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LES PAIEMENTS INTERNATIONAUX

De tous les économistes de la première moitié du xvii* siècle, la première place appartient, à plus d'un titre, à Antoine Serra qui écrivit dans les prisons de la F/caria, où il était enfermé, non pas comme complice de Campanella (comme l'a imaginé Salfi), mais comme accusé de faux monnayage (comme l'a démontré Amabile), son Brève trattato délie cause che j)Ossono fare abbondare li regni d'oro e d'argento dove non sono minière. (Napoli, 1613j.

Ce petit ouvrage eut une destinée curieuse. Oublié par les contemporains, trouvé par hasard par Intieri, qui en donna une copie à Galiani, il fut porté aux nues par celui-ci dans la seconde édition de son traité Délia moneta. (1780). Il fut ensuite réimprimé par Custodi et signalé avec des éloges hyperboliques par Peccliio. par Bianchini et par presque tous les historiens de l'économie politique, qui ne se sont pas souciés de le lire en entier, etc'estlàcequi explique comment Serra est, pour quelques-uns, le fondateur de l'économie, pour d'autres, le créateur ou un défenseur, et pour d'autres enfin un adversaire du système mercantile, dont on ne peut même pas avec certitude le déclarer partisan. Travers

Twiss {View of the jorogress,. etc. London, 1847, pp. 8- 10, 32-33, 51, 75, 163), Ferrara {Biblioteca cleW Economista, série I, vol. III, Torino, 1852, pp. xLviir-Lv), et Pierson (Bijdrage tôt de geschiedenis, etc. Amsterdam, 1866, pp. 8-13, 29-30), sont les seuls qui se soient efforcés, avec beaucoup de soin, sinon avec un plein succès, de porter un jugement exact sur cette œuvre si importante.

Depuis l'analyse très soignée de la polémique entre De Santis et Serra publiée par Fornari, Gobbi a étudié attentivement le Brève trattato et il a exposé, avec beaucoup de perspicacité, mais en partie seulement, son contenu. Enfin, De Viti, un éminent spécialiste en matière de monnaie et de change, nous a donné un excellent commentaire (auxquel Benini a joint quelques gloses), qui pourra faciliter la comparaison du mérite de Serra avec celui de ses contemporains et de ses prédécesseurs.

Tommaso Fornari, Studii sopra Antonio Serra e Marc'

Antonio De Santis. Pavia, 1879.

U. Gobbi, La concorrenza estera, etc. Milano, 1884,

pag. 49 et suiv.

— Veconomia poliiica negli scrittori italiani. Milano,

1889, pag. 176 et suiv.

A. De Viti De Marco, Le teorie economiche iVAnt.

Serra. Milano, 1890 (In Memorie del R. Instituto

Lombardo di Scienze, série III, vol. IX, pp. 103-130).

Comme cela résulte du titre du Traité et de ses affirmations souvent répétées. Serra, en discutant un sujet nouveau et de caractère scientifique, ne se préoccupe pas (comme l'avait fait Bottero) des causes de la richesse, mais seulement de celles qui amènent l'abondance de la monnaie. Il n'a pas étudié légèrement un problème trop vaste ; il a étudié correctement et avec des idées larges un problème restreint et il l'a fait avec une mé-

thode excellente et sans digressions, mais cependant avec beaucoup de répétitions qui s'expliquent, en partie, parla circonstance qui l'avait amené à écrire. Sans discuter la question de l'échange international, étrangère à son sujet et pour laquelle il eût été d'ailleurs incompétent, car il ignorait la théorie quantitative de la valeur de la monnaie et celle du coût comparatif, et en s'abstenant aussi de parler du change réel, Serra donne une explication exacte du phénomène des paiements internationaux en monnaie. Il montre que Tabondanee de la monnaie, dont l'importance est, pour lui, un axiome, dépend de causes naturelles (les mines) et de causes artificielles; ces dernières se subdivisent en accidents propres (qui ne peuvent pas être créés), ce sont l'excédent des produits de la terre sur les besoins de la consommation indigène et une position géographique favorable au commerce, et en accidents communs (que l'on peut chercher à réaliser), ce sont le nombre des industries (manufactures), la qualité de la population, le grand trafic et l'aide du gouvernement. On voit la grande analogie qu'il y a entre les causes de la richesse indiquées par Botero, que Serra avait sans doute consulté, et les causes de l'abondance de l'argent dont ce dernier donne une meilleure classification, supérieur ici encore à son prédécesseur en ce que, tout en préférant lui aussi les manufactures à l'agriculture, il parle (comme Ta remarqué le premier Nazzani dans son Saggio sulla. vendita, fondlaria, 1872) de la loi limitative de la production agraire. Quanta la politique économique, Serra demande la liberté d'exportation de la monnaie et celle du change, que son adversaire Marc-Antoine De Santis deNocera, dans ses Discorsi (1605), voulait empêcher et restreindre par des défenses d'exportation et par des tarifs légaux. Il croyait que ces expédients pouvaient faire entrer de la monnaie dans l'Etat, mais il se fondait

