L''ÉCOLE CLASSIQUE
Charles Henri Rau, né en 1792, professeur à Erlangen en 1818, puis à Heidelbergen 1822, où il mourut en 1870, en dehors de quelques travaux de moindre importance parmi lesquels il faut citer ses remarquables Ansichten der Volkswirthsrhaft (Leipzig, 1821), dans lesquels il indique le caractère relatif des institutions économiques et l'influence qu'exercent sur elles les conditions locales de sol et de climat, a publié un cours complet d'économie politique divisé, comme celui de Jakob, en trois parties : économie sociale, politique économique, et politique financière, qu'il tint pendant une longue série d'années au courant du progrès de la science. Si cette œuvre ne brille pas par l'originalité des vues ni par la profondeur des recherches, elle est cependant très remarquable par Tampleur de la doctrine, la richesse des données statistiques, législatives et bibliographiques, la modération des jugements, l'harmonie des parties, la clarté de Texposition, son sage éclectisme théorique et son exquis sens pratique. Ces qualités expliquent pourquoi le livre de Rau a conservé pendant si longtemps, dans les Universités et pour les candidats aux carrières administratives, la première place, fait oublier les manuels antérieurs, et soutenu la concurrence contre quelques autres manuels postérieurs à sa première édition, par exemple ceux de Zachariœ (1832), Rotteck(1835), Bûlau (1 835), Riedel (1836-1842),
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Eiselen (1843), Schilz (1813), Glaser (1858), Rossler (1864), Umpfenbach (1867), etc.
K. H. Rau, Lelirbiich der politisrhen Oekonomie. l^*" vol., Leipzig, 1826 (8« édit., 1868-69). -2« vol., 1828 (5e édit., 1862-63). -3« vol., 1832 (5" édit., 1864-G5).
Nous devon.s signaler à côté de Rau, parce qu'ils se rapprochent de lui à certains points de vue, trois hommes d'Etat, qui se sont également occupés des questions théoriques, dans un esprit et avec un succès différents, Malchus, Hoffmann, Xebenius.
G. A. von Malchus ;1770-1840', ancien ministre du Royaume de Westphalie, a étudié spécialement la science des finances ; nous lui devons une œuvre de caractère tout à fait pratique et en harmonie avec le système français des impôts [Hanclbuch der Finanz- '{çissenschaft. Stuttgart, 1830. Deux volumes). Jean Gottfried Hoffmann (1765-1847), professeur et directeur de rOfïïce de statistique de Berlin, plus pénétrant mais moins systématique, a fait, au contraire, dans ses œuvres économiques et financières, Tapologie des institutions prussiennes : ses opinions ont, d'ailleurs, souvent varié, notamment sur la question de la liberté industrielle et des corporations. En dehors de plusieurs recueils de ses travaux moins importants on a de lui une théorie de la monnaie [Die Lehre vom Gelde. Berlin, 1838. — Die Zeichen der Zeit im d.eutschen Miïnzwesen, 1841), dans laquelle il recommande, le premier en Allemagne et sans donner des arguments vraiment persuasifs, l'adoption de l'étalon monétaire unique d'or; cette proposition provoqua une réponse beaucoup plus savante et pratiquement fondée de Hermann. Dans sa théorie des finances {Die Lehre von den Steuern, 1840) ses opinions sont moins concluantes encore ; il combat
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avec des arguments trop faibles l'impôt foncier et 'l'impôt sur la rente, et il n'a pas des idées exactes sur la répercussion des impôts.
Charles Frédéric Nebenius , 17<S4-1857) leur a été certainement de beaucoup supérieur; il est un de ceux qui ont eu une part intelligente et active à la préparation et à la formation du Zollverein fZ)e?' deiitsc/ze Zollverein, soin System iind seine Zukunft. Carlsruhe. 1835;. Dans le domaine scientifique, il a ac-quis une renommée bien méritée par ses travaux sur la théorie du crédit public, qui, malgré les progrès ultérieurs, notamment en ce qui concerne les effets économiques des emprunts (C. Dietzel, Wagner, Nasse, Schâffle) conservent encore une très grande importance pour la profondeur des recherches, la rectitude des jugements et l'abondance des renseignements historiques.
