CRITIQUES ET ADVERSAIRES
Dans les vingt années qui ont suivi lapublication des Principes de Stuart Mill, les doctrines de l'école classique n'eurent que de rares adversaires, et ceux-ci même ne furent que peu écoutés dans le camp des économistes. Les violentes attaques de Carlyle, de Dillon, et en particulier celles de Lalor [Money and moral, 1854). de John Ruskin (Wo?'/is, 1871-87), dont Geddes a fait récemment l'apologie {John Ruskin econoniist, Edinburgh, 1884), ont trouvé un écho plutôt parmi les littérateurs qu'auprès des économistes. Même les ouvrages des nouveaux protectionnistes, qui ont formé la ligue du fair-trade, dirigée par Eckroyd, parmi lesquels il faut citer Sullivan, ont trouvé un certain appui auprès de quelques intéressés, mais ils n'ont pas réussi à persuaderles hommes d'étude. On peut en dire autant des articles du positiviste Frédéric Harrison et de quelques autres apologistes, plus ou moins exagérés,
des trades-Linions. Les ouvrages de quelques éminents philanthrophes, Kingsley, Denison Maurice, Hughes, ont eu un peu plus d'influence. C'est inexactement qu''on les a qualifiés de socialistes chrétiens, parce que, s'ils combattent la concurrence individuelle qu'ils voudraient remplacer par la coopération, sur laquelle ils fondent trop d'espérances, ils ne sont pas, comme les socialistes autoritaires, des ptirtisans de l'ingérence excessive de l'État, pas plus que ne l'ont été Lord Ashley (plus tard Lord Shaftesbury) et beaucoup d'autres qui ont soutenu au Parlement les factory acts et d'autres lois protectrices des intérêts de la classe ouvrière,
Cfr. L. Brentano, Die christlich- sociale Bewegung in
England. Leipzig, 1883.
Th. Klrkup, An inqidry inlo socialism. London, 1887. G. Cohn, Lord Shaftesbury {in Deutsche Rundschau.
3" fasc-, 1889).
La véritable crise de l'économie classique anglaise, que Ton a cru quelquefois avant-coureuse de son naufrage et quelquefois de son remplacement par une science nouvelle, tandis qu'elle a conduit au contraire à d'importantes corrections et à de nouvelles adjonctions à la science ancienne, date de l'année 1869. Pour des commodités d'exposition, nous réduirons à trois groupes, dont le premier est représenté par Thornton et par Toynbee, le second, par Cliffe Leslie et Ingram, et le troisième, par Cairnes et par Jevons, tous les écrivains de ce mouvement.
On peut consulter sur ce sujet, en dehors des histoires déjà citées d'Ingram et de Price, deux articles de Foxweli et de Cohn, juges trop sévères d'ailleurs des économistes classiques.
H. S. Foxwell', The économie -movemeni in England.
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(in Quarterly Journal of Economies. Boston, octobre 1887). G. Cohn. Die heutige Nationalôkonomie in EnglawJ,etc. (in Jahrbuch fur Gesetzgehung, Verivaltung; etc., de G. Schmoller. Leipzig, 1889. l"fasc. pp. 1-46).
Nous avons de Guillaume Thornton (1813-1880) une monographie sur la population {Overpopuîation and itsreïnedy, 1846), une autre sur les paysans-propriétaires, déjà citée, et une autre moins connue {Indian public Works, 1875). Dans un ouvrage, dans lequel il se fait le défenseur des trades unions {On labour, ils wrongful daims and rightful dues, 1869. - 2^ édition, 1870. — Trad. ital., Firenze, 1875), il dirige des objections très nettes contre la théorie de la valeur et contre celle du fonds de rétribution des salaires iwage fund), qui était exposée dans les traités de Mill et de Fawcett d'une façon explicite mais très prudente, tandis que d'autres écrivains en avaient déduit le corollaire de la stérilité absolue des coalitions et des grèves. Devant les arguments de Thornton, qui sont, en réalité, en partie faux et le résultat d'équivoques sur la loi do l'offre et delà demande, Stuart Mill, qui ne s'était pas arrêté aux objections dirigées contre la théorie du fonds des salaires par le jurisconsulte Longe (A réfutation of the wage-fund theory, 1866) et par Cliffe Leslie {Fraser's Magazine, juillet 1868), publia, avec une singulière précipitation, dans la Forlnightly Reciew {mars 1869), un article, réimprimé dans ses Dissertations and discussions (vol. IV, pag. 43 et suiv.), dans lequel il répudiait celte doctrine, en relation très étroite avec cette proposition que la demande de produits n'est pas demande de travail. Cette condescendance irraisonnable a été alors, et elle est encore aujourd'hui, considérée par quelques ennemis de l'économie comme une condamnation de la science
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économique, eL les nombreuses polémiques, nées en 1876 à roccasion du centenaire de la Richesse des nations, citées par Laurence Laughlin, dans son édition résumée des Principes de Mill (New-York, 1888, pp. 36-37), montrent à merveille leurs prévisions peu favorables à l'avenir de l'économie politique.
