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DE LA CHAIRE

Le groupe de libéraux, pour la plupart journalistes et avocats, qui forme ce que les adversaires ont assez inexactement appelé l'école de Manchester, a étudié l'économie politique dans les œuvres des Français et spécialement dans Bastiat. Il a fondé à Berlin une société d'économie politique, présidée par Prince-Smith (1809-1874), écrivain brillant et facile ; il a organisé des congrès annuels, fondé en 1863 une revue (Vierteijahrsschrift fïir Volkswirthschaft uncl\Culturgeschichte ) et, soutenu, dans les premières années de l'empire, par les assemblées délibérantes, il a préconisé l'abolition des lois restrictives

de la liberté du travail, de l'association et du domicile, il a demandé l'abolition de la prison pour dettes et celle des lois restrictives de l'intérêt conventionnel dans le prêt, l'unification du système des monnaies, des poids et des mesures, l'organisation des banques, la réforme des impôts et des douanes, etc. Ermann Schulze-Delitsch (1808-1879) s'est rendu célèbre parmi les économistes libéraux moins par sa culture, quelque peu superficielle, dont s'est moqué àprement Lassalle, que par sa persévérance et son remarquable sens pratique. 11 a pu ainsi organiser et répandre les banques populaires et d'autres formes de sociétés coopératives, en s'inspirant des principes de la mutualité et de l'autonomie; il a été fortement aidé dans cette œuvre par Schneider, Parisius, Richter et quelques autres collaborateurs du célèbre périodique Die Inniing cler Zukunft (Cfr. A. Bern^tein. Schulze-Delitsch, etc. Berlin, 1879). A ce groupe appartiennent Faucher (mort en 1878), Michaelis, Rentzsch, directeur de V Ilandwôrterbuch cler Volhswirthscha.ftsleJire [Leipzig, 1865. Réimprimé en 1869), et parmi les économistes de valeur moindre, Wollf, Braun, Wyss, etc. Il faut tout particulièrement mentionner, au contraire, pour la modération de leurs doctrines et pour leur compétence signalée dans quelques questions spéciales, Ad. Soetbeer, traducteur de Mill, secrétaire de la Chambre de commerce de Hambourg et actuellement professeur honoraire à Gôttingue, auteur d'ouvrages remarquables sur la statistique des métaux précieux, et vaillant promoteur de l'étalon unique d'or, que défendent également, en dehors de Bamberger, d'autres économistes (comme Nasse) qui appartiennent d'ailleurs à des écoles très différentes ; A, Emminghaus, auquel nous devons de très bonnes monographies, notamment sur les assurances. Le camp des libéraux a été abandonné depuis quelque

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temps par Maximilien ^^'irth, journaliste, statisticien et auteur d'ouvrages de lecture facile, et en particulier d'un manuel d'économie, peu profond et nullement systématique [Grundzûge der National-Oekonomie, 1856-1870), et par Victor Bohmert, directeur du bureau royal ofliciel de la statistique de Dresde, rédacteur de VArbeiterfreund,et défenseur zélé delà participation des ouvriers aux bénéfices.

V. BôhmerL, Die GcvAnnbetheiligung. Leipzig, 1878. Traduction italienne par P. Manfredi. Milano, 1880. Trad. franc, par Albert Trombert, 1888. — (En sens contraire) H. Prommer, Die Gcirinnbetheiligung. Leipzig, 1886. — (Impartial) L. Steinbrenner, Die BelheiUgung, sic, Heidelberg, 1892.

