NB8, JE PARLERAI DES ARMES, LAISSANT DE CÔTK LES LOIS'V
Pour compléter celte ^déclaration, d^ailleurs la plus nette qui se soit jamais donnée, Machiavel dilt dans un antre, chapitre : « Un prince doit
• Chap. 22. — *• Chap. 12. *
n cipline des aripées *• » •
appesantis su^ le^. ^poAiU > .3iD»ple» comimiplfé team a^ivemairos plufl y ri iiU M , éeritaimoa
mcfpiirques'''', 8«' $om Atti «ne^tàche trop facile« Ge^t SLy^çi ^MunWd^i&oieace que de r^upn. qu'ion
On aurait d'^ ailleurs de la politique de Machia^ Vi^r îdéi»i iiprt imparfiitte^ aî iloik sliBuguamt 411$ ;ses doqtrine»^ poilr èlfe netteoMBA séptvèii
|)^^}l^s de Ift^^or^le et de lajrdiigioB» et pour
Ml)i$:P9kh>«léP^d^n&À'iiUlérM*da pr^^
^è^G^ ^awiL i4(àes généreuses 9 aux doctràieslibëm»
ii^ ,£p^)0,4ftf^iMé0» âe^ées, de pnctpes.At
p^pgrès et d^Iib^té» &i Tautieur répondit au m» pleine 4'9im(gniir,mx.|]n:^w l>rii4e»f iil^ la$>|^ple3^ qu^il enseifoaii a«sai aux peuplosicof» lpi.4§t^^ 4éli)^r^^ des tj'raiiSt fut avec xàiseai* ^'ofivwi)0 4e9 Bginà^Mé^ sM SIiatoiMMr Tiiç-{^iye9 ^>u i.iÀ^toij^'^ de FIqà cucc et &es lettres
* Ghap. lA.
** On sait que Frédéric le Grand À publie an Anti-Machiavel. MachioMl, êon génie et uê trretarê; par M« Artaud. 2 voL in-e*. Paris, > *
êfêmhwsiâ» o&l jeté dans le eommérce do monde
des vues aussi remarquables par leur élévation que par leur nouveauté. 11 m miéiuc fiiilr qu^ap^ prendre aux peuples à se révolter, il a enseigné aux. rois à se faire bénir des peuples. L^amour àd peuple est Ift tnîeîUeotia' {rikce forte, dil-jl au princes*. Non-seulement, lui, le noble florentin, relève le peuple, il loi sacrifie lesi^rands. « Cesi H le peuple, dit-il, et non les grands, qu^ iaut M satisfaire. Ceux-ci veulent oppriiilier , le peu* » pie borne son désir à ne point f être. 'i» £t ce n'^esi pas là Punique raison qu^il donne aux rois j pour jie ménager. « Le pire que le prince ail à » craindre dHm peuple qui ne Taime-pas, cHl-ii,' ^> est d^ètre abandonné par lui**. » G^était alors j on 'ptoôveribe italien : Qmjàiifimdwrle peuple^ hdtit sur la fange ^ lui, le noble florentin combat «vec feu ce provei^be, et montre dans quelles cir* emstanoes le peuple abandonne lea princes ou les déjçnagogues, et pour quels bienfaits il demeoré^^dèle. Eaoenrager ^industrie, açcwder desdistinotionS'an mérite^ songer même aux plaisirs et aux fêtes des populations, et faire en sorte qu^elles «se trouvent bien ; voilà- les ccmseils «{ne ce précepteur de despotisme donne aux rois. Machiavel va plus loin y il attaque les a))us et les I. > I . , .• . . ' • , », ♦
* Chap. 20. — *• Ghap. 9. ■ .
faute» do pouvoir \ il proscrit les confisoàtioiis el les troopes mercenaires, et c-e»! à Tiiifliieneeide sa parole que nous devons, dans Injustice et dans Farinée, les plus belles réformes des demiars siècles» '
Nous r avons dit) dans ses divers ouvrages de {M^fufe.comfiie dana ses poéaîea, car MackiaTeliiAt poète, et poète gracieux, poète charmant % il une foule de ces idées de réfiMrme.et de progrès, que nous appelons libérales, ^ dont les générations actuelles s'attribuent si volontiers la décoBverte. Il est en cela . rheiireux émule de Pomponace qui avait proclamé cette loi du progrès et de la per/^tibilité. à laquelle nous^ wi^ ligocoia des ântews sous nos^yeux ; et , s^il a été trop blâmé po.u^ ^avoir appris aux princes Tartde CQnteieiir l^s peuplée^ il aiérileid'ètre oé» lébré beaucoup pour leur avoir enseigné celui de les rendre heureux. Machiavel peut être cité nonseulement pour la révolution qu^il opéra dans les fspports de la politique avec la religion et la morale, mais encore pour celle qu^il a faite dans certaines doctrines de pure politique. Ceci sonne niai, mais c^est une vérité» Il a plus innové pour la liberté que pour le despotisme, car autour de
*U Mmubragmre est Tinie des pins belles créttioiis de son
génie.
