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CHAPITRE XIV L'ÉCONOMIE POLITIQUE AUX ÉTATS-UNIS

II pourrait sembler à première vue que les conditions physiques , sociales et politiques des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, et le développement colossal de leur richesse, de leur culture et de leur puissance ont amené des progrès non moins signalés dans la sphère des investigalions économiques. L'immense extension du territoire disponible, le rapide accroissement de la population et du capital, le taux élevé des salaires et des profits, le développement gigantesque des moyens de communication, les changements continuels dans le système des monnaies et clés banques, la succession de tarifs plus ou moins libéraux ou restrictifs, les tentatives de tout genre en matière d'impôts, l'augmentation menaçante de la dette fédérale et la rapidité non moins merveilleuse de son extinction, le contraste entre les intérêts manufacturiers du Nord, adversaires de l'esclavage et partisans de la protection, et les Etats agricoles du Sud, favorables au travail servile et à la liberté du commerce, sont des faits de grande importance qui ont été Tobjet d'excellents travaux historiques et statistiques, très instructifs même pour l'Europe.

A. S. Bolles, Indvstrial history of ihe United States,

3« édit., Norwich, 1879.

W. G. Sumner, A history of american currency. New

York, 1878.

E. J. James, S/wrfjV'H ûberden Amerikanischen Zollia-

rif. Jena, 1877.

W. G. Sumner, Lectures on the history of protec-

tion, etc. New-York, 1877.

A. S. Bolles, The financial history of the United States

from 411 i la 4860. New-YorA-, 1879-83. Deux

volumes.

E. G. Bourne, The history of the surplus revenue of

4831. New-York, 1885.

Mais, pour de multiples raisons, le progrès de la science n'a pas marché d'un pas égal à celui des richesses et des institutions publiques et privées. Les conditions tout à fait particulières des Etats-Unis enlevaient, tout d'abord, toute apparence de fondement au principe de l'universalité des lois économiques, proclamé par l'école classique. L'excès de la population, la loi des revenus décroissants, la théorie de la rente, le paupérisme, étaient des phénomènes auxquels on ne prêtait généralement aucune foi, et que certains considéraient comme possibles mais sans importance pratique. Les questions qui s'agitèrent à plusieurs reprises entre les partisans et les adversaires de l'eslavage, les protectionnistes et les libres échangistes, les monométallistes et les bimétallistes, les partisans de l'unité et ceux de la pluralité des banques, les défenseurs et les adversaires du cours forcé, des impôts directs et des impôts indirects, du maintien ou de l'extinction des dettes, ont été l'occasion d'un très grand nombre d'ouvrages, scientifiquement sans importance, parceque les raisons économiques étaient subordonnées aux buts des partis politiques, et formaient autant d'armes dont se servaient les fédéralistes et les antifédéralistes, les républicains et les démocrates, pour se disputer le pouvoir, tout en combattant sans conviction profonde les opinion.s de leurs adversaires. Daniel ^^'ebster, qui se déclarait l'ennemi de toute théorie, fut d'abord libre échangiste^

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puis protectionniste afin de suivre, en sens inverse, les changements de son adversaire Calhoun. On sait éçralement que l'institution des banques nationales, due à Chase, contrôleur de la trésorerie au moment de la guerre civile, fut inspirée avant tout par des raisons financières. Cependant, quelques éminents hommes d'Etat, comme Jefferson, Madison, Sherman, Garfield, et surtout Ilamilton, se sont occupés sérieusement des problèmes économiques, et ont montré des aptitudes remarquables pour les résoudre. Nous devons également à des fonctionnaires instruits et zélés d'excellents travaux sur d'importantes questions spéciales. Il suffira de citer ceux de Quincy Adams, Lee, Gouge. Gallatin, et ceux de D. A. Wells sur les réformes fiscales et douanières.

John Quincy Adams, Report iipon weights ami measurea (1817). Washington, 1821.

H. Lee, Report of a Committee, etc. Boston, 1827 (défense du libre échange).

W. M. Gouge, A short history of paper money and bankhig, etc. Philadelphia, 1833.

Alb. Gallatin, Considérations onthe currency andhanking System, 1831, et d'autres écrits réunis dans le vol. ni de ses œuvres, éditées par H. Adams en 1879.

L'enseignement de l'économie dans les Collèges et dans les Univer.sités, qui allaient se multipliant grâce à d'abondantes donations privées, a été donné, pendant plusieurs décades et encore aujourd'hui, presque exclusivement par des ministres des différentes sectes religieuses, sans l'aide du gouvernement et au milieu de l'indifférence générale. Il n'existe qu'unpetit nombrede manuels, sans originalité, qui n'ont pas éveillé l'attentention des savants étrangers qui, jusque il y a quelques années, admiraient les œuvres juridiques remar-

quables de Story et de Kent, mais qui ignoraient que TAmérique avait des économistes en dehors de Carey ■et de George, tous deux étrangers à l'enseignement et qui ne sont pas, à vrai dire, des hommes de science.

Nous ne croyons donc pas inutile de donner quelques indications sur les sources ; nous nous servirons des renseignements que nous ont donnés White, Dunbar, Walker, Sumner, Newcomb, Laughlin, Patten, Clark, Ely, Andrews et certains autres de nos éminents collègues.

Cfr. S. A. Aliibone, Critical dictionanj of english iderature,etc. Philadelphia, 1878. Trois volumes. Supplément (de G. Forster Kirk) 1891. Deux volumes. — Ch. F. Dunbar, Economie science in America (in North American Revieiu. Vol. CXII. Boston, 1876). — Th. E. Clifïe Lesiie, Poliiical Economy in the United States, (in ForlnightUj Review, n° 203, octobre 1880).

