‹ Histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers sièclesChapitre 18 sur 29 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

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DE li accueiIj que reivcontrent ces doctrines; des

BT DBS RETOURS QU BLLES AMENENT DANS LÀ'

On peut le àiê^leê dèotritiesiAOTales èl piAi^

tiques de 1^ Réforme (je ne parle pas des autres), pures et nette^v ^^^^ qu^eUes éiaient dàiiB le principe et telles que nou$ venons de les présenter, u^eureut robédieace de peffscN[iae..CeuX'i{itt les acceptèrent, oommeveux qiki lescombefliMttif les modifièrent à leur gré avec une égale liberté. On piBUt cependant dasses -toutes tes idées' du temps en systèmes qui les reçurent et en systèmes qui les rejetèrent. On peut ajouter ' que les * ^M et les autres en profitèrent k peu près au même degré et quUis rivalisèrent soit dWresse, soit de

violence pour en tirer le parti le pins avantageux. Ce n^est pas là un paradoxe, un fait; ce fait e3t) d^ailleurs, à tel point dans la nature ^ des choses qu^il n^a besoin d^aucune autre légitimation.

A la tête des systèmesqui rejetèrent la révolution de i5i 7 se présente nécessairement le pouvoir qui si long-temps s^était trouvé à la tète de toutes les doctrines, et auquel on en voulait le plus, auquel on s^efforçait d^enlever TEurope. Le pouvoir spirituel, au premier aspect, ne pouvait que perdre au changement qu^on réclamait, et, par c<Mi8é* quent, il ne devait voir ni sans douleur ni sans colère un ordre de choses qui, Jioa-sealeaiefit par son élément religieux, mais encore par son élément moral et politique, minait ses institutions et ses doctrines, fit pourtant ce pouvoir, nous le verrons, se trouva bientôt plus fort et entouré d^adhésions plus éclatai^tes qu^il n^élait d^uis long-temps. Une réaction aussi fonda<* mentale.que lia révolution de iSiy serra puissamment autour de lui une majorité dévouée, et ce que les conciles de Pise, de Constance et de fiâle: lui avaient été, le concile de Trente, plus «niv^srael et plus explicite, lekd rendit avec loute la jirodîgalité d^un retour.

Hais d^ahord se présentèrent des faits différons, et le pouvoir politique parut rivaliser avec laR^

X^oogU

forme eUe^mème pour dépouiller le pouvoir ipi*

Le pouvoir politique et, pour ainsi dire, toute la politique de cette époque, se voient entre les inains de deux hommes qui semblaient appelés à réaliser tous les vœux de cet absolutisme et lotîtes les tendances de cette centralisation que nous avons vus, sur la fin du quinzième siècle, naitre et grandir aux dépens de la mutinerie populaire et de rinsolence féodale.

Ces deux hommes, Charles» Quint et François P', avaient pu croire un instant que la révolution de i5i7 était faite pour eux, et qu^elle accomplissait la pensée de Louis XII et de Maxi-« milieu P% en donnant à Tautorité royale cette investiture directe et cette suprématie sacerdotale, qui seules manquaient encore à leur ambition souveraine.

Charles-Quint et François I*' ont eu, dit-on, leur moment d^hésitation. Sij^accorde ce doute dans la pensée du roi de France, je le nie dans celle de Ferapereur. Charles-Quint monta sur le trône de FEmpire en iSig. Dès cette époque, le chef de la Réforme avait adressé une brochure à la noblesse d^ Allemagne, et, dans ce seul appel au public ou plutôt à la féodalité, était pour le petit-fils de Ferdinand la sentence de proscription du nouveau système. Lorsque, bientôt après

cette publication^ éelataFinsarreotiondes paysans de Souabei que le chef de la Réforme combattit peut«-èlre trop twd^ Gharles-<^int prit la résolution immuable d^éteindre jusqu^au dernier principe de cette réforme* A la tète dW empiie tellement vaste que jamais le soleil ne se couchait dans ses provinces, Charles ne pouvait régner quVn maître absolu. Cette centralisatioD que Louis XI avait opérée en France; que Ferdinand avait établie en Espagne; que Pinflexible génie de Ximenès put à peine maintenir pendant la régence qo^il exerça pour Charles *f et qui ne fut pas aussi complète qu^on le crmt ordinairement ^% ce prince devait la maintenir dans uu pays qui avait encore tr<^ de libertés. Il devait rétablir dans cette Allemagne si fractionnée, dont il avait payé si cher les sufirages et dont il ayait été obligé de jurer les droits dans ces Pays-Bas où sa volonté rencontrait tant de patriotisme, tant de privilèges et tant de résistan-

* yoy, Baodier, Histoire de VadminUiratùm du eardmal Ximémét, 1635,

Gllar]eM)iitof , j^wt obtenir des états d'Aragon le titre de itoit avait été oUigé de Jurer le naintlen de ton» leurs draits et privil^;ek

XIII, I). 159» — SLetdani, Comment, iil). UV« La eapitetation impériale, Pfeffcl, Histoire du droit pMi %^ Allemagne, p.

œs. U ne pouvait opérer celte grande spolia^ lion avec m ayâtime qui prêchait rexamcn de toutes les prétentions nouvelles et la discussion de toutes les prétentions anciennes^ U j a plus, Carles-Quint régnait dans Tautre hémisphère sur des Goloniea qu^une sentence pontificale avait soumises à TEspagne. Dans ces colonies dominait la religion de Rome avec sa hiérarchie, ses insti- IntionSf sa discipline ; celte religion était le principal appui du gouvernement espagnol dans ces vastes et fortunées régions : comment Charles- Quint aorait^il pu songer k se priver d^n auxiliaire dont il disposait à son gré? Car c'était lui qui nommait les évèques et les curés du Nouveau-Monde. Comment abandonner Rome dans un moment où le Portugal, pour des iles dont la propriété était un peu litigieuse, en appelait au jugement du Saint-Siège? Pour régner en maître sur tant d^empires, ce n^étaît pas trop d^un pouvoir ecclésiastique et d^un pouvoir civil également absolus. Kon-seulement il fallait au monarque des Espagnes et des Indes une dictature politique et reh'gieuse, Fesclavage lui-même, dans les mœurs du temps, était nécessaire, était du moins utile pour maintenir la soumission du Nouveau-Monde. Certes, en créant les universités de Lima et de Mexico, Charles-Quint était loin d'y vouloir introduire les principes de iSij*

Charle8-Q^>^ n^aimnt guère la di$ciissimi« A

peine pouvait-il se permettre^ lai-mème PexaiiieD de tousses actes. Saos doute il se montre scrupuleux dans un de ces ouvrages de parade que présente la littérature de répoque,dans ses instructions à Philippe II, Manuel dont nous parlerons en son temps. Quand on se trouve comme lui en face de la mort et de la postérité, on est obligé de tenir un langage conforme à cette position ; mais durant son règne Charles-Quint, le plus assidu de tous les lecteurs de Machiavel, n'y regardait pas de si près. Le mot que, dans une occasion critique, il répondit un peu sèchement à François I*',qui lui faisait une mauvaise confidence, Si le conseil est bon^ il faut te suivre^ était la clef de sa politique, et ce mot était loin du système de libre examen. Charles devait repousser iôi7» Dans toute la révolution de 1617, jamais il ne vit autre chose que des chances de domination, et de toutes ces chances^ son génie flamand tira toujours le parti le plus avantageux. Pour mieux régner il aimait à diviser. Il le dit. Les divisions de la chrétienté et celles de PAllemagne, qui avaient amené les premières, lui permirent à la fois de dominer le sacerdoce et PEmpire. Jamais position plus belle ne s^était présentée dans Thistoire. Charles-Quint s'y élança avec prudence ^ mais avec vigueur.]

