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Ç 1. — LA PRODUCTION ET LA DISTRIBUTION

On discutait depuis des siècles sur l'importance absolue et relative des différentes industries, et on proposait des moyens pour les protéger toutes ou pour en favoriser quelques-unes aux dépens des autres, mais on ne s'élevait pas d'ordinaire, si ce n'est incidemment, à l'idée de l'unité de l'industrie et on ne recherchait pas les éléments dç la production ; personne n'avait énuméré les causes de ses progrès et tous ignoraient les formes que revêt son organisme. On avait cependant quelquefois, mais de façon superficielle, parlé des avantages de la concurrence, même les écrivains les plus résolument favorables aux restrictions de toute sorte les avaient quelquefois signalés ; l'antiquité même avait reconnu ceux de la division du travail ; la littérature scolastique du xv^ siècle avait entrevu la théorie du capital ; quelques écrivains du xvi^ et du xvii* siècle ont entrevu la loi des revenus décroissants; enfin, au xviii^ siècle, on trouve des adversaires (Montesquieu, Sonnenfels) et des partisans (Bielfeld, Steuart) de l'emploi des machines.

La recherche fondamentale des éléments de la production a ses premiers et ses meilleurs représentants en Angleterre; ce sont deux écrivains justement célèbres, à ce titre et à d'autres plus importants encore (Petty et Locke), et un écrivain plus obscur (Asgill), déterré pour ainsi dire par Dugald Stewart et par quelques autres érudits de notre époque.

William Petty (16231687) est un des plus illustres précurseurs de la statistique investigatrice, et un adversaire de la plupart des doctrines des mercantilistes,

sinon de toutes. Il a été, avec Locke, un des premiers partisans du type monétaire unique et un des plus anciens adversaires des lois restrictives de l'intérêt. Il a professé que le travail est le père, c'est-à-dire le principe actif, et la terre, la mère de la richesse ; il a distingué dans la population deux classes : la classe productive et la classe improductive, selon qu'elles contribuent ou non à la production des objets utiles et matériels ; il a défini, enfin, la rente comme l'excédent du prix des denrées agricoles sur leur coût de production.

Quantulumcumque or atract conccrning money, 1682. — Political anaioiny of Ireland. 1691. — A ircatise on taxes and contributions. 1662. Dernière édition, 1769. — Several essays in political arithmetick, 1699.

Cfr. W. L. Bevan, sir William Petly. Canterbury, 1893.

Le célèbre philosophe et politique Jean Locke (1632- 1704) doit être considéré comme un mercantiliste ; il a même donné une forme systématique aux erreurs de ce système, mais il a le mérite d'avoir perfectionné quelques doctrines spéciales, comme celle de la propriété, qu'il fait dériver du travail, celle de la monnaie, dont il combat (contre Lowndes et Barbon) les altérations , bien qu'il exagère l'importance de la quantité de la monnaie et qu'il n'apprécie pas avec exactitude les causes de sa valeur. Il insiste sur la puissance productive du travail, alors que Hobbes, longtemps auparavant, avait compté, parmi les éléments de la production même, la terre et l'épargne.

John Locke, Two treaiises on government. 1690.— Some considérations of the conséquences of the lowering ofinterest, etc., 1691. — Further considérations, etc. 1698. Trad. ital. (de G. Fr. Pagnini). Firenze, 1751. Deux vol. — Woi-ks, 1835. Neuf volumes.

Thom. Hobbes. De cive, 1642. — Leviathan, 1651.

Enfin le dernier des écrivains cités, qui est un partisan des banques territoriales, parle clairement de la terre comme de l'unique source de toute richesse.

John Asgill, Several assertions -proved in order to create anothtr species ofmoney, etc. 1698.

Il faut noter que presque tous les écrivains considèrent que l'augmentation de la population est, dans tous les cas. désirable ; que les salaires tendent à se rapprocher du prix des denrées indispensables à l'entretien des ouvriers et qu'ils ne peuvent par conséquent supporter le poids des impôts directs ; que l'augmentation de la rente territoriale et la diminution du taux de l'intérêt sont des symptômes de progrès économique. Il existe cependant sur ce dernier point d'importantes divergences entre les écrivains, selon qu'ils confondent ou non l'argent avec le capital.