loi la Ifterté éiaii iileoiunie, tanèb que le despo-
Usme lui posait partout.; Biais kiae prisaiita iwië gMttde ^estfott.Quisnd
parut celui des livres de Machiarelqui formulait rinnovatiou la plus grave, Fémancipation de la poliliciue, ce^fbs afwle priirilége dHm sonre^ rain pontife ; le livre lui-même était rédigé pour le.fiièpa.d^iin aiiire pape-; ce pape était lé pa<« tÊBn daiPMipoiiiKe; et dépendant, les défetrhies de Pomponace et de Machiavel enlevaient la pIiîlDsiifliie«et la politisé à la religion. Pourqtioî les papes ont-ils permis de publier ce livre? En fautril conclure que ces doctrines ne firent pas assex de^ sepsatîon pour être repoussées paf rautorité, ou. qu^elles avaient déjà trop dVmpire p0ur'i|OQ¥oir tè(re cnMl^?'QueUes^s]fmpaÂies eés dodirines trouvèrent<-elles en Europe?
^oè^f nu nn' nji^f'} r - ^-*"-'!
-•il afffr. . ^i: s-isl • ■ ■ ^' ' '^^'t-^
DE LA STMPATHIE QUE CES DOCTRINES TaOCV£R£NT BN
-IDE i5i7, if*-''- '•>^'^ .. f ;':in >J(>î ' " •
! xèiovm^l^xxx des doctrines morales de cette
I fp9i|f^^ifl|(i«€0MiUi à peu près oraune il méritait <d0* l!èirev Soric «earre était unMnélang^ de I^Qn.^irU^tiiiai, imjpélange oudoimiiait le bieQ| rnnîs^QÙ^ioif^aftl le mal ^toutes parts^ car, ii-fluM; bi^p le 4ir§| à.<:^ôté.des pars principes de philo-* s<^bi<9v'IHvaponiice^ avait mis, taui6t le aciepti«> cis4Xii^v tantôt le sophisme; et les germes c^HI répandait sur des générations au9si groasièvas, aussi ignorantes, devaient porter quelques mauvais fi^u^t^;. S^s advejçsaire» lui repiocbèrent ce fait avec amertUBOie, et, il faat le croire, ils lai
suscitèrent encore plus d^obstacies en raison du danger de ses doctrines qa^en raison de la supériorité de son talent. Dans tous les cas, leur résolution bien formelle était d^anéantir son œuvre, de la faire passer comme une de ces tentatives dont la seconde génération n^entend parler qu^avec mépris. Ils le chassèrent de Padoue ; ils le forcèrent, à Bologne, de chercher un refuge dans la pratique de la médecine; ils brûlèrent a Venise son livre de Tlmmortalité de Vàme ik lui arrachèrent deux apqlogie^^ et le forcèrent de soumettre ses doctrineSranx e^aminaleors de rinquisîtion. Ils n^eussent pas borné là leur zèle, si le plus tolérant des pontifes nVùt eu pour conseiller le plus tolérant des princes de TEglise, si Léon X et le cardinal Bembo, qui voyaient avec • laill;de btonhBar dai>fr lUtali«i)Biieoi^*d barbure, W. fésdrraGtioii dés lettrei et d^ att^, ti^^msent protégé le philosophe. Sans^donle^ ces princes ^ rEglise.le trouvaient imprudent, téméraire, pi&ut-ètre; mais son œuvre était généreuse, et ils savaieipt qu^anx; philoeopbes, aux* hômmes qui 'éclairent et honorent un pays, le pouvoir même doit accorder un peu de cette licence qui s^ allie si aîaànîeBt au géniek
On hd' MfHKtolaît Miiottt iè>É!^*où il' semble huimés qyece;dog«w>'fiil:inveilt6pirJt pbiitjqac;"
Cepeodant^ si Pomponaoe fat protégé, personne ne parut some Min impiibion; A parcourir
les. autres traités de philosophie qui furent rédigés, on publiés pendant eette période, on cherche en vain un progrès dû au professeur de Padoue. La plupart des philosophes, et surtout les Platoniciens,^ loin de demander Pémancîpation de la philosophie, réputent heureuse son absorption dans le dogme de rfiglise, et tiennent à cette fbsion comme à mre ancre de salut. Nicolas de Cussa est purement et simplement de cet avis à la. fins oommode'et'oonTenable pour un homme de son rang. Marsile Ficin, les deux Pic de la Miraudole, Reuohlin et le^ humbles échos de ces grands .ttaitres, irôudraient tirer de Palliance sainte un plus grand avantage. Us voudraient Buettre sous Paile de la religion toutes les rêve-ries, toutes les superstitions qu'ils ont recueillies dans les Kabbalistes, dans les Platoniciens des demtérb temps, 4lans les prétendus oracles de Zorpastre, et dans les écrits apocryphes d'Hermès Trismégiste. Loin de rouloir adopter le scepticisme de Pomponace, c^esC à peine si le mysticisme le plus absolu suffit à leur foi d'enthoasiasle. Os compromettraient la religion, si la religion, qui a des dogmes si nettement arrêtés, daignait se laisser compromettre par leur insasiable crédulité.