Rome abord tenta son orgueil. Et non-«ealem^Al il domina Rome, mais, au pouvoir spirituel qu'elle exerçait partout encore, il se substitua dans les pays soumis à son sceptre d^une manière si nette, qu'il n'eut pas un instant àregi etter la tiare qui eût rendu si heurenz son prédécessenr Haxiroilien. Voyons les faits.

Aussitôt que Charles pa^^ut en Allemagne, ilréunit les princes à Worms pour examiner, comme une simple affaire de police impériale, les doctrines de la Réforme et la bulle pontificale qni les avait proscrites. Cet examen terminé et le grand accusé entendu sous sa présidence, il fit mettre bors les lois de FEmpire cet homme qui, par des thèses académiques et un auto-da-fé du droit canon, avait remué rAllemagne.

La compétence des juges, la procédure et la sentence étaient nouvelles. Entre TEglise et un prêtre. César avait jugé. Ce n^était plus désormais la crosse surmontée du glaive, c^était le glaive surmonté de la crosse, qui réglait la pensée.

Cela se passa en iSai, sous le plus illustre des Médicis, sous Léon X. Quand fut mort ce pontife si lestement dépouillé de ses prérogatives par Tavocat de TEglise, Pavocat de PEglise fit revêtir de la tiare son précepteur Adrien, qui gouvernait TEspagne, et il conduisit aisément à son gré le pape de son choix. Il n^eût pas conduit de

même le cardinal Wolâey, qui partageait avec Henri VIII le gouvernement de TAnglelerre^ et malgré toutes les paroles qu'il avait données à ce cardinal, il aima mieux pour pape un Médicis qu^un esprit dominateur. Clément VU montra plus de jalousie de ses prérogatives que Léon X» Mais Cbarlefr-Quint était résolu de se faire payer les services que, dans ces temps de troubles, lui demandait TEglise. Il était résolu de maintenir sa position d^arbitre. Quand il vit Clément VII d^er de ses sermens et de ses traités Pancien captif de Madrid ^ quand il le vit s'allier avecleroî deFrance, il Fattaqua de la manière la plus brusque, la plus scandaleuse; il fit non pas au prince mais au pape les reproches les plus vifs sur Tétat où il laissait TEglise ; il censura avec une amertume et avec une inconvenance extrêmes unebuUe apologétique du Saint-Siège ; il jeta dans Rome des troupes aflEsimées de pillage et leur ordonna d** arrêter Clément VII.

Il est vrai qu''il joignit à tant d^audace les formes les plus respecteuses* U eût pourtant conduit en Espagne le prisonnier do château Saint-Ange comme il y avait conduit celui de Pavie, s^il n^eût craint dWaiblir, parla mème^ le pouvoir qu^il exerçait en son nom , et s^il n^eût jugé plus conforme à ses intérêts de le replacer au Vatican* Les Turcs campaient sur les frontières de PAlle-

magne. L^AUemagne était divisée, et François coùToitait ritalie. Réconcilier l^Allemagne, Topposer aux Tares et surveiller le roi de France : tels étaient les travaux qui Tattendaient, et pour lesquels il fallait Tappui du pontife.

Quand ses nouveaux plans furent arrêtés , il se rapprocha de Clément VII , Tinitia dans ses projets aux entrevues de Bologne, puis se di- ' rigea sur rAlIemagne, et invita les princes de l^Ëmpire à se rendre à Augsbourg, pour y exposer lanra grieb ou leurs doctrines, afin qu^en re-* tranchant ce qu^il y avait de mauvais de part et d^autre, on pût tomber d^accord sur la même foi. i> Le» princes d^AlIemagne produisirent devant ce dictateur spirituel, en i53o, les uns une profession de foi contenant les nouvelles doctrines résumées avec une grande habileté, les autres une réfutation de cette profession, non moins habilenient formulée. D^autres piècesde théologie furent échangées encore sous la direction suprême de Tempereur. Quand il eut tout entendu , tout

examiné; quand il se fut convaincu (ju'aucun rapprochement n^était plus possible ^ il leva la dite, défendant à tous, sous les menaces les plus sérieuses, d^iuuover ultérieurement, et promettant de faire réunir sans retard un concile général (|ui décidât de toutes les questions.

Peu après il invita eiiectivemeot le pape k

convoquer un concile; mais pendant dix ans des affaires plus urgentes, la France, la Turquie, PAftiqae préoccupèrent son esprit, et pendant dix ans il se montra d^une indulgence extrême pour les doctrines nouTelles. Ën i54i il se trouva un peu libre, et aussitôt il convoqua une diète à Ra* tisbonne , se fit désigner par ses chanceliers les théologiens les plus modérés de chaque parti et chargea une commission composée de six d'entre ces derniers, de la rédaction d'un symbole que tout le monde pût admettre. Quand les commissaires eurent achevé la partie possible de leur travail, il Tezamina et enjoignit aux princes de se conformer désormais aux points définitivement arrêtés, en laissant les consciences libres pour tout le reste.

Cependant le roi de France encore une fois Pempêcha de terminer cette affaire. Il ne put j revenir qu^àprès la paix de Crespy. Mais alors il prit des mesures décisives. D'abord il rassembla ses troupes, tomba sur les che& de la h'gue de Smalcalde et les fit prisonniers tous deux. Ensuite il invita le pape à transférer à Trente le concile qn^on avait convoqué depuis onze ans, mais qu'on venait de rassembler dans Bologne, et à presser les décisions des prélats de manière à en obtenir prochainement une doctrine acceptable et obligatoire pour tout le monde.

C^était procéder lestement. Cependant les cbo* ses D^allant pas aa gré de son impatience, et Charles-Quint voulant en finir, il nomma de nouveaux commissaires, fit rédiger par eux une doctrine et invita tout l^mpire h s^y conformer, en attendant les décisions du concile. Cet acte qù^on appelle FlNTsaiM de i548 blessait les opinions de tous les partis. Force fut néanmoins au pape de comprimer son indignation, force fut aux chefi de la Réforme de dévorer la leur, force aux princes et aux villes libres d^ Allemagne de subir rinterim. Cbarles-Quint et son frère Fer^ dinand, roi des Romains, donnaient garnison autricbienne aux cités qui repoussaient leur théologie, et ce fut à peine si Hambourg, Lubeck et Brème échappèrent à des bras si puissans*

Le triomphe de Charles fut complet , jamais dictature religieuse n^avait été plus absolue, jamais Rome politiquement dominée par les rois ne Tavait été dogmatiquement à un tel point.

Nous Tavons dit, cet empire plus que tout autre avait tenté Torgueil du César.

La domination de FAllemagne le tenta aussi.

Faire la loi à des souverains, à ces fiers électeurs qui disposaient du sceptre de Cbarlemagne, à ces villes libres qui se considéraient comme autant de répubUques helvétiques, c^était pour Charles- Quint chose plus douce que de commander aux

vieux nobles de la Castille ou aux descendanstles Montézuma. Charles eut cette jouissance, et celle de la devoir à son génie seul. Une ligue catholique 8*étàit formée dans TEnipirè contre la li-^ gue de Smalcalde. S^appuyant sur la première, il écrasait la seconde^ mais, dans ce cas, il était moins le maître que Finstrument, et ne pouyait plus se soumettre ceux qui auraient partagé sa Tictoire. Il dédaigna la ligué càtlidiquev écrasa seul la ligue protestante, inonda rAllemagne de soldats espagnols et fut enfin le maître de cet Empire, dont les libertés et lés privilèges le choquaient depuis si long-temps.

Cependant cette jouissance si complète ;fot courte pour Charles-Quint.

