A QVE DU VULGAIRE DANS LE MONDE
Jamais de pareilles doctrines n^étaient entrées
officiellement, comme principes, dans un manuel de politique. On pratiquait cela, mais on voilait ces pratiques. Louis XI demandait encore par* don de ces choses-là à Notre-Dame d'Embrun.
On le voit, Machiavel a réellement émancipé la politique, en lui apprenant à se poser pure et nette, à faire, au besoin, abstraction de tout| même de religion et de morale.
(Test là le caractère fondamental de Tœuvre
*Ch.l8. — **Ibid.
de Machiavel, et, nous Tavons dit, o^est là ce qa^elle à de carietix.Oii ne iPest occupé jusqu^ici des doctrines de ce publiciste que sous certains points éb vne ; on n^en a examiné que le Caràe* tère plus ou moins libéral, plus ou moins despotique. Je dirai que, sous ce rapport, elles n^<rfBrenl rien d^extraordinaire ; que, là-<lesstt9, quelques pages de la vie intime de Ferdinand d^An^n on de Wolsef , nous ne vunloiis pas même dire d^Alexandre VI on de son fils, seraient plus curieuses que tout Topuscule des Princir pantés. Mais cet opusenle a dans rhistoire une tout autre importance, et cette importance est dans la séparation qu^il établit entre la politique, la religion et les -moears. Cest U, soirant nous, le véritable caractère du fameux volume, et c^est celui que nous tenions le plus k signaler.
Et maintenant que nous avons considéré la valeur morale et religieuse de ces doctrines, nous passerons à leur valeur politique. Sous ce rapport, elles sont caractérisées d^un seul mot; elles offirent le pur type de Tégobine de prince et de Tabsolutisme de commandement.
Dans nos doctrines modernes, pour constituer un état, ridée première est une nation, une agrégation d^individus à organiser en corps social. Voilà le point de départ. Pour rendre le plus fa-* milièrement que je pourrai cette pensée toute 1. 6
moderne, je dirai que e^est celle de Louis XVIII appdé à faire un gentilbomme à» la chambre.
la idée d^on chef, on d^an goiiTmiemenI, ne se présente à notre raison qu^immédiatement après celle-là* Daule manuel du prince, c^est le contraire. L'idée première de Machiavel, c'est ou un prince qui désire, qui cherche un état, etqui Vagrége des sujets, des villes, des proyinces; on bien, c'est un prince qui a trouvé tout cela, et qui, désoimais, dans tontes ses entreprises, dans chacune de ses pensées, ne voit plus que lui, son intérêt, sa conservation et sa gloire.
Gloire on prospérité nationale, garanties sociales, libertés publiques, voilà pour le prince qui a besoin de conquérir ou besoin de conserver, pour le prince de Machiavel, des termes si inconnus ou des choses si secondaires, qu^ii n'eu est pas plus question que dereUgion et de morale. La plus pure formule de tous les devoirs et de toutes les inspirations de cet égoïsme de chef, la formule suprême, la voici : le prince doit, en un mot et par-dessus tout, s'ingénier pour que chacune de ses opérations tende à lui procurer la réputation de grand homme et de chef d'un génie supérieur *. Cela fait, tout va bien.
Tel est le point de vue fondamental de tonte la
* Chapitre 2i.
science du gouvernement. Et, a ce point de vue point d^obstacles* Le prince doii^ sans niaiserie^ se sacrifier la nation ou Pétat toutes les fois que son intérêt Texige : « Un prince sage doit^ toutes les fois qtt^il le peut, se ménager avec adresse quelque ennemi, afin qu'en Tattaquant et le réprimant il en recueille pour lui-même quelque augmentation de grandeur » '
On le voit, lorsque, cent cinquante ans plus tard, un roi de France vint dire : L^état c^est moi^ ce mot, où Ton a si souvent reconnu la plus pure formule de Tabsolutisme, fut sur la politique de Machiavel un progrès immense; car, désormais, Pétat élevé au niveau du maitre, confobdu avec lui, ne pouvait plus au moins 6tre sacrifié à ses intérêts ; désormais Fétat était Fégal du prince, était le prince lui-même. Machiavel ne va pas jusqu^à cette fusion* A ses yeux il n^est rien dans Fétat qui ne soit au prince, qui ne soit pour lui. Tout homme qui sert le prince est au prince; ce n'est plus un homme, c^est une chose. ^ Voici un principe, dit-il : celui qui manie les affaires d^un état ne doit jamais songer à lui-même, mais au prince, et ne lui rappeler jor maU aucune chose qui ne se rapporte aux inii^ rets de sa qualité de prince **. Mais aussi, quand
* Glnp. so. — Ghtp. ss.
il a trouvé un tel âÉinistrev iV^oit Penridiir, et le combiler d^honueurs^ pour se Vattacher autant par Viiitérèt tfut pu* la reeonnaissance* Lors«que le prince et le ministre sont faits et se condnaent de cette msLwkre^ ils peuvent se fier Tun » Fantse; s'ik sont aatcementt Tun ou Pautre finit toujours mal »
U j aurait de la naïveté à demander si Machiavel parle de la responsabilité du ministre à Pégard des lois et du pays.
Le prince de Ifaohiavcl ^ nous Pavons dit, est non-seulement dans les conditions de Fégoïsme pur, il est encore dans celles ds Pabsolutisme tout net. Cest nn absolutisme légal. Mais voici ce que c^est que cette légalité ; <c Les principales garanties que puissent avoir (pour k prince) tous les gemres d^états, soit anciens, soit nouveaux, sont les bonnes lois et les bonnes arme», et, comme les lois ne peuvent être bonnes oik il n^ a pas de bonnes armes^ et que les lois ne ^bu-
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