‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 31 sur 90 · L. Cibrario, Délia economia politica nel medio evo, libri · texte numérisé non relu

L. Cibrario, Délia economia politica nel medio evo, libri

ire. Torino, 1839. 2 volumes. 5' édit. 1861. Trad.

franc, par Barneaud, avec introduction par Wo-

lowski, Paris, 1854.

J.-E. Th. Rogers, A history of agriculture and priées

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l'époque fragmentaire 155

K. V. Inama- Sternegg, Deutsche WirthschafUgeschichte. Vol. I et II. Leipzig, 1879, 1891.

K. Lamprecht, Deulsches Wirthschaftsleben inMiitelalter. Leipsig, 1885-1886. 4 volumes.

W. Cunningham, The groivthof englisch industry and commerce. Vol. I. Cambridge, 1890.

Ce n'est que dans la seconde partie du moyen âge que les manufactures et le commerce reçurent une impulsion vigoureuse par l'émancipation des communes, par la formation de la bourgeoisie et par les importantes routes nouvelles ouvertes au commerce par les Croisades. Organisées en un fort régime corporatif autonome, nécessaire pour résister à la toute puissance des barons féodaux, qui concentraient dans leurs mains la puissance territoriale, elles devinrent rapidement, notamment dans les florissantes républiques italiennes, et plus tard dans les Flandres et dans la Hanse teutonique, un puissant élément de prospérité matérielle et de progrès civil.

C'est vers l'an mille que naquirent en Italie ces nouvelles institutions économiques qui, de nos jours encore, éveillent notre admiration. Elles trouvèrent de solides appuis dans les statuts et dans les coutumes relatives au droit commercial, au droit maritime et au change, sanctionnées en grande partie par les ordonnances et par les lois des premiers siècles de l'époque moderne, qui ont préparé, pour notre siècle, les Codes en vigueur.

A. Lattes, Il diriito commerciale nella legislazione statutaria délie città italiane. Milano, 1883.

E. Bensa, Il contralto di ossicurazionenel medio\evo. Genova, 1884. Traduction française parJ.Valery: ZTjstoire du Contrat d'assurance au moyen âgr. : Paris, 1897.

V. E. Orlando, Délie fratellanze artigiane in Italia. Firenze, 1884.

Mais la renaissance des études économiques ne date

15C l'époque fuagmkntaiue

que du xiii'' siècle ; elle est due notamment à l'étude de l'Ethique et de la Politique d'Aristote, dont les doctrines sur la richesse furent paraphrasées par un grand nombre de commentateurs des traductions latines de ces deux œuvres. Avant cette époque, il n'y avait que des dissertations morales sur les dangers de la richesse, sur les maux causés par Tavarice et par le luxe, sur le devoir de charité, etc. Cela s'explique aisément si l'on songe à l'influence, alors prépondérante, des idées religieuses, à la réaction vigoureuse contre le matérialisme de l'antiquité païenne, à la prépondérance de l'économie naturelle, au peu d'importance du trafic, notamment du trafic international, à la décadence des sciences profanes, aux tendances métaphysiques et mystiques des penseurs les plus vigoureux. Lorsque, plus tard, les conditions de l'industrie furent améliorées , que la sécurité publique fut mieux assurée, que les communications furent rendues moins difficiles , que Tamour du savoir eut augmenté, que la jurisprudence fut renouvelée par l'œuvre d'écoles célèbres, que la scolastique fut arrivée à son apogée, les écrivains les plus sagaces de la philosophie appliquée ne dédaignèrent pas de s'occuper des phénomènes économiques, et ils en étudièrent les relations avec la doctrine des devoirs et avec celle du gouvernement de. la chose publique.

Ceux qui connaissent l'histoire des sciences au moyen âge ne seront pas étonnés que parmi les fragments économiques, qui sont dispersés dans les œuvres des théologiens, des philosophes, des jurisconsultes et des politiques, ceux que nous devons aux théologiens occupent la première place. Tandis que les philosophes, la plupart ecclésiastiques, commentent, plus ou moins à la lettre, les théories économiques d'Aristote, en les corrigeant à l'aide des principes du Christianisme, les écrivains de théologie morale, dans leurs

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traités, dans leurs questions, dans leurs sommes, dans leurs décisions, dans leurs réponses, dans leurs sermons, dans leurs monographies sur le sacrement delà pénitence, ayant à s'occuper de la restitution de l'indu et du thème plus général de la justice dans les contrats, se trouvent nécessairement amenés à rechercher la nature du commerce, de ses formes et de ses opérations variées, afin de distinguer les contrats licites et innocents des contrats illicites et criminels.' Et c'est ainsi qu'à la morale économique des Grecs, fondée sur la philosophie, succède celle des scolastiques basée sur la théologie, qui était à cette époque la science souveraine, la science des sciences.

L'exposé des théories économiques du moyen âge, (îomplètement négligé ou puisé à des sources secondaires dans les histoires générales de l'économie politique, devient maintenant plus facile, grâce à quelques bonnes monographies, dues soit à des compilateurs diligents, soit à des spécialistes de la civilisation de cette époque. Il n'y a pas jusqu'ici d'œuvre impartiale qui expose les modifications graduelles des théories et qui soit dégagée de toute tendance d'opposition systématique ou d'apologie extrême.

\V. Endemann, Die nationalôkonomischen Gnnulsaize lier canonhlischen Lehre. Jena, 1863.

\V. Endemann, SliuUen in der wmanisch-hanontslischen Wirthschafts und Recktdehre. Berlin, 1874 1883. 2 volumes.