Le prince Maurice, qu^il avait mis à la place de Pélecteur de Saxe aussi aisément qu^il eût remplacé un de ses généraux par un autre, eût bien consenti à rester son allié ; mais, aimant le pouvoir comme lui et doué de plus d^adrèsse, il ne voulut pas tomber au rang d^un vil instrument. Par une combinaison si hardie et'ùnè exécution si rapide, qu'il était difficile d^échouer, Maurice en un moment fit tomber Charles -Quint du faite de sa grandeur. MàuHce, et ici les falis fettmissent les doctrines mieux que les livres, Maurîce se fit donner des troupes pour pëduire'la ville de M agdebourg qui refusait Tlntérini. Pendant qu'il

en traînait le sMge il s^alHa avec Henri II par le

traité de Chambord. Quaud tout fut prêt, pendant qne le voj de France se dirigeait sur les Vosges, il se dirigea vers le Tyrol, où se trouvait TEmpereur. Au moment où les Français prenaient les TroiS'EvéckéS) il dicta le traité de Passau, qui â^an seul coup mit fin à la dictature religieuse et politique de Charles-Quint et établit une tolé* ranoe^gala pour les doctrines anciennes et celles de i5i7. . '

C'était en iSSsr, et alors volontiers le roi de

France, dont les troupes occupaient Saverne, eût mis Strasbourg dans le» limites de son royaume; mais, et ceci est nti antre trait sur les doctrines morales et politiques du temp$, ses alliés^d^ Allemagne étaient libres, et aucun intérêt ne les en-» gageant plus à continuer leur alliance, ils la rompirent aussitôt, sans autre formalité.

L^écbec qu^é prouva Charles •'Quint en i55a; ceux qu^U éprouva aux Pays-Bas dans la même kitte, lé ^goûtètmt. bien de ses couronne!!, Idàfl» nèo pas de ses doctrines. Quand'fl remit les premières à son tils, il lui recommanda les seeondes'i* iMmIs le vefrons en exanfinant tout-^«* rheure ses célèbres Instructions, Nous verrons aussi* <|M€{' Miilîppe II sortit plus humilié que son père des- conquêtes qu^U avait entreprises

sur les Tieilles libertés des Pays-Bas et les doctrines nouvelles qui s*y étaient jointes.

Après Charles-Quint ce fut François V qui op* posa à ces doctrines la plus énergique résistance. On dit que d^abord il hésita sur les principes de * i5i7 ; qu^aimant les études qui les avaient amenés, et quelques personnes de sa famille goûtant ces nouyeautés , il pouvait les chérir lui— même. Mais François n^eut jamais le moindre intérêt à les soutenir^ et toujours ses goûts, ses sentimeiis les plus prononcés les rejetèrent. Plus qu^aucun monarque d^Ëurope il aimait Léon X} plus qu^aucun autre il était lié au Saint-Siège par le con"- ! cordât de i5i6; moins que tout autre il partageait les vœux que son prédécesseuf aurait pu émettre dans un moment d'allumeur.

Déjà rival de Charles-Quini en politique, François I" voulut Tètre encore dans la défense des doctrines religieuses. Si, dans cette ambition^ il y eut des éclipses, ou des lacunes^ c^est qu^e François P% comme son rival, voulait tirer parti des conjonctures. Poussé par Fimmense supériorité de son adversaire à cher<ïher de Tappui jusqu^aar près de Soliman, il était bien natur.el qu^il en cherchât auprès des princes d^Allepiagne. Mais» s'il ménagea plus que Charles-Quint les protecteurs de la réforme germanique^ jamais ni lui, xu

( Ifil )

ses coufideos ne ménf gèreoi les partisans Ae la réforme française. Loin de Ift, ils opposèrent aox

principes de i5i7 toute la rigueur des lois et toute la violence des mœurs.

Les lois de TEurope entière, on le sait d^autant mieux que bientôt la révolution de 1617 les reprit elles— mêmes, les lois de TEurope entière reposaient sur oe principe du Bâs-£mpire, que la loi religieuae est la loi civile; que la loi de TEglise oblige Télat. Des principes contraires étaient posés depuis plusieurs siècles; des faits contraires étaient un peu tolérés en France, en Angleterre et en fiohème ; mais en général, loin de Tooloir, pour: i5i7, faire la concession réclamée depuis long-tpmps, on trouva dans 1617 une raison pour la refuser. £n France le pouvoir résolut d^appliquer les lois avec une énergie suffisante pour atteindre un résultat complet. Des con* déraiions purement politiques se joignaient aux considérations purement religieuses pour faire adopter ce système. La révolution de iôi7 n^était aux yeux de François qu'aune insurrection dangereuse. Dans ses premières pensées il confondait ensemble les réformateurs de Saxe, les paysans révoltés de la Souabe, les impies et fanatiques niveleurs de la Westphalie. Quand 9 plus tard, les princes d^ Allemagne lui présentèrent

leur profession de foi et lui adressèrent comme à

Heori VIII des ménoivea apologétiques, il chan*

gea bien d^avis en ce sens qu^il aperçut dans ce parti religieux un parti politique, régnlièvemeDt et fortement constitué I mais pour s^allier en f 535 aveo ce parti il eut besoin, comme plus tard le cairdÎDal de Bichelieu, de faite abstraction de son élément religieux.

Les faits le montrent. Quand ses nouveaux al<liés le prièrent de suspendre les perséeutiona en France, il leur répondit quMls étaient dans Ferrenr; qu^il n^ avait pas de persécutionseï) France; que ce quMls appelaient ainsi, c^éfaient des suppliées mérités de la part de gens qui, sous le manteau de la relij^on, méditaient la ruine de PEtat. Toutes les fois quMl se trouvait un peu gêné dans sa lutte avec Charles-^Quint, il faisait como^e ce prince) il négociait avec ses alliés, partageait leurs voeux, et leur promettait de s^entendre aveç eux pour arriyer aux mèmfs doctrines; mai» ces négociations, qui avaient tout juste le même degré de sincérité que celles de Cbarles-Quint, eurent toujours le même résultat, avec celte différence seulement que jamais le roi de France ne se fit pontife et ne publia d^biTsaiM.

Les doctrineade Francis I*^ n^étaient pas pr^ cisément celles qu^ le parlement de Provence appU^oa, en i544» >w habitans de Mérindol, puisqu^il les désavoua sur son lit de mort, et

chargea son 6l8 de venger les Tictimes du président d^Aix ; mais le roi de France n'a pas dû s'éloigner beaucoup des mœurs générales du temps, et ces mœurs étaient d'accord avec les lois. Elles demeurèrent même intolérantes plus long^temps que ces dernières, on le sait»

Henri II conserva les doctrines judiciaires 3e son père, malgré ses relations politiques-avec les proteslans (fAllemagne. Il apporta même à la répression des principes de iSij plus de régularité et de rigueur. Les pnrlemens et les officialités se partageaient jusque là la poursuite des opinions ; il étendit ce privilège aux présidiàux. Tout tribunal composé de dix juges put désormais condamner à mort et sans appeL L'ordonnance de i55i le Tonlait. Les moeurs appuyaient ces mesures. £lles allaient très-loin et on médita plus. Sans les résistances glorieuses du parlement de Paris, on introduisait en France ce fatal tribunal d'Ëspagne^ dont l'introduction dans les Pays-Bas insurgea les plus loyales populations du monde. Le parlement, en osant résister à la majesté royale qui se posa devant loi en lit de justice, ne voyait peut-être pas Tinsurrection qui déjà grondait au nord; il ne voyait aaqs doute que la nécessité de défendre les lois du pays dans le sanctuaire de la justice; il fut néanmoins meilleur politique que le prince. On est toujours grand

quand on résiste à la violence au nom des lois* Mais si les premiers magistrats da royaume repoussèrent alors rinquisitioD, il était bien en* tendu que cela se faisait au nom des lois du paya et ncm au bénéfice de ±617. Ils donnèrent trop fréquemment la preuve de cette pensée pour qu^il fut permis de la révoquer en doute. Peut-être Henri II eût sacrifié quelque chose de sa rigueur habituelle ) si Maurice de Saxe avait voulu le seconder et favoriser la prise de Strasboui^ en continuant à tenir FEmpire en échec. Mais aussitôt que François II fut arrivé au trône et Catherine de Médicis à la tète des aflfaires, on sacrifia les relations étrangères h la pureté des doctrines nationales. Des conjonctures nouvelles se présentaient alors. Tous les efforts de la cour, de Tadministration et de la justice avaient échoué contre les principes de iSij, et déjà les partilsans de ces principes venaient de sWganiser en synodes, en paroisses, en Eglise, lôSg. Quand la cour vit ettfin un prince du sang, Fambitieux et coupable Condé, organiser les amis des nouvelles, doctrines en parti politique et protéger, au mofins par quelques-uns de ces agens qu'ion désavoue avec tant de facilité, des complots et des troubles % elle opéra tout-à-coup dans la politique générale du royaume la révoln-