Les théologiens suivent Vexeraple des philosophes, sans écouter ni Pomponace ni ses disciples; ils continuent à enseigaer leurs vieilles Sommes et leurs vieux Maîtres de sentences ^ Les moralistes que Ton doit à peine distinguer des théologiens, et qui publient, de i470 à i5i6, leurs recueils les plus fameux, le Pisanella, le Pacifica, TArtesana, le Rosella, ne tiennent pas compte non plus de Tindépendance que le célèbre réformateur réclamait pour leurs doctrines. Ainsi, la scolastique et la religion continuent au même degré
exercer leur antique empire dans les écoles, comme dans les sanctuaires, j,^ j^ais, d'abord, Pomponace lui-même, qui connaissait si bien les esprits et les doctrines de son temps, ne se flattait pag, sans doute, de les changer par un coup de baguette. Ensuite, si ces apparences de calme nous faisaient admettre une immobilité absolue, elles nous tromperaient grandement. Les révolutions morales ne sont jamais brusques; plus le sillon qu'elles tracent est profond, moins leur marche est précipitée. D'ordinaire, elles ont trois périodes et demandent trois générations différentes ; la première les conçoit, la seconde les mûrit, la troisième les met en œu-
* Les Manuels de doctrine portaient les titres de Snmma et de Magister sententiarum.
vre. Souvent ce triple période demandei pour s^aoooiroplir) cinq à six géiiératiofis« Pomponaee ne fut pas repoussé par tous ses contemporains.' Si quelques-uns de ses disciples^ si Niphus et Gontarini le Iraitèreot dMmpie, traftetnent dur pour un maître, leur nombre fut petit. Le nombre de ceux qui Fadroirèrent, le commentèrent et rampMèrenC, fut oonsidéreble; les faits Patientent. Le cardinal Hercule de Gonzagiie, en éri-^ géant une statue an courageux philosophe, leren* gea de la peine que lui fit le cardinal Contarini. L^amitié du plus illustre des pontifes, de Léon celle du plus lettré des ca^inaux, de Bembo, le consola des haines de Niphus, des clameurs de quelques rivaux éclipsés et des persécutions du sénat de Venise. Entre les grands hommes et leur siècle il y a action et réaction; c^est tantôt lliomme qui agît et le siècle qui répond ; souvent cVst le siècle qui inspire et Thomme qui parle. Non-seulement le siècle de Pomponaee Pécouta, il Pavait inspii^ Pei^omie ne demandait comme lui rémaucipation radicale de la philosophie; mais au pouvoir qui dominait, chacun alors de« mandait une liberté quelconque. Les Platoniciens, sans doute, combattirent le panégyriste d^Aristote^ mais, philosophes eux-mêmes et presque en dépit d^eux, ils furent forcés à demander cette même liberté de discussion dont ils
reprochaient à Pomponace d^avoir abusé. Pic de la Mirandole) roncle, ne demanda pas moins que Pexamen public de neuf cents questions de religion, de philosophie, de morale et de politique. Ses intentions étaient bonnes. Il voulait faire triompher les institutions et les doctrines existantes, et un instant le pape autorisa la dispute. Mais bientôt, mieux avisé, il vit que mettre en question toutes les hases de Tordre établi, était chose téméraire dans les circonstances. D^ailleurs, des hérésies s'^étaient glissées jusque dans les thèses du défenseur de Tordre. Les affiches avaient été posées en i483, au moment même où naissait Tauteur de la révolution de i5i7.
Pic alla bouder en France Tautorité qui lui ôtait la parole en Italie. Son neveu, philosophe aussi religieux que lui, porta un coup plus dangereux à cette autorité. S^égarant dans son mysticisme encore plus que son maître, il prêcha la supériorité de la lumière intérieure sur les doctrines positives de PEglise. Or, la lumière intérieure, qui peut être la raison, peut bien être aussi la folie. ËUe Ta été maintes fois. £lle fut extravagante dans Pic de la Mirandole.