Cil. Jourdain, Méiroire sur les cominen cément s de l'économie politique dans les écoles du moyen-âge il869), in Mémoires de l'Acad. des Inscr. et Belles- Lettres. Tome XXVIII. Paris. 1874, p. p. 1-51.

H. Contzen, Geschichte der volksuirthschaftlichen Literaturinder Mittelalter. Leipzig. 1869. 2« édition (augmentée;, Berlin, 1872. OEuvre un peu superficielle, y

158 l'époqle fragmemtaire

V. Cusumano, DelV economia poUtica nel Medio Evo. Bologna, 1876. Réimprimé dans les Saggi di Economia politica, etc. Palerrao, 1887. (Il s'occupe spécialement des écrivains politiques).

V. Brants, Coup d'œil sur les débuts de la science économique dans les écoles françaises, etc. Louvain, 1881.

W. Roscher, Geschichte der National-Oekonomik in Deutschland. Miinchen, 1874, p. p. 1-31.

W^. J. Ashley, An inlroduction to english économie history and theory. The middle âges. London, 1888. Chapitre III, pag. 124 etsuiv., 2*= partie, 1893. Chapitre VI, pag. 377 et suiv.

Les théories fondamentales de réconomie scolastique sont celles du juste prix et de l'usure; celle-ci est le fondement de la prohibition de l'intérêt dans le prêt d'argent et des autres choses fongibles.

La doctrine du juste prix, exposée dans les œuvres de théologie morale, dans les ouvrages sur l'usure, sur les contrats et dans quelques monographies, contient les germes des théories modernes sur la valeur, puisqu'on y donne, comme éléments du prix, les besoins, l'utilité, la rareté, le coût de production, comme l'ont remarqué les rares écrivains qui, comme Agazzini (dès 1834)^ Gobbi, Graziani, Montanari, sont remontés aux sources. On distinguait le prix légitime et indivisible, fixé par l'autorité, pour les denrées de première nécessité, et cela pour des motifs de fait faciles à comprendre, et un prix naturel, déterminé par les usages et par la concurrence. Celui-ci était variable et comportait, suivant les cas, trois degrés, minimum, moyen et maximum, avec une latitude plus grande pour les objets rares, et moindre pour les marchandises d'usage général, quoique non absolument nécessaires. 11 faut remarquer cependant que le prix légitime devait être établi par l'autorité d'après des critères tirés du prix

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naturel, et qu'il perdait sou efficacité et devait céder le pas au prix naturel, quand le changement des conditions de fait pouvait le rendre injuste.

Parmi les théologiens qui se sont occupés de la valeur et du prix, rappelons Vcnusti, Lupo, Filiucci, et en particulier Gasparino ; les deux premiers appartiennent au xvi^ et les autres au xvrl^

BasL. Gasparino, De legiiimo et naturali reriim vcnalium pretio, etc., Forolivii, 1634.

Une grande importance pratique pour le développement de beaucoup d'institutions économiques et juridiques et de grand intérêt théorique pour les discussions qui en sont dérivées doit être attribuée à la doctrine canonique de l'usure et à la prohibition de l'intérêt. Pour avoir une idée exacte de ces controverses, il faut corriger les riches informations que Endemann a empruntées aux abrégés théoriques du xvi^ et du xvii*^ siècle, à l'aide d'autres renseignements fournis par Funk et par Bôhm-Bawerk, qui ont consulté presque toujours les sources les plus directes.

F. X. Funk, Geschichte des kirchlichen Zinsverbotes.

Tubingen, 1876.

E. V. Bohm-Bawerk. Geschichte und Kritik der Kapi-

ialzins-Theorieen. Innsbruck, 1884.

La condamnation explicite et inconditionnée de l'usure, c'est-à-dire de l'intérêt {quodcumque sorti accedii) dans le prêt d'argent, est prononcée par les Pères de r Egli.se d'après des raisons déduites de passages connus de la Sainte Ecriture et du précepte général de la charité. Elle amena la prohibition canonique de Tintérêt, circonscrite aux seuls ecclésiastiques dans les huit premiers siècles de l'Église (et pour l'Église grecque même

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plus tard), elle fut étendue ensuite dans l'Eglise latine même aux laïques par les prescriptions d'un grand nombre de conciles œcuméniques et nationaux. Ces prescriptions des lois ecclésiastiques, qui trouvèrent une incessante résistance dans les besoins du commerce, furent appuyées, à partir de Charlemagne, par des lois prohibitives analogues dues à l'autorité civile, avec quelques exceptions, partielles et temporaires, en faveur des banquiers juifs et des lombards, auxquels les princes laïques et ecclésiastiques eux-mêmes durent souvent recourir dans leurs moments de gêne. Ces prohibitions civiles furent ensuite, dans les Etats protestants d'abord, remplacées (depuis le milieu du xvl^siècle) par des fixations de maximum imposé à l'intérêt conventionnel. Il s'en suivit un adoucissement toujours plus grand dans l'application de la défense ecclésiastique, qui cessa en fait après que plusieurs décisions du Saint Office (de 1822 à 1838) ordonnèrent aux confesseurs de ne pas inquiéter leurs pénitents et d'attendre une solution définitive.