* Gonjuratioii d'Amboise.

tion la plas oomidèle. Elle se ligati à Cambrai

avec celte même dynastie qui, effrayant TEurope par ses progrès^ devait trouver en France djautant plas d^opposttion qn^elle n^en trouvait plas ailleurs. La faute fut grande. Elle commença les malhears do pays; et encore les désordres et les fbrears qui le déchirèrent de François II à Henri IV sont-ils moins pénibles pourTorgueil national que cette homiltante nullité oùrhistoire générale de TEurope nous montre la France pendant ces jours néfastes; mais, de^ guerres intestines la honte à Fétranger est toujours Finévitable compagne, et puisque dans la concorde seule est la dignité de la nation, la paix publique aurait dû être pour les fils de François V une affaire de patriotisme tout aussi bien qu^une affaire d^amour-propre.

Cest parce qu^ils n^ont pas su assez se respecter eux-mèmeS| que les successeurs de Henri U n^ont pas su faire respecter le pays; c^est aussi, sans doute, parce qu^ils n^ont pas eu Famour de leur propre grandeur, qu^ils n^ont pas eu celui de la nation. Quoi qu^il en soit, comme les successeurs de Cbarles-^^oint, ceux de François V% prenant corps à corps les principes de iSiy; faisant, pour la répression de toute espèce de progrès dans les doctrines de la conscience, cause commune avec Philippe II, et essaywl d*oppri-»

mer une crise religieuse, précipitèrent le pays dans une crise politique* Se substituer à la loi du progrès, n^est pas seulement un crime de lèsehumanité, c^est un crime de lèse^ivinité, car cette loi est du Roi des rois. Forcer ainsi le citoyen a prendre les armes pour soutenir les droits de sa conscience, pour sauver sa foi, est le dernier degré de la folie ^ c^est d^une révolution purement religieuse faire une réTolution esaeutieUament politique. Mais à cette époque, on en était encore aux plus aveup^les doctrines*

A égale distance des princes qui repOussàreiit la révolution de ±5ij et de ceux qui raccueilli' rent, il se trouva un pontife-roi qui d^abord la combattit, mais qui Texploita bientôt au gré de ses intérêts politiques et de ses passions privées^ avec un succès si étonnant que son règne ofire la page la plus curieuse de Thistoire. Ce fut Henri VIIL

L^Angleterre était alors le seul pays d^Europe qui eût des doctrines politiques bien arrêtées, des libertés nationales profondément enracinées dans les ikiO0urs*En Angleterre illiprinee qui entrepre-* nait, comme Charles-Quint en Allemagne, dédisposer des esprits eù religion comme en politique, rencontrait des difficultés immenses, un système ▼lYant de droit et de privilège* Auprès du trône ▼cillaient des obambre^ habituées depuis trente ans à donner ce trône* Sans ces chambres point

de loû^ pcMDt d^inpôtt; et à côté de ces chattibm

siégeaient des magistrats, les uns commis pour garantir le citoyen de toute illégalité, les autres pour le fiiire sortir prompteraent de prison j d^aiitrès encore pour lui assurer le jugement du pays, le jary^ Arto de telles lois et de tds privfléges Charles^uinto^eât pas mis le chef de la Réforme m ban de PËmpire, et Télecteur de Saxe ne Teût . pas dérobé pendant iin an à la justice du pays.

Nous venons d^ndiquer la substance des doctrines et des libertés civiles et pc^tiques d^AnglcH terre. Ces libertés et ces doctrines, c^était la rie du pays, c^était le sang qui coulait dans les veines du citoyen j car là il eH ancien ce pnissant génie du peuple, qui tiendrait lieu au besoin des charités du vieux temps et des institutions nouvelles qoe réclame obaqne époque*

Et pourtant, grâce au mouvement général dés esprits, grâce au courage et àla hauteur naturelle de son cœur, grâce aussi k Fhabileté de ses mi-*' nistres, Henri VIII fit des doctrines de iôiy, des libertés de son pays, de ses deux chambires et de son peuple tout ce quMl voulut.

C^est au moment des grandes excitations popiH kiWesquèle ifènie exécute le piusàisémenl ses pro^ jets. Dès que sont passées ces excitations, dès que sW calflâée la raison publique , tme puissance même supérieure n'^obtient plus les mêmes ré*»

sallats. Les enfans d^Henri VIII ne furent ni moins habiles ni moins despotes que leor père. Us eurent pourtant la commune destinée des successeurs de François P' et de Charles-Quint; c^est^ à-dire qu^au bout d^une révolution religieuse, ils se trouvèrent en face dWe révolution politique* Cest qu^eux aussi se prirent corps à corps ayec Félément religieux, avec la conscience; c^esi qu^eux aussi forcèrent le citoyen à prendre les armes pour la défense du plus saint de tous les droits. Si la révolution d^ Angleterre éclata plus tard que celle des Pays-Bas et.nos guerres civiles, c^est que le régulateur des doctrines anglicanes avait su rajourner par un système de transaction d^une grande habileté»

En effet, Henri greffa d^autant plus facilement sa pensée religieuse et politique sur les principes de i5i7, qu^il se montra plus impartial à leur égard. Il avait commencé par les combattre^ et quand plus tard, frappé des avantages que sous un rapport ils offraient à ses intérêts, il en accepta une partie, il se donna la haute position d^un examinateur et d^un arbitre. Et dans cette attitude encore il sut offrir des gages à toutes les opinions. Avec Genève il rejeta Fautorité de Rome; avec Rome il conserva les institutions fondamentales de FEglise. Cétait presque deviner la doctrine que le plus grand et le plus pacifique

des {^iiosophes moderaes, que LeibniU devait proposer après deux siècles de luttes sanglantes. Son système de transaction nettement conçu , jamais Henri ne transigea avec les hommes ; dans, rexécution jamais il ne fit une concession. On conçoit tout ce quVne conduite si nette, donna de facilité pour raccomplissement d^un plan si habile. •

Acceptant le principe de Témancipation reli<gieuse, conservant les doctrines et la hiérarchie de Rome , mais renversant sa suprématie ; donnant la Bible au peuple et les biens, des monastères a la noblesse ; offirant ainsi des gages aux uns et aux autres, il put exiger la soumission de tous. Sans peine aucune il se substitua au pouvoir spirituel, et disposa du parlement comme des libers tés, des consciences, des trésors et des armées du pays. Avec ces moyens il fit toutes les doctrines politiques qu^il voulut, doctrines aussi nouvelles que ses institutions religieuses, et qui violaient au même degré tout ce qui jusqu^alors constituait les droits du pays; mais doctrines qui apparurent toujours avec toutes les formes de la légalité.