Les autres philosophes^ les scolastiques, à la vérité, ne demandaient pas une révolution complète dans les doctrines; c^eût été vouloir la ruine de leur savoir; mais tous ceux à qui il ve-.
naît une idée étaient bien aiaes de la pou^r dire. Une'£Milè de doctears innovaient; le plus
sage de tous, nous Tavons déjà dit, Gabriel de Biel, ninoya plus que tous les autres.
Ce n'est pas tout, à côlé de ces scolastiques il se rencontra quelques docteurs isolés qui cherchèrent, les uns dans Finspiration prophétique, les autres dans les révélations de la Bible, une autorité qu'ils pussent opposer à cdie de la scolastique, comme Pomponace lui opposait la philosophie* Savonarola, dans son prophétisme po« litique, et Jean, de Wesel, dans son mysticisme biblique, n^étaient pas bien loin de Pomponace, s^il est vrai que toujours les extrêmes se touchent par quelque bout.
Si Pomponace eût mis dans ses paroles cette mesure que la philosophie ne doit franchir jamais; si sa doctrine demeurait plus religieuse et plus morale, son action était immense. Telle qu'elle se présentait, elle effrayait les moralistes vulgaires; et, nous rayons dit, ils ne semblaient en tenir aucun compte. Mais dans leurs rangs parut, dès la première année du seizième siècle, le plus éloquent, le plus spirituel et le plus réservé des hommes, Ërasme. Ëh bien! dans les Traités de morale chrétienne qu'il jeta au milieu des écoles, se trouvent tous les principes vrais et sages de Pomponace, toqs ce3 axio^sle^ sur la li-
berté et la dignilé de Thoimne, de k eoneeieiiee et de la raison, qui font la base de nos vertus et la gloire de nos destinées **
La scolastique fut donc singulièrement ébranlée par les leçons de Pomponaee, el raction de ce philosophe, en apparence si peu sensible, tait profonde partout. Ses livres firent le reste. Ses Indtés, si pleins de hardiesse, au charme de la nouveauté ajoutaient toute la séduction d'^onviages livrés au bûcher, el celte séduction était alors plus puissante que jamais.
Les doctrines de Machiavel, présentées avec Fart d^un diplomate, étaient plus voilées que celles du philosophe. £lles devaient par conséquent moins effaroucher les esprits. Quand elles parurent, elles n^effarouchèrent personne. Rédigées de i5i3 à'i5i5^ elles ne furent publiées qn^en i53a après avoir long-temps circulé en manuscrit; mais, de Taccueil qu^elles reçurent alors, du privil^ que leur donna Clément VII, trompé par les éloges que le chapitre xi du Prince payait à la souveraineté spirituelle de Rome, nous j u geons de la réception qu^on leur eût faites quinze ans plus tôt. Ily a mieux ; Tépoque que nous re-
'* Erasme, de Virtuie ampiêeiMdà,-^En€h!ridion nUUtU ekrktUmL — Encomumi numœ» ^ Âdagiom — Apophthegmata* k Rdme, parlai soàu if Antoine BMo d'Asda.
.i;ju,^ jd by Googli
iraçom saDCtionna les doctrines de Machiavel par une sorte de divination on de comidieilé enUoi- . pée. Cela se comprend. Elle les avait inspirées. G^étaienft ses pratiques^ sinon ses doctrines. C^é* Itienl les 'étatiques pures el nettes, de Louis XIi de Ferdinand V, de Richard III, de Henri VII, d'^Alezandre VI, de César BiHrgia, de Jules II, de la république de Venise, de la république de Florence. Les gouveraemeos posaient, et le secrétaire Nicolas écrivait sous leur dictée. A son dé* faut, d^autres eussent écrit à sa [/lace, et peut-être avec d^autant plus de séduction qu^ib y auraient mis plus de réserve. Je donne un exemple. Certes, il n^entre pas dans ma pensée d^assimilerComines à Machiavel. Ce faisant, je oraindrais de bless^w les amis de Fun et les partisans de Tautrc. Cependant, Comines qui, dans une carrière semblable i celle de Machiavel, le piéoéda de quelques années seulement; Comines, qui eut des destinées analogues a celles de son illustre contemporain, mêmes honneurs, mêmes disgrâces, mêmes fers, mêmes désirs et mêmes retours de fortune ; Commines, dîs-je, si Charles VIII lui avait demandé un abrégé de politique, pour peu que le spirituel ministre eût voulu être sincère, eût présenté les doctrines mêmes du secrétaire de la seigoen-^ rie de Florence. U était à ce niveau. Des actes de Loois XI aucun ne fit sourciller Comines, et
en rapportant dans ses mémoires les faits les plus