sur une théorie absolument inexacte de la valeur de lu monnaie et sur cette hypothèse fausse que le change défavorable est la cause et non l'effet de la rareté de la monnaie, tandis qu'il dépend de la faible importance de l'industrie manufacturière, de l'absentéisme d'un grand nombre de citoyens riches, et du grand nombre de négociants étrangers. Serra n'indique, d'une façon explicite, aucun remède, se réservant de parler « dès que le maitre l'aura ordonné ». Mais le gouvernement, qui accueillait les opinions des empiristes et qui édictait des Pragmatiques inspirées par De Santis, ayant fait interroger en 1617 Serra, le renvoya aussitôt en prison, parce que, d'après un chroniqueur cité par Fornari (pag. 262), il n'y avait dans ses conclusions que du verbiage.

Le mérite des travaux de Biblia 'Discorso sopra l'aggiustamento dellamoneta e cainhr'i ciel Regno, 1621) semble disparaître à côté de celui de Serra. Il considère comme fixe le rapport de valeur entre l'or et l'argent et il veut, lui aussi, que la loi fixe le taux légal du change avec Tétranger. Il faut citer aussi les ouvrages de Victor Lunetti {Politica mercantile. Napoli, 1630; Pdstretto de' tesori, etc., 1640), qui demande la prohibition de l'exportation de la monnaie et l'abolition des douanes.

Il est, au contraire, un autre ouvrage qui mériterait d'être l'objet de quelque travail (et De Viti nous l'a promis), c'est l'œuvre économico-juridique du bolognais Romeo Bocchi ; mettant à profit les fruits de ses lectures, de ses expériences et de ses nombreux voyages, il s'efforce d'expliquer le mécanisme des paiements et, en particulier, des paiements par compensation pendant les foires,

Romeo Bocchi, Délia giusta unlversale misura e suo iipo. Tome I : Anima délia moneta. Tome II : Corpo délia moneia. Venezia, 1621. (Gobbi, VEconomia

polUica, etc. Milano, 1889, pp. 164-175. en a donné un bon extrait.)

,^ 5 . LES BANQUES DE DÉPÔT ET DE ClRCULATrON

Les banques publiques de dépôt sont nées au xv^ siècle (Barcelone, Valence, Saragosse), au xvi'" siècle (Trapani, Gênes, Palerme, Messine, Naples, Venise, Milan) et au xvii'' siècle (Amsterdam, Rotterdam, Hambourg, Nuremberg) sur la ruine des banques privées, en général tombées en faillite. Elles avaient pour but de faire des prêts à un intérêt modéré (Naples', de simplifier les paiements entre commerçants en les remplaçant par de simples virements de compte (Gênes, Venise, Sicile), de créer une valeur idéale de banque ramenée à une quantité fixe d'argent, et partant soustraite aux périls de la multiplicité et de l'altération des monnaies (Amsterdam 1609, Hambourg 1619), et finalement aussi de consolider et d'amortir la dette de l'Etat (Gênes) ou celle de la commune (^Milan) par le recouvrement d'impôts cédés à la Banque elle-même. On a écrit sur ces banques, non seulement des monographies historiques pour faire connaître (en attendant une histoire générale du crédit) chacun des établissements, mais aussi quelques ouvrages théoriques, qui sont les débuts de la littérature bancaire.

Parmi les nombreux ouvrages historiques sur les banques de Gênes (Serra, Lobero, Cuneo, Wisnievvski), de Naples (Rocco, Ni.sco, Petroni, Ajello, Tortora), de Venise (Lattes, Ferrara), je n indiquerai que les travaux récents et très remarquables de Cusumano, Piccolomini, Soresina, Dunbar, qui ont éclairci sur certains points l'histoire d'un grand nombre de banques italiennes.

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