De grossières erreurs, répandues surtout parles écrivains protestants, sont répétées aujourd'hui encore sur la nature véritable delà proliition canonique de l'intérêt, sur les limites et les conditions de cette prohibition. Il n'est pas exact que les scolastiques aient tous cru, comme Aristote, à la stérilité delà monnaie, et qu'ils aient ignoré que l'argent pouvait être une occasion de gain pour l'emprunteur. Ils croyaient seulement que ce gain était dû au travail du débiteur, et que le créancier qui, sans aucun préjudice, prêtait de l'argent, n'avait pas droit à un dédommagement, en dehors de la restitution. Si nous consultons, en effet, les œuvres des grands scolastiques du xiii*-' siècle, qui se sont les premiers occupés de ce sujet au point de vue philosophico-juridique, nous voyons qu'ils soutiennent leur thèse avec des

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arguments différents de ceux des théologiens qui les ont précédés. Le franciscain Alexandre d'Halos (m. 12 4.')), le premier, Saint Bonaventure (m. 1274j et le grand dominicain Albert le Grand (1193-1280), et son disciple, plus illustre encore, S. Thomas d'Aquin (1225-1274), invoquent l'autorité de la Bible, celle des saints Pères et des Conciles, mais ils s'appuient surtout sur ce fait, que, pour les choses fongibles et, partant, pour l'argent. Tusage ne peut être indépendant de leur propriété comme pour les choses non fongibles (terres, maisons, outils); le prêteur ne peut donc pas, en plus delà restitution pure et simple, prétendre à un dédommagement pour l'usage, qui appartient de droit à l'emprunteur, qui est devenu propriétaire ; il ne peut pas non plus prétendre à un dédommagement pour le temps écoulé entre le moment du prêt et celui de la restitution, parce que le temps appartient à Dieu et ne peut pas être vendu. C'est donc le prêt, explicite ou déguisé (sous les formes d'antichrèse, de vente à crédit, etc.), et non pas l'argent, qui est esseniiellement gratuit. Bien plus, on peut tirer profit de l'argent de plus d'une manière, et, dans les siècles qui suivirent, on admit successivement bien des exceptions qui soulevèrent, d'ailleurs, de vives controverses entre les théologiens rigoristes, amis de la logique, et les théologiens qui cherchaient à satisfaire aux multiples besoins du commerce. La nécessité s'imposait d'une application moins rigide des prescriptions qui étaient nées à une époque où l'économie naturelle et les prêts de consommation, consentis souvent par des usuriers, étaient la règle, et qui devenaient insupportables avec la multiplication des emplois productifs du capital, facilités par la multiplication des établissements de crédit.

C'est pourquoi, tout en maintenant la prohibition de l'intérêt (lucruin ex vmtuoj, on reconnut successivc-

J62 l'époque fragmentaire

ment certains titres qui donnaient le droit d'exiger une compensation ou un intérêt fid quod interestj. Ce furent, notamment, le damnuin emergens (admis déjà par saint Thomas quand le dommage était prouvé) ; le lucrum cessans, combattu vigoureusement tout d'abord et graduellement admis ensuite sur des preuves toujours moins rigoureuses, et même plus tard sur de simples présomptions lorsqu'il s'agissait de commerçants ; la peine conventionnelle, etc. On admit également, comme réparation de certains risques particuliers (dans le change maritime, plus tard dans le triple contrat) et aussi pour d'autres motifs que nous ne pouvons rappeler ici, d'autres titres de profit dans les censives réelles et personnelles et dans d'autres formes de contrat qui, pour les canonistes les moins rigoureux, présentaient des différences substantielles avec le prêt, nécessairement gratuit.

Dans l'impossibilité de faire une revue complète de la littérature économique du moyen âge, nous nous bornerons à la simple énumération de quelques-uns des écrivains les plus remarquables. Des monographies ont été écrites sur un grand nombre d'entre eux ; nous en avons parlé dans un travail spécial.

L. Cossa, Di alcuni studii recenii sulle teorie economichenel Medlo-Evo, 1876. Et aussi dans les Saggi di economia poliiica. Milano, 1878, pp. 15-38.

-4) xirre siècle :

Saint Thomas d^Aquin. l'ange de l'école, le prince des théologiens et des philosophes, est aussi l'écrivain le plus remarquable de son siècle sur les matières d'économie et de politique. Ses œuvres principales sont: laSumma Theologica. [Il, II); laSumma philosofica adversus gentiles; les Commenti ad Aristotlle

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ot l'opuscule Deregimine Judeorum ; le De usiiris est apocryphe. Saint Thomas a également écrit le livre I et les 4 premiers chapitres du livre 11 du De regimine principum, qu'a continué son disciple, le moine Tholomée Fiadoni de Lucques. évêque de Torcello. Ses doctrines sur l'usure, ses opinions sur la richesse et ses sages maximes de politique monétaire et fiscale ont été reproduites par quelques biographes, critiques et historiens de l'économie politique, sans qu'ils aient toujours pris soin de séparer ses écrits véritables des ouvrages apocryphes. Le meilleur ouvrage à consulter:

J. J. Baumann, Bie SinaisLehre des h. Thomas von Aquino. Leipzig, 1893 (particulièrement pp. 190- 203),

Parmi les écrivains scolastiques minores, Jourdain <;ite Henri d.e Gand, qui a, mieux que ses contemporains, dans une œuvre arrivée jusqu'à nous, De merclmoniis et negotlatlonlbus, apprécié l'utilité et les fonctions du commerce.

D) XIV® siècle.

Parmi les nombreux auteurs d'ouvrages De regimine, institutione, eruditione principum (pour la plupart s'inspirant de saint Thomas), nous citerons :

1" Engelbert, abbé d'Admont en Styrie (m. 1331) qui a écrit un De regimine principum en 7 livres, mentionné par Contzen.