iniques d^un règne aussi funeste pour la morale qu'^avantageux pour la politique} en narrant ks gestes les pins réroltans d^nn prinee dont il a si conquérir et garder la faveur; dont il n^a, par conséquent, jamais frondé les confidences^ Gomines garde le sang-froid le plus imperturbable. U est pourtant vrai de dire que Craûnes, tout naif qn^fl est, n^eùt pas fait les nafyetés pen sompuleuses du Florentin. Comines a£Pecte au contraire wie singulière dévotion. Par exemple, en parlant d^un de ces succès que son maître savait si bien préparer, il ajoute cette réflexion : Touies teUeê disposions viennent de Dieu^ qui donm mutation aux choses selon le mérite ou démérite des gens. Comines eût gardé, dans un abrégé de politique, la même piété de langage ; mais, d'un autre côté, Comines n^eût pas professé tout le libéralisme de Machiavel ; après s^étre enrichi des confiscations de Louis XI, il n^eût pas, comme le secrétaire- da gonfalonnier, flétri Tnsage des confiscations. Mais, sous tous les autres rapports, la politique de Machiavel e&t bien celle de Comines, celle de cette époque en général. •
Ce qui caractérise le plus fortement la doctrine de Machiavel, c'est Tespèce d'absolntisme qu'elle donne au pouvoir du prince, c'est la manière dont elle subordonne la religion à la. poli-
tique. Eh bien, sous Piiii et Taiilre de ces rapports sa doctrine est celle de Tépoque. Les faits le disent.' En* effet, tous les princes du premier ordre marchent vers rabsolutisme, et, s^'ls n^atteignent nulle part h Tidéal, partout l'autorité royale se futifie. Elle fait des pas de géant- en Espagne, en France, en Angleterre. Toutes les ressources de PEtat, tous les moyens de gouyernement et tons les genres d^anlorité et d'^aetion, partout se concentrent entre les mains du monarque. Partout, en abattant les grands, on soumet les peuples ; partout on diminue les privilèges des uns et les garanties des autres. Et partout, il faut le dire, ce changement s^accoroplit an profit de Tordre, dans Tintérêt de la civilisation.
Dans la situation politique de la plupart des pays deux grands obstacles, le fractionnement de TEtat et Tesprit de révolte du peuple, s'opposaient à toute civilisation véritable. LUtalie était divisée entre plusieurs gouvernemens de principes contraires. L'Espagne formait plusieurs royautés el professait les trois religions les plus hostiles entre elles.La France était partagée entre les grands Vassaux et le monarque. Deux dynasties se disputaient TAngleterre, contre laquelle rirlande, vaincue, mais non pas abattue, était toiqours prête à se soulever, et PEcosse, demeu* iée indépendante , toujours disposée à faire la
( »oo )
guerre. L^AUamagne, sons sept nudUes d^iin nmg secondaire et une foule de petits princes, obéissait à un César, qui d^ordinaire élait le point de mire de toutes les jalousies de FEurope. Ce fraotionnementi qui faisait la grandeur des vassaux, était maintenu par leurs effi>rts, d^antant plus obstinément quMl constituait les peuples et les ' rois en un état de couiaune faiblesse.
Les seigneurs entretenaient avec soin Tesprif de révolte que favorisait le fractionnement des empires. Cet esprit de révolte est le caractère du temps. On le trouve dévorant les ftvrces morales et politiques de tous les pays, et son action est d^autant plus forte qu^elle est le résultai plus na«* turel de Fétat social de TEurope. Presque partout, dépouillés des droits qu^auparavant on leur avait confihrés en les appdant aux Etats; livrés i toutes les erreurs et à toutes les vexations d^on gouvernement laiUe et d^une administration grossièrement constituée et n^ayant guère de libertés, les peuples se réservaient, pour leur tenir lieu de toutes les antres, le droit de la résistance, qui touche de si près à celui de la révolte. Ne citons pas la chaotique Allemagne, la tftmnl** tueuse Italie; choisissons nos exemples dans des pays d^une situation plus normale. Demandonsnous quel gouvernement «t cpelle administra* tion étaient possibles en France, de la Jacquerie
( loi )
à la Praguerie, intrigue armée dans laquelle figiica.ie iils de Charks VU, et qui ùài suivie, sous le règne de ce ' prînoe, d^an si grand nombre d^au(res révoltes ? PuiS| demaudous encore quel gouvemement et quelle administratton étaient possibles en Angleterre, du règne d^Edouard IV à celui de Uei^i VIU, pendant cette longue guerre des deux Roses qui, dans le iâtt, ne se termina qu^à la mont de Henri VII ? Certes, elles sont dél^rables les mœurs et les doctrines politiques d^une nation qui, sous le règne de Henri VII, prinoe distingoé par son habileté autant que par ses vietoîresV se.préoipite.soceessivement dans les bras de tous -ies aventuriers qui veulent bien spé<* caler sur ses déréglemens, en.se disant les. fils d^Ëdouard»
Que dire, en effet, des mœurs et des doc t ri n es politiques d^on temps où les plus grands person** nages de TEtat, les propres ministres du roi, sa propre bellennère et même d'^autres princesses
d'Angleterre, des femmes distinguées par une sorte de aaintelé dans leur conduite'', trempaient dans ces révoltes? , ..