Nous avons largement puisé dans l'excellent travail manuscrit intitulé Studies historical and critical on the development of the économie theory in America {Lipsia, 1890) qui nous a été aimablement prêté par son auteur, le D"" H. F. Furber, de Chicago; il manque encore à ce travail deux chapitres sur les publications de ces dernières années.

§ 1. — l'école nationale et lecole cosmopolite

Benjamin Franklin (1706-1790), l'auteur de la Science du bonhomme Richard, est le plus ancien économiste pratique des Etats-Unis ; nous avons déjà cité (p. 182) son opuscule sur la population. Dans d'autres travaux il a combattu l'esclavage, défendu le papier monnaie ; il voit dans le travail la mesure de la valeur, etc. Après lui viennent Dickinson [Letters to a gentleman, 1765),

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qui a des idées correctes sur le commerce et sur la monnaie, mais surtout Webster, vigoureux adversaire du cours forcé.

B. Franklin, A modest inqviry into the nalwe ami necessity of a paper currency, 1729. — Principles of Irade, 1774, et d'autres travaux réunis dans le second volume de ses œuvres éditées par J. Sparks. Boston, 1840. (Cfr. Rich. Hildebrand, FranUUn ah Xationalôkonom. (in Jahrbûcher fur NalionaVôkonomie . Jena, 1863).

Pelatiah Webster, PoUtical essays on the nature and opérations of money. Philadelphia, 1791.

La première place appartient, parmi les publicistes américains du siècle passé et peut-être encore de notre siècle, à Tillustre chef du parti fédéraliste Alexandre Hamilton (1757- 1804), auteur de rapports officiels mémorables sur le crédit public, les banques (1790), les monnaies, les manufactures (1791), dans lesquels il défend le bimétallisme, la création d'une banque fédérale unique de circulation et la nécessité de droits protecteurs modérés pour les industries naissantes, avec des arguments qui diffèrent peu de ceux des partisans du fairira.de, et sans tomber dans les exagérations des protectionniste.? ab.solus.

A. Hamilton, Works. Xew-York, 1855. Quatre volumes. — Cfr. Shea, Life and epoch of A. Hamil' ton, 1879.

Daniel Raymond {Thoughts on jjolitical economy, 1820,-2" édit., 1823) est le premier qui ait exposé les théories nationales et protectrices, in.spirées en grande partie par la haine contre l'Angleterre. Il défend la liberté économique à l'intérieur mais non pas à l'extérieur, en s'appuyant sur la célèbre distinction faite

par Lauderdale et par Ganilh entre l'économie privée et l'économie publique. Des idées analogues se retrouvent dans Phillips {Manual of political economy, 1831) et dans Simpson [The working man's manual, 1831) ; ces ouvrages sont pleins d'invectives contre les Anglais, et Colton (Public economy ofthe United States, 1848) va même jusqu'à affirmer que Smith, Ricardo et Malthus étaient payés pour ruiner les autres nations par le libre échange. Une certaine notoriété s'est attachée à Alexandre Everett, qui, dans ses News ideas on population (1833) combat Malthus en lui attribuant d'étranges erreurs et en soutenant que l'augmentation de la demande de travail et du taux des salaires est parallèle à celle de la population. Les idées restrictives ont été défendues, avec beaucoup plus de sens, par John Rae, émigré écossais dans le Canada (Some new principles on the subject of political economy. Boston, 1834), qui chercha à réfuter la théorie de la production de Smith, et qui tît cependant de bonnes observations, acceptées par Stuart Mill, sur l'accumulation du capital. Plus récemment le professeur F. Bowen, le meilleur écrivain de cette école, a défendu le hanking principle ; il n'admet ni le fonds des salaires, ni la rente ; il nie la valeur pratique des doctrines de Malthus, parce qu'en Amérique le cultivateur est propriétaire et l'ouvrier capitaliste, et il délend un protectionnisme modéré pour utiliser les richesses minérales et provoquer la naissance d'industries variées. Le protectionnisme trouve encore un défenseur dans Stephan Colwell, le commentateur de List (1856) et l'auteur d'une analyse pénétrante du mécanisme des payements, dans laquelle il combat le papier monnaie et demande que les banques ne soient pas obligées de rembourser les billets avant l'échéance des traites escomptées.

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Francis Bowen, Principles of poUtical économe/. Boston, 1856. Refait sous le titre American poli licaù economy, 1870. — S. Colwell, Ways and means of paymerii. Philadelphia, 1859.

Dans les écoles, ce sont les doctrines anglaises qui dominent : importées en Amérique grâce à de nombreuses réimpressions de Smith (1789, 1811, 1818, etc.) et de Ricardo et à la traduction de Say faite par Biddle ; commentées, dans le sens d'un individualisme extrême, dans les écrits de Thomas Cooper (loués d'une façon exagérée par Mac CuUoch) et dans ceux de François Wayland, remarquables pour leur clarté mais sans originalité, et encore employés dans quelques collèges, grâce aux utiles corrections de Chapin. Les éléments de Wilson (1839) et les traités de Potter (1841) et de Opdyke (1851), tous deux anti-malthusiens, eurent moins de succès. On a également déjà oublié le traité de Vethake [Principles of political economy, 1838, 2^ édit. 1844), plus profond, mais obscur et prolixe, qui admet, en cas de guerre, quelques exceptions au libre échange.

Th. Cooper, Lectures on ihe éléments of poUiical economy. Colombia, 1826.-2« édit., 1829.

Fr. Wayland, The éléments of political economy. Boston, 1837. — Recast by A. L. Chapin. New-York,

A. L. Chapin, First principles of political economy,

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