'2"^ Le moine Paul Minorita (probablement de Venise) <jui. entre 1313 et 1315, a écrit un De regimine recto- '/■/'.s, divisé en 3 livres, dans lequel il s'occupe du gouv(nncment moral, du gouvernement de la famille et du gouvernement de la cité, etc. L'élégance et la concision de son style et d'autres mérites encore ont amené

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l'illustre Adolphe Mussafia à le publier et à l'annoter (Vienne, 1868).

3° Eo-idio Colon na, augustin, élève de saint Thomas et précepteur peu influent de Philippe le Bel (1247-13J6) a écrit également un De regimine princijnun (antérieur à celui du moine Paul) dans lequel, se séparant en cela du maitre. il déclare le consentement du peuple nécessaire pour la levée d'impôts extraordinaires.

4° François Petrarca (1304-1374), dans son livre De repuhliccL opthne a.dininistr8.nda , réclame également la justice et la modération des impôts et la punition des abus des publicains ; dans ses lettres familières il donne de bons préceptes d'économie agraire.

Parmi les juriconsultes il faut faire mention du napolitain Andréa d'Isernia (1220-1316), cité par Fornari et commenté par Palumbo. Il faut surtout noter ses opinions sur l'aliénabilité du domaine public et sur les avantages de la ferme des impôts.

(av. L. Palumbo, Andréa d'Isernia. Napoli, 1886.

Plus important encore est un groupe de philosophes et d'hommes d'État français qui ont donné à leurs souverains d'excelleîits conseils de politique économique et financière. Il faut citer :

1° Philippe Dubois, qui, dans sa Summct brevis (1300) et dans son livre De reciq^eratione sanctde terrœ (1306), reprochait à Philippe le Bel ses altérations de la monnaie et lui en montrait les dangers (Cfr. A. Vuitry, in Journal des Économistes, décembre 1880. pp. 447- 459).

2° Jean Buridan, recteur de l'Université de Paris en 1327, qui a donné dans ses Questions sur l'éthique d'Aristote, comme le remarque Jourdain, un court traité sur les rôles économiques de la monnaie.

l'époque fragmentaire 165

3° Durand de Saint-Pourçain, dominicain, évêque de Meauxen J326, et Philippe de Maizières. conseiller de Charles V le Sage, qui écrivit, en 1389, le Songe du vieil pèlerin. Ils proposaient des banques de prêt sur gage, grâce auxquelles l'Etat pourrait venir au secours des pauvres et les soustraire aux fortes usures des juifs. (Voir V. Brants. Philippe de Maizières, in Revue catholique de Louvain, 1880). Mais la première place appartient à :

4° Nicolas Oresme, évêque de Lisieux (m. 1382), qui a écrit en latin et ensuite traduit en français, à l'usage de son élève Charles V, un petit traité De origine, natura, jure etinutationibus monetaruni. dans lequel il résume méthodiquement dans un style simple et clair la théorie de la monnaie. Il est un adversaire vigoureux des altérations des monnaies. Les mérites de ce petit ouvrage, que tous les écrivains spécialistes des siècles suivants ont connu, ont été mis en lumière par Roscher; Wolowski a publié, en 1864, le texte latin et le texte français dans une très belle édition.

Francis Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de

Xicole Oresme. Paris, 1857.

G. Roscher, Un grand économiste français du xiY^ siècle

(In Compte rendu de l'Académie des sciences morales

et politiques. Paris, 1862, pag. 435 et suiv.) N. Oresme, Traictie de la première invention des mon-

noies, etc., par M. L. Wolowski. Paris, 1864.

Sans parler d'autres écrivains scolastiques d'importance moindre, comme les professeurs de la faculté de théologie de Vienne, Henri de Langenstein (Henricus de AssiaJ et Henri de Hoyta, fort loués par Roscher, nous citerons le chancelier Jean Gerson, élève du premier de ces écrivains, qui, comme Buridan, s'est occupé, dans ses tractatus diversi, de la théorie du prix, mais

166 l'époque fRx^g?.ientaire

({ui, seul parmi les théologiens, a soutenu que les lois civiles pouvaient, afin d'éviter un plus grand mal. tolérer l'intérêt (usura' que les lois ecclésiastiques condamnent.

C) w" siècle :

Parmi les scokistiques de la première moitié du xv'' siècle se sont illustrés par leur science et leur connaissaissance des besoins du commerce le dominicain saint Antonin, archevêque de Florence (1389-1455) et le franciscain saint Bernardin de Sienne. Ils se sont occupés, au point de vue de la théologie morale, le premier dans sa Summa. theologica (Opéra omnia. Firenze, 1741). le second dans ses Sermones {Opéra omnia. Venezia, 1745. 5 volumes), de quelques-unes des questions concernant la théorie de la circulation et de la distribution des richesses et notamment de la valeur, du commerce, du crédit ; ils ont admis que quelquefois l'argent liahet quamdani seminalem rationem lucrosi, qiiain communiter capitale vocamus (saint Bernardin), et justifié ainsi l'intérêt des emprunts de la ville de Florence et le trafic des titres qui les représentaient (saint Antonin).

R. H. Funk, Uebev die ôkonomischen Anschauungen der miUelalterlichen Theologen (In Zeitschr. /". die Stuatsiviss., 1869, pp. 125-175;.