Voir sur la théorie des salaires en général, et sur celle du « wage-fund » en particulier (en alLendant le mémoire annoncé de Slephan Bauer), l'opuscule de W. D. Mac Donnall, A hisiorv mid criticisrn of Ihe varions théories of wages, Dublin, 1888, plus remarquable par sa clarté que par sa profondeur.
On cite d'ordinaire, notamment en Allemagne, parmi les adversaires les plus récents de l'école classique en Angleterre, un jeune homme de grand talent, Arnold Toynbee (1852-1883). Sa fin tragique et prématurée, son amour sincère et désintéressé pour les classes ouvrières, et les magnifiques œuvres de charité et de patronage qu'il a fondées, et que continuent sous son nom un groupe choisi d'amis et de disciples, méritent de retenir l'attention plus que ses travaux scientifiques, à peine commencés. En effet, dans ses leçons posthumes, fort exactement appréciées par Marshall dans sa belle préface à Vlndustrial pedce de Price (1887). on trouve des jugements souvent sensés, quelquefois téméraires, sur la science' économique, des recherches historiques intéressantes et de sages projets de législation sociale, qui, considérés dans leur ensemble, ne sont rien moins que favorables à une excessive ingérence gouvernementale, et qui sont par suite en contradiction flagrante avec son étrange prophétie, selon laquelle à l'ère de la liberté des échanges succédera celle de l'administration. Toynbee se déclare radical et sccialiste,
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mais il demande la réalisation de la justice, il exalte le self help, la coopération, l'initiative individuelle, le respect de la propriété privée, il répudie le matérialisme, etc. Ces contradictions dans le domaine de l'art économique ne doivent pas nous surprendre chez un auteur qui appelle, dans une de ses leçons, l'école de Ricardo une imposture intellectuelle, alors que, dans une autre, il déclare qu'elle a besoin seulement de quelques corrections et d'une forme plus rigoureusement scientifique.
A. Toynbee, Lectures on the industrial révolution in England. London, 1884. - 2« édit., 1887.
L'école classique a trouvé un adversaire beaucoup plus compétent dans l'avocat irlandais Thomas Edouard Cliffe Leslie (1827-1882). Il a été professeur à Belfast, mais il résidait en Angleterre, C'est un écrivain savant et érudit, auquel on doit des monographies sur l'économie appliquée, dans lesquelles il se déclare partisan de profondes réformes financières, notamment de la réforme des impôts indirects, et de l'émancipation de la propriété foncière des entraves féodales, A l'école deSumner Maine et dans ses fréquents voyages, Leslie se livra à des recherches historico-économiques, et il fut le plus chaud et, pendant quelque temps, le seul partisan du courant suivi en Allemagne par Roscher et par Knies, Il ne reste de lui que des Essais, publiés dans plusieurs revues, le manuscrit d'une œuvre historique de longue haleine ayant été perdu en 1872, Parmi ces essais, nous devons rappeler ceux qu'il a consacrés à des questions agraires, dans lesquels, comme Mill et Thornton, il défend la petite propriété et même la petite culture, et ceux qui sont consacrés à l'étude de la distribution des métaux précieux, de l'histoire des prix et
des variations des salaires et des profits. Les théories générales de Leslie, indiquées dans quelques courts travaux critiques sur les œuvres de Smith, Mill, Cairnes, Bagehot, sont développées dans ses Essais sur les relations de l'économie et de la statistique, et en particulier dans celui qui est consacré à la méthode philosophique dans l'économie politique, publié d'abord dans le périodique irlandais HormR.thena(\o\. II, 1876, réimprimé dans les Essays de 1888, pp. 163-193). Ce mémoire a spécialement pour but de combattre la méthode déductive, c'est-à-dire l'étude distincte du côté •économique des problèmes sociaux, de nier l'existence des lois générales de l'intérêt et du profit, et finalement de combattre, comme trop indéterminé et trop exclusif, le concept du désir de la richesse, fondement principal des déductions de l'école classique. Des objections très analogues, non moins absolues et exagérées, contre, la méthode déductive, avaient déjà été faites par le protectionniste David Syme, auteur d'un livre très fortement loué par Cohn {Outline of an industrial science, 1874), <lans un article inséré dans la Westminster Review, (vol. 96, 1871); Lowe (Lord Sherbroocke), dans la Nineteenth Century (novembre 1878), et mieux Sidgwick, dans la Fortnightly Review (vol. 31, 1879), ont répondu à ces deux attaques.
