LE SYSTÈME MERCANTILE
Ad. Held, Carey'sSociahvissenschafl und das Merkaniilsijstem. Wurzburg, 1866. (Ne remonte pas toujours aux sources).
H. .T. Bidermann, Ueher den Mcrkanlilismus. Innsbruck, 1870.
W. Cunningham, The growth of english mdustry and commerce. Vol. II. London, 1892.
C. F. Bastable, The Iheory of inieDialkmal irade. Dublin, 1877.
S. Bauer, V-' Balance oftrade, in Dictionary ofPolilical Economy de R. H. Inglis Palgrave. Part. I. London, 1891, pp. 85-88 (court, mais très substantiel).
W. A. S. B.ewm'S,, English Irade and finance, etc, 1892.
^ Le système mercantile a eu une importance plus grande encore. Il a pendant plusieurs siècles exercé une influence sur la législation et, par conséquent, sur les conditions économiques d'un grand nombre d'Etats; il a laissé des traces visibles dans les systèmes de protection douanière qui dominent encore aujourd'hui dans la plupart des pays d'Europe et d'Amérique. On Ta appelé quelquefois système restrictif, mais cette expression est trop générique ; certains auteurs, sur les traces de Mengotti, l'ont dénommé le Colbertisme, lui donnant ainsi le nom de l'homme d'Etat qui, sans en être le créateur, en a tait l'expérience la plus large, la plus intelligente dans le gouvernement d'un grand pays.
Les mercantilistes partaient de cette idée, vérité d'évidence dans l'économie privée, que la possession de l'argent permet Tacquisition de toutes les autres richesses ; ils voyaient, en outre, que la puissance commerciale et politique se concentrait chez les nations qui, occupant la première place pour leurs manufactures et leur commerce, spécialement pour le commerce maritime, facilité par la possession de grandes colonies, disposaient d'une grande quantité de métaux monnayés, qui provenaient de leurs mines de métaux précieux(Espagne, Portugal), ou qu'ils attiraientparleur commerce (Italie, Flandre. Flollande et, plus tard, Angle-
terre et France). De tout cela les mercantilistes concluaient que le bien-être économique d'une nation est proportionnel à la quantité de monnaie en circulation et ils en tiraient comme corollaire la règle fondamentale de leur politique économique : conserver et augmenter l'argent existant dans le pays. Il est absolument contraire à la vérité d'attribuer aux partisans de ce système cette opinion étrange que la monnaie est l'unique richesse, tandis qu'au contraire il n'est pas rare de rencontrer chez les partisans du mercantilisme cette erreur absolument opposée, que la monnaie a une valeur de pure convention, complètement indépendante de la matière dont elle est composée, erreur qui atteint son apogée avec Law et ses disciples, partisans du papier-monnaie. Ce jugement erronné sur le principe fondamental des mercantilistes vient en grande partie de ce qu'ils emploient parfois le mot monnaie (comme les Romains le mot « pecunia w) pour parler de la richesse. (3n ne peut pas nier d'ailleurs, comme l'a fort bien remarqué Smith, que beaucoup d'écrivains déclarent dès l'abord que la monnaie n'est pas l'unique richesse, mais leur argumentation laisse ensuite supposer qu'ils sont d'un avis opposé.
S'ils sont unanimes à croire à l'importance économique et fi.scale d'une grande quantité de monnaie, ou, selon l'expression anglaise, d'un trésor [treasure). les opinions sont très divergentes au sujet des moyens propres à atteindre ce but. Tout en reconnaissant qu'il est tout à fait impossible, par suite de l'absence de recherches historiques exactes sur l'économie politique, notamment en Angleterre et en France, de classer correctement les différents écrivains, même en s'en tenant aux plus importants, il nous semble que nous avons trouvé un fil conducteur dans le labyrinthe de la littérature du système mercantile. Nous distinguons
trois phases suffisamment caractérisées dans l'ensemble, bien que quelques écrivains ne puissent, par suite de l'incohérence de leurs principes ou du peu de clarté de leurscxposés, être assignés avec certitude à l'une d'entre elles.
A) La prohibition de V exportation de la monnaie.
Les formes les plus anciennes du mercantilisme sont : la prohibition de l'exportation des monnaies, les altérations des monnaies désignées par l'étrange euphémisme d'augmentation, et la fixation légale du cours des changes. Par les défenses à l'exportation on appliquait aux monnaies le système adopté pour le blé, et on oubliait que la sortie de l'argent, qui, selon l'expression du poète, per medios ire satellites amat, est la conséquence nécessaire de conditions économiques déterminées. Par les altérations et par le tarif officiel du change on croyait pouvoir amener directement ou indirectement une augmentation de la monnaie en circulation.
Parmi les partisans de ces expédients, adoptés par un grand nombre de gouvernements, il suffira de signaler une série d'écrivains espagnols et portugais qui réclament la prohibition des marchandises étrangères ou des droits élevés comme un autre moyen efficace pour conserver l'or et l'argent qui venait des colonies d'outre-mer.