Ainsi sortit d'^on système de transaction et de transaction religieuse, habilement combiné, le plus pur système de despotisme politique qu^ait jamais vu nation d^Occident. *

Henri VIU, qui fut Thomme le plus brutalement passionné de son époque , ne tut pas un

honim^ iâiui Tenus» lostmit, animé de profondes

convictions, destiné aux ordres, il éûl gouverné comme archevêque le diocèse de Cantorbéry , et comme légat du Sdnt^Siége, PEglisé d^Angleterre, si la mort de son frère Arthur ne Peût appelé bu trône* Dans ce cas la révolution de eût trouvé en lùi un rude antagoniste. Bile le trouva hostile sous la couronne. Adorateur prononcé de saint Thomas d^Acquin, Henri VIII9 le seul de tous les rois, entra dans cette lice de polémique qu^on venait d^ouvrir. U réfuta non pas le caractère moral et politique de la Réfoftne, quMl lui était impossible de tolérer, mais sa doctrine reUgieuse et surtout cette émancipation , cette guerre à la scolastique qu'^elle faisait à la suite d^un ennemi de S. Thomas, à la suite de Pomponace. Il attaqua Luther, et jamais on ne vit de plus âpres jouteurs que le roi d'Angleterre et le professeur de Saxe. Jaméis athlète n^obtint un plus beau priit que Henri. Le titre de Défenseur du SàInt-SÎége qui vint récompenser son ardeur, fut pour lui une gloire d^autant plus flatteuse qu^elle était davantage la reconnaissance d'un mérite personnel. Ce titre semblait le lier à Rome d^une union plus étroite et le placer en Occident à la tète des fidèles. Aussi rien de si net d^abord que sa rupture arec la révcdution de i5i7, rien de plus franc que sa conduite. Par là il se mettait au-desâus des

deux premiers monarques de TEurope , qui , par politique, ménageaient alternalivement les adversaires et les partisans de iSij. Ët pourtant rien ne fut bientôt plus brusque que sa rupture avec Rome. Rien n^est peut-être plus mal jugé en histoire que cette affaire. Le fait est que des scrupules réels sur son mariage avec Catherine

Aragon et une passion profonde pour Anne de fioleyn portèrent Henri à demander son divorce avec toute rhumilité du plus simple des fidèles» Les conseils insidieux de son ministre Wolsey et ceux plus positifs encore du professeur Granmer âreut le reste* Ils flattèrent ce prince d^un succès facile. Les résistances d^abord trop molleSf puis trop maladroites de Clément VII, et Tinfluence trop prépondérante de Charles-Quint sur les démarches du pontife, ayant irrité toutes ses passions, en leur fermant toutes les issues, il, ne lui resta plus qu'à se faire justice lui-même, et, une fois ce parti pris, il se la fit plus complète que d^abord il ne Pavait conçue.

A partir de ce moment, Henri n^est plus un roi, c^est un maître irrité, absolu, libidineux, épouvantable* Coup sur coup il consulte les universités deTEurope, présente leurs avis aux deux chambres, fait prononcer son divorce, épouse sa maîtresse et se donne , par Forgane d^un clergé quMl a mis aux abois par ses exactions, le titre de

protecteur et de chef suprême de l'Eglise d^An^ gleterre'^. Dans ce premier acte il tolère, comme correctif d^une nooyeauté si étrange, une restriction exprimée en ces termes ; aui€M du mohu que le permet la loi du Christ. Mais aussitôt qu^il se voit excommunié il se fait conférer sjms réserve aucune, par Forgane des deux chambres , ce que ni le Parlement ni personne au monde ne peut lui donner, à lui laïque, le titre de chef suprême de TËglise anglicane. Ce titre n^ajoute rien à son pouvoir, puisque depuis quelque temps déjà il en exerce les fonctions et en dépasse la compétence^ mais ce titre désormais revêt toutes ses usurpations sacerdotales d^une apparence de légalité. Dans un pays de doctrines cette apparence vaut la légalité elle-même. £lle sauve en Angleterre la belle institution de Tépiscopat.

DéjàCromwel, lord vice-régent de la suprématie ecclésiastique du roi, a fait, an nom de son maître, par lui ou ses délégués***, dans les diocèses et les monastères, une inspection plus absolue que nVn fit jamais évêque ni légat; déjà les chambres ont supprimé la plupart des droits et revenus de Rome; mais à partir du nouveau statut des parlemens, Henri exerce le pouvoir spi-

•En 1529. — ** En 1554.

*** Layton, Loudon, Phce,Ga>e, Peter, Bellasis.

ritael snr une plus grande échelle.|Il prend pour lui seul les annates^ partage avec les grands les biens des monastères^ décrète les nouvelles doctrines religieuses, fait voter par les deux chambres le bill des six articles et les impose à la nation sous les peines les plus rigoureuses, la confiscation ^des biens ^ Femprisonuement et ia mort.

Le conseil que Machiavel donne aux princes qui veulent faire croire encore des peuples qui seraient tentés de n^avoir plus de foi, Henri le suit avec une grande intelligence. Il a eu pour précepteur un homme aussi habile que Machiavel et plus apte à manier des chambres : Wolsejr lui a donné des leçons. Elles ont été complètes. Du même supplice Henri frappe ceux qui lui contestent son pouvoir et ceux qui nient la présence réelle dans la Sainte-Cène. Se rapprocher ou s^éloigner de Rome, s^éloigner ou se rapprocher de Genève, c^est courir un égal danger.

Mais aussitôt .que le fougueux dictateur a soumis tout le monde, il se relâche de ses rigueurs et nomme une commission pour modifier à la fois les doctrines et la pénalité des six articles. D^avance il fait approuver par les chambres les décisions que les commissaires devront porter de

* C'était an moyen teime, ooinin« Vinterim de Charles-Qoint,

oomman accord arec le chef de TEglise, arec lui*.

Henri VIII, si la mort n^eût mis fin à cette dictalore qui façonnait à son gré les lois et les in* telligences, faisait un troisième biil de religion. Il en était occupé dans ses derniers jours.

Edouard VI et le régent Soramerset exercèrent avec moins de passion, mais avec autant de netteté que Henri la suprématie spirituelle. Ils firent adopter par les chambres presque tout le culte et toutes les doctrines de la Réforme, mais ils conserrèrenl l^piscopat et les Prières, et main* tinrent la peine de mort pour les dissidens ^.

La reine Marie sut exercer le même pouvoir.

Elle avait un autre but. Soumise à Rome , elle entendait que TAngleterre le fut comme elle.

Et elle aussi sut donner k sa dictature, tant qu^il lui importait de Fexereer, les apparences d^une légalité chère aux Anglais. Avec toute Tadresse d^une fille de Henri VIII, elle fit réhabiliter le premier mariage de son père, annuler le divorce prononcé par Cranmer , rétablir sa légitimité k elle, voler son mariage avec Philipe II, casser les statuts d^£douard et proclamer le rétablissement de Pautorité pontificale. Rien ne ftit plus docile que les chambres. Rien ne fut plus habile ni plus

* Loi de 1 54i. ^ lioi de âi49.

violent que la reine. Quand elle eut toutes les lois pour elle et qu^eile eat trouvé le faible de tout le monde, elle écrasa eomme Henri tous ceux qui n^étaieut pas pour elle. £Ue avait le droit de disposer des coDSOieiioes , elle les avait payées avee douleur de ces biens quelle eût voulu restituer à r£glise au prix de son sang, luais dont les pairs avaient déclaré qu^ils ne se dessaisiraient jamais.