Une grande partie des professeurs allemands qui, pour les questions de science pure, acceptent presque tous les doctrines de l'école historique ou celles du néohistorisme de Schmoller et de la sociologie deSchaffle, ont entrepris vers 1870 une lutte vive et, à certains points de vue, justifiée contre les exagérations du libéralisme et du quiétisme absolu. Appuyés par les gouvernements qui, après 1879, ont suivi la politique économique du prince de Bismarck et sont entrés résolument dans la voie de la protection douanière et dans celle de la législation sociale, ces économistes ont fait tous leurs efforts dans leur enseignement, dans les congrès, dans les revues et dans des publications spéciales pour répandre leurs doctrines. Ils sont partisans de la reconstitution de l'économie sociale, qu'ils veulent fonder sur les recherches historiques et statistiques et mettre en harmonie avec les principes de Féthique et du droit ; ils sont également favorables à une réforme sociale effectuée par l'œuvre de l'État, également éloignée des conservateurs libéraux et des socialistes révo-

lutionnaires(Cfr. les Schriften des Vereins fur socialpolllUi. Leipzig, 1872-189'2. 51 volumes). Pour toutes ces raisons, ces professeurs ont été qualifiés de l'appellation dédaigneuse, qui n'est pas exacte pour tous, de socialistes de la chaire, ou, comme on dit plus souvent maintenant, de socialistes d'Etat. Sans entrer dans la critique du système, que nous avons laite à grands traits dans la Première joartie de cet ouvrage,, nous dirons qu'en réalité un bon nombre de ces écrivains, (Wagner, Scliâffle, Samter, Neumann, von Scheel, etc.), ont accepté avec trop de confiance quelques-unes des propositions des socialistes sur la propriété foncière, le droit d'héritage^ l'impôt progressif, l'assurance ouvrière obligatoire ; certains écrivains, comme le savant et ingénieux Lange (mort en 1876) partagent même presque toutes leurs opinions (Die A?'6ei^er/'ra^e, 1865.-4'" édit. 1879). Ajoutons que, grâce aux influences déjà signalées et au système de nomination des professeurs en vigueur dans les Universités, l'école allemande, par sa négation de l'existence de lois générales, a détourné les étudiants des recherches théoriques, en les retenant sur les questions d'ordre politique ; elle mérite donc le reproche d'exclusivisme tout autant que l'école optimiste française, et elle a nui de cette façon aux progrès de la science pure qui, dans ces vingt dernières années, se sont considérablement ralentis dans la patrie de Thilnen et de Hermann par le fait des nouveaux (Schmol- 1er) plus que par celui des anciens chefs de l'école historique (Koscher et Knies), car ces derniers n'ont pas confondu les théories anglaises avec celles de l'optimisme et de l'individualisme, ni mis sur le même rang Bastiat et Ricardo, comme cela est arrivé notamment à Held, écrivain excellent à certains points de vue {Zwei Biïcher zur socialen Geschichte Englands. Leipzig, 1881) ; ils ont également commis des erreurs

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très g-raves dans rinterprétalion et dans la critique des doctrines fondamentales de Smith, (Rosier par exemple, Ueber die Grundlehren der von Ad. Smith begrilndeten \'olkswirthschaftsleJire. Erlangen, 1868.-2" édit. 1871. — Vorlesungen der Volkswirthschaft, 1878).

Il ne faudrait pas croire cependant que toutes les publications récentes des économistes allemands n'ont aucune valeur théorique, et il ne faut pas oublier, d'autre part, que, dans le domaine de l'histoire et de la statistique économiques, TAllemagne compte des écrivains de premier ordre, dont nous avons déjà parlé, et un groupe important d'éminents érudits : elle a de plus fourni de remarquables monographies sur la législation économique nationale et comparée, et sur la science financière (Vocke, Neumann, v. Scheel, Lehr, Léser, Kaizl, v. Falck, Wolff, v. Reitzenstein, Eheberg, etc), à laquelle Schanz a consacré une revue spéciale (G. Schanz, Fi nanz-Archiv. Stuttgart, 1884 et suiv.). 11 faut observer enfin que l'Allemagne possède de nombreux ouvrages très remarquables sur les autres parties du savoir économique, qu'il ne nous est pas possible d"énumérer ici. Il suffit de rappeler ceux de Conrad, Meitzen, von Miaskowski, von der Golz sur la question agraire, ceux de Schonberg, Klostermann, Kleinwaclitcr, Brentano, Hasbach, et de beaucoup d'autres sur la question industrielle et sur la question ouvrière, ceux de Lexis, Schraut sur la question commerciale, les écrits de Nasse, Arendt, et de quelques autres sur le système monétaire et sur le système bancaire, les monographies de Paasche sur les prix, de Mithoff sur la distribution, de Pierstorff sur le profit, etc., etc.