F. Nebenius. Di^r offenlUche Crédit. Carlsruhe, i820. 2« édit-, vol. I, 1829. — Ueber die Herabsetzwvj dnr Zinsen der offentlichea Schuldoi. Stuttgart,
Thiinen, Hermann et Mangoldt se sont consacrés, au contraire, presque exclusivement aux questions générales de l'économie sociale; ces trois écrivains, restés fidèles à l'esprit de l'école classique, ont apporté des contributions utiles et originales aux progrès de la science pure ; ils occupent sans aucun doute une place très éminente.
Le comte Jean Henri de Thiinen (1783-1850), autodidacte, agronome élevé à l'école de Thaer, et possesseur de la grande propriété de Tellow dans le Mecklenbourg, a fait faire de notables progrès à la science économique ; en se servant du calcul, il a approfondi par la méthode déductive et indépendamment de Ricardo, la théorie de la rente. Il s'est occupé spécialement du problème de
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la rente de position, que ie grand économiste anglais n'avait étudiée qu'incidemment ; il a consacré de longs développements, dans le premier volume de «on Etat isolé, aux lois qui déterminent la distribution territoriale des systèmes de culture d'après la distance du marché. Il a été moins heureux dans ses recherches sur le salaire naturel (c'est-à-dire sur le juste salaire) ; il crut avoir déterminé le juste salaire dans la formule Vëip, c'est-à-dire racine carrée du produit que l'on obtient en multipliant la somme exprimant la valeur des choses nécessaires à l'entretien de l'ouvrier par celle qui indique la valeur des produits obtenus par son travail, mais ses prémisses étaient arbitraires et insuffisantes. Pratiquement il pensait se rapprocher de la solution du problème en accordant à ses paysans une participation aux bénéfices (Gfr. Sedley Taylor, Profit- Sharing. London, 1884). La critique de cette formule a été l'objet de travaux ingénieux, mais peu concluants et souvent équivoques, delà part de Laspeyres (1860), de Knapp (1865), de Brentano (1867), de Schumacher (1869), de Falck (1875) et enfin d'une réfutation victorieuse de Komorzynski (1894).
J. H. V. Thiinen, Der isolirte Slaat. 1" vol., Rostock, 1826 (2'' édit., 1842. Trad. franc, de Laverrière, 1851). -2« vol., 1850-63 (Trad. franc, de Wolkoft; 1857).-3«vol., 1863.
Cfr. H. Schumacher-Zarchlin, /. H. v. Thùnen. Ros- Lock, 1868.-2'= édit., 1883.
M. WolkofT, Lectures d'économie politique rolioimelle,
Frédéric Benoit Guillaume Hermann (1795-1868), professeur et, plus tard, directeur de l'Office de statistique de Munich, est moins original que Thiinen, mais il l'égale pour son esprit critique et il a une connais-
sance plus complète de la littérature économique. Comme Hufeland, Lotz, Soden, il a cherché à préciser les théories abstraites de la productivité, du capital, de la valeur et du prix, de la rente, de l'intérêt et de la consommation. Dans sa théorie du capital, qu'il définit d'une façon trop large, parce qu'il y comprend, comme Say, les- capitaux d'usage, et qu'il étend plus encore par son analyse des capitaux immatériels, — ce quicon- •duit logiquement aux idées quelque peu étranges de Charles Dietzel (Das System der Staatsanleihen. Hei- ■delberg, 1855) sur les emprunts publics, — Hermann n'apasété, sauf quelques bonnes observations, trop heureux. Il faut le louer sincèrement pour les quelques corrections qu'il a faites à la doctrine du fonds des salaires et pour sa belle exposition de la théorie de la valeur et du prix ; dans cette étude il a devancé les travaux des derniers économistes anglais, en considérant le phénomène au double point de vue de l'acheteur et du vendeur. Mais c'est sa théorie du revenu qui constitue le principal titre de sa renommée scientifique ; c'est pour lui un concept subjectif, et le premier il Ta déterminé rigoureusement en le distinguant des notions objectives de produit brut et de produit net, avec lesquels les anglais le confondaient. Il a ainsi fourni leur point de départ aux recherches intéressantes, mais quelquefois inexactes, de Bernhardi (lSi8) et aux travaux plus approfondis de SchMûe {M e ns ch und Gut, 1860) et de Schmoller [Ziir Lehre vom Einkommen, 1863). — Le professeur K. G. Neumann, l'éminent collaborateur du Manuel de Schonberg et l'auteur de bonnes monographies, qu'il a résumées dans ses Grundlagen der Volkswirthschaft. (Tilbingen, 1<S89), peut être considéré, dans une certaine mesure au moins, comme un disciple de Hermann ; c'est un écrivain érudit, mais -quelquefois trop subtil.