Quant au peuple et aujL prêtres de la Réforme, elle fit tout jdîer en passant dessus*

Elisabeth, qui monta sur le trône malgré Pillégitimité dont on venait de la frapper, parvenue au faite du pouvoir, profita, pour faire triompher les doctrines d"*Edouard, de tous les exemples de Marie et de tous ceux de |ienri VIIL D^abord die mit dans ses démarches plus de ménagemens cpie n^avaient fait ses prédécesseurs, et les chambres votèrait rapidement sa légitimité, sa suprématie spirituelle et le rétablissement des statuts d^£douard. Bientôt et insensiblement sa luarehe, toofours légale^ fut |Aus haute. Avec plus de scHenoe et d^ élévation que Marie , avec plus de défitaenee poup TopinioD et plus de génie politique qu^Edouardet Henri, elle établit un absolutisme plus complet que n^avait été le leur. Mais malgré son génie et ses bienfaits, plus que ses prédéceeH seurs, elle irrita la nation par le joug qu^'elle lui jeta sttf lecou. Les eirconstances avaient changé;

répoque des vagues excitations était passée. Ce n^étaient plus les voeux incertains' de la première

réforme qui dominaient sous son règne, c^étaient des principes nets^ des doctrines arrêtées. £^ Elisabeth, en osant se heurter contre ces puissances, en osant les fouler aux pieds, ne considérait pas^ elle si savante, qu^on ne tue jamais les bonnes doctrines; que tôt ou tard elles se relèvent, et qu^en se relevant d^une oppression elles ajoutent à Tenthousiasme du martyre les fureurs du fana-> tisme. Aussi Elisabeth comme Charles-Quint, comme Fraçois I", devaitrelle laisser à ses sue* cesseurs une révolution politique sortant d'une révolution religieuse.

Mais n^anticipons pas sur le siicle suivant. Bornons-nous à le faire entrevoir, à montrer comment, en changeant les doctrines^ les Tudor altérèrent les institutions et compromirent les des* tinées du pays.

Quand Henri se fut donné cette suprànatie religieuse qui Tautorisait à tout changer dans PE— glise, il se donna aussi cette sorte de canonisation politique qui lui permit de tout oser dans PElat. Que ses droits fussent déclarés inviolables, que la succession au trône fut bien assurée i. ses enfiins, cela était naturel : au sortir de la longue guerre^ des maisons d^York et de Lancastre, une mesure extraordinaire se comprenait} Henri VIU pouvait

vait en cel<i imiter Henri Henri VH. Mais c^étnit là peu pour son esprit ombrageax ; il proposa et Je parlement statua que tout discours injurieux sur son compte, sur celui de la reiue, Anne de BoleyU| et de leurs enfans, serait un crime de lèsermajesté. Deplusuneloispécialelemitau-dessus detoutesles lois en lui donnant le moyen de les éluder. Telle était la portée de celle qui assimilait aux statuts chacune de ses proclamations. Restaienties chambres. Elles pouvaient le contrarier encore, ajoura ner ses biils ou les rejeter, et par là refuser à ses caprices ce cachet de légahté que demandait la conscience du pays. Mais en possession du trésor amassé par Henri VU, en possession des biens des monastères et riche des nombreuses bénéifth lences du peuple*, Henri Viïl, à même de payer tous, les suffrages, les obtint tous. Use rendit maître absolu des chambres, et fit, des pairs, des députés, des chanceliers, des ministres, des nobles, des bourgeois, de ses femmes, des évèques, des juges tout ce qu^il voulut. Toute F Angleterre était à lui* Une conscience osant un jour lui résister et les communes hésitant à lui accorder un bill d^ezactiOD, il fit venir Montague, député récalcitrant, prit par la tète Thomme d^honneur qui tenait un

*Ges amtribuiUm ^omoiêt (suivant Uallain, Hiêtoire constUn- ÊimmBiy ^Angl£t9rr§, liv. i, p. 36) étaieot de véritables exactioniL I. la

genou à ferre , et lai dit familièrameiil': « Hé!

N riiomme, voilà une fêle qui tombera, si de- » main soir le bill n^est pas volé. » Le bîU pana le lendemain. Machiavel auprès d^un tel prioce D^était qu^uD écolier. « Comme il De saurait y » avoir de mauvaises lois là où les armes sont M bonnes, je ne parlerai que des armes et je lais- • serai de cMé les lois, » avait dit le secrétaire de Florence. Henri, plus adroit, sut se donner de bennes loi» sans les armes. Cela était plus b;ibik, et il est fâcheux qu^un prince si savant citait p9s fait, au lieu de livres de théologie^ un traité sur Fart de régner. On Taurait comparé avec plaisir au Prince de Machiavel et aux instructions de (^safles-Quint à Philippe D.

Quand on avait de tels moyens ^e faire bien voter les députés, il élait^ oq le dirait, ioulile de songer à les bien faire choisir. GependaM Hfeari se négligea pas les élections, et quand ses enfuM nWrent plus ses moyens pour le^oonduira, ooea inventa d^autresoon moins efficaces. Edouard VI rétablit ou créa vingt bouif^s, Marie ffmiotUf élisabeth davantage. Ainsi oeHe vénalité qui iaussa si long-temps la représentation aatiooaie du pays le plus con8titttliom»el du monde, fat Vœuvre de trois pontifes-rois. Mais il ne suffisait pas de faire dos boui^; il £adlait enoore les diriger. On les dirigea. On intervint dans les élee-

lions. On notifia par les fthérifis aux francs-le*

nanciers et aux bourgeois sur quels hommes^ avec le bon plaisir du roi| devaient ^ porter ^eurs snffirages ; et il est bien entendu que les personnages recommandés appartenaient à la couf, ou remplissaient des places d^bonnenr et de cpp-

fiance dans Tadministration

Cependant rien n^est fait pour le despot^^ça^ tant que la justice protège librêmeni les hommes et les choses, tant que la loi donne j/orce au droit* On n^oublia pas la justice; Dans ces temps de troubles et de désordres, il était facile d^ intervenir et elle fut altéi^e comme les élections. On Pattaqua jusque dans son sanctuaire. Les tribunaux ordinaires furent mis de côté pour toutes les affiûres politiques; et quelles affiM^res ne le sont pas quaud la ftoçiété e^t ébranlée d^§ ;^es bases? Toutes ces affaires furent portées devant une cour spéciale, devant cette chambre étoilée qui donnait d^autaut moins de garaj^ties aux libertés p^tbliqiies que sa compositioa(i était plus arbitraire* H règne ^ur cet^e fiour quelque obscurité, mais il est certain que ceux qç^i la formaient principale* ment, les conseillers intimes du roi et les pain les plus favorisés du royaume, en offrant tous les caractère» de la capacité et de la modéra-

*^lryP«« ÀnmUei, U, S94. — Hallam, i, 68«

tion, laissaient désirer celui de rindépendance \ Bt pourtant leur zèle ne suffit pas à tous les besoins du pouvoir; on violenla encore le jury. On emprisonna, on frappa d^ameodes les jurés qui refusaient les condamnations désirées et quelquefois désirables ** j car il est très-vrai que souvent des périls réels, quelque intérêt majeur, le salut de Tétat, la sûreté du monarque, la nécessité d^apaiser des troubles, de prévenir des complots, venaient motiver ces scandaleux holocaustes de libertés qui constituaient le sang et la vie du pays.

On le voit, la royauté d^Angleterre tira de la révolution de 1Ô17 un parti complet, et par son immense progrès elle laissa Bien loin dèr« rière elle le pouvoir que Charles-Quint et François r' surent puiser dans des circônstances analogues.

Nous avons dit qu^un succès si plein fut le fruit naturel de ce système de transaction qui est devenu plus tardla vraie politique d^ Angleterre. En effet, sans jamais se laisser conduire, le gouvernement de ce pays s^appuya toujours sur Topinion. Celle d^une fraction nombreuse du peuple

* Uudson, Traité sur la Chambre étoilée, publié SOUS Jucqiies L — Haie, Juridiction de la Chêmbredeê hordê.