Mais ce désordre des mœurs et des idées n^est auttenent particulier auxFranfais, aux Anglais^ il constitue le caractère .de Tépoque ; on le rea«>
* U didMnc doutîrière de Bouigogae. t
ootiire ch«b tous ks peuples* A lirele^-moralistos
du temps, non ceux qui tracent des théories et font des livres, mais ceux qui parlent aux natioQ9| qui peignent les mœmn etlee habilodes intimes, les Savonarola et les Barletta, pour Tltalie; les Menot et les Maillard,. pour la> France; les Geiler et les'Bpandt, pour PAUemagne, on reconnait dans les intelligences et dans les conscknoes, dans les ^oûts et dans les iiàlMtades,- un dérèglement, un degré d^extravaganceet de folié, qui parait annoncer une dissoU^tion de Tordre social. Les auteurs destlivres de flKmfe scolasti** que, de morale mysticpie et.dei morale biblique, soatknnide nous fMresimpçOBiifurlWîslencè d'un tel mal f mais, certes, c^est pour Phmnanîté une époque déplorable que celle où Barletta par ses boufibnneries ; Maillard et Paulin .par la liceâce de leur langage ; Geiler par les satires qu'il débite en chaire sur le texte d'un poème burlesqiief le Navire du Pays de sottise ; Erasme;^ par PEloge de la folie; Hutten, par les platitudes de ses Satires d'Hammès ohmers^ escitelit des trans^ ports d'admiration.
Nulle administration régulière, nul gouvernesiieat moral,- iml progrès de ecnKmiion n^ilait compatible avec cet esprit de désordre ce double mal, ce fractionneoient des empires.
Sur cet état de choses ne ponirait s^asseoir nulle
iostitation. Prenons un exemple. L^établîssemenft deg {KMleft. M Tune fim sinpks de noi jn^»
slitations publiqQes : c^esl à peine si «flt une dans la pensée |iu vulgaire. £1, en efiet, ao -ppemier aspect* elle ceiporomiitmaléfîfiUe, commerciale. Cepeodanjt| . au SoiïÈiiy elle touche par tona le» oôtéa aux prieoipalet ([uestiona de lii politique et de la morale. Eh bien ! eHe était impossible avant Louis XI, avaiU la royauté à peu pràsloaierpiBSsantef abscdue, et oemoaarqoe loimême ne put pas songer à rétablir pour d^ autres services que le sieo et crioi da pape. Pour appvé* cier tous les obstacles qu^ofirait une iuslîtutioa si simple, voyez ce qu^elle demeura si long-tei^pa sprès Loim XI daos.d^autres empires, Voyez ce qu^elle était naguère encore dans un pays trèsdvilisé^ en Allemagne, où, pour rétablir d^cme manière on -peu tolérable, il fallut créer une sorte de dynastie ou de maison neutre, qui eaeût le privilège daos les divers Btals de PEmpire.. *
La doctrine la plus fortement monarchique,, celle de Tabsolutisme, était donc la doctrine de la civilisation ; et par cette raison même, qu^on^ Qe s y trompe pas, ce n'était pas seulement la <loctrine du pouvoir, c^était celle des peuples, c^était la doctrine nationale. Et qu'on ne rejette pas non plus ce phénomène sur la barbarie du temps. Il se produit, il as reproduit partout' où
( ia4 )
il eut dib» l^lèrèl de hi aiâjorilé. Bn «ffet, r<
prit public, nourelle épée de Btennus, se porte 4ti eôté de la balance qui lui .est aTantageux. Dans les dernîeirs siècles, on a vu Vmé des n»^ lions les plus civilisée^ de TEurepe, dans sa colère wntre une' mstoGralief larop exolnsÎTe et contre de trop longs désordres, déchirer sa vieille constitution, et pouir conftrer au monarque tous* lea Aftrfts iiIftagfMbleSy fkire un grand tfete, d'^abdf* cation pour elle, d^absolutisme pour Tautorîté, en déekrant^ paip*fomié de suppléaient^et dans la crainte de n'avoir pas pris des précautions suffisantes contre le retour d'une licence quelconque, que, s'il existait, quelque paît que ce fftt, une prérogative royale de plus, elle entendait la donnêr égaletumt à son souverain \
Ainsi s^explique, à «cette époque, dans Tintérêt des peuples, le progrès si rapide de Fautorité fojale. La- faàuràise aristocratie oênsènre sans doute sur le petit peuple assez d'ascendant encore, pour l'ébranler sans cesse; mais 4a saine partie des nations, celle ^donl les intérêts matéri^ reposent sur l'ordrci se presse et se réfugie toujours da^ntagie autour llu pouvoir. Aùssî, rcfez
avec quelle facilité les royaumes d'Espagne s'a— logent à laCastille> dès qu'Isabelle a donné sa
* Réifdliitioi^ (ic Dditeoiark. de 1665.
