OPTIMISME RESTRICTIF ET OPTIMISME LIBERAL
Le chef de ce qu'on appelle l'école de Pensylvanie, qui n'a pas simplement nié les théories anglaises mais s'est risquée avec beaucoup d'audace mais peu
de succès, à en émettre de nouvelles, est le célèbre Henri Charles Carey (1793-1879). C'est un écrivain fécond, convaincu, ingénieux, et en partie original, mais prolixe, et, comme tous les autodidactes (y compris George), sans aucune connaissance des méthodes scientifiques. Il a débuté par un essai sur les salaires (1835) dans lequel il combat le pessimisme qu'il croit inhérent à la doctrine du fonds des salaires. Dans son économie jyolitique (1838) il expose la théorie de la valeur déterminée par le coût de reproduction, et il en déduit une prétendue loi de la distribution des richesses par laquelle il oppose à l'augmentation simplement ab.solue du profit l'augmentation absolue et relative des salaires, et par conséquent l'amélioration nécessaire et continue de la condition des ouvriers. Dans son Crédit System (1838) il a étudié les effets de la rareté de l'argent; dans Past, présent and future (1848) il abandonne les idées libérales, qu'il avait d'«abord professées, combat avec plus d'énergie Ricardo et Malthus et, partant de la fameuse théorie de l'ordre de culture des terres, il en déduit comme corollaires les lois fausses des revenus croissants et de l'augmentation plus rapide du capital que de la population. Après avoir exposé ses idées sous une forme populaire {Harmony of interests, 1850), il a fait une exposition plus large de son système dans la Science sociale (1858), qui est son œuvre principale; il y a affirmé l'idée de l'identité providentielle des lois cosmiques et des lois sociales, qu'il a développée plus complètenient.dans une autre monographie [Unity of law, 1872). pleine d'erreurs de physique. Les théories de Carey, magistralement réfutées par Lange en ce qui concerne la méthode (J. Stuart Mitl's Ansicliten ûber die sociale Frage, 1866) et rapprochées du mercantilisme par Held, ont trouvé dans Diihring un défenseur sophistique et absolu [DieVerkleinerer Carey's, 1868) ;
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elles ont trouvé des apolog-istes plus modérés, qui les ont acceptées en restant fidèles au libre échange, dans Ferrara {Introduzione au vol. XIII, série 1, de la Blblioteca deir Economista, (1853) et dans Wirth (1863).
H. Carey, Principles of poUtical economy. Philadelphia, 1837-40. Trois volumes. Trad ital. clans le volume cilé de la Blblioteca dell' Economista. — Principles of social science, 1858-59. Trois volumes (résumés par Miss K. Mac Kean, sous le titre de Manualof social science, 1864, réimprimé en 1879). Trad. frann., par Saint Germain-Leduc et Aug. Planche, 1861. — Miscellaneous Works, éditées par son neveu H. Carey Baird, 1880.
Voir sur Carey : W. Elder, A memoir of H. C. Carey, 1880. — J. W. Jenks, H. C. Carey als Xadonal'ùkonom. Jena, 1885, et l'article deLexisdans VUandwôrterbuch der Staatswissenschaften. Vol. II, pag.
Evariste Peshine SmilTi est le plus original des disciples de Carey, notamment dans sa théorie de la population qu'a acceptée le maitre ; Elder est ingénieux et brillant, mais parfois inexact et infidèle ; Ellis Thompson leur est supérieur par sa connaissance très étendue de la littérature ; Horace Greeley (E-s^ays, 1869) a une valeur moindre. Hors de Pensylvanie, W. D. Wilson '{First principle.-^, 1875, réimprimés en 1879) cherche à combiner les théories de Carey avec celles de Malthus !
E. Peshine Smith, Manual ofpolitical economy. New- York, 1853. — Trad. franc, de C. Baquet, 1854.
W. Elder, Questions of the day. Philadelphia, 1871.
Rob. Ellis Thompson, Social science and national economy, 1875. — Eléments of polit ical economy, 1882. — Protection to home industry, 1886.