** HaUam, 1, 7S.

fut le soutien de Henri VIII, d'Edouard VI, de Marie, d^JLlisabelh \ si celte famille put 91 aisément imprimer aux doctrines de i5i7 la tournure qui lui convenait, c^est qu'elle eut toujours le talent de suivre une opinion forte et^ie faire de la légalité. Avec ces précautions le despotisme lui-même trouve des enthousiastes. Y a-t-ii dans rhistoire rien de plus étonnant que les succès de Marie? Marie va directement contre la majorité, les mœurs, les lois. du pays; et pourtant elle réussit. Eh bien ! le secret de sa politique est dans l'art défaire de la légalité et de s'appuyer sur une opinion tranchée. £lle n^eût jamais obtenu le retour si complet qu'elle opéra, si elle ne se fût entourée d'un parti, si elle n'eût joint aux consciences fortement catholiques les consciences sincèrement protestantes, consciences si parfaites pour elle dès qu'elle eut garanti à la noblesse les anciennes donations sur les monastères. En un mot, Marie échouait si elle n'eût fait par les chambres tout ce quMl lui importait d^établir.

Il est donc vrai que pour l'Angleterre la révolution de iSij amena en politique comme en religion un absolutisme pur et légal.

En France elle fortifia également le pouvoir.

£n Allemagne elle lui permit de se substituer à l'Eglise.

Doctrine d^émancipation dans le principe, elle

cènsdmnta dans le fail cette centralisation, ce progrès de la souveraineté qui est le caractère de Fépoqùe. C^e8l4rdire qae la révolution de iSij, dans les pays où elle fut ou repoussée ou altérée, ameiia précisément le contraire de ce qui était dans ses principes, et qu^elle dla directement contre son but.

Voyons maintenant quelles doctrines politiques elle amena là où elle fut accueillie dès Torigine avec plus ou moins de sympathie.

Les rdydatoes de Sufede et de Danemarck, In plupart des pays Allemagne, les villes libres, les cantons de la Suisse la reçurent avec etithou* 5iasme. Et pourtant là aussi elle alla réellement, pendant toute Cette période, contre son but prifiiitif. Ce but, tons ouctm doute, était d^enlever la religioa à toute juridiction humaine. Cétait là Ce qu^on demandait avec Pomponace \ c^était là ce qu^on était obligé de demander, si on voulait être conséquent au principe. Toutes les libertés de la conscience et iouté Tindépendance de la raison étaient là. £h bien! Si dans les premiers temps la Uberté d^^ameti et de jbgement parut un instant cotnme poui* tenter Thumanité, elle ne s^établit nulle part, ne fut tolérée dans àticuti pays. Partout, au contraire, on Texpulsa dès qu'on Peut aperçue^ partout on renchaîna à des formulaires nouveaux j partout on mit les

nouyelleft doctrines sous une autorité nouveUe el sous une autorité à laquelle certainement les vé-> ritabks auteurs de la révolution de i5i7, Fom«ponace et ses disciples^ n^eussent jamais songé.

En effet, qu^on eût jadis soumis les choses religieuses k une autorité religieuse^ c^est ce qu^ils comprenaient tout en gémissant d^un pareil ordre de choses; mais que Ton pût jamais songer à soumettre ces mêmes intérêts k une aut<»ité civile^ et faire du chef de Fétat Tarbitre suprême de la ibi, certes d^une telle doctrine ils ne se fussoit point avisés. Et c^est là précisément ce que fit la Réforme. Partout où elle fut reçue elle mit le pouvoir temporel en place du pouvoir spirituel; partout elle lui donna ou bien il prit une juridiction aussi absolue que celle qu^on venait àe rejeter. Et ce fait, si étonnant qu^il paraisse, demande à peine un mot d^explication ; cela arriva, autre chose ne pouvant arriver. Réduite à une puissance toute idéale, celle d^une doctrine, d^in ordre de priBcipes,la Févolution de iSij^ presque partout combattue, avait partout besoin de protection , et plus on Taccusait d^être la rébellion et le désordre, plus pour se disculper et ae présenter régulière, elle devait hâter sa soumission aux frinces qui la soutenaient. Ce n'est pas tout, plus elle renfermait de principes d^indépendance et plus, par conséquent, elle était £[>rcée de ^uf-

frir de doctrines diverses, plus aussi elle sentit

vite la nécessité d^arrêler une liberté qui la perdait et de prévenir une chute dont elle ne relèverait pas. Dès-lors une aliénation spontanée, mais temporaire, d'une partie de ses litres était pour elle d^excellente politique; c^était même une nécessité, et cette nécessité elle la comprit avec un tact merveilleux. Le principe des rjévoiutions s^étant constitué dans son sein, comme il aime à se poser, permanent, infini, incessant, elle fut obligée de Tétouffer pour ne pas s^anéantir. Dèslors, pour refaire des doctrines et rétablir de Tordre, elle dut subir toutes les institutions et accepter toutes les lois les plus propres à la consolider. Cétait là pour elle une condition (Inexistence. Se conserver est pour les doctrines comme pour toutes les puissances la loi suprême, et comme toutes les puissances du monde les doctrines ont leurs nécessités. Elles ne succombent pas à ces nécessités, elles les subissent, à la condition de ressusciter dans des temps meilleurs, et Part de faire le mort n^est pas si vulgaire qu^elles aient à en rougir.

De cette nécessité sortit donc une doctrine politique toutenouvelle, celle qui donnait à Pautorité •civile la tutelle des doctrines religieuses. En effet, une double série de mesures, la rédaction de nouveaux formulaires de croyances et le rétablisse-

méat d^une nouvelle juridiction religieuse, se présente dans tous les pays qui adoptèrent les principes de iSij, et partout celte double série de faits amène le même résultat, la soumission de rÉglise à TÉtat. J^ignore si Ton comprit bien que cette soumission au pouvoir politique était une altération des principes, ou si Von se persuada que Tautorité royale était de droit divin arbitre de la foi. Quoi quM en soit, on se livra ayant besoin de tutelle. £n Allemagne, eu Suède, en Danemarck, partout les nouveaux symboles furent dressés par Tordre du prince, corrigés, remaniés, moditiés suivant ses désirs, présentés par lui à PEurope et proclamés en son nom dans les paroisses. Cet épiscopat suprême que de nos jours on a vu se rétablir en Allemagne et que Tignorance du passé taxait d^innovation, n^a été que la conséquence naturelle des principes posés au seizième siècle. Voyez plutôt les faits. Quand il fut question d^inspecter les anciennes paroisses de Saxe et d^en organiser de nouvelles diaprés les doctrines de i5i7,le prince chargea de cette mission des conseillers de cour et des docteurs en droit accompagnés de quelques ecclésîîistiques» Partout dans ces pays, des délégués du prince, et des délégués de Pordre laïque, présidèrent le nouveau clergé.

Les rois de Suède et de Danemarck conser-»

vèrent la hiérarchie épiscopale, mais ils exercèrent sur rorganisatÎQD de Icura églises el k développement de leurs doctrines les mêmes pouvoirs qu^Elisabeth ou Edouard VI. Peut-être disposèrent-ils des bîeùs da clergé anMS plos de facilité que les rois d'Angleterre. Il est vrai qu'ils les appliquèrent davantage à des objets d'utilitépubiUque, et qu'eù fondant plus d^éeoles ils conservi^ rent dans le maniement de ces trésors des mains plus nettes et une réputation plus pore» GosCaTe \ Wasa, rhomme vraiment grand de cette époque, ofirit en eflet sur le trône que lui avaient fait les paysans de Dalécarlie et dont ils le menacèreat un jour de le faire descendre, autant de vertus que Henri Vill déployait de vices sur celui d'An* gletefre, el la mémoire de Vm est Tobjet de plus j de bénédictions que celle de Tautre n'éveille de censures; mais cpiaiid oo vient à ezamioer la suprématie spirituelle exercée par Pun et par Tniitre, on est tout surpris de les trouver d'acoord. Nous avons vu ce que fit Henri. Voici cetfaefit Gustave.