Des opinions très analogues à celles de Leslie sont en <;e moment défendues par un autre éminent économiste anglais, John Kells Ingram, qui professe, comme Harrison et Geddes, les doctrines philosophiques et sociales d'Auguste Comte, qu'il considère comme le précurseur de l'école historique allemande. Il a reproché à la théorie classique d'être trop abstraite et trop absolue, dans un discours célèbre, et dans son Histoire de Véconomie politique, déjà plusieurs ibis citée, qui constituent avec d'autres excellents articles insérés dans la 9* édi-
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lion de V Eneyclopaedia Britannica, ses principaux titres scientifiques.
Th. Ed. Cliffe Leslie, Lancl Systems and industrial eronomy of Ireland, England and conlinenlal countries, 1870. — Essays in poliiical economy and moral philosophy. Dublin, 1879.-2'" édil. (avec sept nouveaux essais économiques substitués aux essais purement politiques), 1888.
J. K. Ingram, The présent position and prospects of pohtlcal rconomy. Londres, 1878. (Cfr. E. Nazzani, Saggl di economia polilica. Milano, 1881, pp. 17-21.)
Mais l'économie politique a fait beaucoup plus de progrès grâce aux travaux de deux hommes éminents. qui ne se sont pas contentés de la critique purement négative et qui ont apporté des corrections essentielles et d'utiles compléments aux doctrimes de Stuart Mill, dont ils ont été les continuateurs les plus illustres en Angleterre. Cairnes et Jevons. bien que leurs méthodes et leurs buis soient différents, le premier se déclarant disciple de Stuart Mill, qu'il combat avec énergie sur plusieurs points, tandis que le second a cru substituer des doctrines absolument nouvelles aux doctrines de Ricardo, qu'il appelle able but wong-headecl , et de son admirateur Mill, alors qu'en réalité sa critique, ne conduit pas à des conséquences au.ssi étranges et aussi désatreuses.
John Elliot Cairnes (18"24- 1875), irlandais lui ausî^i, condisciple de Cliffe Leslie, professeur à Dublin en 1861 , puis, pendant quelque temps (186fi-187"2) à VUniversltij Colk'de de Londres, a déployé une extraordinaire activité scientifique, notamment dans les dix dernières années de sa vie, que troublait une très douloureuse maladie.. En dehors de son ouvrage sur" la méthode (1857), plusieurs fois cité, et qui a été pendant plus de
vingt ans le meilleur sur ce sujet, Cairnes, qui avait une aptitude singulière à suivre l'actioa de certaines causes économiques générales à travers un ensemble très compliqué de faits, a publié un important travail sur l'esclavage aux Etats-Unis {The slav(3 power, its character, career and probabla designs, 1862. -2''édit., 1863) dans lequel il a montré les principaux inconvénients économiques du travail servile, fait de mauvaise grâce, maladroit et uniforme. Il a publié en outre, dans différentes revues, quelques essais remarquables; les uns critiques, comme ceux sur Comte et Bastiat ; d'autres économico-historiques, parmi lesquels il faut en signaler quelques uns de très importants sur les effets probables de l'augmentation de la production de l'or, qu'il développe admirablement en analysant le processus de renchérissement des prix, variable selon que les pays sont plus ou moins directement en communication d'affaires avec les ré:^ions métallifères, et selon la nature des produits, matières premières ou objets manufacturés; d'autres, enfin, d'économie appliquée, et particulièrement l'essai sur le véritable caractère de ia maxime « laissez- faire ».
A la veille de sa mort Cairnes publia son œuvre principale, sur quelques principes fondamentaux de l'économie, qu'il expose avec une certaine nouveauté de vues. Elle comprend trois parties : la valeur, le travail et le capital, le commerce international. Dans la première, utilisant le traité do Cherbuliez, qu'il a fait connaître aux anglais, il préci.se mieux la distinction entre les lois de la valeur courante et les lois de la valeur normale, il relève quelques inexactitudes de Stuart Mill sur le coût et les dépenses nominales de production, en excluant du premier (comme l'avait déjà fait Senior) les salaires et les profits. Par sa célèbre théorie des groupes non concurrents, il chercha à
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démonti:er que, même dans l'industrie intérieure, la concurrence et le coût n'expriment pas toujours la loi de la valeur, qui est déterminée par la demande réciproque. Il eut cependant le tort de donner une importance exacrérée à cette théorie, qui modifie la loi de Ricardo et de Stuart Mill, mais ne la détruit pas, et il ne saisit pas le véritable sens de la théorie du degré final d'utilité, qu'il critiqua trop à la légère. Dans la seconde partie il faut surtout relever la doctrine du fonds de rétribution des salaires, répudiée par Mill, comme nous l'avons dit, et que Cairnes a formulée avec plus de précision, mais avec des observations qui en atténuent Timportane. Il ramène à de justes proportions l'influence des trades unions sur le taux des salaires et il se montre très confiant dans l'avenir de la coopération ; il réfute d'une façon persuasive la loi de Brassey [On -work and wages, 1878) sur l'uniformité générale du coût du travail. La troisième partie n'est pas moins importante ; elle contient une révision minutieuse de la théorie du commerce et des valeurs internationales de Ricardo et de Mill ; il substitue à l'idée de la balance des importations et des exportations l'idée plus compréhensive et plus exacte de la balance des dettes et des créances ; sur ce point (comme le remarque Bastable) il avait été précédé par J. L. Forster (An essay on thej^rinçijjle of commercial exchanges ^ 1804), que Mac Culloch a loué pour ses idées sur l'absentéisme. Descendant aux applications, Cairnes combat les principaux arguments des protectionnistes, notamment des protectionnistes américains ; il est très heureux, comme le remarque Ingram, dans sa réfutation de l'argument qui s'appuie sur la concurrence que le high-payed labour de ce pays fait au pauper labour de l'Europe, il est moins convaincant au con-
traire dans sa critique de la doctrine de Carey sur l'utilité de la multiplicité des industries, et de celle de Mill sur la protection des industries naissantes, théoriquement admissible, comme le remarque Sidgwick. mais pratiquement inopportune, comme l'a démontré en quelques lignes Bastable (He7^?Tiai/iena, n. 12. Dublin, 1886).
