L. Ortiz, Mémorial al Rey para prohibir la salida de
l'oro, 1588.
Sancho de Moncada, Restauracion politica de Espana.
Madrid, 1619.
Damian de Ohvares, Mémorial para prohibir la enlrada
de los generos estrangeros. Madrid, 1621. Duarte Gomez, Discursos sobre el commercio de lasdoi
Jndias. Lisboa, 1622, p. 218.
Juan de Castanares, Sistema sobre prohibir la enlrada de los generos eslrangeiros . Lisboa, 1626.
Parmi les écrivains monétaires italiens dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, De Santis et Lunetti sont des partisans décidés de la défense d'exportation des monnaies ; Biblia ne l'admet que pour les monnaies nationales ; Bocchi l'approuve mais ne la croit pas praticable ; Serra et Turbolo la repoussent absolument.
Nous pouvons constater un progrès notable, quoique relatif, chez quelques écrivains qui s'aperçoivent que ces expédients ne permettent pas de conserver la monnaie, parce qu'ils s'arrêtent à certains symptômes de la situation monétaire, mais ne tiennent pas compte des véritables causes qui seules peuvent amener l'abondance de l'or et de l'argent. Nous citerons Laffemas, contemporain de Serra et de Montchrétien, contrôleur général du commerce sous Henri IV, qui, dans un des nombreux opuscules cités par Lafïîtte, combat directement les défenses d'exportation de l'argent.
Barthélémy Lafïemas, Comme l'on doit permetlre la liberté du transport de Vqr et de Vargent hors du royaume, et par tel moyen conserver le nostre et attirer celui des estranqers. Paris, 1602.
P. Lai^Rlle, Notice sur B. Laffemas. Paris, 1876.
B) La balance des contrats.
La seconde phase du système mercantile mérite d'être étudiée de près. Elle s'est développée pratiquement en Angleterre depuis les derniers siècles du moyen âge et elle a eu de nombreux partisans ou adversaires théoriques vers la fin du xvi^ et au commencement du xvii« siècles, quand le changement des conditions du commerce rendirent la continuation du système impossible.
Nous rencontrons pour la, première fois dans Thistoire de l'économie une polémique qui a provoqué de très nombreux ouvrages... Ils ont été négligés dans les meilleures histoires générales de l'économie (même par Kautz et par Ingram) et même par des écrivains qui, comme Roscher [Zur Geschichte der englischen Volkswh'thschaftslehre. Leipzig, 1851-1852) et Ochenkowsky [Englands wirthschaftliche Entwickelung am Ausgange des Mittelalters. Jena, 1879), se sont occupés avec beaucoup de soin des anciens économistes anglais.
Rich. Jones, Primitive political Economy of England{m
Edinhurgh Review, april 1847). Réimprimé dans
ses Literary Remains edited by W. Wheweli. Lon-
don, 1859, pp. 291-335.
J. Janschull, Le free-lrade anglais. Part, I. La période
du mercantilisme . Moscou, 1876(en russe). Edm. V. lleyking, Zur Geschichte der Handelsbilanz-
theorie. l'-Ttieil. Berlin, 1880.
G. Schanz, Englische Handehpolilik gegen Ende de'i
Mittelalters. Leipzig, 1881. Deux volumes. Em. Léser, Denksckrift ûber die englische WoUenin-
dustrie (1622). 1887.
Alb. Hahl, Zur Geschichte der Volksivirthschaft lichen
Ideen in England, etc. 1893.
Le système dont nous parlons a été appelé par Jones, d'une expression heureuse, le système de la balance des contrats (balance of bargains), parce que c'était, en effet, un ensemble de mesures tendant à surveiller les contrats entre commerçants anglais et commerçants étrangers, afin qu'il en résultât une augmentation de la monnaie en circulation dans l'Etat. En plus de la défense de l'exportation de l'or et de l'argent, les lois imposaient aux commerçants anglais, qui vendaient leurs marchandises dans les villes
(Bruges, Anvers et particulièrement Calais) qui avaient le monopole de l'exportation des objets manufacturés [staple towns), l'obligation de reporter dans leur patrie en espèces sonnantes une partie déterminée du prix reçu des étrangers. D'autres statuts {Statutes of employment] imposaient aux marchands étrangers, qui vendaient leurs marchandises en Angleterre, le devoir d'employer Targent reçu en achats de produits anglais. Pour assurer l'exécution de ces prescriptions, les commerçants étaient soumis à une surveillance spéciale de la part des fonctionnaires [customers] chargés de la perception des droits dans les staple towns ; ils devaient faire changer en monnaies anglaises, par Tintermédiaire d'un autre fonctionnaire public {royal exc/ianger), les monnaies étrangères dont ils étaient détenteurs.
