CHAPITRE IV
POIIPOTVACE, LE PLUS GRAND PHILOSOPHB 1>£ LfiPOQDB, JDBTACHJl OS hA .a£I.IG10N LBS DOCXEINBS*MOBAIA8.
L^histoire de Témaiicipation des doetriaes morales n^étant pas été faite encore, Pomponace a^occupe pas dans Topinion la place qo^il y mérite.
Pomponace n^est ni plus ni moins que Phomme de génie de qni émane le moavement phflosophiqae des derniers siècles, tout le progrès qui constitue Phistoire morale de trois cents ans* Sans doute, Pompcmace n^a pas calculé tout ce progrès; mais il a si bien senti la nécessité de Pentreprendre, qu^il a mis à remplir la tâche que loi o&ait sa position une élévation de vues et une persévérance qui le placent au rang des plus grailds hommes de tous les temps.
Les hommes un peu éminens, ceux qui impri-
ment aax siècles une marche, une peusée, les hommes providentiels, ont toujours des missions ardues* Celle de Pomponace était hérissée d^obstades. Trois systèmes également défectueux, mais pesant sur le monde de toute Fautorité de plusieurs siècles, gouvernaient les intelligences : la doctrine d^Aristote, implantée dans FËuropepar les Arabes; la vieille théologie de Duns-Scot et dé saint Thomas d^Aquin, associée par les scolastiques à la philosophie du stagirite; rafin Tancienne philosophie de la Grèce, fraîchement apportée de Byzance. Partout régnaient ces trois doctrines, et toutes trois elles substituaient à la libre pensée, au génie créateur de la philosophie, le dogme fait, la pensée enchaînée, l'immuable autorité* Profondément pénétré de Tin* suffisance de toutes les trois, et impatient de se mesurer librement avec les plus hautes questions de morale et de philosophie, Pomponace résolut de rendre libres toutes ces questions et d^émanciper complètement rintelligence.
Dans la crise on se trouvait le monde, le salut des doctrines était dans la liberté. G^est ce que Pom— ponace comprit parfaitement; c'est ce qu'autour de lui ne comprenait personne. Il savait son isolement, mais sa mission était fatale ; on sait d'ailleurs que les obstacles sont des aiguillons pour l'homme de génie*
De «es maîtres Pon^nace avait appris la prudence; le courage quUi montra fut son propre bttn, et il Punit à la prudence au plus hAat degré. Révéler de sa pensée tout ce qu^il fallait pour la ùdre comprendre, en cacher tout le reste : telle fat sa politique. Elle fut simple comme sou gé-. nie. La nature envers lui s^était montrée prodigue. Né de noble famille *f petit de taille, mais plein de vie, et réfléchissant sur une physionomie brillante tous 1^ dons djs rintelligence ; d'une éloquence un peu populaire, mais d^ailleurs toute dramatique, toute pittoresque; versé dans loutes les sciences, de son temps, il fut le premier professeur de Tépoque^ Il occupa des chaires à Padoue et à Bologae*^ sa célébrité remplit ritalie, r£urope. Ses adversaires égalaient presque en nombre et en puissance ses admirateurs, quoique toute la jeunesse, quoique Bembo « et Léon X fussent de son c6té. De ses ennemis un seul, son. collègue Achillini, qu^irritait la désertion de ses auditeur,, pouvait balancer sa renommée, et compromettre ses succès. En effet, daiiis ces joutes académiques, qui constiloaieat alors pour la science la presse et ferpublicité^ Achillini, défenseur de la scolastique et 4^Averroès, [dus d^une fois* enlaça le jeune athlète
* llantoue, 1462.
dans set dilemmes; mais toojoiin cfuelqiie eail-
lîe plus brillante que logique le débarrassa du vieux lutteur. Cependant Pompouace eut renoncé sans peine à des combats qui pouvaient le compromettre, si a ces débats | où il était permis de prendre cpielqae licence, n^eùt pas assisté la génération la plus intéressante de son siècle*
Ce ne fut pas, toutefois, dans ces joules et ces
improvisations, ce fut dans des leçons profondément méditées et dans trois traités fondamentaux que Pomponace exposa ses doctrines, tout en les cachant sous celles d^Aristote, dont il prétendait rétablir les plus pursenseignemens. Les dootrtnes de Pomponace se résument toutes en ces mots, affranchir la philosophie des dogmes de la reU^ giùn. Mais ces mots, il ne pouvait les prononcer. Ce qu^il pouvait attaquer ouvertemeqt, ce n^était pas Pempire de la religion, c^était le rigne de la scolastique, telle que Pavaient faite, d^abord les ^ professeurs musuhQans de Cordoue, ensuite les docteurs chrétiens du moyen âge^ Arerroès à la I tête des uns, çt saint Thomas d^Aquin à la qo^ue des autres. Sans doute le philosophe en I voulait à Tabsolutîsme de la religion, mais tout en se réduisant à le combattre dans les thèses à» la scolastique, il fallait encore des précautions et des détours. Italien et formé par des Grecs, Pora-
(lOBflce .£iU se. fûaeé entendre sans trop se âûre pe»é«Bter. .