On lui a opposé tous les genres d'inlrigaes» Oa a semé le trouble dans les familles, la révolte dans les provinces. On veut arrêter par une résistance infatigable Tceuvre politique et religirase du prince. Il assemble les états, leur expose la situation du royaume et la sienne, en un mot tout ce

qu^il peut faire connaître de ses futurs projets et de ses travaux passés. Où Taecoeille d^abord avec froideur, <m lui résiste ensuite avec adresse. Lassé des difficultés qu^il rencontre encore, quand déjà Htnt d^obstacles Oùt été surmontés, Gustave frappe un grand coup, un de ces coups dont Henri ne se serait pas avisé ; il abdique, les larmes aux j«ttx. On le laisse faire. On sait où prendre un ror. Moins habile que le parlement d'Angleterre à faire de la légalité, les états de Suède savent pourtant conduire une intrigue. La noblesse et le clergé, dont les intérêts sont compromis, dirigent à leur gré les opinions des bourgeois et des paysans, plus forts les uns et les autres de leurs grossières vertus et de leui*S loyales intentions que de la portée de leurs vues politiques. Toutes les combinaisons des chefs paraissent réussir, lorsque Gustave les déroute brusquement en opposant un peu d'habileté à beaucoup d'adresse. Sa belle âme y avait d^abord répugné. Il avait bien laissé entrevoir aux deux ordres inférieurs que Tégoïsme des deux ordres supérieurs créait seul tous les obstacles; mais il s^'était ex^ pliqué avec la réserve d'un roi plutôt qu^avecla tactique d'^nn chef de parti. Forcé de combattre, il rompt en visière. Des deux pt^mièrs oi^dres et de leur égoïsme il en appelle à la raison, au cœur des deux autres, de ses chers paysans surtout : il

expose, après tout ce qu^il n fait, ce qu^'l se propose de faire eDCore. II purle à la fois «ivec tant de modestie et de dignité, il fait ressortir si bien la supériorité de son patriotisme et les droits de son dévouement, qu^il obtient un de ces triomphes que de nos jours les conseillers des rois parlant devant des chambres populaires considèrent comme les plus belles des conquêtes. On invite le grand homme, cpji de royal boudeur s'est fait royal orateur, à formuler ses vœux, et on se hâte, au sou* venir deChristiern II, d^accéder à ses demandes, à condition qu'aussitôt il reprenne la couronne et achève Foeuvre qui est sa gloire et Porgueil du pays. Gustave cède aux conditions suivantes :

« Les états apaiseront les troubles.

On augmentera les reyènus de la couronne sur les châteaux et sur les domaines des évèques, des cathédrales et des couvens.

La cour des évêques sera réglée par le bon plaisir du roi.

Le roi aura plein pouvoir de gouverner les éghses et les monastères» en les traitant d'après leurs besoins réels.

La noblesse a droit de répéter, par voie judiciaire, ceux des biens de sa caste qui auraient .été donnés, vendus ou engagés depuis Ganutson. . On étouffera le bruit qui court, que le roi projette d'introduire une fausse religion, et tous les

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Suédois devront cipprécier la pure parole de Dieu, telle qu^elle est annoncée par les prédicateurs évangéliques. »

A ce statut si complet, on ajouta un règlement d^£glise qui livra an roi toute Tadministration des paroisses.

On le voit, Henri VIII ne fàt pas allé si loin ; il n^eût pas exigé qu^on réfutât des bruits publics.

Dans les villes libres d^Alleniagne et dans les petites républiques de Suisse, ce fut le magistrat suprême qui hérita des droits épiscopaux.

Partout se présente la même doctrine, partout le même fait. Une seule exception doit être signalée. Le réformateur de Genève, loin de soumettre la religion à Tautorité civile, soumet cette autorité à la religion, mais la cause de la liberté des consciences n'y gagne rien. Au contraire, dans cette cité plus qu^ailleurs, le lien de la religion et de la politique, est intime*, le dogme est même plus invariablement fixé, le règlement des mœurs plus précis, la juridiction ecclésiastique plus absolue. II est vrai de dire que là il était plus urgent de poser ime règle nouvelle aux nouvelles doctrines et aux nouvelles mœurs. On fut même obligé, pour maintenir les unes et les autres, de revenir à la plus rigoureuse de toutes les lois anciennes, à la peine de mort.

Mais de tous ces faits il résulte bien évidem*

ment, ce nie semble, que la révolution de 1617 (fçki devuit exercer par son caractère xnorfA et politique une action si libérale, et donner une si vive impulsion de progrès, ne parvint d^abord nulle part à réaliser ses vœux. Partouti au con* traire, elle va contre son but. Non-seulement elle impose à la raison et à Inconscience uuejuri4iction nouvelle, elle Uvre cette juridiction au pofivoir politique. Partout où elle est accueillie, elle donne à ce pouvoir des attributions, plus grandeSf et partout où elle est repoussée, elle fortifie par l^ie réaction toute naturelle ce qu'ieUe était venue combattre. Il y a plos, de se3 proprqs laain^ eUe rétablit ce règne de la scolastique, ces dogmes consacrés et ces formulaires invariables qu^elle avait tant censurés. Toutes les questions qu^elle e|»t venqe affranchir, elle 1^ enchaîne à des pro*fessions de foi enregistrées dans le^ chancelleries et protégées par la police. Partout, à Genèvf comine à Londres^ k Leyde comme à Wi^t^iAbergi elle refurend ce code d^int^lérance qu^elle av^it rqeté dans sa première colère, et décrète de nogr yeau jusqu^à cette peine dci «lort qu^eUf ayiM( combattue avec t£|nt de raison.

Poyr qu^uoerévoluUoa sinetteoie^t accomplii^ «e détourne «insi spontaff^ëmemt de sch^ but9re9i9 jusqu'^à son principe et rétablisse, $ou$ des noms nouveaux^ ce qu^elle avait attaqué d^autres,

il iàotou qu^elie se reconimisse |>our une grande, erreur ou iju^eUb seirouv^ ÀMm das cii^a&Uiac«ft extraordinaires.

C'est dans ce dernier cas que s'est trouvée la révolution de iSij, Elle s'est vue en face d'excès qui Font fait reculer avec horreur. Elle a trouvé dans son sein des hommes qui, forçant ses principes, ont voulu forcer par eux les institutions et les lois, et dans celte position, elle s'est hâtée de se réfugier sous l'aile dd pouvoir pour échapper à des amis trop chauds^ ou plutôt à des ennemis trop dangereux.

C'est ce retour volontaire qui a tant favorisé les progrès, ou si l'on veut, les usurpations du pouvoir. Les passions royales n'ont eu si hea» jeu à combattre et à se soumettre les élémens soulevés en iSij, qu'à la suite des alarmes causées par les passioDS pofNilaire84|fii étaient venues leeexploi* ter un instant. Quand les esprils supérieurs, les hommes-qui font les destinées des peuples, eurent à choitir entre rajoonementde quelques libertés et la ruine de toutes, leur choix était fait. 11 serait méflie pli|s jvste de dire qu'il n'y eut pas de choix. A l'aspect des doctrines que les passions populaires déduisaient des principes de lôij, l'option était foroée; ces doetrines, en eflbt, mettaient eii question toutes les institutions et par conséquent la destinée même des nations dH>ocideut.

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