( io5 )
main à Ferdinand et qu^il se présente une royauté puissante. Voyez drec' quelle rapidité tontes les opinions dissidentes, celles des Jnifs, celles des Maures s^effacent; voyez avec quelle hâte toutes les prorinces, toatesles ressonrees de FEtat, tons les corps et jusqu'à la grande-maîtrise des Ordres de chevalerie et Tloquisition elle-même se fondent, se concentrent dans les mains de Ferdi-^ nand. Voyez avec quelle promptitude Louis XI, qui a .figuré dans la Praguerie, qui connaît les grands, bons et mauvais, le peuple, bon et mauvais, abal ceux qui embarrassent sa couronne et relève ceux qui la soutiennent. Voyez avec queUe hauteur Henri VII, prince nouveau, mal aSenni sur son trône, traite ce parlement qui, dans d^autres temps, est le rempart inviolable des libertés du pays. L'Italie, qui s'oppose avec les rois d^nrope aux progrès de conquête et de centralisation de Jules II, et TAllemagne, qui a des prinees secondaires trop nombreux et trop puissans (et qui laisse d'ailleurs son chef suprême dans un tel état de pénurie, qu'il est obligé de se mettre simple capitaine à la solde d'un roi con<^ quérant)*, sont les seuls Etats considérables où l'autorité centrale manque de se fortifier dans
* Maximilicn fit ainsi la guerre de Flandre,, sous les ordres de Henri va
(io6)
celle période. Auwi, le rôle de Hlalie esl-il dé-* sormaîs nul en politique, ei celui de PAUemagne n^est-ii digne de rimportance du pays, que dans dea circonstancea exlraordioaires, lorsque dea Charles-Quint ou des Gustave-Adolphe viennent prendre le commandemenl de ses forces, lorsque des Mazarin ou des Oxenstiem viennent diriger sa politique.
Tons les faits le prourenl, la centralisation était dans Pintérèt de PEurope, et la sympathie générale était pour Tabsolutisme royal que pose Machiavel. Cet homme de génie, en traçant son plai^ de politique, n^est que Finterprète des idées qui dominent son siècle* ' L^autre caractère fondamental de sa doctrine est la rupture de la politique avec la religion, la subordination de celle-ci à celle-là. Machiavel en cela est-il encore Fécho de son temps, et sa théorie esl*-eUe encore Timage fidèle du fait ?
On donne souvent à Thistoire, sans beaucoup de frais, une merveilleuse et séduisante unité. On remarque une tendance, on signale les faits qui Pattestent, et, négligeant tous les autres, on se débarrasse de ce qui pourrait compromettre Tunilé qu^on a créée. Mais cette unité, si bien systématisée, si elle a tout le mérite de Tinvention, a rarement celui de Tezactitude.
Presque toujours, et aux époques de crise né-
cessairement, plusieurs ordres d^idées, plusieurs tendances diverses se trouvent en présence. Les soixante ans que nous examinons sont une de ces époques où deux systèmes nettement tran^chés se partagent les esprits. A ccAosidérer la superficie de la société, rien n''est changé dans les rapports de la religion et de la politique. La sur prématie de la première est intacte^ et même elle n^a jamais été plus haute. Voyez combien soQ.rdle est bciUant. Les rais de^ France^ glo^ rienx.de quelques privilèges aiicieii9f -en avaient stipulé les. maJtimes dans cette Pragmatique- Sanetion qui remontait à saint Louis, à Charle^ magne, aux premiers temps de la monarchie, et que Charles VII avait renouvelée. £h bienl Pie II en est méeontent, et Louis XI» si jaloux de ses prérogatives, le roi qui soUicite le moins la bénévolence de Rome, ndet ces privilèges aux pieds du pontife et lui écrit d^en user désormais de son autorité en France comme il lui plaira \
En Angleterre, Emxi VII, vainqueur de tous les partis, réunissant par son mariage les droits des maisons d^ York et de Lancastre, en demande la sanction suprême au chef religieux de POeddent^ et dajQs la buUc que lui accorde Innocent VIII
* Uterû dnâeep$ in regno nottro potatate tua ut voU*, Lettre du Toi au pape, en date du 27 novembre 1461.