J. E. Calmes, Essays on polilical economy,theoreHcaand applied. Lonclon, 1873. — Some leading prinr.iples of political economy neivly expounded, 1874. — Trad. ital. Firenze, 1877. (Cfr. surCairnes l'article de Fawcett dans la Fortnightly Revieit\ l" août 1875.)
Guillaume Stanley Jevons est né à Liverpoolen 1835. Essayeur à l'hôtel des monnaies de Sidney de 1854 à 1859, il étudia de retour en Angleterre les sciences philosophiques et morales; il avait antérieurement étudié les sciences physiques et mathématiques. Il a été professeur de logique et d'économie à Manchester (1 863-1878), puis à VUniversity Collège de Londres (1876-1881) ; il s'est noyé à Bexhill en 1882. Il a laissé des travaux importants sur des sujets très divers, mais il n'a pu produire tout ce qu'il aurait pu donner sans cette mort prématurée. Il fut un logicien éminent, un pénétrant économiste, un bon mathématicien, et il avait une aptitude extraordinaire pour les travaux statistiques. Il exposait alternativement les résultats de ses études^ dans une forme populaire, comme dans le Primer of politicsil economy (1878) et dans son volume sur la monnaie (1875), ou dans le langage le plus élevé de la science comme dans ses Principles of science (1874, deux vol.), non sans associer quelquefois à la rigueur de l'argumentation les élans de la fantaisie, auxquels il n'a pas résisté dans son étude sur les crises commerciales, dont il rattache la périodicité à celle des
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récoltes du blé et indirectement à celle des taches solaires {The periodicity of coinrnercial crises, 1878-79. Réimprimé dans ses Investigations, pag. 221 et siiiv.).
Le premier travail de Jevons qui attira l'attention des savants concernait la dépréciation de l'or [A serions fall in the value of golcl, 1863, réimprimé dans ses Investigations, img. 13-118), qu'il a étudiée avec une méthode très différente de celle de Cairnes; il publia ensuite une monographie, dans laquelle il se préoccupe d'un épuisement possible, quoique éloigné, de la houille {The coal question, 1865). Parmi ses nombreux travaux économico-statistiques, dans lesquels il fit grand usage des représentations graphiques et des moyennes géométriques, dont il se sert plutôt que des index num- 5e/'.s de Nevi^march, souvent employés dans r/?conomisf, il faut signaler tout particulièrement ses recherches sur les variations des prix, ses tentatives ingénieuses pour trouver les lois des oscillations du taux de Tescompte, de la circulation et des réserves métalliques de la Banque d'Angleterre, etc. Dans le domaine de l'économie appliquée, Jevons a étudié à plusieurs reprises les questions de la lutte des types monétaires ; il a toujours été un défenseur convaincu mais modéré du monométallisme ; sur la question ouvrière, il est favorable à la coopération et à la participation aux bénéfices, et il a affirmé la nécessité d'une sage législation sociale {The State in relation to labour, I8i^2).
Au point de vue de l'économie rationnelle, Jevons, qui s'était posé en réformateur radical, a donné des essais, remarquables sans aucun doute, mais qui n'ont pas restauré la science ab imis fundamentis. Un peu sceptique sur l'unité future de Téconomie politique, comme cela résulte d'une de ses leçons d'ouverture {Fortnightly RevieWy vol. 20, décembre 1876), il a
déclaré, dès 1862, que l'économie comme science doit être étudiée avec la méthode mathématique, qu'il croyoit capahle de donner des mesures exactes des données psychologiques sur le plaisir et la douleur, selon lui le point cardinal des recherches économiques : c'est ce qu'il a essayé de faire dans un fragment encore inédit ■consacré à la consommation. En précisant le concept de l'utilité finale, Jevons, qui n'avait pas connu les travaux de Gossen (1854), a apporté une contrihution utile à la théorie de la valeur et complété les théories de Ricardo. tandis qu'au contraire son adhésion aux idées très indéterminées des économistes français sur les lois du salaire n'a point aidé aux progrès de la science.