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F. B. W. Hermann, SUtatsicirthschafiliche Unfersuchungen. Munchen, 1832. — La seconde éditioQ (posthume , partiellement améliorée, mais sans les intéressantes notices historico-critiques de la première, a été publiée en 1870.
L'éminent économiste saxon Hans von Mangoldt (1824-1 868V, professeur à Gôttingue. puis à Eribourg, auteur d'ouvrages très remarquables, n'a pas suivi une direction très différente de celle de Hermann. Il a débuté par une dissertation sur les caisses d'épargne (1847); il a publié ensuite quelques intéressants articles théoriques et biographiques dans le Dictionnaire de Bluntschli et Brater, une bonne monographie sur la doctrine du profit, un précis déconomie, qui est encore aujourd'hui un des meilleurs, et un traité plus développé, resté inachevé par la mort prématurée de l'auteur. Les parties les plus originales de Mangoldt, concernent l'analyse exacte, mais trop minutieuse, du profit de l'entrepreneur, qu'il veut séparer complètement de l'intérêt et du salaire, et aussi la théorie delà rente foncière, dont il montre ingénieusement les analogies avec les revenus de monopole, sans indiquer les différences. Les mêmes idées ont été exprimées, d'une façon tout à fait indépendante , par le français P. A. Boutron TJiéorie de la rente foncière Paris, 1867) et par Schaffle [Die nationalôkonomiscJie Théorie cler ausschliessenden Absatzverhiiltnisse. Tûbingen, 1867j.
H. v. Mangoldt, Die Lchre vom Untemehmergewin . Leipzig, 1855. — Gruntlriss (1er VoUcswirthschafislehre. Stuttgart, 1863.-2^ édit. (augmentée par F. Kleinwâchter), 1871. — Volkswirtlischoftslehrf. 1" vol., Stuttgart, 1868 (traite de la production, de la conservation et de la distribution des richesses;. Cfr. Ad. Wagner, Gedàchtnissreile auf H. V. Mangoldt. Freiburg i. Br., 1870.
Un petit groupe d'éminents spécialistes, Baumstark, Laspeyres, Helferich s'écartent peu de l'économie classique, ou tout au moins ils n^ont pas pris une part très active aux polémiques entre l'école historique et l'école des optimistes. Helferich a écrit sur les oscillations de la valeur des métaux précieux de 149'2 à 1830 (Niirnbcrg, i843) ; E. Nasse a consacré de courtes mais excellentes monographies à la monnaie, au crédit, et aux banques, etc. Le plus célèbre est Georges Hanssen (1809 1894), auquel nous devons une série de travaux classiques qui traitent, spécialement au point de vue historique, de l'économie agraire de l'Allemagne.
G. Hanssen, Agrarhistorische Ahhondlungen. Leipzig, 1880-84. Deux vol.
Une position éminente, bien qu'isolée à certains points de vue, a été occupée pendant longtemps, parmi les économistes et les publicistes allemands, par Lorenz Stein (1815-1890), professeur à Vienne, historien profond du socialisme français, défenseur de réformes radicales dans l'enseignement du droit, créateur éminent de la Science de Va.driiinisir(ition (voir p. 45-46), à laquelle il a donné des proportions colossales en la substituant à l'ancienne science de la police. Il a écrit aussi un petit nombre de monographies juridico-économiques, un résumé excessivement métaphysique d'économie politique, et un traité classique de la Science des finances, qui a tous les mérites et tous les défauts de sa Science de V adininistvEition . Après le travail de Stein, les Manuels de Science financière se sont multipliés. Il faut signaler comme pleins démérite: un manuel de Umpfenbach, qui expose les notions fondamentales ; un autre très complet et encore inachevé de Wagner, remarquable pour sa doctrine, la perspicacité, l'abondance et l'exactitude de ses renseignements
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statistiques et législatifs; un élégant et très clair résumé de Roscher ; enfin les monographies écrites par des spécialistes compétents pour le Manuel de Schonberg.