Les professeurs Ferry et Sturtevant sont plutôt des disciples de Bastiat que de Carey. Libre-échangistes,
ils sont persuadés que la concurrence fait les prix justes, et ils ne croient pas à une augmentation excessive de la population. Perry combine les doctrines de Bastiat avec celles de Macleod ; il appelle l'économie la science de la valeur ; il croit que le concours productif de la nature est gratuit ; il n'admet pas la rente, bien qu'il accepte la loi des revenus décroissants. Il est, en outre, l'ennemi des banques de circulation, et il est favorable aux droits de douanes fiscaux, pourvu qu'ils soient spécifiques et non ad valorem. Sturtevant expose des doctrines presque identiques, mais il est moins prolixe et plus concis dans ses déOnitions.
A. Latham Perry, Eléments of politkal economy. New-Vork, 1866. -20« édit. sous le titre de Principles, 1891. — Introduction to political economy, 1877.-3'= édit.., 1882 (Ne contient que les théories les plus générales sur la valeur, la production, le commerce, la monnaie, le crédit et l'impôt).
J. R. Sturtevant, Economies or ihe science of ivealih. New-York, 1877. Réimprimé en 1881.
§ 3. — l'école classique
Vers le milieu du siècle, après la réforme des tarifs douaniers, le sub-treasure bill et la publication du traité d'économie politique de Stuart Mill, l'école classique devient prédominante parce que les vieilles questions, et notamment celle de l'esclavage, ont disparu depuis la fin des guerres civiles. Il n'y a plus à lutter que contre les partisans de Carey, qui veulent perpétuer les institutions nées des nécessités de la guerre, c'està-dire les banques nationales, le papier monnaie et la dette fédérale.
Le précis d^économie politique du professeur Bascom a joui pendant quelques années d'une grande faveur. Il
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suit les doctrines de Mill, qu'il a exposées avec beaucoup de clarté. Il est partisan du monométallisme^ adversaire des banques d'émission, et il veut remplacer les billets par des certiflcats payables en or, conservé comme réserve. On retrouve ces mêmes doctrines exposées, mais avec moins de netteté, dans la Science de la richesse de Amasa Walker, qui s'occupe également des questions monétaires et fiscales. Il attaque, lui aussi, la législation des banques de 1863 et les dépôts permanents auxquels il attribue la crise de 1873, et il demande l'extinction rapide de la dette publique. A la différence de Bascom, il n'accepte pas la doctrine de Malthus.
John Bascom, Political economy. Andover, 1860. - Réimprimé en 1874.
A. Walker, The science of ivealih. Boston, 1866.- 5« édit., Philadelphia, 1872.
Le général François Amasa Walker (fils), président de rinstitut polytechnique de Boston, est un esprit beaucoup plus distingué. lia publié, en 1874, un Atlas statistique des Etats-Unis, et il a dirigé avec compétence le recensement de la population en 1870 et en 1880. Il est l'auteur d'un grand nombre de monographies, dont les résultats sont condensés dans son excellent traité [Political economy. New- York, 1883-2'' édit. 1887), qu'il a lui-même résumé plus tard [A brief textbook, 1885) et réduit enfin à des proportions encore moindres {First lassons, 1889). Son travail spécial le plus important est celui qu'il a consacré au salaire [The wages question, 1876. Nouvelle édit., 1891). Il distingue nettement l'entrepreneur du capitaliste, il décrit leurs fonctions, combat la doctrine du fonds des salaires, et défend ingénieusement cette thèse, que le salaire, bien qu'il soit quelquefois anticipé, est, en réalité, le ré-
sidu de la valeur du produit d'où l'on a déduit les intérêts et les profits. Dans son œuvre sur la monnaie {Money, 1878. Nouv. édit.. 1891), résumée dans Mojiey trade and iiidustry (1879), il défend le bimétallisme international ; il n'a que peu de sympathie pour la circulation mixte. Son petit volume sur la rente foncière {Land and its rent. Boston, 1883) ne s'éloigne pas des doctrines reçues ; il y réfute victorieusement les objections de Carey, de George, de Leroy-Beaulieu. Dans son traité d'économie, il distingue rigoureusement la science pure de la science appliquée ; il fonde la valeur des richesses (y compris la monnaie) sur l'offre et sur la demande, tout en reconnaissant l' influence du coût et celle du degré final d'utilité ; il pense que le propriétaire de mines reçoit, outre la rente, une compensation pour l'épuisement du sol; il a donné, enfin, d'utiles développements sur les questions de commerce, de monnaie, de banque, sur le socialisme et la condition des ouvriers.