On augmente sans cesse nos corvées, on nous
m accable ; oomAgnandoiiB on peu de udéranee
chrétienne, niais nons voulons continuer à servir comme nos pèresi confonnément à la parole de Dieu.
7 . Nous voulons aussi faire tous les services affectés aux biens que nous tenons des seigneurs, mais qn^on n^en demande pas davantage et qu^on De prenne pas au paysan pour ces travaux les heurea qu^il doit à la propre culture.
8. Les fermages de nos biens sont à tel point augmentés qu^on s^y ruine* Nous désirons qu^on les fiisse réviser par des experts, pour qu^l nous soit possible de les payer et de vivre nous-mêmes du fruit de notre travail.
9» On fait sans cesse des ordonnances nouvelles et ce sont toujours de nouvelles peines qu^elles instituent. Elles permettenl aux juges la malveillance et la faveur. Nous demandons qu'on s'en tienne aux anciennes lois de justice.
10. On a privé les communes de terres el de prairies qui en formaient la propriété. Nous les revendiquons, sauf à respecter lôi titres d^acqniaition légitime.
11. Quant au droit de main^morte, c'est une véritable spoliation des veuves et des orphelins, et nous entendons que désormais personne ne le paie plus et ne donne nipeUf ni beaucoup.
la. Finalement, nous déclarons qu^il est dans
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nos imeBlkmt de renoocer à tootas celles de noi
demandes qui ne seraient pas fondées sur les lois ds Diea et tendraient au prqudîce da prochain. »
On le voit, jamais insurrection n^eut la prétention d^étre plus iDoffensire, plus rationelle et plus religieuse. Aucune ne se dit jamais plus pure dans ses intentions ^ plus loyale dans ses moyens. La première celle-ci en appela au public parla presse. Là était sa puissance. Là aussi était le danger qu^elle présentait. Son impuissance, sa mort fut dans ses excès. Jamais insurrection ne fut plus violente. Au bout d^on an, elle cpii ne Toalaît pas de révolution, en fut à la république; et cette république était d^autant plus épouvantable que pour base elle prenait la communauté de$ biens, pour faite la théocratie. Déjà le plus habile de ces démagogues armés du fléau, Monzer, espèce de prêtre, gouvernait au nom de Dieu la ville de Muhlausen en Thuringe, tiaiidis qu^un autre, le paysan Rittel^ organisait les bandes d^Alsace, lorsque le duc de Lorraine accourut immo-- 1er ces derniers dans la vallée de CherviUer et que les princes d^ Allemagne se hâtèrent de terrasser les premiers dans les plaines de Thur^nge *.
. Les princes d^AUemagne, et surtout ceux d^«-
* En 1525.
mre eux qui avaîei^l embrassé les doctrines de A 5 1 7 ,
i ^'aient, à sévir contre les rebelles, Tintérêt le plus >^issaiitt Ces fanaiiqueSf aa début.de leur entre- >rise, avaient invoqué les doctrines de i5i7, et *ieii o^était plus propre à perdre un système que les. eoicès si honteux. Les chefs de la Réforme, dans la criiiote d'hêtre confondus avec des fanatiques qui parodiaient leur œuvre d^une manière si sanguinaire, dépassèrent peut-être les bornes de la modération et de la tolérance; mais leur douloureuse indignation doil leur faire pardonner un langage un peu acerbe. On peut transiger avec des faiblesses et des erreurs, jamais avec des o|h* nions qui se tachent de sang. Parmi les chefs de la Réfome, il en était un d'aune douceur extrême^ Mélanchthon, Phomme aux belles études, aux pnroles conciliantes, TËrasme de FAUemagne.