Deux écrivains qui, tout en se rattachant à l'école du socialisme delà chaire, s'en écartent sur quelquespoints dignes d'être relevés, méritent une mention spéciale.

Gustave Cohn, professeur à Riga, à Zurich et actuellement à Gôttingue, a débuté par une savante monographie sur la législation des chemins de fer anglais ; il s'est fait connaître ensuite par de brillants essais sur des sujets très variés d'histoire et de politique économiques, et il a commencé enfin avec un succès relativement moindre la publication d'un manuel d'économie politique, riche d'observations pénétrantes et précieuses, mais qui manque d'un grand nombre des qualités nécessaires dans une étude systématique d'une science quelconque. Il faut louer Cohn cependant pour sa modération, notamment sur les questions de méthode, et pour la pondération avec laquelle il juge les œuvres des grands maîtres de la science.

Gust. Cohn, Unter suchungen ûber die englische EisenbahnpoUtili. Leipzig, 1874-1875, 1883. Trois vol. VolkswirihschaflLiche Aufs'dize. Stuttgart, 1882. — Xationalukonomischen Siudien, 1886. — System der National'okonomie. Vol. I et II. Stuttgart, 1885-89.

Les titres scientifiques d'Adolphe Wagner (né en 1835) sont encore plus considérables ; fils d'un illustre physiologue, frère d'un éminent géographe, professeur à Vienne, à Hambourg, à Dorpat, à Fribourg, et depuis plus de vingt ans à Berlin, ^^'agner est avant tout un spécialiste de premier ordre en matière de monnaie, de banque, de cours forcé et de finance. Il s'est fait le défenseur des doctrines bancaires de Tooke et de Fullarton, dont il a fait une savante analy.se; puis il s'est converti peu à peu aux idées restrictives en matière d'émission, et s'est rapproché du système de la banque d'Etat, il a défendu a,vec Arendt, Schaffle, Lexis, la théorie du bimétallisme international {Far biraetallistiscJie Mûnzpolitik Deutschlands] ; il est l'auteur de l'article Statistih dans le vol. X du Dictionnaire de Blunts-

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chli et Brater (18G7), et il s'est occupé en outre, à plu-^ sieurs reprises, de la réforme du système monétaire autrichien. En Russie il a publié un travail classique sur la théorie du cours forcé du papier monnaie, dans lequel il distingue soigneusement les oscillations de l'agio de la dépréciation dans la valeur des marchandises. Bien qu'il ait défendu la propriété foncière contre^ les assauts du socialisme {Die Abschaffung des privaten GrundeigentJiinns, 1870) il a proposé aux conseils, municipaux des grandes villes l'expropriation des propriétaires des maisons pour résoudre le problème du renchérissement des loyers, ce qui a provoqué de sages, critiques de RoscheretdeNasse. Son volumineux Coiu'S d'économie est remarquable par la profondeur des recherches, l'érudition, l'abondance des exemples historiques, statistiques, législatifs, la précision et la clarté de la langue, mais il pèche par la tendance exagérée de l'auteur à accepter les principes du socialisme d'Etat, soit dans sa politique économique, soit dans sa politique financière. Dans son Cours comme dans le Manuel de Schonberg, Wagner a traité remarquablement la partie générale et quelques chapitres spéciaux' de la théorie des impôts, et la doctrine des emprunts publics. Il ne pourra cependant pas, même avec l'aide d'éminents collaborateurs, remplacer comme il l'espère le traité de Rau, parce que la disproportion des parties, les énormes digressions philosophiques, historiques et juridiques Ont considérablement augmenté l'étendue de l'ouvrage et en ont fait presque une encyclopédie. Dans la science pure, Wagner est très correct quant à l'emploi des méthodes, et il s'écarte fortement de Schmoller ; il apprécie avec beaucoup de sagacité et d'impartialité les grands écrivains anglais (Smith, Ricardo, Malthus), y compris les auteurs contemporains, et il s'émancipe, à ce point de vue, des préjugés de ses compatriotes. Il ne