L. V. Stein, Lehrbuch dor yalionaWlwnomie. Wien, 1858.-3" édit., i887. — Lehrbuch der Finaimcissensrhafl, 1860. - 5« édit., (en 4 volumes), 1885-80.
K. Umpfenbactî, Lehrbuch der Finanztvissenschaft. Erlangen, 1859-60. - 2" édit., 1887.
Ad. Wagner, Finanzwissenschaft. Vol. I. Leipzig^ 1871-1872. - 3'' édit., 1883. - Vol. II, 1878-80. - 3^ édit., 1890. - Vol. III, 1886-89.
W. Roscher, System der Finanzwissenschaft . Stuttgart, 1886,-3'= édit., 1889.
G. Schonberg, Handbuch der politischen Oekonomie. S" édit., vol. III. Tubingen, 1890.
Cfr. K. Th. Eheberg, Geschichte der Finanzwissenschoft. [Handivôrterbuch der Staatsicissenschaften de Conrad, Elster, etc. Vol. III. lena, 1891, pp. 487-505).
S 2. — l'école historique et ses dérivations.
Ce serait une entreprise trop ardue, et fort inutile^ que de vouloir énumérer tous les i^récurseurs réels ou prétendus de l'école historique. Il suffît de dire que Adam Millier, Alexandre Hamilton, Sismondi, Schon {Xeue Untersuchung der nationalôkonomie, 1835), Schmitthenner [ZwOlf Bâcher vom Staate, i839), Auguste Comte et d'autres adversaires de l'économie classique ont exposé des idées qui, incontestablement, ont exercé une grande influence sur les théories de cette école.
L'importance de Li.st (1789-1846) est, à ce point de vue et à d'autres, encore plus grande. Il e.st le chef reconnu des protectionnLstes allemands, et en particulier de ceux de l'Allemagne méridionale ; il a été le pro-
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moteur du Zollverein, de la construction rapide de.s chemins de fer et en général des réformes qui avaient pour but d'unifier la législation économique et fiscale. Au point de vue théorique, sa doctrine de la protection temporaire des manufactures, et en général son économie nationale qu'il opposait à l'économie cosmopolite des Universités, est fondée sur une succession uniforme imaginaire des stades de civilisation, qui ne trouve pas dans l'histoire une démonstration suffisante, et elle est déduite de cette idée, qui n'est pas complètement inexacte, d'un sacrifice imposé momentanément aux consommateurs pour développer les forces productives de la nation ; mais cette idée, à son tour, dérive d'une opposition, qui n'est nullement nécessaire, entre les forces productives et la valeur d'échange des marchandises.
Fr. List, Bas nationale System der poliiischen Oekonomie. l"vol., 1841. - Trad. franc, par Richelot, 1851.-7° édit., avec une introduction intéressante (pp. 1-249) de K. Th. Eheberg. Stuttgart, 1883. — Gesammelte Schriften (édité par L. Hatiser). Stuttgart, 1850. Trois volumes.
Cfr. pour d'autres indications, l'article de Em. Léser dans VAUgemeine deutsche Biographie, 1883.
Parmi les champions de l'école historico-économique. qui, comme Ta bien démontré Menger, ne peut pas être considérée comme étant en parfaite harmonie avec les tendances et les idées de l'école historico-juridique (Hugo, Niebuhr, Savigny, Eichhorn), mais qui descend au contraire en ligne droite des écoles historicopolitiques de Tubingue et de Gottingue (Spittler, Dahlmann, Gervinus), on doit compter Hildebrand, Knies et Roscher.
Bruno Hildebrand (1812-1878) fonda en 1863 à Jena, oùils était professeur, les Jahr bûcher fur Nationalokonomie uncl Statistik ; depuis 1873, il partagea la
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direction avec son gendre, le professeur Jean Conrad, qui lui succéda comme directeur en 1878. Il est particulièrement connu par un ouvrage inachevé Die Nationalohonoinle der Gegenwart iind Zukunft, i'^'" vol. Francfort. 1848), dans lequel il fit, avec talent et élégance plus qu'avec exactitude, une large critique des systèmes modernes d'économie politique, exagérée dans les objections dirigées contre l'école classique, mais fort exacte dans sa réfutation du socialisme.