Kn Allemagne, en dehors de Kuppener et de Summcnhart de Cahv, il faut citer le philosophe et théologien Gabriel Biel (m. 1495), qu'on a appelé le dernier des scolastiques, notamment pour le petit ouvrage (inspiré d'Oresme) qu'il a écrit sous le titre de :

De monelarunx pot esta ie sinad et xdilitate lihellus (Magonza, 1541).

l'époque fragmentaire 167

D) xvi^ et xvii" siècles :

Les profondes transformations économiques qui s'accomplissent, modèrent la rigueur des doctrines scolastiques ; elles ne sont plus défendues dans leur forme primitive que par un très petit nombre d'écrivains; on admet, avec une facilité toujours plus grande, les nouveaux établissements de crédit et les titres qui permettent de tirer un profit de l'emploi productif de la monnaie.

Les opinions relativement libérales sont représentées par les écrivains de droit commercial, par Stracca et mieux encore par Scaccia et par Délia Torre ; elles sont également défendues par le jurisconsulte D. Gaito (1626) et par un autre génois, le négociant G. Domenico Péri, et attaquées, au nom de la logique, par le professeur de Pavie, Antoine Merenda.

U. Gobbi, L'eronomia poUtica negli scrUtori ilaliani del secoloXVJ-XVlI. Milano, 1889, pp. 52-57, 269-302. Sig. Scaccia, De commerças et cambio. RomiE, 1619. Raph. de Turri, De cambiis. Genuœ, 1641. Ant. Merenda, De cambio nundinali. Papiœ, 1645. Giov. Dom. Péri, IL negoziante, etc. Venezia, 1672.

Nous citerons, à titre d'exemple, les controverses auxquelles ont donné lieu les emprunts publics, les monts de piété, les lettres de change et la répression du vagabondage.

Les emprunts de Venise, de Florence, de Gênes, la constitution des créanciers en sociétés (Montij, leur droit à un intérêt, notamment dans le cas de prêt forcé, la légitimité de la vente des titres (luoghi di monte), combattue d'abord énergiquement, notamment par les augustins (Guy de Bello Regaldo et Grégoire de Rimini), et admise avec plus ou moins de réticences par d'autres théologiens et jurisconsultes (Pierre de Anca-

168 l'époque fragmentaire

rano, Jean Andréa, le cardinal Henri d'Ostie), trouvent enfin une pleine justification dans la multiplication des banques de dépôt à Venise, à Gênes, en Sicile et a Naples. Dans les premières années du xvii' siècle on publie à Milan quelques ouvrages d'Alexandre de Rho (1603), et des pères Ferrari (1623), Cantoni (1625), et Dugnani (1027), qui ont pour but de démontrer la légitimité de l'intérêt dans les emprunts faits par la ville à la banque de saint Ambroise.

Ona compilé surles luoghidi monte, \cica.h\es et non vacables, et sur les sociétés pour l'acbat de charges à la Curie Romaine Csocietates ufficii) de nombreux truites économico-juridiques dont n'ont pas tenu un compte suffisant les historiens de l'économie.

Frjnr. Castracane, Tractaius de societalibus qiui' fiant super uflicUs Romanx Curix. Rom a, 1609.

Card. Joh. Bapt. De Luca, Be locis moniium^ etc. (Dans son Theatrumveritatisetjustiiix). Roma, 1669.

Fabr. Evangelista, I)e locis moniium cauKralium non vacabilium. Roma, 1767.

Beaucoup plus vives furent les controverses sur les monts de piété, très répandus en Italie dans la seconde moitié du xv^ siècle et introduits ensuite au siècle suivant dans les Pays-Bas (Scarini, Oobergher), pour faire des prêts sur gage aux pauvres et les soustraire aux lourdes usures des banques privées et, en particulier, des juifs. Les donations des fidèles ne sufTisant pas à leur fournir les sommes nécessaires, ces établissements, qui prêtaient d^abord gratuitement, demandèrent, sur les conseils de Bernadin de Feltre, un intérêt pour couvrir les dépenses d'administration. Cette pratique fut réprouvée par le moine auguslin Nicolas Barianno (Tractatusde inonte impietatis. Cremona, 1 496), par le dominicain Thomas De Vio, nommé

l'époque fragmentaire 169

cardinal (Gaétan) en 1498, et défendue par le franciscain Bernardin de Biisto [DefenHorium montispietatis. Milano, 1497), par De Rosellis et par d'autres, et obtint ensuite l'approbation de Léon X, au cinquième concile de Latran.

Ad. Biaise, Des mnnts de piété, 2« édit. Paris, 1856. 2

volumes.

F. X. Funk, Op. cit., pp 51-53.

Les lettres de change furent l'objet de polémiques non moins subtiles. Grâce à ces titres de crédit, on pouvait effectuer des paiements dans des lieux éloignés et éviter les dépenses et les risques du transport de l'argent. Le profit du change était légitime, d'après les canonistes, quand le change était réel et non fictif ou sec (c'est-à-dire fait pour cacher un prêt) parce que le profit provenait non propter tempus, sed propter loci distantiam. Il y eut plus tard de nouvelles polémiques entre les partisans et les adversaires des lettres de change créées pour faire des paiements dans les foires et ceux qui discutaient la légitimité du change de retour (canihio colla ricorsa). Le premier traité De cambiis est celui de Thomas De Vio (1499). Parmi les nombreux traités publiés depuis, nous citerons celui de Thomas Buoninsegni de Sienne, d'abord marchand, puis moine (Dei cambii. Firenze, 1573); le traité plus complet du P. Fabien Clavario de Gênes {Trantatus de cambiis. Genu?p, 1568); l'abrégé, remarquable par son ordre et sa clarté, du P. Romualdo Go\i {Trattato dei cambii. Lucca, 1612); les polémiques entre le P. Bernard Giustiniani (1610) et le P. Ortensius Capellone (1621) qui combattent, et les pères Ant. de iS. Salvatore et Basile Alemanni (1623) qui défendent le change de retour.