Pour arriver à son but, il s^attaqua non pas à reÉsismUa^e •la.soolasiiquef mais k ws qneitHMii fi )iijtoiP8«tetos, /wésiple, nllcB sur PAine et soDrimmortalUé^!oelleâ sur la Providence, le destin étilft iîbêrté^iBnfia -fseUe desnàntiaà. Libm
d'exprimer sa pensée, il n'^eût abordé qu'une seule de;0f»:questionâ) .çeUe deia liberté} nepoiuranl q«e[ Wsfor entievoir m tendnoes, il fnc inen aise de les éparpiller sur un .plus grand nombre demijeifi»'
Son premier soin fut de dégager Tâme elleinâme des iiens où elle lui semblait ccmune em- |raoimée« Bn^eiet, ases yeux, le do^ederim* mortalité, placé par la scolastique au sommet de imles.lM.'CrQjraiices, pliomt de là comme une sorte de fiitalîté^, de prédestination, sur la pensée, la volonté, sur toute la vie Immortelle et créée de tonte éiermlé en pour toute Téternité par le régulateur suprême de toutes choses, riateUigeoce homaine, il s^en plaignait, avait une destinée invariablement et fatalement ri-^ glëe. Dès-lors plus de liberté* Dès-lors il y a pour le philosophe véritable une trifdb tâche à remplir : prouver que Fàme n^a pas une destinée si étalement établie, et démontrer que la scolastique, en affirmant le contraire, eatimpniisente àle
prouver ; que, sur cette grande queslioo, la phtr-^
iTi
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dogmes de la religion. Telle fut précisément la là€he que se £t PompoDace^'et, ne pouivaiiiiil»rectement Faocônipl^, il risÊèM.àé'pÊeaèét'W détour, de montrer que le dogi^e de rimmorta* liié étak plus que dootenx, qu'il était eemplkÊt^ ment incertain, qu^il n^était d^ailleurs d^aucun intérêt ni pour la morale, ni poiur la politique*
Tout cela, k cette époque, était d^inie' oiédM extrême ; mais le mauvais état où se trouvait la philosophie, et le débat qui était ouvert^ntre Aristote et Platon sur la doctî'iBe de Pâme, permit non-seulement à Pomponaoe de souteninson opinion, mais encore d^aooaUer ses.adTemiies de tout le poids d'une haute supériorité.
Disons d^abord combien les doctrineMur ilànw étaient dépl(Nrable8.LesniRtonibi«seli8eignaient trois âmes diffierentes, Tune végétative, commune aux animaux et aux plautes} Pautre seasitive, commune aux hommes et aux animaux ; la troisième rationnelle^ commune aux hommes et aux anges.
A cette théorie générale ils rattachaient une foule de diseuasums secondaires, pour savoir si lestâmes des anges étaient créées avant le temps ou avant le mouvement du ciel ; si. les âmes des honuneaétaient 4»éées immédiatement après cette
époque, mais non pourtant dans le temps*, et si Us âmes des animaux étaient créées dans le temps, el long-temps après celles des hommes.
Les péripatétîcîens se distinguaient en deux camps. Les uns n^admetlaimt pour la pensée de tous les êtres intelligens qu^un principe unique et universel, de telle sorte que les individus de Fespiee humaine seraient les simples yélricnles de ce principe, le seul qui fut immortel. Les autres enseignaient des âmes individuriles, mais mortdles suivant la' philosc^hie , immortelles diaprés la religion*
Pomponace avait trop de science et de raison pour ne pas sourire intérieurement de ces théories ; mais il avait aussi trop de tact pour ne pas^ en profiter et. faire voir qu^aucnne d^elles, pas même celle d^Aristote , ne pouvait démontrer r immo rtalité. Tel fut Fdbjet de son premier (raité**, traité court, diffus, plein <ie scolastique et plein d^arguties, mais plein aussi d^une imrmense érudition , et allant par mille détours au grand but que s^était proposé Tauteur.
