III
jeu pour soiilerer les peuples^les prélats et jasqnes
aux cardinaux, contre les papes qui se permettent de combattre leur politique* On conaait la médaille, lévollante d^iosinoation, que fit frapper Louis XII. La conduite de Sigismond fut plus insolente sons des formes plus pieuses.
La politique de PEurope est donc bien celle de Machiavel. Pour elle la reli^on est désormais un simple mojen. Toutes les fois que cela est nécessaire, la suprématie du sceptre spirituel.est reconnue, est invoquée, est exagérée même ; mais ce moment passé, elle est reconduite aux frontières, avec de Tencens et des fleurs, comme Platon dans sa république conseille aux législateurs de reconduire les poètes.
Nous disions toutrà-rheure qu^à cet égard c^est Machiavel qui nous apprend la vérité , qui nous fait les confidences de TËurope. £n effet, dans les instructions qu^on lui avait données en i5iO, lorsqu^il se rendit auprès de Louis XII, on lui avait recommandé particulièrement de suivre les affaires de Rome. « Tu diras au roi, lui avait-on » écrit, que Sa Majesté doit tout faire pour ne pas » rompre avec le pape , parce que, si un pape ^ ami ne sert pas à grand^chose , un pape en- > nemi nnit beaucoup, à cause de la réputation » qu^iL tire de TËglise, et puis encore parce qu^on
( lia )
» ne peut pas lui fiûre la guerre directemeal
n sans provoquer tout le inonde contre soi »
MachiaTel avait parfaitemeiit aaisi cette affaire^ et dans une de ses lettres au gouvemeuoenl de Florence il met ce qui suit : « Ce que Ton » dit du pape, Vos Seigneuries peuvent se Tir* M maginer. On parle de lui refuser Tobédience, M d^assembier un concile contre lui. Lie ruiner » dans son temporel et dans son spirituel^ c^est la » moindre ruine dont on le menace. » Il s'^agit d^une querelle purement mondaine, de ce duché de Milan que la politique du temps eut si grande peine à donner définitivement ; eh bien I la eonr de France cherche tout naïvement la solution de celte a£faire dans la ruine du pouAH)ir spiritueL
Il serait difficile d^ètreplus leste à Tégard d^une autorité, qui, en apparence, constituait encore la clef de voûle de Védifice social, mais dont« à la vérité, on minait partout les fondemens.
On dira que Jules II n^était pas un pape comme un autre ; qu^il ne s^agissait pas du pontificat, mais du pontife, de Tindividu ; qu^en remplaçant le premier dignitaire de FEglise par un autre prêtre, on ne sortait pas du système général et n^attaquait pas Tempire antique de la religion. Cette objection ne répond à rien, puisque, pour
* Voy, le Machiavel de M. Artaud, vol. 1, p. id3.
remplacer no ponlife, il fallait être en mesure de déposer Jules et d^en élire un autre. Si la po* lilique se flattait devoir à elle seule tout ce crédit^ de meaet à son aise le Sacré-Collège et les prélats de l'Eglise, la politique traitait la religion avec une bien grande légèreté. Or c^est là précisément le système qui répond à la doctrine de Machiavel, et cette doctrine s'accorde parfaitement avec celle du roi de France, avec celle de • sa cour, qui, pourtant, n^était pas la plus mauvaise cour de l'Europe.
On objectera encore que ài la politique traita politiquement le pouvoir religieux, c'est qu'il s^était constitué poUtiquemeni^ qu'il avait abusé de ses moyens sous le- pontificat d^Alexandre et de Jules, à tel point que la doctrine hostile de l'époque a dù se développer bien naturellement; mais qu'en général et sous tous les autres points de vue, la religion était debout et exerçait son action entière* Cela est très-vrai, mais la religion n^estpas en question. Il ne s'agit que du point de vue que lui appliquait la politique, et de Tempire qu^on laissait à ses ministres. Or, ce point de vue est établi. U est bien évident, au reste, que pour mieux se servir de la reUgion et de ses ministres , la politique en maintint encore et en exagéra même plus d'une fois le caractère sacré. I. ^
On ne biise jamais Ic^a iDstnuneDs dont o^ ttnàï se servir encore.