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Plus connue des économistes, parce qu'elle est insérée dans le premier volume de la collection de Custodi, est la Brève notizia clei cambii (1581), dans laquelle Bernard Davanzati (15!?9-1606) décrit, avec une élégance, une simplicité et une clarté remarquables, le mécanisme de la lettre de change ; il signale aussi l'utilité de la spéculation et quelques-unes des causes des paiements internationaux.

La prohibition de la mendicité, décrétée au commencement du xvi® siècle par quelques villes des Pays-Bas et d'Espagne, donne matière à une intéressante polémique théologico-économique, à laquelle prirent part beaucoup d'écrivains, et notamment quelques franciscains, qui la justifiaient d'une façon plus ou moins explicite, et quelques dominicains, qui la combattaient; on a ainsi discuté quelques-uns des problèmes de l'assistance. Parmi les nombreux travaux (rappelés par Colmeiro, par Rahola et plus complètement par De Bosch Kemper) consacrés à ce sujet il suffira de citer celui de Ludovic \'ives {De subventione joauperuni. Brugge, 1526), qui demande une forte organisation laïque de l'assistance publique, ceux du P. Dominique Soto (Deliberacion en la causa de los j^obres. Salamanca, 1545) et du moine augustin L. Villavicentius (De oeconomia sacra circa pauperum curam, etc. Antvverpiae, 1564), adversaires énergiques de toute restriction au vagabondage ; ceux du jurisconsulte C. Cellaris [Oratio contra menclicitatem. Antverpijie, 1531), du franciscain Jean de Médine [De la orden cpae en algunos paeblos de Espana sehapjuesto en la limosna, etc. Salamanca, 1545) et du chancelier de Bruges, Egidius Witsius (De continendis et alendis doini pauperibus, etc., 1562), qui préconisent des maisons de travail obligatoires, et, enfin, les ouvrages du P. Michel Giginta, qui défend une opinion moyenne, favorable à la fondation de mai-

l'époque fragmentaire 171

sons de travail facultatives {Tratado de remédia de pobres. Coimbra, 1575).

M.Colmeiro, Historiade laEcon. Polit. enEspana.Yol. I. Madrid, 1862.

Fed. Rahola, Economistas espanoles de los siglos XVI y XVII. Barcelona, 1887.

J. de Bosch Kemper, Overzigt van de letterkunde omirent het Armwezen in da zestiende eeuiv. (In Nederlandsche Jaartweken voor Regsgeleerdheid, elc Deel XII, SlLik 3, 1850).

F. Ehrle, Bcitruge mr Geschichte, elc. der Armenpflege. Friburg im Br., 1881, pp. 27-59.

§ 3. — l'économie politique des humanistes

A l'époque de la Renaissance, l'étude des cla.ssiques g'recsetlatins;lecultede Platon, qui dominait notamment en Toscane sous l'influence de Marsilio Ficino ; l'apologie de la civilisation païenne et de ses institutions, qui s'opposent aux institutions sociales et économiques du moyen âge, arrivées à leur perfection au xv*" et xvi® siècles grâce aux créations florissantes de l'économie monétaire et du crédit, qui a succédé à l'économie purement naturelle que les humanistes préféraient ; l'émancipation de la pensée des lisières de l'aristotélisme, en décadence d'ailleurs, exercèrent leur influence sur les philosophes,, les historiens et les politiques même dans l'ordre des recherches économiques et de la légi.slation. Les finances de Florence nous offrent un tableau de la pratique alternée des différents systèmes d'impôts : impôt sur les immeubles, l'idéal de Savonarole, le réformateur chrétien; décimes proportionnels ou en échelle, dont Guicciardini a fait une étude comparée : projet d'impôt unique de Ludovic Ghetti ; d'autre part les auteurs de ce temps ont demandé la formation de

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trésors de guerre^ ou condamné le trafic de la part du Prince, la régie ou l'adjudication des impôts, et fait une opposition persistante aux altérations monétaires. Dans les monographies historiques déjà citées de Gobbi, de Fornari. de Ricca-Salerno et dans un discours académique récent de Toniolo, on peut trouver un exposé du développement de ces théories en Italie ; les ouvrages de Schnioller et de Wiskemann (résumés dans l'Histoire de Roscher) font connaître le mouvement analogue des doctrines des humanistes et des réformateurs en Allemagne II nous suffira d'indiquer quelques écrivains, et notamment les écrivains italiens.

G. Ricca-Salerno, Sforia délie dottrine finanziarie in Italia. Roma, 1881, pag. 27 et suiv.

T. Fornari, Délie teoine economiche nelle Provincie Japoletane. Vol. I. Milano, 1882, pp. 117-194.

G. Toniolo, Scolastica ed Umanismo nelle dottrine economiche, etc. Pisa, 1887.

G. SchmoUer, Zur Geschichte dernaiionalbkon. Ansichten in Beutschland, wàhrend der Reformations-Période \\r\ Zeitschr.f. diges. Staatsu'iss. Tubingen, 1860).

H. Wiskemann. Darsfellung der in Deidschland zur Zeil der Reformation herrschenden nationalôkon. Ansicliten. Leipzig, 1861.