W. Stanley Jevons, 7he tlieori/ of poliliml economy. Londres, 1871. - 2" édit., 1879. - Réimprimé en 1888. Jrad. ital. dans la série III, vol. II, 1875, de la Bihlioteca delV Economistn). — Meihods of social ref'onn, 1883. — Jnvestigniions in currency and finance, 1884, publiées avec une intéressante introduction par le professeur Foxvell (pag. xix et suiv.)
Voir aussi : Lelters and Journal of W. S. Jevons, 1886 (avec une bibliographie complète), et W. Boehmert, W. S. Jevons und seine Bedeutung l'ùt die Théorie der Volksicirlhscliafislehi'e (in SchmoJ- 1er, Jahrb. fur Gesetzgehung, Vericaliung, etc. Leipzig, 1891. 3-^ fasc, pp. 76-124).
.§ 5. — l'ét.\t actuel
Les faits ont démenti solennellement les pronostics des sceptiques et les craintes des pusillanimes qui, il y a quinze ans. croyaient imminente la ruine de la science économique en Angleterre. Malgré les pertes importantes occasionnées par la mort de Cairnes, de
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Bageliot, de Cliffe Leslie, de Jevons, il est resté encore un solide noyau d'excellents maîtres et un groupe nombreux de disciples zélés qui, mettant à profit les progrès réalisés à l'étranger, ont contribué puissamment à en préparer de nouveaux et de non moins signalés dans la terre classique de ses gloires les plus grandes. Le courant historique a reçu une vigoureuse impulsion grâce aux travaux et à l'enseignement de James Thorold Rogers, professeur à Oxford (m. 1890), qui a écrit l'histoire de l'agriculture et des prix au moyen âge et dans les premiers siècles des temps modernes. Il a exposé et résumé les résultats de ses travaux dans d'autres ouvrages sur les salaires, en y joignant des recherches patientes et originales, que Ton peut apprécier aussi dans la monographie, déjà citée, sur les premières années de la Banque d'Angleterre. 11 a été moins heureux dans les critiques qu'il a faites à Ricardo et, en général, aux grands maîtres de la science dans ses leçons sur Vinterjorétation économique de l'histoire. Son élève W. J. Ashley, professeur à Ha \ra?'d University suit la même voie et avec succès ; il a commencé de bons travaux sur l'histoire économique de l'Angleterre.
James. E. Thorold Rogers, Hislory of agriculture and priées (de 1259 à 1702). London, 1866-1887. Six volumes. — Six centuries of icork and labour. 1884. Deux volumes. — The industrial and commercial historx] of England, 1891.
W. J. Ashley, The early history of the englishivoollen industry. Philadelphia, 1887. — An introduction lo english économie history and theory. London, 1888; IP Part. 1893.
La première place dans le champ des recherches historico-économiques appartient au très érudit professeur Guillaume Cunningham, qui a publié une histoire universelle du commerce et de l'industrie anglaises dans
leurs relations avec les institutions et les doctrines, qui pourra remplacer les compilations utiles mais vieillies d'Anderson(l790, 6 vol.) et deMacpherson (1805,4 vol.). Tout comme Ashley et Foxwell, Cunningham adhère, en grande partie, aux idées théoriques de l'école historique allemande.
W. Cunningham, Polilics and économies. London, 1885. — The (jrowlh of english induslry and commerce. Vol. let II. Cambridge, 1890-1892.
Parmi les travaux historiques spéciaux, il en est quelques-uns de remarquables sur les anciennes Guildes et, en particulier, sur les corporations des commerçants, qui complètent ou rectifient, sur plusieurs points, les études du professeur Brentano. Le principal est le livre de Charles Gross [The OUd-Merchant, 1890), qui a publié depuis d'autres travaux intéressants.
On peut, à certains points de vue, considérer comme un complément des œuvres historiques les recherches statistiques et, en particulier, les recherches sur les conditions des classes ouvrières, publiées récemment dans des monographies séparées ou dans le célèbre périodique de la Société royale de statistique de Londres, notamment par Levi, Brassey, Giffen, Chisholm, etc.