Charler Knies (né en 1821), professeur à Heidelberg, défenseur ingénieux de la séparation de la statistique descriptive et de la statistique investigatrice (il a .sur ce point pour disciple Rûmelin et Wagner), est inférieur à Hildebrand pour son style enveloppé et bizarre, mais supérieur à lui par son activité scientifique, par l'étendue et la profondeur de ses connaissances économiques et juridiques ; il est l'auteur d'une œuvre dans laquelle il a fait connaître les normes de la méthode historique, qu'il a laissée complètement de côté, comme nous l'avons déjà indiqué, dans ses excellentes monographies sur la valeur, sur les transports, et en particulier dans son (cuvre classique sur la monnaie et sur le crédit, à laquelle manque encore la partie consacrée aux emprunts publics.
K. Kaies, Die Statistik als selbsiândige Wissenschaft. Cassel, 1830. — Die jwlitische Oekonomie vom Standpunkte der geschichtlichen Méthode. Braunschweig, 1853.-2" édit. avec d'importants appendices), Berlin, 1881-83. — Die Eisenbahnen und ihre Wirkungen, 1853. — Die nationalôkonomische Lehre vom Werth (in Zeilschrift fur die gesammte Staatsiciss., 1855). — Der Teiegraph als Verkehrsmittel, 1857. — Geld und Crédit. J" vol., 1873. - 2« édit., 1885; - 2« vol., 1876-79.
Guillaume Rosclier (181 7-1894), professeur à Leipzig, a, dès 1843, esquissé les traits caractéristiques de la méthode historique, d'après laquelle non seulement la politique économique mais encore l'économie sociale aurait son fondement dans l'induction historico-statistique. Il est sans aucun doute un des plus illustres économistes de ce siècle. Si nous ne pouvons le louer pour avoir défendu cette méthode, déjà critiquée plus haut, parce qu'on arriverait ainsi à substituer aux lois scientifiques de réconomie sociale les lois de développement des faits économiques que nous feraient connaître les études historiques, géographiques et philosophiques sur les différents stades de la civilisation chez les différents peuples, il nous semble, au contraire, mériter un éloge hans réserves pour l'impulsion vigoureuse qu'il a donnée par ses œuvres, remarquables par leur profondeur, leur érudition extraordinaire, par la connaissance parfaite des théories de l'école classique, qu'il a en somme acceptées, par la sereine impartialité de la critique, par la clarté et l'élégance du style, soit à l'étude dogmatique des doctrines, soit à l'histoire de leur développement, et aussi parce que, seul en Allemagne, il a réussi à composer un traité d'économie dans lequel il a conservé aux différentes parties leurs proportions nécessaires, et qu'il a su éviter les digressions philosophico-juridiques et l'excès des détails technico-législatifs.
W. Roscher, System der Volksiviiihscliaft. l^f'vol., Stuttgart, 1854.-21« édit., 1894. — 2-= vol., 1859. 12« édit., 1888. — 3= vol., 1881.-6" édit., 1892. — 4«vol., 1886. -4« édit., 1894. — o« vol., 1894. - Ansichien der Volksivirthschaft. Leipzig, 1861. 3' édit., 1878. Deux volumes. — Ueber Korniheuerung und TheuerangspoUtik. 3*' édit., 1852. — Kolonien, Kolonialpolitik und Answanderung, 1856. 3= édit., 1885.
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Cfr., sur Roscher, le remarquable essai de Schmoller dans le recueil intitulé Zur Lille raturgeschkhte der Slaats-und Sozialiuissenschaflen. Leipzig, 1888, pp. 147-171.