Ce fat à lui qu^unprinee, dont les sujets avaient signé la charte en dous^e articles, s^adressa pour avoir un avis consciencieux sur leurs demandes. Et voici la substance du mémoire que répondit le savant ; <( Si même les requêtes des rebelles étaient fondées sur les textes sacrés, il faudrait leur résister. Ils emploient la violencCi leurs ac^ tes sont impies. Ils prétendent refuser la dime par la raison qu^on refuse de leur prêcher le pur évangile. Hien ne justifie ce raisonnement. Que ceux qui veulent avoir des prédicateurs à leur
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goût les appettenl à leurs firais. Là dtme, ajoartent-ilSf est abolie avec les lois de Moïse. Mais la dime n^est pas due en Terta de ces lois; elle est
due en vertu de celles de notre pays. Quant à remploi des deniers publics y les paysans n^ont lien & y voir. Hs ne sont pas mieiix reçus en se refusant à la servitude au nom de la liberté chrétienne. Cette liberté n^a rien de oomman arec la liberté politique; elle est entièrement religieuse et' morale. Us ont tort aossi en demandant la chasse dans les bois dePétat; mais on pourra leur accorder quelque indulgence à l'égard des cor^ çées. Pour ce qui est des lois de pénalité^ ils n^oot rien à y voir, et le peuple allemand étant ( pour le moment sans donte) si bmtal^ si mauvais, si sanguinaire, loin de diminuer la rigueur des peines, on devrait peut-être les renforcer. »
Le cardinal Adrien, qui goirremait TEspagne au nom de Charles-Quint| dans sa correspondance avec ce prince n^a pas dû juger les rebelles delà Castille avec plus de sévérité; et pourtant, Fauteur de ce Mémoire lisait les lois et la république de Platon en berçant ses enfans. Il connaissait donc les plus belles théories de politique que conçoive Pimagination ; mais il les prenait sans doute pour ce qu^elles sont en eâét, de brillantes utopies qui manquent d^application. A en juger par les paroles que nous venons d^enten-
dre, il ne pensait pas que le moment d'un progrès quelconque dans sa vieille constitution fût arrivé poor rAlIemagne ; et son ami, le chevalier d^Hutten, qui fut, en paroles, le Padilla de TAllemagne, était sons doute, au ibnd de son âme, du même avis. Quant à Luther, il était personnellement trop intéressé dans cette affaire, pour ne pas y prendre également sa part. Il adressa d^abord une brochure de conciliation a la noblesse et aux paysans. Mais plus son langage conseillait de transactions, moins il fut compris. Quand le réformateur vit qu'ail s^était trompé, que rautoritén^entendait céder en rien et que les paysans prétendaient tout obtenir par la violence, il perdit le calme nécessaire pour bien juger cette grande question. Il fut surtout à tel point irrité contre les rebelles qui invoquaient son nom que, dans sa colère, il qualifia diwre et de /du tout le peuple allemand. Au fond de ses boutades et de ses emportemens il y avait pourtant plus de justice que dans les jugemens plus classiques mais plus timorés de son collègue, et tout en traitant les rebelles avec une hauteur digne de Henri VIII, il invita les pouvoirs temporel et spirituel à alléger un peu le joug des nations.
La vraiesource du mal n^était ni dans le mauvais esprit du peuple, ni dans les mauvais principes de Tautorité; elle était dans les mauvaises institutions I. i4
du pays. L^AUeniagoe, <i celte époque, était pirivée de tout qui faUaît aillaura rorgucU dm pcor pies et la force des souverains, de ces fortes garanties d^union, d^ordre et d'écoaoïoieY quedoone une représentation nationale plus ou moiiia complète. L^Anglelerre avait des chambres; les parlemens et les états-généraux faisaient la gloire de la France; d^autres pays possédaient des institutions analogues. La seule Allemagne^ sauf les ▼illes libresy en était privée* Ses diètes anbulantes étaient des congrès de princes: telle est aujourd'hui la diète de Francfort. Les bourgeois n^j frguraient pas. Aucun de ces intérêts matériels qui les touchaient de si près et qui étaient leur affiiûce majeure n^occnpait Pattentionde ces assemblées. Le peuple allemand ne semblait avoir aucun droit. Quand Charles-Quint viola les privilèges de rAllemagne, c'étaient ceux des princes. Dans cet état de choses et vu Texcitation générale de Tesprit public, accorder au peuple un peu d'inc/ul-' gênc0 à l'égard des auvées^ c^était vraiment lui accorder trop peu^ Juste peut-être au moment une révolte, ce principe ne Tétait plus après. Audessus et à oôté du petit nombre des rebelles, se trouvait une population plus respectable et plus Bombreuse^ qui avait des droits à faire valoir. Il n^était pas à erakidre sans doute que celle-là prit les armes pour se faire justice \ les honnêtes
gens ne traduisent pas leurs griefs en coups dé haehe; meîs leurs doctrines souvent sont pooi^ les autres un aveu tacite pour des entreprises téméraires; et des bommes d^état plus habiles que Ceux de rAlIemagnè, eussent fait quelqtie ehtmt après la bataille de Mulhausen. Les gouverne^ mens n^ont pasla mission d^étre, sentinelle perdue, en avant du progrès des idées ; mais, providence sociale, ils ont robligation d^embrasser Thorizon politique jusque dans ses limites les phis reculées et de suivre toujours la hauteur des besoins du temps, pour ne jamais se briser contre ses nécessitéi. Leur droit est de s^opposer k tonte révolntion; leur devoir est de transiger sur toutes les réfonnes.
Dans les douze articles des paysans il y avait de mauvaises choses, sans doute^ mais il y en avait aussi de bonnes. Bn accordant les unes, on était assez fort pour refuser les autres. Le droit «cdusif de chasse et de pèche était vexatoire; quelques modificattons apportées à ce droit, et les paysans consentaient à ne pas élire les minis-* très delà feligion. La pénalité était horrible, les corvées ruinaient le fermier ; quelques adoucisseaaens apportés à ce système donblement malavais, et les paysans payaient la dfme. Ces transactions honoraient Tautorité. Celle qu^on propo«* sait, un peu d'indulgence à Végwrd des corvées^
ne pooTNÎI satiiiWîre. Il parafl qu'elle irrita les
disciples de Muazer. Daos leur irritation ils examinèrent plus attentivement les droits de tooi le monde et, au bout de dix années d^une sourde agitation, il éclata un soulèvement plus fanatique, pins épouvantable et mille fois plus périUeux que le premier.