Avec le temps, différentes circonstances, la reprise de Calais par les Français, les altérations monétaires d'Henri VIII et le fréquent usage des lettres de change dans les paiements des dettes commerciales, rendirent toujours plus difficile l'exécution rigoureuse de ces mesures. Finalement l'importance acquise dans le commerce international par la fameuse compagnie des merchcint adventurers, qui luttaient avec succès contre le monopole des anciens centres du commerce d'exportation, contribua à ruiner presque totalement le système et à donner naissance à la dernière phase du mercantilisme.
Les ouvrages théoriques qui défendent le système de la balance des contrats sont très rares au xvi^ siècle, mais ils se multiplient dans les premières décades du siècle suivant.
Clément Armstong, A irealise conceming ihe staple and the commodities of Um reaime. Vers 1530. Édité par R. Pauli avec deux mémoires anony-
2i6 LES SYSTÈMES EMPIRIQUES
mes adressés au comte d'Essen, Drel volksivivthschaflliche Denkschriflen aus cler zeit Heinrichs VIII. Gôllingen, 1878.
Dans ses ouvrages de polémique Thomas Milles, employé aux douanes, exprime quelques idées générales sur les impôts, combat les compagnies privilégiées et propose le retour au système de la balance des contrats. Plus intéressante est la controverse (commentée par Janschull) entre le hollandais Gérard Malynes, qui déplore les ruses des banquiers, causes principales de la sortie de l'argent, et qui demande le rétablissement de l'office de changeur royal, et Edouard Misselden, qui se déclare l'ennemi des anciennes restrictions et le défenseur du free-trade, c'est-à-dire du commerce libre, débarrassé des monopoles des individus ou des villes et soumis aux seules restrictions nécessitées par l'intérêt général. Misselden est'certainement (s'il n'est pas le premier comme le croit Janschull) un des meilleurs économistes de son temps.
Th. Milles, The customcrs apologie. London, 1604. — The cuslomers replie, 1604. — The mislery of iniquity, 1609. — An abstract almost Verbatim of Ihe cuslomers apologie, 1622.
G. Malynes, A trealise of the canker of EnglaniVs commomvealth, msivs 1601. — St. George for England allegorically descrihed, mai 1601. — Englands iviews in the unmasking of tivo paradoxes, 1603. — 2'he maintenance of free trade, 1622. — The center of the circle of commerce, 1623. — Lex mercatoria, 1622.
Ed. Misselden, Free trade or meanes to make trade flourisli . London, 1622. 2" édit. — The circle of commerce or the balance of tirade in défense of free trade. London, 1623.
Dès cette époque le public anglais commence à prendre part aux controverses économiques, et les ouvrages
deviennent si nombreux que, vers le milieu du siècle passé, Massie avait recueilli près de mille cinq cents ouvrages ou opuscules dont on conserve le catalogue au Musée Britannique (Mss. Lansdowne 1049, cité par Cunningham, The Economie Journsil, n" 1. London, 1891, pag. 81;. Dans ces controverses chacun des intérêts de classe trouve des défenseurs. C'est ainsi, par exemple, queKeymor, Gentleman, Davies sont des défenseurs de la pêche, Wheeler, agent des mer chant adventurers (combattu par Milles) défend, comme Misselden, les intérêts du commerce d'exportation, tandis que Raleigh, Verger, Digges etc., défendent le commerce colonial, et un anonyme les manufactures.
J. Keymor, On Ihe dutch fishing, 1601.
T. Gentleman, The icay lo icin weailh, 1614.
W. Jotin Wheeler, A ireaiise of commerce, 1601.
W. Raleigh, Observations touching Iradeand commerce,
Sir Duflley Digges, The defence of trade, 1615. A true discovery of Ihe decay of trade, 1622 (Edité par
Léser, op. cil).