W. Roscher, Geschichte der Nat. Œk. in Deidschland. Mïinchen, 1874, pag. 32 et suiv.

A) xv^ siècle:

Trois publicistes et hommes d'État. .lean Gioviano Pontano (né à Cerreto en Ombrie), Benoit Crotugli ;né àRaguse), Diomède Carafa comte de Maddaloni, le plus illustre des trois, contribuèrent par leurs conseils et par leurs actes^ dans les charges qu'ils occupent auprès des rois d'Aragon, à de sages réformes économiques et financières dans le royaume de Xaples.

l'époque fragmentaire 173

Pontano (1426-1503) donne de bons préceptes fiscaux et d'excellents conseils de morale économique [Opéra. omnia. Napoli, 1505-1508. 2 volumes).

Cotrugli écrit vers le milieu du siècle son petit ouvrage Délia Mercatura. e ciel Mercante perfetto (édité à Venise en 1573, traduit en français en 1582 et réimprimé à Brescia en 1602) ; Genovesi et Zanon en ont fait de grands éloges. Il s'occupe spécialement delà valeur, du prix, de l'échange et des contrats commerciaux. (Voir l'article de A. Montanari dans Vltalia, Centrale. Reggio, 25 décembre 1890).

Carafa (qu"ont étudié admirablement, d'abord Cusumano, puis Ricca, Fornari et Gobbi) est supérieur à tous ses contemporains qui ont écrit sur les finances. Son petit traité De régis et boni pvincipis offîcio a été écrit en langue vulgaire entre 1469 et 1482 sur les instances d'Eléonore d'Aragon, duchesse de Favière, qui en commanda une traduction latine à J.-B. Guarini (publiée à Naples en 1668 et plus tard par Mansi, qui la crut inédite, en appendice à la Biblioteca latlna de J. Alb. Fabricio. (Padova, 175'i). Dans cet opuscule, Carafa (m. 1487) expose des idées en partie nouvellles sur l'utilité du commerce, sur l'harmonie entre les recettes et les dépenses publiques, sur les avantages de la ferme des impôts, et il énonce, le premier, l'idée des impôts sur les revenus certains, développée ensuite par Botero et devenue plus tard le fondement du système fiscal de Broggia.

V. Cusumano, Diomede Carafa, economista e finanziere italiano. {InArchivio Giuridico. Bologna, 1871. Vol. VI, et plus tard dans ses Saggi di Econ. Pol. Palermo, 1887, pp. 134-145.

On peyt placer encore parmi les humanistes, François Patrizii (né à Sienne), évêque de Gaëte (1412-1494). Il a

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écrit deux ouvrages : De rcgno et régis instltutlone (Parisiis, 1567) et De institutione reipuhlicœ {^ibidem ., 1564), dans lesquels il demande la création de domaines fiscaux, dont Tadministration doit être cependant placée sous le régime de la location perpétuelle. Dans ce siècle, et en partie dans les deux siècles précédents, il faut signaler, à Florence, le littérateur Brunetto Latini et d'autres auteurs d'ouvrages encyclopédiques, Beato Dominici (m. 1420) et Léon Baptiste Alberti, qui ont étudié le gouvernement économique de la famille, les chroniqueurs Jean et Mathieu Villani. Benoit Dei, le notaire Ser Lapo Mazzei, qui ont ouvert la voie aux érudits historiens Segni, Nardi et \'archi ; le blatier Dominique Lenzi dans son Speccliio umH.no (13'20-1335) s'occupe des disettes, et les deux banquier.; François Balducci-Pegolotti et Jean de Uzzano écrivent, au XIV'' et au xv^, des manuels pratiques à l'usage des commerçants ; quelques-uns de ces ouvrages ont été réimprimés par V agnini [Dellct deciiUcL^ etc. Firenze, 1765-66).

G. Toniolo, Scolastlca ed Umanismo. Pisa, 1887.

B) xxi" siècle :

Les fruits les plus mûrs de la Renaissance se trouvent dans les œuvres historiques et politiques de Palmieri, de Machiavel, de Guicciardini, et de quelques autres, la plupart italiens, auxquels, du reste, on ne peut attribuer de notables progrès dans les recherches économiques.

Mathieu Palmieri {Délia vita civile. Firenze, 1529) s'occupe de politique économique ; il consacre la dernière partie de son livre à « l'utile, c'est-à-dire aux questions de commodités, ornements, largeur, beauté de notre vie, aux facultés, aux richesses, à l'abondance

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de toutes les choses qui sont dans l'usage des hommes » et il défend l'impôt proportionnel, que combattaient les démagogues florentins.

Nicolas Machiavelli (1469-1527), le prince des politiques italiens, n'était pas porté à étudier à fond le côté économique des problèmes politiques ; il reconnaît luimême qu'il est peu au courant des questions « de laine ^ et de soie « , et il ne possédait pas pour cette étude les / aptitudes nécessaires, parce qu'il était trop grand admirateur de la civilisation païenne et qu'il avait une prédilection pour l'économie naturelle, dont il constatait les restes chez les populations germaniques et qu'il a tlécrits avec une grande admiration. Ce fut donc une tentative vaine, comme cela résulte aussi de l'œuvre remarquable de Villari, que d'essayer de glaner les idées économiques originales dans les écrits du secrétaire florentin, comme l'a fait Knies dans une œuvre patiente et pleine d'érudition.

Karl Knies, iY/c. Machiavelli, ah volksicirthschaftUcher Schriftsteller (in Zeitschrift fur die ges. Stoaiswiss. Tubingen, 1852, vol. VIII).

Pasquale Villari, Nicolà Machiavelli e i suoi tempi. Firenze, 1877-1882. Trois volumes.