faut donc pas s'étonner si de son école est sorti Henri Dietzel (né en 1857), professeur à Bonn, le seul écrivain de l'Allemagne proprement dite qui ait eu le courage de porter des coups vigoureux à l'exclusivisme dominant ; il a été le précurseur de l'école autrichienne, et il a démontré la nécessité d'associer aux recherches positives les investigations théoriques.

Ad. Wagner, Beilràge zur Lehre von den Banken. Leipzig, 1857. — Die Geld und Creditheorie der PeeV schen Bankade. Wien, 1862. — System der deidschen Zetlelbankyeselzgehunf). Freiburg i. Br, 1870 - 2« édit., 1873. Deux volumes. — Die Ordnung des ôsterreichischen Staatshaushaltes. Wien, 1863. — Die russiche Papiericdhrung. Riga, 1868. — Lehrhuch der politischen Oekonomie. l'''"vol., Leipzig, 1876. -3« édil., 1892-1893. - 5« vol., 1871. 3« édit., 1883. — 6' vol., 1880- 3« édit., 1890. — 7« vol., 1886-1889.

H. Dietzel, Ueber das Verhallniss der Volkswirlh' schoftslehre zur Socialwirihschaf'tslehre. Berlin, 1882. — Der Ausgangspunkt der Socialwirlhschaftslehre, etc. (in Zeitschr. /". die ges. Staafsivissenschaft. Tubingen, 1883). — Ueber Weseji und Bedeiitung der Theilbaus (Ibidem, 1884-85). — Beiir'dge zur Methodik der Wirlhschaftswissenschaft (in Jahrbûcher de Conrad. Jena, 1884).

Quel que soit le jugement qu'on porte sur le courant actuel des études économiques en Allemagne, il est hors de doute que l'activité scientifique va toujours en augmentant. On en trouverait une preuve dans le grand nombre de revues spéciales que nous avons citées, et dans celles qui ont été fondées récemment, VArchiv fiir sociale Gesetzgebung (Tilibingen, 1888) dirigée par Braun, VAUgemeines stattstisches Archlv, dirigée par von Mayr (1890-91), et dans les deux colossales publications, l'une sous forme de traité, l'autre sous forme de dictionnaire, qui sont l'œuvre collective

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d'un groupe nombreux d'éminents spécialistes. Ils ont résumé dans ces œuvres tout ce quil y a de plus intéressant dans le domaine des doctrines économiques, administratives et financières, en les illustrant par une ample moisson de renseignements historiques, statistiques, législatifs, et il ont ainsi achevé deux encyclopédies, Tune systématique, l'autre alphabétique, dont il n'y a pas d'égales dans la littérature d'aucun autre pays. Parmi les précis, d'ordinaire assez courts, il suffira de citer le Grundriss de A. Held ('2^ édit. 1878), le Leitfadôn de A. Adler [i^ édit., 1890), le résumé de II. Schober(4^ édit., 1888), qui a presque toujours suivi Roscher, celui de Neurath (2" édit., 1892) et enfin celui de Lehr.

GusL. Schônberg, Handbuch der politischen. Oekonomie. Tubingen, 1882. Deux volumes. -3* édit., 1890-91. Trois gros volumes. (Trad. italienne dans la BibUoieca dell' Economista, dirigée par Boccardo).

J. Conrad, L. Elster, W. Lexis, etc., Handwôrterbuch der Siaatsioissenschafl. Jena, 1889-94. Six volumes. 1" supplément, 1895.

J. Lehr, Politische Oekonomie. MuRchen, 1892 (2« édition).

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