‹ Histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers sièclesChapitre 16 sur 29 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

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Le caractère religieux de la Réforme nous est étranger; son caractère moral et politique seul nous intéresse. Nous n^indiquerons le premier que pour en faire ressortir le second.

Le premier est donné dans les mots mêmes de réforme et de révolution religieuse. La Réforme est, en effet, une révolution complète, un changement de charte et de dynastie, ou, si Ton aime mieux, un changement dans la profession de foi et dans le gouvernement de TEglise. A la place de la doctrine ancienne, arrêtée comme déve* loppement de PEvangile, par les docteurs, les pères, les conciles et les pontifes des quînz^e premiers siècles du christianisme, elle substitue une

doctrine nouvelle arrêtée diaprés TEvangile seul, en yertu d^une interprétation directe^ abstrao*

tioD faite de toute autorité humaine, et abstraction faite de quinze siètles d^études*

Tel était du moins le caractère primitif, tel était le principe de la révolution religieuse de iSij. Si plus tard ce caractère a été changé ; si, après avoir donné à la doctrine première une formule officielle, on Vst mise sous la sanction d^une auto-^ rité humaine, le principe d^une indépendance entière, fut au moins dans Porigine, posé d^ autant plus nettement que la Réforme elle-même en avait besoin pour se plus légitimer.

£n effet, entre Tautorité de leur raison propre et celle de la révélation divine, ceux qui entreprirent la Réforme n^en pouvaient admettre aucune autre, et cette confiance, si nouvelle et si courageuse, dans la raison; cette foi à sa capacité de saisir, par elle-même et sans aucun intermédiaire, la pure et divine vérité, est précisément ce qui constitue le caractère religieux de leur œuvre. >

Ce caractèire, que nous devions indiquer, nous n^avons ni à le combattre, ni à le justifier. Il doit nous mener au caractère moral et politique de la Réforme, et il j mène* G^est tout ce que nous avions à lui demander.

La Réforme, ne voulant pas de gouvernement spirituel pour la religion , ne veut pas non plus !.. 9

pour son compte de gouveroement iemporely et

en ce dernier point elle se rattache à cette doctrine de Tépoque qui dénie à la religion toute action civile* Mais si elle s'^y rattache en ce point et puise dans cette affinité une sorte de puissance ou de sanction^ elle s^en éloigne et la dépasse sur nn point capital. Elle ne se borne pas à rejeter le pouvoir temporel de TEglise, elle en rejette même le pouvoir spirituel, et en cela elle ne réalise plus une doctrine générale, publique, officielle; elle réalise une pensée intime, un vœu secret, une passion de Tépoque; cVst cette antipathie que Vettori avoue dans sa correspondance privée, et cette colère que Louis XII affiche sur une médaille peu divulguée.

En effet, renverser complètement ce puissant sacerdoce qui depuis si long-temps a lutté contre rEmpire et usé dans cette lutte tant de génie et de vertus, c^est bien servir les Vettori, les Machiavel et les courtisans de Louis XII ; mais, si éminens que soient ces hommes, leur pensée in* time n^est pas la pensée publique. Il 7 a plus. Si la Réforme, en abaissant un pouvoir jadis si colossal, vient au secours d^une pensée intime de la politique du temps, elle va beaucoup trop loin en le sapant jusque dans sa base, avant de Tavoir remplacé par un antre fondement. Ne prive-t-elle pas ainsi le pouvoir civil d^m moyen dont nul

antre ne peut tenir lieu? Ici le caractère politique de la Réforme se montre sou3 une face nouvelle, sous une face défavorable aux yeux de Tautorité. Elle ôte un rival et ne donne point d^allié. Si fortes que soient ses sanctions, si efficace et si salutaire que soit son action sur les espritSi cette action est au moins aussi volontaire, aussi indépendante que les doctrines elles-mêmes, qui, suivant elle, sont toujours le résultat d^une entière liberté de raison. Sur de pareils auxiliaires, sur un concours toujours raisonné et, par conséquent, toujours disputable et chanceux, la pdlitique ne peut faire fond qu^à la condition d^è'tre toujours elle-même acceptable par la raison.

Or c'est bien à cette condition qu^est arrivée de nos jours la politique avancée ; maisàTépoque dont il s^agit, personne ne concevait que jamais elle pût aller si loin.

Au commencement du xvi** siècle, une telle politique dut apparaître comme une nouveauté pénible, une exigence étrange.