Ce but, nous Vavons dit^ était de dégager la
Quelques platonidens, Fidn entre aatres, enseignaient
que les ames sont créées par Dieu tous les jours.
•* Tractatus de Animœ immortalUate, Première édit. Bologne, 1616; denuèf^par.BardiUyXubingey 1791,
philosophie aspirant à Pindépendaiieeda dogme d^une destinée imaiortelle et fatale. Pompooace, après avoir protesté de son aUachenieDt aoi doctrines de TEglise, démontre /successivement, comme philoscphe^ qu^aueim argomeol produit dans les écoles pour prouver Timmortalité, n'^est décisif, et que ni la morale ni la politique nesou^ firiiwt de Topinion contraire. Toutes les objeo tions qu^on élève communément dans Fintérêt de la poUlicpie el de la morale, non-rsenlement il les combat, mais il cherche à faire voir qae le dogme de la mortalité de Tàme est plus favorable aux mœura*
C'est dépasser le but pour être certain d^y aiteindfe. Noos n^avooa pas besoin de faire voir que Pomponace dépasse le sien, que sa doctrine est sophistique, que sa doctrine est absurde. Pomponace savait cda comme nous, et ^ce philosophe, dans sa conscience, n'^avait ouUe envie d^ôter k la religion la plus haute de ses espéran'* cas. Mais pour obl»ir ce quM voulait, pour en^ lever la philosophie à la religion, cette dernière, et la rendre maîtresse de toutes ses questions, il pensait devoir aller, loin. Il savait revenir. Ce qu^il croyait au fond de son âme, et ce qu^il voulait qu^on crût sur la question de Timmortalité , il le dit netteq^ent à la fin de son traité : La question de l^immorialùé de Vdms
ei/, comme celle de Vimmortalité du mondey un
problème sur lequel la raison ne peut décider ni pour ni contre^ et sur lequel Dieu seul peut don-* ner la certitude. Pour moi^ il suffit que S. Au^ gustin^ qui vaut bien Platon et Aristote^ ait cru à Pimmortaliié pour que fjr ajoute foi moi-même. Je soumets^ au surplus^ toutes mes opinions au Saint-Siège.
On peut ne pas accepter cette déclaration ; on peut la traiter de concession , d^hypocrisie , de couardise; à nos yeux elle est stnciare. Bembo et Léon X, si passionnés qu'ils fussent pour les belles-lettres et la saine philosophie, n'eussent protégé ni un hypocrite, ni un impie, ni un poltron.
Le pontife et le cardinal protégèrent le philosophe; et quand se fut calmée la tempête qu^avaît soulevée son premier traité, qui n'était qu'une introduction au débat principal, Pomponace en publia un second, afin de foire Toir que l'homme était réellement libre, qu'il l'était à Tégard de la Providence comme à Pégard du destin.
Tel fut, eu elFet, l'objet du nouveau volume* qu'il imprima, et qu^avec une rare habileté il sut se faire pardonner de la manière la plus ingénieuse. Les questions qu'il y traite, il les formule
* De Fato, Libvro jirbUrio et Prœdcstinationc, libri K
à peu pi^ës ainsi : « Pourquoi m'^impule-t-on le bien » ou le mal qui résulte de mes actions ? S^il était » une volonté plus hante que la mienne et une loi >' donnée au monde par celte volonté, obligé à » cette loi, poussé par cette puissance, serais-je » responsable de ma pensée, et mes mouvem^is » seraient-ils spontanés ? £h bien! il est un monde, » il y est un ordre, une yolonlé, nne puissance
suprême, et dès-lors, tout ce qui est et ce qui » se fait ne peut se passer que dans une voie » donnée. Dès-lors aussi, yil instrument d^une » providence ou d^une fatalité, que je fasse le » bien, que je fasse le mal, il n^ a de ma part ni » cause ni volonté, c'est-à-dire, ni faute ni vertu.
Ces questions t ajoute Fomponace, me dévoraient le cœur comme le vautour dévorait les
entrailles de Prométhée. Elles m'ôtaieat le som-
meil, elles me rendaient fou.
Pouvait-on refuser la libre discussion à un philosophe si angoissé de questions, et qui ne demandait après tout, pour lui et ses successeurs, que le droit de les débattre? Obtenir cette libre discussion était tout ce qu'ail désirait ; et,, pour la conquérir, il examine, épluche et rejette successivement toutes les solutions que donnait ou la scolastique des philosophes ou la scolastique des théologiens. Quand il n''a plus qu'à se faire pardonner cette audace, il finit par soumettre en-
core une fois a TËglise toutes les opinions qu^il a énoncées.
