le Trade-imionisnie en Angleterre, 1897; — Levasseur, YOuvrier aynéricain, 1898; — Castelein, Socialisme et droit de propriété et l'Appendice I\^ (en français) de ses Institutiones philosophix moralis et socialis, Bruxelles, 1899 ((Jp. cit.. pp. 597-623) ; — Cathrein, der Socialismus, 7« édit., Fribourg-en-Brisgau, 1898, etc., etc.
" Il faut se garder de lire ces formules de Marx comme des notations algébriques : s'il en était ainsi, on aurait [dû trouver bien plulùt : A = M.
pital passe par le procès de production : le résultat est une autre marchandise, d'une valeur plus grande que celle de ses éléments (M... P... M") puisque la marchandise produite vaut tout ensemble et le capital variable et la plusvalue {V + pi)- Enfin, au troisième stade, les produits finis retournent au marché ; et là ils se reconvertissent en argent (M' — A'). « La formule du mouvement circulatoire, dit Marx, est donc
A — M... P... M'— A", les points indiquant que le procès de circulation est interrompu » (pour faire place au procès de production...). « Capital-argent, capital-marchandises, capital productif, dit-il ailleurs, ne désignent pas des variétés autonomes de capitaux... ces mots ne désignent que des formes fonctionnelles ditlerentes du capital industriel, qui les revêt toutes les trois tour à tour. » La durée du cycle total est la somme des périodes de production et de circulation'.
Quant à la monnaie, tout simplement elle « représente une quantité de travail social sous une forme qui lui permet de fonctionner comme instrument de circulation » ; d'où cette double conséquence : 1° que l'accroissement des marchandises exige un accroissement de monnaie ; 2° que le renouvellement de la monnaie est une « fraction de la richesse sociale qui doit être sacrifiée au procès de circulation' ». Par contre, «le crédit, qui accroît l'efficacité de la monnaie et qui supprime son intervention dans l'accomplissement du travail et de la production sociale, augmente directement la richesse capitaliste^ ».
On finit par s'apercevoir que ces longs développements sur le procès du capital renferment une des idées maîtresses du marxisme : à savoir que la production n'est devenue capitaliste que lorsqu'elle s'est appliquée à transformer des
' T. il, l^e partie, cli. I (tr. fr. pp. 1, 33. 152, etc.:. {Le second volume est fait de fragments postumes qu'Engels a soudés entre euxi. ^T. H, ch. IV, § 1, 3.
3 T. II, ch. xvii, g 2.
matières premières obtenues par voie d'échange, pour en faire des produits destinés à leur tour à être échangés. D'où l'on a pu dire avec raison que, aux yeux de Marx, le capital est essentiellement constitué par de l'argent obtenu au moyen d'un échange précédent d'argent. Donc, logiquement, si avec 1.000 francs qui ne proviendraient pas d'un échange (hypothèse invraisemblable dans le sj'stème marxiste), j'allais aij marché pour acquérir des marchandises que je dusse ensuite revendre 1.100 francs, ces 1.100 francs seraient du capital, mais non pas les 1.000 francs premiers.
Cette dernière partie de la théorie marxiste est de pure fantaisie : quant à la description des stades circulatoires, du stade productif et des vitesses variables de rotation, il faut reconnaître que les développements ou les explications fournis par Marx, bien loin de jeter quelque clarté, ne font qu'obscurcir des phénomènes assez simples par eux-mêmes.