C) La. balance du commerce.
Un examen plus attentif des fonctions du commerce amène quelques écrivains, relativement libéraux, à se persuader toujours davantage du peu d'efficacité du système qui prétendait surveiller chaque contrat afin d'obtenir une augmentation de la circulation monétaire, système auprès duquel les ouvrages de Bodin (1576), d'Haies et de Stafford (1549 et 1581) et ceux de Botero (1589) marquent déjà un progrès notable. Nous citerons, parmi beaucoup d'autres, Lewis Robert {The treasure oftraffike, 1641) et .John Parker (0/" a free i7'ade, lti48).
Mais le négociant Thomas Mun est l'auteur qui donne aux idées nouvelles une forme vraiment systéma-
tique. Dans son Discourse oftra.de, publié en 1621 (et non en 1609 comme le dit Mac CuUocli), et dans une Pétition au Parlement (1628) il défend lui aussi la Compagnie des Indes Orientales en démontrant, sans attaquer du reste les statutes of employaient, qu'elle provoque par son commerce une importation de monnaie de beaucoup supérieure à Texportation. Mais dans un autre de ses ouvrages, beaucoup plus important, écrit entre 1641 et 1651, publié après sa mort par son fils en 1664 sous le titre significatif de EnglancVs treasure by forraign trade, il fait un exposé complet de la théorie du commerce internationnal, mieux élaborée que celle de Misselden, sans tomber dans les exagérations de beaucoup de mercanlilistes postérieurs. Ce livre a eu en Angleterre et à l'étranger une grande autorité. Il nous suffira de rappeler que Genovesi, en 1764, le fit traduire en appendice à l'édition napolitaine de Cary et qu'Adam Smith se réfère principalement à Locke et à Mun pour réfuter le mercantilisme.
Mun se propose de démontrer que l'unique moyen de s'enrichir consiste pour un Etat à diriger l'ensemble de ses opérations commerciales de telle sorte que la valeur des marchandises exportées dépasse celle des marchandises importées, et obtenir ainsi un « résidu» actif (balance) que l'on doit, sans vexations, faire payer en argent. Ce résidu permet seul au prince d^augmenter son « trésor ». Dans ce but il demande des lois somptuaires, la fondation de colonies, des encouragements à la marine et au commerce de transit, des droits d'entrée élevés (mais non prohibitifs) sur les marchandises étrangères, des facilités pour les exportations des nationaux et pour l'importation des matières premières que l'on peut travailler dans le pays et en particulier pour celles qui viennent des Indes. Pour montrer que cette importation de matières premières ne peut pas
être nuisible, il cite l'exemple du paysan auquel le sol restitue au centuple les semences qu'on lui a confiées. Mun n'ignore pas que le mouvement de la monnaie ne dépend pas seulement de celui des marchandises, mais qu'il dépend aussi d'autres causes. Il sait également qu'une très grande quantité de monnaie renchérit nominalement la valeur des marchandises et empêche leur exportation, il n'ignore pas enfin les imperfections des tableaux de douane qui servent de base pour calculer si la balance est ou non favorable.
T. M. A discourse of trade from Emjland into the East Indies. London, 1621.
Thomas Mun, EnglanWs treasureby forraign trade, or the ballance of our forraign trade is the rule of ourtreasure. London, 1664. (Réimprimé par Mac Culloch clans la très rare Select collection of early english tracts on commerce. London, 1856, pag. 1 et suiv., 116 et suiv.)
Parmi les partisans anglais de la balance du commerce, il y a deux tendances absolument opposées, au point de vue pratique comme au point de vue spéculatif. Les pessimistes se lamentent sur la décadence de l'Angleterre qu'ils attribuent au commerce « passif » avec les Indes et avec la France et à la concurrence ruineuse ■de l'Irlande pour Tindustrie de la laine.
Sam. Fortrey, England's interest and improcement,
Roger Coke, A discourse on trade, 1670; et divers travaux écrits de 1671 à 1696.
(Anonyme) Britannia languens, 1680.
John Pollexfen, England and East India inconsitent in their manufactures, 1697.