Ses opinions, il ne serait pas important de les connaître} maïs lui-même^ il attachait qu^une valeur secondaire; nous le répétons, il ne voulait pas étaljlir un système, il voulait conquérir la libre discussion et forcer la religion à laisser la parole à la philosophie. Cétait là tout son système.
Ces deux premiers succès le rendirent téméraire, et après avoir afiranchi, dans certaines limites et au moyen de mille précautions fatigantes pour lliomme de génie, un certain nombre de questions, il résolut d^ affranchir d^un seul coup la philosophie tout entière, de montrer à la religion en massQ' quMle aurait tort de vouloir encore lancer les foudres de Tanathème, qu'ellemême pourrait un jour avoir besoin de tolérance . de la part des philosophes» et que, suivant des signes peu trompeurs, son règne était près de finir. Tel fut Tobjet d'un troisième traité de Pomponace *•
Cela était, il y a trois cents ans, quand tout existait de par la religion, d'une audace extrême^ mais par là même que cette audace touchait à Timpiété, nous voyons que Timpiété n'était pas
* De IttcatUationibtts.
la véritable pensée de Pomponflce; car dans ce
cas, on ne reût point tolérée. Aussi, pour bien apprécier toute la portée de ce traité^ faut-il bien se pénétrer de ce point de vue, que Poraponace, une dernière fois, prouve le plus pour prouver le moins. Quand nous aurons vu que, dans cette position si diôiciie, il va puiser ses démonstrations jusque dans les superstitions de Tastrologiei nous Tacquitterons au moins du soupçon de Tincrédulité.
Son art d^introduire ce troisième traité égale Taudace des idées qu^il y expose. « Un ami, ditil, m^avait écrit, qu'au moyen de certaines formules de magie, on venait d'extraire d'une blessure le fer qui Tavait causée, u L'ami demandait une explication rationnelle d^un fait si menredleux. Pour pouvoir la lui donner complète, Pomponace s'élève à la question générale des sciences occultes, et de cette question il passe directement à celle des miracles, qui sont la sanction suprême des religions révélées.
A cette hauteur et pour dominer tout son sujet, Pomponace pose un axiôme : Toutes les Jbis^ dit" ilj que^ peur Pexplicatùm éCun phénomène^ si extraordinaire qu'il paraisse^ les raisons natU" rettes suffisent^ on doit s'en tenir à la nature.
Ce principe posé, le philosophe avoue que, dans l'histoire des religions révélées, il y a des
miracleSf des faits extraordinaires que n'expliifoent (MIS hs raisons canoës, et qu^il faut pourtant expliquer naturellement; et aussitôt il {MTodoîl lai-mème une théorie pour rendre na^ turellenient raison de ces ftiits. Sa théorie est, au premier aspect, nous Pavons dit, la chose du monde la plus singulière; de la part d^un philosophe comme Pomponace, elle étonne ; mais hien considéré, le parti que, faute de tout autre mqyeit, il sait tirer d^nnecrojrance qn^dmettent ses contemporains et qu^il dédaigne au fond du cœur, est digne des exemples que nous ont laissés dans ce genre les sages des temps antiques. On ne s^est jamais mieux abaissé au niveau des superstitions pour les combattre.
Voici cette théorie. Tout se fait naturellement, diaprés des lois tracées à la nature par son créateur, et à ces lois, ni lui, ni aucune puissance du ciel ou de la terre ne saurait déroger; mais Tapplieation de ces lois n^est pas seulement une affaire entre le créateur et la terre ; c^en est une entre lui, les intelligences célestes el le monde sublunaire où se passent les miracles. Ce monde ilifférant trop de la nature de Dieu, pour qu^il y agisse directement, c^est par des agens intermédiaires qu^il y opère; ces agens, ce sont les puissanoesqu^il a placées dans les sphères les plus radieuses, pour exécuter des lois que souvent elles
ignorent, mais dont elles sont toujours les instrumens dociles. CSe sodI elles qui agissent directe* ment sur ces hommes privilégiés que Dieu luimême destine aux plus hautes missions^ mais qui ne les accomplissent qn^en ▼ertn des dispositions que leur ont données à leur entrée dans le monde les constellations qui ont présidé à leur naissance. C'est là ce qui explique et les cures qu^ils opèrent et les oracles qu'ib rendent et Tempire qu'ils exercent sur la terre que leur voix fait trembler, sur rOcéan dont leurs regards soulèvent les vagues irritées. En résumé, il n'est dans rhistoiret soit profane, soit sacrée, aucun fait, si extraordinaire qu'il paraisse t qui soit une violation des lois de la nature , qui soil un miracle.
