PREFACE VII
Dès lors, cette première partie, qu'il appelle Partie théorique, n'est nullement un exposé, ni même un résumé de la dogmatique économique dans son état présent. C'est un exposé magistral, et d'une parfaite netteté, de la conception même de l'Economie politique, de son objet, de ses caractères et de sa méthode. L'histoire des doctrines peut faire courir à des esprits encore insuffisamment préparés un risque grave, qui est de leur donner à croire que ce qu'on leur a jusqu'alors présenté comme une science susceptible de systématisation n'est peutêtre qu'un ensemble plus ou moins artificiellement coordonné d'opinions successives, de manières de voir et de penser individuelles et subjectives, qu'il n'y a que des doctrines et pas de science économique, un désir scientifique, mais pas d'acquis ni peut-être même pas de possibilité d'acquis scientifique. C'est alors la déroute pour l'esprit, la désillusion, voisine du découragement, sinon du dédain. La centaine de pages que L. Gossa consacre à ramasser et exposer avec fermeté ses idées à ce sujet sont un excellent cordial, un précieux viatique pour l'étude historique qui suivra. Les jeunes gens qui s'en seront nourris iront plus allègrement jusqu'au bout de la tâche, et si, malgré tout, ils éprouvent des défaillances après avoir lu tout l'ouvrage, qu'avant de le fermer ils reviennent à ce début, pour le relire et le méditer. Qu'ils se disent bien que, si un savant comme le professeur L. Cossa, qui connaît mieux qu'eux l'histoire des doctrines, loin d'en être troublé dans sa conviction scientifique, y a puisé au contraire une conviction
VIII PllÉFACE
plus forte, c'est qu'il s'en trouve sans doute des raisons dans l'histoire même des doctrines, ([ui ne leur apparaît à eux, pour le moment, que comme uin' raison de douter. Un peu de science nuit aux convictions économiques, beaucoup de science y ramène.
Cette Partie théorique présente un autre cai-Mctère et une autre utilité : elle peut être donnée comme une histoire des doctrines actuelles (si ces deux expressions ne jurent pas d'être accouplées sur la conception môme de l'Economie politique. Les divergences et discussions à ce sujet ne se prêtent guère à un exposé proprement historique, parce qu elles sont assez récentes, et qu'elles durent, si encore elles ne sont pas plus vives aujourd'hui que jamais. La question de méthode y trouve naturellement sa place, question dont la portée a été étrangement surfaite de nos jours, au point que des écoles ennemies en sont nées, s'excommuniant les unes les autres avec un esprit d'exclusivisme qui n'est pas sans ridicule lorsqu'on voit leurs adeptes, une fois sortis des discussions théoriques et trop souvent verbales, se mettre à l'œuvre cl publier des onvi'agps : si le drapeau de l'école n'était déployé dans la préface, on n'aurait souvent aucune raison de le reconnaître à la lecture du livre. Et comment aussi retenir un sourire, lorsque ces écoles rivales revendiquent à l'envi — comme on voit plusieurs communes réclamer l'honneur d'être le berceau d'un même homme illustre — tel grand nom de l'Economie politique, qui n'a pas éprouvé le besoin de nous avertir de sa méthode et auquel