Ch. King, British merchant or commerce preserved,
Jos. Gee, Trade and navigation ofGreat Britain, 1729.
Les mercantilistes les plus modérés, admirateurs de la politique économique de la Hollande, portent un jugement bien différent sur les conditions économiques de l'Angleterre. Il nous faut mentionner, en dehors d'un anonyme fort libéral (E?7(jf/a?id'sgreaf hajojJiness, 1677), trois écrivains qui, au siècle passé, ont été fort appréciés, même en Italie^ Temple, Child et Davenant.
On doit à Guillaume Temple, qui fut longtemps ambassadeur d'Angleterre dans les Pays-Bas, d'excellentes observations sur le travail, l'épargne, le luxe et les rapports de la production et de la consommation. Josias Child mérite davantage encore de retenir l'attention pour ses jugements exacts sur les caractères de la monnaie, pour ses idées modérées sur la population, pour son hostilité contre les monopoles et les autres entraves mises au commerce intérieur, et surtout parce qu'il considère la balance du commerce non comme une cause, mais comme un effet des bonnes conditions du commerce et en particulier du commerce maritime. Il a cependant des idées étroites sur lés rapports de la mère patrie avec les colonies ; avec Culpeper il demande la réduction légale du taux de l'intérêt et il attribue à l'infériorité de son taux de l'intérêt la prospérité de la Hollande. Les œuvres économiques, financières et statistiques de Charles Davenant marquent un progrès encore plus important. Très peu convaincu (dans ses dernières œuvres) de l'exactitude des calculs basés sur l'importation et l'exportation, il est (comme l'a remarqué Pierson) plutôt mercantiliste de nom que de fait ; il demeure cependant partisan des compagnies privilégiées et du système colonial le plus rigoureux ; il admire l'acte de navigation de Cromwell, que Child (comme plus tard Smith) n'approuve que pour des raisons politiques ; il est enfin un adversaire déclaré des emprunts publics.
W. Temple, Obseroations iipon the uniled Provinces of Nelherlands, 1672. — Essay on the (rade of Ireland,
Jos. Chil.i, Observations concerning trade ond interesl of money, 1668. — A new discourse on trade, 1690, 2« édil., 1694.
(Sir Thomas Culpeper), /l tract against usurie^ 1640. Usefiil remarks on high interest, 1641.
Ch. Davenant, Essay on the Easl India trade, 1696-97. — Essay on the probable means of making apeoplc gainers in the balance of trade, 1699. — Discourses on the public revenues and on the trade of England, 1698. — Essay upon loans, 1710.
Les mercantilistes allemand.s et espagnols de cette période, de même que les mercantilistes français et italiens, sont de beaucoup inférieurs aux mercantilistes anglais, bien qu'ils aient été beaucoup appréciés à leur époque.
J. J. Bêcher [Politischer Disciu's, 1668, 6® édit. 1759), Ph. W. von Hôrnigk, son beau-frère, tout puissant dans le monde officiel {Oesterreich ûber Ailes, 1684), et le baron Guillaume de Schroder [Fûrstliche Schatz-iind Rentkaminer , 1686), l'un des plus anciens partisans des emprunts publics, demandent Tapplication à l'Autriche d'un système restrictif rigoureux. Une opinion plus modérée est représentée par Seckendorff, l'auteur d'un traité de politique spécialement financière, adapté aux conditions des petits états allemands {Der deutsche Fûrsterstaat, 1655) et plus encore par l'illustre polygraphe Hermann Conring (1606-1681), célèbre dans l'histoire de la statistique, et l'auteur d'essais remarquables sur les impôts.
La série des mercantilistes minores se clôt en Espagne avec Jérôme Ustariz et Bernard Ulloa, tous deux admirateurs de Colbert. Leurs œuvres, traduites en plusieurs langues, exercèrent une notable influence
sur plusieurs écrivains italiens et allemands du siècle passé.
G. Ustariz, Teorka y practica de comercic y de marina. Madrid, 1724, 3« édit., 1757. Traduction libre par Forbonnais. Paris, 1753. Trad. italienne., Rome, B. Ulloa, Restableclmienio de las fabricas y comercia espaiwl. Madrid, 1740. Deux volumes. Trad. franc . Amsterdam, 1753.