Un autre indice certain des progrès que les étude» économiques font en Angleterre nous est fourni parles importants travaux sur l'histoire de la science, qui avait été autrefois fort négligée. Tandis que le professeur Foxwell, qui a dignement succédé à la chaire de Jevons, dont il publie des œuvres posthumes, s'occupe d'un travail considérable sur la bibliographie de l'économie politique, spécialement en Angleterre, destiné à remplacer l'imparfaite Littérature de Mac Culloch, l'érudit James Bonar a commenté les doctrines de la nouvellcj école autrichienne sur la valeur, publié un important
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travail biographique et critique sur Malthus, édité des lettres de Malthus : Gonner a commenté avec talent Ricardo, et Smart a traduit le Capital de BOhm Rawork. Les monographies historico-littéraires de H. Higgs, et celles de D. G. Ritchie, dans le Dictiomiaire de Palgrave, méritent aussi d'être mentionnées.
Dans la sphère plus élevée des investigations* économiques par la méthode mathématique, appliquée également aux études statistiques (poursuivies avec succès par Rawson, Mouat. Hendriks, Inglis Palgrave, Xewsholme, Wynnard Hooper, etc.;, il faut faire une place à part pour F. Y. Edgeworth, l'illustre successeur de Rogers à la chaire d'Oxford. Il faut citer aussi A\'icksteed, qui a exposé, d'une façon claire et élégante, les théories de la valeur de .levons. Bonar a fort bien montré le lien qu'il y a entre les théories économiques et les théories philosophiques.
F. G. Edgeworth, Maihemaiical Psijchics, 1885. — Ph. H. Wicksteed, The alphabet of économie science. Part. 1, 1888. — J. Bonar, Philosophy and polilicai econoiiuj, etc. 1893.
Mais la première place parmi les économistes anglais contemporains appartient sans conteste au professeur Alfred Marshall, qui a .succédé, en 1885, à Fawcett à l'Université de Cambridge. Par son enseignement et par ses travaux, il a donné des preuves éclatantes de son esprit pénétrant, de ses connaissances variées et approfondies, de ses idées larges et exactes sur la méthode, de son appréciation exacte des théories de l'école classique, qu'il continue dans le sens de Smith, en combinant, mais avec plus de modération, l'usage des mathématiques, comme Jevons, aux recherches historiques, comme Rogers et Cliffe Leslie, et à l'induction statistique, comme Giffen, parce que comme il Ta si-
gnaK'", les faits bruts sont muets et ne dispensent pas de^^ déductions théoriques. Il a particulièrement étudié fa théorie de la valeur, sur laquelle il a écrit d'intéressants mémoires analytiques, non publiés. Ce n'est qu'en 1879 qu'il s'est décidé à résumer le résultat de ses études dans un livre élémentaire, mais très remarquable, écrit en collaboration avec sa femme, Maria Paley, qui a remplacé, presque complètement, l'autre précis classique, plus facile mais moins profond, rédigé par Mistress M. G. Fawcett [PolUical economy for beyinners, 1870) d'après le Manuel de son mari. Après avoir exposé ses idées sur les caractères et la méthode de la science dans sa leçon d'ouverture du 24 février 1885 [Tlie présent position of économies), il a publié, l'année suivante, le premier volume de son œuvre principale. On a également de lui quelques monographies, parmi lesquelles il nous suffira de citer la dernière, très importante, sur le sujet si controversé maintenant de la concurrence {Some aspects of compétition, 189U).
Alfr. Marshal], l'he économies of industry. London, 1879. - 2" édit. 1882. — Principles of économies. Vol. T, 1890- 2" édil., 1891. (Cfr. l'article de N. G. Pierson dans la revue De Economiste mars 1891. pp. 177-207, et celui de A. Wagner, dans le Quarlerly Journal of Economies. Boston, avril 1891).
Le but que Marshall se propose dans ses Principes esta peu près le môme que celui de Stuart Mill. Il u exposé les théories de l'école classique, revues et corri- C-ées d'après les derniers progrès de la recherche scienti tique, et enrichies d'applications correspondant aux conditions et aux: besoins actuels. Il serait inopportun de vouloir juger, avant l'achèvement de Tœuvre, si Marshall a, ou n'a pas, pleinement atteint son but.