La révolution de iôi7 n^ofirait donc à Tautorité civile qu'un appât incomplet, un appât qui devait Talarmer plutôt que da séduire , et puisqu'elle Ta séduite en partie, nous devons admettre qu'elle offrait d'autres attraits. £ile flatta en e£fet la politique du pouvoir de la manière la plus entraînante , non pas seulement par

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le fait, en substituant dans beaucoup de points le pouvoir cîvîl au pouvoir religieux,. et en le dotant à la fois des plus beaux damaines et des plus hautes attributions ; elle le flatta plus puis;^ * samment en lui donnant tout-à-fail la même Wgitimité immédiate qu'elle se donnait à elle^ême. Plus d^intermédiaire entre elle et Tautorité de la révélation divine; de même plus d'inter-* médiaire entre Tautorité civile et Tautorité divine : telle était sa maxime fondamentale.

Dès-lors pins aucune nécessité de sacre ou de sanction de la part du sacerdoce. Le seul tirire de souverain confère le sacre et la sanction. Toute autorité est instituée de par Dieu. Ces mots , inscrits dans les textes de cette révélation à laquelle s'attachait la révolution de iSiy, furent la théorie invariable de la Réforme. A ces textes elle s^enchaf na avec un dévouement si judaïque, et cette doctrine elleTexagéra dételle sorte,qu''elle mit dans le plus grave embarras les princes qui étaient sur le point de tirer Tépée pour la soutenir. £n effet, consultée par Félecteur de Saxe sur la question de savoir sMl prendrait les armes pour la défendre, dans le cas où Charles-Quint la viendrait attaquer, elle répondit avec obstination par ses organes les plus illustres, que Tempereur était le chef auguste et sacré deFempire, et qu'ail n^étaît pas plus permis à Félecteur de le

combattre, qu^ii n^était permis au boui^emestre

de Torgau de se révolter contre Vélecteur.

Dans rorigiDCi quand le chef de la Réforme se trouvait encore, sans le savoir, sous la puissance c)e cette obéissance passive qu^il venait de briser, leprincipe de cette obéissance était posé absolu, exagéré. En voici un exemple frappant. Christiern II, roi de Danemark, venait de conquérir la Suède et de faire périr sur Péchafaud , d^une manière traitreuse, le plus pur sang des Suédois^. La noblesse, aidée des évèques et de la ville de Lubeck, avait expulsé le tyran et mis à sa place son plus proche parent, Frédéric P', dont la nation entière avait reconnu la légitimité. Chri^ • liern ne trouva dans Topinion du temps que deux défenseurs ; Pun fut Charles-Quinti Fautre le chef de la Réforme ; et à cette occasion, voici comment ce dernier posa sa doctrine. <( Changer et améliorer les gouvernemens sont deux choses aussi distantes Pune de Pautre quVst le ciel' de la terre. Il est aisé de changer; il est malaisé, il est périlleux d^améliorer. Pourquoi? Gest que cela n^est pas dans notre mission ^ cela est réservé à Dieu seul. Le peuple, dans ses emportemens, incapable de savoir ce qui serait mieux ^ se borne à vouloir

autre chose, sauf à changer encore, s^il tombe de mal en pis. Ce qu^il y gagne, c^est de tomber de mal en pis. Quand les grenouilles de la fable ne voulurent plus du soUveau, elles eurent la cigogne qui les dévora. Une populace déchaînée est une race si mauvaise, qu'Hun tyran seul peut la gouverner. Le tjrran , c^est la museUère qu^on met à Panimal indomptable. S^il était possible de soumettre un mauvais peuple à un ordre régulier, Dieu n^aurait pas institué le despotisme et le glaive. Pour mon compte , je conseille à ceux qui veulent écouter la justice et vivre en paix avec leur conscience, de rester d^autant plus fidèles à Fautorité civile que , si même elle est mauvaise y elle ne peut pas porter dommage à Tâme. David , plutôt que de mettre la main sur son roi, en souffirit toutes les injures, et laissa Dieu le maintenir tant que le voulaient ses saints conseils. Si donc il éclate une lutte contre Fautorité, laissez aller la foule que vous ne sauriez contraindre, Dieu ne voulant pas la soumettre; mais ne combattez jamais contre votre maitre, fut-il même un tyran , et sachez que ceux qui roscnl attaquer trouveront leur juge. Vous m'objectez le serment qu'aurait prêté un roi pour s^obliger à gouverner diaprés des statuts précis, et qu'il aurait violés; vous prétendez que dès-lors

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