I Ce mot si hardi, l'addition d'un correctii^ d^uu autre mot, pouvait seule le faire passw. Pooaponace donna ce mot : C'est en philosophie^ dit-il, qu'il n'y a pas de miracle. £t quand ce- mot fut articulé nettement, il ajouta quVn religion c^é-* tait autre chose ; queles.miraclesde Moïse et ceux de Jésus-Christ étaient vrais, pour lui comme pour tous les fidèles, par la seule raison que la religion les enseignait.
Cette profession de foi, loin d^étre de- sa part une simple précaution oratoire, précaution qui n'eût certainement trompé ni Léon X, ni Bembo, était d^autant plus sincère qu'elle était plus pro-
âmdéinent phUosophiqoe. £d effet, en «a qualité
de philosophe, Poniponace regardait rétablissement d^une religion comme Tuoe des ré?olutioiis morales les plus difficiles* A ses yeux, pour fonder des croyances nouvelles, il ne fallait pas moins que des miracles, c^est^à-dire des £aiits extraordinaires, paraissant placer ceux qui les accomplissent au-dessus des lois de la nature, mais néanmoins accomplis réellement en vertu de lois immuables par ces mêmes être privilégiés qui, néssoos d^heureuses étoiles, sont destinés aux missions du prophétisme, de Tapostblat et des plus hautes institutions religieuses ou politiques. Philosophe encore dans son jugement sur les re-> ligions établies, Pomponace osa déclarer qu"*]! ne les considérait nullement comme éternelles ; qu^à ses yeux toutes les institutions et même celles de ces fils de Dieu qui établissent des religions, étaient transitoires; qu^elles n^étaient pas plus éternelles que ceux qui avaient mission de les £mder} que notamment les religions, à mesure que se p^ectionne Phumatiité, ont besoin de se perfectionner elles-mêmes, et que chacune d'elles, par conséquent, a son période de progrès, de calme et de décadience. Appliquant, avec la hardiesse d'une conscience puissante, ces principes généraux à la religion devant laquelle il plaidait Témancipation de la philosophie, Pom-
ponnce osa lui dire qu^elle-même était arrivée aa déoUti , que pout ellé-^mème semblait passée Tépoque de Tenthousiasme et du progrès, et que, . voyant cesser tous ses miracles, elle devait sentir rapproche de sa fin.
Bientôt nous devons montrer comment les contempotaioé de Pomponace accueillirent une déclîïiration si audacieuse. Ici nous nous bornons à constater trois grands faits qui marquent la carrière ce philosophé ; i* Pomponace a posé la loi de la perfectibilité humaine; n"* Pompo- Mte a posé la loi du progrès des institutions et des doctrines ^ 3* Pomponace, dans ses ouvrages sinon dans ses leçons, a contesté à la religion r«utovité magistrale qu'elle exerçait sur la philosophie depuis Félevation du christianisme sur le trône die TEmpiré; 4* Pomponace lesllè créateur des dootriûe^ indépendantes de Tère moderne.
Datts notre ttiànière de eofieèvotr ce philoso^
phe, il ne fut ni un athée, ni un hypocrite. Nous avouons qii\>n peut le éonoeVoir difieremment, et téop doutt^t cela est àirîvé ; mais, sans entrer à cet égard dans aucune controverse, nous ^iroiËis que les livres.de Pomponace sont ouverts à tout le monde, que pour être compris ils ont
l^som d'être jugés dans leur rapport avec les personnes et les iDfaoses contemnosainefi. et il nous
semble que de leur trouver une meilieure clef que la Mrail cTaaUioi p\m diffidla, qiia eeÛ^
ci explique à la fois les écoles qui ont formé e philosophe et les sympathies qu^a rencontrées sa * doctrine* A Fégard de la ^Kncéritéde PompOTiace, nous dirons ce que ce grand homme disait luimême de rimmortalUé de Fâme ; il lui suffisait qae S. Augustin crût à celle-ci; il nous suffit que Léon X crût à celle-là.
Les doctrines morale» de Pomponace ne furent pas sans influence sur la politique du temps, mais puisque, si peu d^ans après lui, naquit Thomme de génie qui devait (blré àrFégaid de la politique ce que le professeur de Padoiie venait 4^ faire à Végaié de la philosophie, iaou» négli9erQiM,. po«ir peindre une action plus directe et plus grande, ceùe quHl a pu exercer sous ce rapport.