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Il est cependant certain que le livre de l'illustre professeur de Cambridge, supérieur, à certains points de yne, à celui de Mill par la richesse des détails, la pleine connaissance de l'état actuel de la science, pourra difficilement le remplacer comme œuvre didactique, parce que la forme de l'exposition et la subtilité des recherches le rendent accessible à un plus petit nombre de lecteurs, et parce que l'ordre qu'il suit, excellent pour la recherche, Test moins pour la communication des résultats. Ce n'est pas là cependant un défaut pour une ceuvrc qui est en grande partie originale, bien que l'auteur déclare modestement qu'il veut présenter seulement a modem version of old doctrines. La vérité est qu'il expose, d'une façon magistrale, les doctrines reçues, qu'il les corrige, qu'il en limite, quand cela est nécessaire, les applications, et qu'il continue les recherches de ses prédécesseurs, souvent interro^npucs au moment où croissait avec la difficulté l'intérêt pratique de solutions plus concrètes. Marshall a mis à profit les travaux antérieurs, mais il n'est pas tombé dans les mêmes erreurs. Il apprend, par exemple, de Cournot à apprécier le principe de la continuité dans les phénomènes économiques, sans accepter ses déductions erronées sur le commerce international ; il adopte la théorie de Walker sur les salaires, mais sur beaucoup de points il la corrige ; il analyse les effets du principe de l'intérêt personnel, mais il ne néglige pas les modifications qu'il subit en pratique sous l'influence du sentiment moral ; il admet et il explique la loi des revenus décroissants dans la production territoriale, mais il ne se borne pas à de simples considérations générales, il descend dans l'examen des effets qu'elle produit sur les différents .systèmes et sur les différentes formes de culture et sur les autres emplois du sol. Il éclaircit, en particulier, la loi de la valeur en montrant qu'elle est la résultante do
phénomènes qui doivent être étudiés séparément, et par rapporta l'offre, qu'il identifie avec la production, étudiée par lui avec beaucoup de soin et de notables progrès sur Hearn (le meilleur spécialiste sur ce sujetl, et par rapport à la demande, c'est-à-dire aux conditions <lu marché, dont il donne une analyse qui ajoute à l'analyse déjà si remarquable de .levons. Il emprunte à celuici la théorie du degré final d'utilité, ou, comme il préfère s'exprimer, de l'utilité marginale, mais il s'empresse de démontrer qu'elle éclaire et qu'elle complète en partie mais qu'elle ne remplace pas celle du coût de production. Au sujet de la valeur, Marshall, dépassant les limites des recherches de Mill, démontre que l'échange des produits avec les servicesproductifs (distribution) est gouverné par la même loi que l'échange des produits avec les produits (circulation). L'idée de la continuité des phénomènes économiques a diminué pour l'auteur l'intérêt des bonnes définitions ; il n'y a point donné le soin qu'elles réclament (livre second) et c'est pour cela peut-être qu'il n'a pas réussi à se débarrasser de cer taines erreurs traditionnelles chez les économistes anglais, et notamment il considère comme capital les provisions nécessaires à l'entretien des ouvriers et de leur famille, et il commet cette erreur plus grave encore de comprendre dans les dépenses de production non seulement le remplacement du capital et la compensation des efforts, des sacrifices et des risques inhérents à la production même, mais aussi le revenu de la classe ouvrière, confondant ainsi le point de vue de l'entrepreneur, qui est celui de l'économie privée, avec celui de la société, qui est propre à l'économie politique. Marshall a le mérite d'avoir ajouté à la loi des revenus décroissants une loi des revenus croissants [law of increasing return), non remarquée par Ricardo, pnr Malthus et par Stuart Mill, qui se vérifie dans les cas où
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l'augmentation de la demande provoque une intensité plus grande dans les systèmes de production, qui rend possible une plus large division du travail et conduit (ce qui semble à première vue paradoxal) à une diminution du coût et du prix. Mais Marshall exagère beaucoup, comme le remarque finement Pierson, le champ d'application de cette loi, et il en tire des conséquences très optimistes en matière d'augmentation de la population, lorsqu'il affirme que la loi des revenus croissants est toujours applicable à l'augmentation de capital et de travail dans la production, tandis que ia nature reste soumise à l'influence de la loi des revenus décroissants. L'optimisme de Marshall n'a d'ailleurs rien de commun ni avec celui des physiocrates, ni avec celui de Bastiat. Ses vues sur la question ouvrière, sur la diversité des causes qui règlent la demande de tra\ail et la demande de produits, et sur les conditions et les limites de l'intervention de l'Etat pour protéger les intérêts des cla.sses moins aisées, sont, à tous les points de vue. recommandables et également éloignées des exagérations du socialisme et de celles de 1 individualisme. Ce n est certes pas chez Mill, Cairnes, .levons et Marshall qu'on retrouve les caractéristiques de convention de l'école de Manchester, souvent supposées, pour des besoins de la polémique, là où elles n^existent pas.
Un seul écrivain, éminent à beaucoup d'égards mais excentrique souvent, Spencer, représente en Angleterre les théories des individualistes doctrinaires : mitis il ne faut pas oui)licr que Spencer The man versus the state, ISSôi appuie sa protestation ffo.v clnmaiitis in déserta dit spirituellement Cohn sur des arguments que le plus grand nombre des libéraux ab.solus ne voudraient certes pas s'approprier, notamment sur un argument donné dans sa Social statics (1850), avant Darwin par conséquent, exprimant la crainte que
l'intervention de l'Etat en faveur des faibles ne trouble la loi du progrès qui veut le triomphe des plus habiles, c'est-à-dire des plus forts ! Il faut ajouter qu'un illustre savant naturaliste, Huxley, a répondu à Spencer ; il a rectifié l'idée de la lutte pour l'existence et noblement protesté contre la barbare application littérale qui en est faite aux phénomènes sociaux {The Nineteenth Century, Février 1888).