Cfr. A. Wirminghaus, Zziei spanische Jlercaniilisteyi. Jena, 1886.
L'ouvrage de Jean François Melon (Essai politique aur le Commerce. Amsterdam, 173 't. Nouvelle édit.. J754) est le résumé le plus autorisé des doctrines professées sur l'économie ou, comme on le disait alors, sur le commerce. La célébrité et la diffusion de son livre ont été très grandes, moins pour son mérite théorique,, qui est très faible, mais pour sa brièveté et sa clarté. Melon préconise la liberté du commerce, entendue, cependant, dans le sens d'un échange du superflu contre le nécessaire ; il admet de nombreuses restrictions à l'importation et à l'exportation ; il est favorable aux compagnies privilégiées, aux emprunts publics, qu'il appelle des dettes de la main droite à la main L^auche et, dans certaines limites, même aux altérations monétaires. Sur ce dernier point il trouve un contradicteur dans Dutôt, le caissier de Law {Réflexions politiques sur le commerce et les finances. Amsterdam, 1738 . L'écho de ces controverses est allé juscju'en Italie, où elles ont été résumées par Gérùme Costantini (1754;. Les doctrines de Melon ont fait école et elles ont été exposées par le banquier romain Gérôme Belloni dans un discours qui a eu un grand succès, et plus coip.plètement par Joseph Antoine Costantini, par Ricci (1755) et par le père G. P. Pereira, d'origine por-
tugaise (1757). Broggia {Dei tributi, 1743) et Muratori [Délia publica félicita. Modena, 1749) sont des disciples de Melon, mais leur doctrine sur le commerce des blés est moins libérale.
March. G. Belloni, Del commercio, dissertazione.
Roma, 1750. 2« édit. 1757).
Giov. Sappelti cosentino (Guiseppe Antonio Costan-
Uni , Eleinenii di commercio . Genova, 1762 (l'''=édit.
Dans la première moitié du siècle passé, le système mercantile s'est, petit à petit, transformé en système protecteur. La balance du commerce, le cours des changes passent au second plan ; ils ne sont plus le but, mais le symptôme de la prospérité économique. Ce qui importe, avant tout, c'est Taugmentation de la densité de la population, le développement du commerce, de la navigation et, en particulier, des manufactures, qui donnent les profits les plus élevés, occupent un plus grand nombre de personnes, etc. Tandis que, à l'origine, le système mercantile, comme l'a démontré Heyking (Op. cit., pag. 24-43) unissait l'idée de l'équilibre écomique à celle de l'équilibre politique (ce que Justi considère comme une chimère), plus tard, son caractère national devient plus marqué, et il cherche à donner à l'Etat non seulement l'indépendance, mais la suprématie et, partant, il recherche la puissance politique plus que l'augmentation de la richesse. C'est un point que Cunningham a mis en lumière pour les économistes anglais et que beaucoup de critiques oublient trop souvent.
W. Cunningham, Adam Synith und die Merkantilisien (in Zeitschr. fur die ges. Staatsitnss, pp. 41-64). — The progress of économie doctrine in England, etc. (in The Economie Journal. Voll. 1891, pp. 73-94).
Pour juger le système mercantile dans son ensemble, il faut le juger en se tenant également éloigné d'un rationalisme superficiel et des réhabilitions intempestives. Par ses manifestations pratiques les plus pures et les plus grandioses et en même temps les plus tempérées, c'est-à-dire dans l'acte de navigation de Cromwell (1651) et dans les réformes économiques et fiscales de Colbert (1661-1683), le mercantilisme a contribué à la création de la marine anglaise et à celle des manufactures françaises. Le génie de Colbert conçut une œuvre grandiose et il eut la volonté ferme de l'atteindre; il ne s'en tint pas aux expédients mesquins de ses prédécesseurs, que beaucoup de ses successeurs ont repris, et il n'aboutit pas, comme on l'a cru quelquefois, à des conséquences absurdes. Il supprima un grand nombre de restrictions au commerce intérieur, améliora les moyens de transport et de communication, unifia les poids et les mesures, etc. S'il multiplia, sans nécessité véritable, les règlements de fabrique, il établit en 1634 un tarif, qui a été élevé en 1667 par représailles contre la Hollande, mais qui est encore libéral, si on le compare à ceux du protectionisme moderne. Il ne faut pas oublier que Colbert a déclaré, à plusieurs reprises, que les mesures adoptées par lui avaient un caractère purement provisoire. Et il est facile de comprendre pourquoi Walpole et Pitt (senior) en Angleterre, Frédéric Guillaume T"" et Frédéric II de Prusse, Joseph II d'Autriche, Pierre le Grand en Russie, ont essayé, rarement avec la même habileté et par suite avec un succès varié, de suivre les traces de Colbert.
