‹ Histoire des doctrines économiquesChapitre 32 sur 90 · CHAPITRE III LES MONOGRAPHIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LES MONOGRAPHIES

Dans la seconde période historique de l'économie politique, qui comprend les xvi" et xvii'" siècles et la première moitié du xviii'', les modifications profondes subies par le système de la production, de l'échange, du transport, du crédit et des impôts, forment l'objet d''Lm grand nombre de monographies théoriques et d'ouvrages de circonstance, dans lesquels l'examen de chaque question est inspiré, timidement d'abord et plus nettement ensuite, par des critères économiques, de plus en plus indépendants de ceux que l'on empruntait aux autres sciences, auxquelles l'économie politique était subordonnée dans la période précédente.

Les ouvrages de polémique, inspirés par l'intérêt exclusif des producteurs et des consommateurs, prennent petit à petit un caractère plus déterminé et plus exclusif, et se transforment en systèmes empiriques de politique économique et financière; puis vers le milieu du siècle passé on trouve quelques tentatives de conciliation pratique, dues à des précurseurs et défenseurs des réformes économiques et fiscales, et aussi quelques essais de coordination théorique imparfaite dus à un certain nombre d'écrivains éclectiques, plus remarquables par leur érudition que par leur puissance intellectuelle, qui publient des traités ou font des leçons dans les chaires qui ont été expressément créées ou transformées dans les différents pays de l'Europe.

Il nous paraît donc conforme au développement réel de l'économie politique de parler, dans ce chapitre et dans le chapitre suivant, des principales monographies, des systèmes de politique économique et financière, de l'éclectisme bureaucratique et de Téclectisme de la chaire.

§ 1. — LA POPULATION ET l'ASSISTANGE.

On sait que le plus grand nombre des écrivains de politique et d'économie, convaincus de l'importance d'une population nombreuse au point de vue de la sécurité, de la puissance, de la richesse privée et de la richesse publique, se sont occupés presque exclusivement de rechercher les causes de son accroissement et de suggérer les moyens les plus propres à le faciliter. Bien plus, vers le milieu du xvrif siècle, des auteurs à bon droit estimés, comme le grand statisticien J. Pierre Siissmilch (1707-1767) et, après lui, les très érudits professeurs de sciences camérales, Justi et Sonnenfels, ont pensé que l'augmentation de la population était le but principal que l'État devait se proposer pour réaliser le bien-être du peuple.

Rob. von Molli, Geschiclite und Lileraiur der Staais-

wissenschaften^ 3"^ vol. (Erlangen, 1858), pag. 409

et suiv.

Ach. Sinigaglia, La teoria economica délia popolazione

in Italia. Bologna, 1881. (Extrait de VArchivio Giu-

ridico).

C'est un des titres de gloire du meilleur des économistes italiens du xvi® siècle, Jean Botero, d'avoir étudié, presque ex professa, le- sujet de la population avec une méthode vraiment scientifique dans son opuscule classique Délie cause délia grandezza e magnifîcenza

délie città (Roma, 1588. Trad. anglaise de R. Peterson. Londres, 1606), supérieur en ceci à Machiavelli, qui avait entrevu [Discorsi, liv. I, ch. I) qu"il y avait une cause physique (la productivité du sol) à la limitation de l'augmentation indéfinie de l'espèce humaine, qui naturellement augmente là où les substances abondent ; supérieur à Chiaramonti, à Zecchi, à Zuccolo et à d'autres politiques du xvri^ siècle, qui avaient entrevu, sans l'approfondir, cette vérité que l'augmentation de la population dépend de celle des subsistances ; supérieur enfin à tous les écrivains qui, jusque vers le milieu du siècle passé, se sont occupés de ce sujet.

Tandis que le grand publiciste Jean Bodin, auquel Botero est redevable d'un grand nombre de maximes de politique économique et financière, enseignait (La République, 1576, liv. V, ch. II) que c'était une erreur de craindre une disette future par suite de l'augmentation de la population, Botero, qui considérait cependant l'augmentation de la population comme un élément de la prospérité publique et qui suggérait (dans la Ragione di Stato. 1589) les moyens d'y pourvoir, énumère d'une façon vraiment magistrale les obstacles à l'accroissement indéfini du nombre des hommes. Ce sont pour lui moins les disettes, les pestes et les guerres, que le défaut d'équilibre entre la vertu génératrice des hommes et la vertu nutritive des villes, c'est-à-dire la difficulté d'avoir tout près les subsistances nécessaires et la difficulté de les faire venir de loin. Il est ainsi amené à se préoccuper des excès de population, et il considère les colonies comme utiles quand elles servent à absorber la partie exubérante de la population, c'est-àdire, quand elles enlèvent le sang superflu et corrompu, et non quand elles prennent la partie saine.

G. JandelH, Il precursore di Malthus. (in Filosofia délie

Scuole iialiane. Vol. XXllI. Roma, 1881, pp. 147- 160.)

Dans la série nombreuse des précurseurs de Malthus (dont beaucoup, comme Hume, Steuart, Townsend, etc., ont été cités par lui dans la préface de ses Essais), il faut signaler Franklin, Beccaria, Ortes et Ricci.

B. Franklin, Observations concerning ihe increase of

mankind. Philadelphia, 1751. (Cfr. Mac Culloch, The literature of pol. econ. London, 1844, pp. 253- 257.)

Page 1