Nous trouvons un plus grand nombre d'observations économiques, sinon dans les ceuvres historiques de Fran(,"ois Guicciardini (l'i80-1540) qui sont purement politiques, du moins dans ses écrits minores.

Franc. Guicciardini, Opet^e inédite, illustraie da G. CanesirirJ. Firenze, 1857-67. Deux volumes.

C) Les utopistes du xvi« et du xvii*^ siècles : /

L'étude de Platon, un dégoût profond de la corruption des temps, la dépre.ssion économique, les guerres

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et les révolutions politiques et religieuses continuelles etc., nous expliquent surabondamment l'apparition d'un grand nombre d'ouvrages dans lesquels la communauté des biens est considérée comme un type de réforme désirable (Frank, Munster) ; elle est défendue par les armes par quelques sectaires (Mûnzer). Cette reconstruction sociale est inspirée par des idées morales, comme dans l'Utopie de Thomas Morus, chancelier d'Angleterre [De optime re'qoufdicse statu deque nova, insida Ufopia. 1516) et dans l'opuscule beaucoup moins connu du philantrope espagnol Ludovic Vives [Ds coniunione reriun, 1635); elle est la conséquence d'une imagination déréglée chez le florentin Antoine François Doni dans ses Mondi celesti, terrestri ed infernali. Firenze, 185'2-53. 2 volumes.

Il faut remarquer que dans V Utopie de Morus, la communauté des biens se combine avec la monogamie tandis que dans la Ciuitas solis du dominicain calabrais Thomas Campanella (écrite avant 1607) et dans VOceana du républicain anglais Thomas Harrington (1656), l'ennemi farouche de la grande propriété foncière, on propose, comme Platon, la communauté des femmes, car on ne peut détruire rationnellement la propriété privée .si on conserve la famille.

En dehors des ouvrages déjà cités de Mohl et de Kleinwachter. on peut consulter l'intéressant opuscule de:

A. Gehrke, Communisiische Idealstaaten (Plalo, Morus, Campanella, Cabetj. Bremen, 1878.

Les utopies ont provoqué, à ce moment comme toujours, des réfutations, c'est-à-dire des défenses de la propriété privée. Il nous suffira de citer Fouvrage d'un célèbre politique, adversaire cependant d'une trop grande concentration des biens.

l'époque fragmentaire 177

Paola Paruta, Délia perfettione délia vita politica. Yenezia, 1599 (Cfr C. Supino, La scienza economica in lialia, etc. Torino, 1888, pag. 89).

D) La. légitimité de Vintérêt :

A côté des écrivains catholiques qui essayent de concilier les besoins du commerce avec la théorie canonique de l'illégitimité du prêt à intérêt, quelques écrivains, protestants ou suspects d'hérésie, s'élèvent, se séparant en cela de leurs coreligionnaires (par exemple de Lutherj, contre les doctrines théologiques et juridiques dominantes. Il faut rappeler au xvi* sièle Calvin et le jurisconsulte Charles Dumoulin {Tractatus contractuura et usurarum, 1546) ; au xyii", Claude Saumaise, qui s'est occupé de ce sujet à plusieurs reprises et avec profondeur {De usuris, 1638. — De modo usurariun, 1639. — De fœnoretrapezitico, 1640) et après lui, non sans réserves et sans contradictions, l'illustre publiciste hollandais Ugo de Groot (Grotius) dans le livre II, chap. XII, de son grand ouvrage De jure pacis ac belli.

Tous ces écrivains, qui, d'après certains économistes, auraient résolu toutes les questions soulevées par ce sujet, n'ont pas réussi, au contraire, comme l'a montré Bohm-Bawerk, à expliquer le fait économique de la productivité du capital, et ils ne sont pas arrivés, d'autre part, à trouver des arguments acceptables pour étayer le principe juridique de la légitimité de l'intérêt, qui trouve encore de nos jours (sans parler des socialistes) des adversaires acharnés.

On peut lire, par exemple, le curieux ouvrage de Victor Modeste, Le préi à intérêt, dernière forme de V esclavage. Paris, 1889.

Au xviii'' et au xix« siècles la controverse a été reprise sans arguments nouveaux chez les théologiens, par

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exemple par lillustrc polyjçraplie Scipion Maffci (DelV hnpiego ciel clenaro. Roma, 174 4\ qui a provoqué les critiques de Balleriiii et de Concilia et ensuite Tencyclique Vix 'per\:enit de Benoit XIV (1745), et, enfin, par labbé Marc Mastrofini, dont l'ouvrage Le usure (Roma, 1831, plusieurs fois réimprimé] a été l'occasion d'une nouvelle polémique. Mais les économistes, comme tels, n'ont pas' besoin des 4 petits volumes, d'ailleurs bien faits, du cardinal de la Luzerne {Dissertation sur le j^rêt de commerce. Dijon, 1823) pour savoir qu'on peut tirer un profit de l'emploi de l'argent (ce qu'aucun théologien n'a jamais contesté), et ils ne sont pas disposés à accorder à Mastrofini que la prohibition de l'intérêt ne s'adresse qu'aux débiteurs pauvres ce qui est faux historiquement), et finalement ils n'apprennent rien des rigoristes, qui ne cessent de répéter que le prêt est par lui-même (c'est-à-dire dans des conditions qui ne se réalisent pas dans la vie moderne) essentiellement gratuit.

E. v. Bohm-Bawerk, Geschichte urtd Kriiik der Kapitalzins-Tlieorteen. Innsbruck, 1884, pp. 27-46, 65- 69 et passim.

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