Le plus grand nombre des partisans du mercantilisme, et parmi eux quelques-uns des plus modérés, comme Culpeper (1641) et Child (1668), pensaient que le taux peu élevé de l'intérêt est la cause de l'abondance de la monnaie et ils en demandaient la réduction. Ils invoquaient surtout la prospérité de la Hollande. D'autres, au contraire, soutenaient (Petty, Locke et même Montesquieu et Vincent de Gournay), que le faible taux de l'intérêt est l'effet et non la cause de l'abondance de la monnaie ; aussi étaient-ils des adversaires de la fixation légale de l'intérêt. Le premier qui soutint cette opinion, c'est l'auteur anonyme d'un intéressant opuscule intitulé Interest of money mistaken (1668). D'autres écrivains enfin, après avoir réfuté l'opinion générale qui confondait le capital avec la monnaie, démontrèrent que le taux de l'intérêt est complètement indépendant de la quantité de la monnaie. Bauer a dé-

montré que le mérite de cette démonstration appartient à Nicolas Barbon (.4 discourse of tracle, 1690) et non à Massie {Essay on the governing causes of the natural rate of inter est, 1750) ni à Hume (1755), auxquels on attribue d'ordinaire cette théorie.

Stepli. Bauer, Xicholas Barbon lin Jahrbûchcr fiir Xaf. Oek. N. F. Ban cl XXI, 1890).

§ ?. LA VALEUR ET l'iMPÔT.

La théorie de la valeur avait été étudiée par les scolastiques qui se proposaient de déterminer le juste prix, et plus tard, incidemment, par tous les écrivains qui se sont occupés de la monnaie. Vers le milieu du siècle passé, elle était arrivée à un tel degré de développement que, dans les œuvres de quelques-uns des meilleurs économistes, nous trouvons déjà exposées, d'une façon plus ou moins concise, les théories de l'utilité, du coût de production, de l'offre et de la demande, et leurs diverses modifications et combinaisons. Nous indiquerons quelques-uns des représentants de chacune de ces théories et nous renverrons pour des renseignements plus complets aux excellentes monographies de Loria, de Graziani, de Montanari et de Zuckerkandl.

Ach.'Loria, La ieoria ciel valore negli economisli ita-

liani. (In Archivio giuridico, Bologna, 1882). Aug. Graziani, Sioria critica délia ieoria ciel valore ir

Italia. Milano, 1889.

A. Montanari, Coniribulo alla sioria ciel valore negli

scriitori italiani. Milano, 1889.

R. Zuckerkandl, Zur Théorie des Preises, etc. Leipzig,

L'influence de la rareté sur la valeur avait été notée

par Davanzati et mieux encore par Geminiano Montanari. Barbon (1690) en a fait une analyse plus correcte ; on peut le considérer, avec Galiani [Delta, moneta, 1750), qui est encore plus explicite, comme un précurseur de la théorie moderne de l'utilité finale ou de l'utililélimite. Dans la même année, un anonyme toscan (Fabbrini), qui a été commenté par Montanari et copié par Franzi (1769), considérait comme éléments de la valeur l'utilité des choses et la difïiculté de se les procurer [DelU indole e qualitk naturali e civili délia moneta. Rome, 1750). Petty, au contraire, enseitçnait dans son traité des impôts (1662) que la valeur d'une chose dépend du travail dépensé dans sa production et qu'elle est mesurée par la durée de ce travail, tandis que Locke (1690), qui voit, lui aussi, dans le travail le fondement de la valeur, le détermine en ayant éiçard plutôt à sa quantité qu'à sa durée. Enfin Grotius, Puffendorf, WollT. Barbeirac, et quelques autres, estiment c|ue les dépenses de production sont le point auquel tend la valeur normale, vers lequel gravite la valeur courarxte qui sul)it des oscillations continues d'après le changement des conditions du marché.

L'étude des phénomènes de l'incidence et de la répercussion des impôts, corollaires de la loi delà valeur, mais aussi critérium essentiel d'un bon système d'impôts, a été un autre élément de progrès pour l'économie. Tout le mérite de ces recherches revient aux économistes anglais, c'est-à-dire à l'auteur anonyme de l'opuscule intitulé : Reasons fora llniited exportation of wool (1677), que Mac Culloch a retrouvé, et plus encore à Locke (1691) et à Vanderlint, qui sont d'accord pour penser que tous les impôts se répercutent sur la rente territoriale.

Locke enseigne que, dans un état essentiellement agricole, presque tout le poids des impôts pèse sur les

propriétaires et il en déduit la nécessité d un impôt unique sur les terres, qui sera avantageux aux contribuables eux-mêmes en épargnant les dépenses de perception. Il est complètement inutile d'essayer de faire concourir aux charges de l'État les commerçants, qui augmenteraient les prix, les locataires, qui diminueraient les loyers dûs au propriétaire, et les ouvriers, qui obtiendraient une augmentation correspondante de leurs salaires.

W. vonOclienkowski, John Loche ah XationalœUonom. In Jahrbûcher fur National Oekonomie. 18" année, 1880, pp. i3i-476.

Une théorie identique a été exposée avec plus de profondeur par Jacques Vanderlint(iUone7/ a,ns\vers ail fliings. London, 1734 , qui est partisan de l'impôt unique, parce que la terre est la source unique des richesses.

G. Ricca-Salerno, Le doitrine finanziarie in Inghiltcnn . Bologna, 1888, pag. 23 et suiv.

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