F. Joubleau, Éludes sur Colherl. Paris, 1856. Deux volumes.
P. Clément, Histoire de Colbert et de son administration. 2^ édit. Paris, 1875. Deux volumes (E.xcelleDt ouvrage).
Neymarck, Colbert et son tenais. Paris, 1877. Deux volumes.
G. Cohn, Colbert vornehmlich in staatstvisihschafllicher Hinsichl. In Zeitsclmft de Tubingue. Vol. 25 et 26, 1869-1870, pp. 369-434, 390-454 (Monographie soignée avec une bonne indication des sources).
Considéré au point de vue théorique, le système mercantile, dans ses phases de la balance du commerce et de la protection douanière, se présente comme une première tentative d'explication des différents moments de la circulation des richesses. C'e.st un essai nécessairement imparfait, parce que le phénomène de la production n'était pas encore expliqué ; on n'avait pas une notion exacte du capital, que l'on confondait avec l'argent, dans lequel on voyait la forme de richesse la plus durable et la plus facile à être accumulée. Sans doute, les mercantilistes ont exagéré l'importance de la monnaie, parce qu'ils ne voyaient pas nettement qu'elle n'est essentiellement qu'un instrument ; tous ne s'apercevaient pas qu'il était impossible d'acheter sans vendre ; quelques-uns proposaient des moyens qui n'étaient nullement propres à atteindre les résultats cherchés. Ils avaient raison de voir dans l'argent une marchandise siii generis et de déplorer les inconvénients qu'entraîne sa pénurie, mais ils ne s'apercevaient pas qu'une quantité excessive pouvait avoir des inconvénients, parce qu'elle élevait les prix et rendait toujours plus difficiles les exportations. Ils ignoraient que l'utilité de la monnaie dépendait, non seulement de sa masse, mais aussi de la rapidité de son cours; ils ne comprenaient pas que la balance du commerce et la balance des créances et des dettes ne sont pas toujours la même chose, et qu'il était possible, pour une nation, d'importer des marchandises d'une valeur supé-
rieure à celle des marchandises exportées, sans, pour cela, épuiser son stock métallique, parce que tous les paiements ne se font pas en monnaie et parce qu'il est possible de compenser l'excédent de valeur des produits venus de l'étranger par des créances sur l'étranger. Les mercantilistes croyaient, à tort également, qu'il était possible d'avoir une balance toujours favorable, et ils ne parvenaient pas à comprendre qu'un sophisme se cache dans le principe de la réciprocité, qui était l'idéal des traités de commerce, parce que refuser les marchandises étrangères à raison du refus que l'étranger fait de nos produits, c'est refuser un avantage parce que un autre se le refuse.
Au lieu de se persuader que les peuples comme les individus ne peuvent s'enrichir s'ils ne produisent plus qu'ils ne consomment, les mercantilistes, ne tenant compte que du commerce extérieur et des marîufactures qui en formaient le principal aliment, enseignaient qu'il faut exporter plus que ce que l'on importe, et confondaient ainsi l'importation avec la consommation et l'exportation avec la production, par suite de cette fausse supposition que l'intérêt général de la nation s'identifie avec l'intérêt des commerçants. Cette erreur et les conséquences funestes qui résultèrent des rivalités et des guerres des Anglais, des Français et des Hollandais, qui se disputèrent à coups de tarif l'hégémonie économique, ne se trouvent certainement pas justifiées, mais elles s'expliquent et s'atténuent, si l'on pense à l'importance exceptionnelle du commerce et de la monnaie à cette époque et chez ces nations qui virent naître les premiers penseurs qui se préoccupèrent des causes et des mouvements de la richesse nationale.