C'est à Gustave Schmoller (né en 1838 1, actuellement professeur à Berlin, que revient le mérite d'avoir tenté l'application de la méthode historique et d'avoir déduit des prémisses de Floscher et de Knies les conséquences qu'ils n'en avaientpas eux-mêmes tirées. Nous lui devons un grand nombre d'excellentes monographies sur l'histoire économique de l'Allemagne et en particulier sur la petite industrie, sur les corporations, sur les époques delà politique financière prussienne, et sur la théorie des entreprises industrielles. Une partie de ces études, et beaucoup d'autres que nous ne citons pas pour être bref, sont insérées dans la revue qu'il dirige depuis iSS\ , Jahrbuch fur Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirthschaft (fondée par Holtzendorff en 1872, qui s'adjoignit comme collaborateur Brentano en 1877) ; nous devons mentionner également les monographies rédigées par ses meilleurs disciples et réunies dans le recueil intitulé Staats-und Socialwissenschaftliche Forschungen (Berlin, 1878 et suiv.), qui présente quelque analogie avec une autre collection de travaux historico-économiques, dirigée par le professeur Conrad, de Halle. Schmoller partage cette grave erreur de croire à l'impossibilité d'appliquer utilement la méthode déductive aux recherches de la science économique, qui, à son avis, ne pourra se constituer tant que l'on n'aura pas de matériaux historiques et .statistiques complets sur les conditions économiques de tous les temps et de tous les lieux.
G. Schmoller, Zur Geschichte der deulschen Rlein- (jewerhe un 19 Jalirhundert. Halle, 1870. — Ueber
einige Grundfragen des Rechts und dei' Volkwirihschaft, 1875 (contre Treilschke). — Die Strassburger Tûcher-und Weberzunft, etc., 1881. — DieEpochen der preussisclien Finanz-PoUiik (in i" vol. du Jahrbuch, etc.). — Die geschichtliclie Entwicklung dcr Unternehmung {Jahrbuch, etc., 1890- 1893). — Ziir Social-und Geiverbepoliiik der Gegenwart. Leipzig, 1890.
Albert Eberard Frédéric Schâffle (né en 1831), journaliste, professeur à Tubingue en 1861, puis à Vienne en 1868, et pendant quelque temps (1871) ministre du commerce dans le cabinet Hohenwart, diriii'e maintenant à Stuttg-art la revue trimestrielle Zeitschrift far die gesanimte Staatswissenschaft, fondée en 1844 par des professeurs de la Faculté d'administration de Tubingue et dirigée par eux jusqu'en 1875. Il a débuté par un bon précis d'économie politique, qui s'est accru et s'est amélioré dans ses éditions successives ; il y étudie avec beaucoup de compétence la théorie des entreprises, celle de la monnaie, du crédit, des moyens de transport, et il y expose les critères qui permettent de distinguer l'économie générale des économies particulières. Il a composé plus tard un traité plus considérable de sociologie économique, dans lequel il a exagéré les ressemblances entre la structure et les fonctions du corps humain et du corps social ; il a ainsi commis de graves erreurs qui ont été relevées par Krohn et par d'autres critiques. Il a trouvé dans de Lilienfeld {Gedanken ûbev die Socialwissenschaft der Zukunft, 1873 et suiv.) un représentant d'idées fort analogues aux siennes. 11 a porté plus tard un jugement très bienveillant sur le socialisme, dont on l'a cru souvent un apologiste, de sorte qu'il a été amené à désapprouver les tendances de la démocratie sociale. Il est certain
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que dans beaucoup de ses monographies sur le système monétaire, la question ouvrière, les problèmes fiscaux, il montre une confiance exagérée dans les avantages de l'ingérence économique de l'État.
Alb. Eb. Fr. Schaffle, Die Xalional'tJkonomie. Ttihingen, 1861. -S^ édit., sous le titre de : Bas gesPÂlschaftliche System der menschlichen Wirthsrhaf'ty 1878. Deux volumes. — Bau und Leben des sozialen Korpers, 1875-1878. Quatre volumes. -S*- édit., 1881 et suiv. — Kapitalisnius und Sozialismus, 1870. — DieQuiiitessenz des Sozialismus, 1874. (Trad. franc., par Benoît Malon, 1880.)-13« édit., 1891. — Z>/e Aussichislosigkeit der Sozialdemokratic , 1885.- 4^ édit., 1893. — Die internationale Doppekv'ùhrung , 1881. — Der corporative Hïdfskassenzivang, 1883.- 2° édit., 1884. — Die Grunds'àtze der Sieuerpolilik, 1880. — Gesammelte Aufsdtze, 1885-1886. Deux volumes.
H. Bisclîof, Grundzûge eines Systems der Nationalôkonomie. Graz, 1876. (C'est un résumé du traité de Schaffle).