L'université de Cambridge compte encore parmi ses professeurs un éminent philosophe, Henri Sidgwick. 11 est l'auteur d'une critique très appréciée des différents systèmes de morale {The methods of ethics, 187'i.- 4*édit., 1890)et d'un traité d'économie politique, précédé d'une belle introduction qui contient des observations très fines sur les méthodes ; les deux premiers livres sont consacrés à la science et le dernier à Tart. La valeur des deux parties de l'œuvre de Sidgwick, insuffisamment appréciée par Ingram et par Gohn, est en vérité un peu différente. La première partie contient un exposé, souvent abstrus, de l'économie théorique ; l'auteur y soumet à des critiques, dont l'importance n'égale pas toujours la subtilité, les théories communément acceptées. Ainsi, par exemple, ses chapitres sur la valeur et les échanges internationaux sont obscurs, et l'idée qu'il se fait de la richesse et en particulier de la monnaie, qu'il étend aux titres de banque, est trop large ; il a fait quelques observations ingénieuses sur les monopoles et consacré un bon chapitre aux variations temporaires et locales de la répartition ; il a distingué avec raison, mais cela n'a pas grande importance, la coutume de l'habitude. La partie la meilleure du traité de Sidgwick est celie qui concerne l'économie appliquée (III* livre). Il examine, au point de vue moral et juridique, avec une grande hauteur de vues, une méthode rigoureuse et une sereine impartialité, les questions
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d'intervention de l'Etat dans la production et dans la distribution des richesses. On y trouve une critique impartiale du communisme et du socialisme contemporain et un bon chapitre sur les rapports de l'économie et de la morale. Sidgwick a repris ces sujets dans le savant ouvrage qu'il a récemment publié sur la théorie de la politique; il a répété, abrégé ou corrigé ce qu'il avait écrit antérieurement sur ce sujet.
H. Sidgwick, The principles of poUtical economy. London, 1883. -2« édit., 1887. — The éléments of poliiics, 1891.
Les récents progrès de l'économie politique ont trouvé des vulgarisateurs habiles qui ont assumé la tâche difficile et ingrate d'en exposer les principaux résultats dans des œuvres élémentaires. C'est ce qu'ont fait E.Cannan [Elementary poUtlcal ecoûom.y, 1888), J. E. Symes(A short text-hooli of polituzal ecoiomy, 1888), et E. C. K. donner [PoUtical economy, 1888).
Les deux jeunes professeurs, Joseph Shield Nicholson, de l'Université d'Edimbourg, et François Bastable, do l'Université de Dublin, collaborateurs de la neuvième édition de V Encyclopaedia Britannica, ont publié, en dehors des ouvrages déjà cités, quelques monographies qui montrent leurs aptitudes scientifiques et, en particulier, la bonté de la méthode, la sûreté de la doctrine et la netteté de leur style. Bastable est spécialement connu par la révision soignée qu'il a faite de la théorie des changes internationaux et par sa savante Science des finances ; Nicholson, par ses études sur l'influence des machines sur les salaires, par un élégant petit ouvrage sur la question agraire, remarquable par ses sagaces observations sur les limites d'application de la théorie de la rente, et enfin par un
grand traité d'économie, riche de développements historiques.
G. F. Bastable, The iheory of international trade. Dublin, 1887. — Public finance, 1892.
J. S. Nicholson, The effects of machiner y on wages. Cambridge, 1878.-2* édit., 1892. — TenanVs gain not landlord's loss, Edinburgh, 1883. — Principles of'political economy, 1893-94. Deux volumes.
Ce que nous avons dit suffît à démontrer que, dans ces dernières années, les économistes anglais ont donné de nouvelles preuves de leur valeur théorique, de leur exquis sens pratique, et de leur sage aversion pour les questions purement verbales, et qu'ils ont également cessé de ne pas tenir compte, selon la tradition, des ouvrages étrangers ; par l'étude des meilleurs auteurs étrangers, ils ont élargi leur horizon, par des recherches historiques et statistiques, ils se sont habitués au maniement des méthodes les plus propres aux diverses parties de l'économie, et ils ont montré que, pour les écrivains vraiment originaux, la diversité des opinions est plus apparente que réelle, comme cela résulte de la méthodologie de Keynes.
Pour prouver que les Anglais, non seulement conservent mais accroissent l'ancienne renommée de leur primauté économique, nous rapjjellerons que, dans l'année 1891, de laborieux savants ont commencé la publication de deux revues spéciales et d'un excellent dictionnaire. Les revues générales déjà citées ne suffisaient plus, et il fallait un autre Dictionnaire à côté de celui de Macleod (Vol. I, London, 1863), resté inachevé et consacré presque exclusivement aux questions de crédit, que ce savant et ingénieux auteur, comme on le .^ait, a traitées dans de volumineux ouvrages et résu-