••L*anl487.
( io8)
Panathèine est prononcé contre ^iconqne oserait troubler ce prince ou ses héritiers dans la possession du- trône. £xeepté à TarliGle de la mort, personne ne pouvait être absous de ce crime que par le pontife lui-même.
En Espagne, au-dassns de tonles les entreprises, de toutes les institutions politiques, plane la religion. IiOrsqa*entre ce piussapit royaume et le Portugal s^élève un conflit pour la possession de plusieurs régions du Nouveau-Monde, Alexandre VI, par .une sentence d'arbitre, met A» à la querelle. Sous Jules II, Tempire religieux de Rome est si haut plaoé data Vopinion, <fue Haximilien Tent échanger le soe|Me de l^empire poar la tiare du pontificat. Léon X dicte au vainqueur de Marignan tout ce qne la France arait refusé
accorder à ses prédécesseurs.
Ces faits son tr^ils positifs ? ËtMacbiavel ne s^estil pas trompé sur les doctrines qui cènTenaiMi; k répoque, lorsque à la politique il a prétendu subordonner la rdigion ? Maehiavel ne s^est pas trompé et ne nous a pas trompés. Cest lui, au contraire, qui nous dit la vérité. En effet, à côté de ce premier ordre de faits que nons-venotis d^envisager, il s^eu présente un second qui attesta des tendances bien différentes et nous explique par Tantagonisme qu^ilrévMe la rérolutioa religieuse qu^amène cette période.
Dès Jcs premien aas de la reoaÎMance des let-*
très, on voit une sorte de décadence dans les dis^ positions morales de r£urope« En vaia vetioiiis^ seot partout les appds de Pie II et de Nicolas V contre les Turcs^ doot Tinvasion dans les îles, en Italie^ dans les provinces dn Danube^ était n alar* mante pour Tancien empire de la religion ; nulle pqpolalion ne s^ébranle plus à cette voix jadis si forte^ an nom de ce système jadis si puissant. Les rois, il est vrai, dans les affaires majeures pa- 'raissenl tenir encore aux anciennes habitudes; les plus puissans de tous, Ferdinand V, Louis XI et Henri VII, ont recours à la religion toutes les £ms que se présente quelque grande difficulté» Mais, si le premier la met dans toutes ses entreprises et dans toutes ses institutions; si le second Pinvoque sans cesse, et que le troisième lui demande la sanction suprême de ses droits; c^est précisément parce que rien ne saurait pour eu remplacer sa puissance, et que, d''accord avec Machiavel^ ils la considèrent comme le plus grand des moyens de politique et de goOTemeœent.
Machiavel le dit à Tégard de Ferdinand, et qui en douterait à Pégard de Louis XI, de Henri VII ?
Alexandre VI et Jules II exercent le pouvoir d^une manière brillante , il est vrai, mais c^est précisément parce qu^ilsPexercent moins |iu nom de la religion qu^au nom de la politique. Cest le
{ iio)
génie de Jules qui plaee ce pontife à la tête de l^Ëurope dans la ligue de Cambrai, et c^est Tépée de César Bofgia qui met Tltalie, la France, TEspagne et le Portugal aux pieds de son père* Sans doute la politique des gouvernemens prodigue à la religion ses pins douces flattmes et ses plus profonds hommages toutes les fois qu^elIe réclame son appui } mais à côté de ses démonstrations intéressées se place la mde opposition des opinions indépendantes. Quand Louis XI met aux pieds de r£glise la Pragmatique-Sanction, PuniTersité, le parlement, les grands corps du royaume réclament avec une énergie à laquelle succombe le monarque. Si le traité de iSiS accorda an pontife ce qu'avaient refusé deux rois, c'est que ce traité fut Poeuvré d'un prince de P£glise et non pas celle d^un roi de France. Et cette œuvre fut désavouée de nouveau dans la nation avec une énergie qu^on put à peine réduire an silence.
Ce qui fait connaître la véritable pensée de la politique contemporaine à l'égard de la re* ligion, c^est la conduite que tiennent les princes les plus modérés dans leurs conflits avec les dépoisitaires du pouvoir spiritueL A la tète des princes les pins religieux et les pins respectés de cette époque se trouvent l'empereur Sigismond et le roi Louis XII. Eh bien ! il n^est pas de moyen» il n'est pas d'intrigue même qu^ilsne mettent en