VoulonsHDioiift savoir la panaée tout enlière^ la pensée vraie de cette époque , éoonlons les con* fidences intimes de ses diplomates; écoutons Fun des hommes qui ont le plus et le mieux m L^ambassadeur florentin Vellori était un de ces politiques essentiellement modérés, qui se maintiennent aux affaires à travers toutes les viciasi-* tudes des gouvernemens et des partis. Servant sa patrie sous les Médicis comme il Tavoit servie sous le gonfalonm'er Soderini, il ftit le confident du plus gracieux de tous les papes et celui du plus sage de tons les empereurs v en un mot, k coiifident de Léon X et celui de Maximilien I". L^une des questions qui préoccupaient le plus son génie a Faspect des progrès toujours erobsans de la puissance ottomane , c^était la future destinée de ritalie, celle de TOccident, celle de la religion; et une question de cette gravité méritait bien d^occuperun bomme d^une inielligencesi haute, d^une si grande expérienoe. Or voici comment il la juge dans Fin limité : <i Si nous voyons cela bientôt (les Turcs débordant en Italie pourchdii^r ks chrétiens)^ ce sera tant mieux. »
£t pourquoi? Parce qu^une autre pensée oc* cupe Vettori plus que rabaissement, de Venise, plus queFinvasion des Turcs; parce qu^il éprouve,
oon pour la religion , mais pour Tempiie qa^alb
po&sède, pour le sacerdoce qui régit rOeoideul, • Qoe antipathie plus graskda que pour la do«a><'* nation musulmane. «Ce sera tant mieux, dit»il, car je m^accommode mal à Piv resse de ces prétiss^ je ne dis pas du pape, qui, s^il n^étail pas prAlre^ serait un grand prince» »
On le voiti ici il ne a^agit pas du chef, il s^agit des ministres de la religion; il ne s^agit pas de quelque abus de pouvoir, il s^agit du carac^ 1ère même qui consiitue le sacerdoce et qui doune action sur les consciences. Cest là ce qu^on attaque, et c^est ce qu'ion attaque jusque dans Phomme qu^cm chérit, dans le prince qn^on es» time le plus , jusque dans ce Léon X dont le goût si pur fut si prodigue pour ks lettres, et se montra si digne de la famille des Médicis; mais dont la valeur réelle était altérée, suivant Vitiori qui Taimait, par ce caractère auguste que confère la religion. Ce caractère Fempèchait d^étre un grand homme \
Ainsi, sur ce grand point, il y a accord en Europe entre les théories, les faits et les confidences intimes. La doetrîm des princes et des diplomates est celle de récrivain qui formule la
* GoRmpondinoB deVtttori meMadiUprel, Voy. le Utuikkmi de H, Artaud, voL i, pag. 24&f
politique de Pépoque. L^émancipatîon de la politique est complète; la religion y de la dictature suprême qu^elle exerçait avant la renaissance, est descendue au second rang; elle ne donne plus rempire, elle en rend indigne; elle ne sanctionne plus Tautorité suprême , elle se subordonne aux droits des monarques ; humble servante , elle obéit à la politique que jadis elle a réglée à son gré; elle est au nombre des moyens; le pouvoir civil est le Jmt*
L^émanctpation de la philosophie n^est pas moins avancée que celle de la politique. La philosophie aussi se constitue juge de cette religion, ou, comme elle dit, de cette scolasttque dont Fempire sur elle avait été si complet. Sur cette émancipation aussi les faits et la pensée intime s^accordent avec les théories de Pomponace.
Deux révolutions sont donc accomplies, Tune en philosophie, Pautre en politique, et ces révolutions ne se bornent pas à des théories isolées, elles constituent ce qui domine dans la pensée générale. Dès-lors elles doivent amener fatalement et immédiatement une révolution de plus, et une révolution religieuse.
Cette révolution religieuse, son caractère moral et politique, ses luttes, ses destinées et les non* velles doctrines qu^elle amène, forment dans les progrès de TEurope une époque nouvelle.