Autant les dootrineu àe i526 s'étaient Soignées
de celles de i5i7, autant celles de i535 dépassèrent celles de la guerre de Souabe.
. Passons sur le c6té religieux des nouvelles doctrines; disons seulement, pour mieux en faire saisir le côté politique, qtiel pas on avait fait dans rintervalle. Dans cet intervalle, en efet, une foule d^Apôtres rustiques et de docteurs de chaumière avaient découvert que la révcdution de i5i7, faite par des hommes qui ne savaient pas aller jusqu^aux con^uences dernières, nîétait qu^one décreption. Ses cheft n^étaient que des prêtres sous un autre nom» mais toujours pleins encore de papisme; ses doctrines cS- ' fraientune autre scolastique et sa liberté une servitude plus complète; son avenir était compromis; rœuvre entière, à refaire* On était résolu à la recommencer. On recommença en i535, et cette fois, pour en finir avec le despotisme, on supprima toute espèce d^antorîlé, en religion, en gouvernement, en admiijiistration. Sacerdoce,
temples, culte, distinction de rang et de fortune, force armée poar veiller à Torde matériel, religion du serinent pour garder Tordre moral, tout
. fut aboli d'UQ seul coup* L^Evangile était désor«mais à la fois la loi unique et Tunique pouvoir
j du monde. Pour le comprendre n^ avait-on pas une lumière nouvelle ? Une inspiration extraordinaire ne descendait-elle pas sur ceux qui devaient
j Texpliquer à leurs frères?
Il faut le dire, une piété sincère et une mer-
^ veilleuse bonne foi se mariaient à cet excès de
, Êinatisme, comme dans les douze Articles.
Telles étaient les doctrines qu'Hun parti nom«brenx, composé principalement de gens do peu-
, pie, d^arlisans et de fermiers, parti désigné sous ^ le nom d^ Anabaptistes, proclama dans la ville ^ de Munster dont il avait su s^emparer, et où il ne ^ tarda pas à établir le gouvernement le plus des-
potique et le plus immoral qu^on eût jamais vu. ^ En eHet, deux de ces démagogues radicaux,
ua boulanger et un tailleur, firent de cette ville ^ épiscopale le siège d^une théocratie d^abord réj publicaine , puis monarchique , qui ne recula
devant aucun crime à commettre, devant aucun |. projet a concevoir. Pour affranchir Thumanité, , c^est-à-dire.pour soumettre le monde entier à leur
gouvernement, ils instituèrent une véritable pro~
pagande. Douze émissaires furent députés dans
divers pays, daw toute rAUemagbe^en Holkin^,
en Suisse, en Alsace^pour y soigner rinsurrection de concert avec ceux qui dqk la préparaient. Partout o& elle put aborder, cette propagande annonça le rétablissement du royaume de Sion.
Cétail le gouTèmement de Munster^ Promptement réprimées, écrasées par Févéque de Munster aidé des princes du Nord, ces doctrines ne parvinrent à se constituer nulle part; mais la fermentation continua long-temps encoret et la situation de r£urope fut grave. Tous les pays étaient troublés, les uns sortant de FémeutCt les autres à la veille d^une guerre civile, d^autres encore en face d^une révolution. Et tous les esprits étaient en émoi, et toutes les doctrines en question et toutes les lok, toutes les institua lions étaient attaquées dans les chaumières au nom de la loi de Dieu! Certes^ nous avons vu de nos jours des doctrines mauvaises et périlleuses; mais, certes, de celles qu'on a essayé de traduire en institutions, aucune n^a offert le danger de celles qui nous occupent; aux théories modernes les plus exaltées manquaient à la fois cet enthousiasme religieux et cette conviction profiMide qui caractérisent les opinions de i535.
Le pouvoir comprit ses périls. Dix ans plus tôt, après avoir é c r asé les paysans de Souabe, on s*était cru sauvée U n^en fut pas de même après la
bataille de Munster, et pour anéaotir les restes d^uo parti si audacieux, où reerarat aax peines les plus rigoureuses. On emprisonna les uns, on livra lea aaires aux derniers sapplioes» Cétail la doctrine, Id loi du temps : la peine de mort pour la révolte religieuse, comme pour la révolte civile. Un seul prince, le landgrave de Hesse, répugnait à cette rigueur ; mais il finit par s^ faire à son tour, et pendant trente à quarante ans la peine de mort fut prodiguée en Allemagne avec une frénétique frivolité.
On suivit k peu près partout le même principe à Pégard de ce radicalisme religieux ^t politique. Cependant on peut distinguer, sous ce rapport, les divers états d'Europe en trois catégories. La première se compose des pays du Midi où la forme ne fut pas admise : là les Anabaptistes demeurèrent inconnus; on n'y avait pas voulu le progrès de i5i7; il n'y avait pas lieu d^examiner celui de i535. La seconde embrasse ceux des pays du Nord où les niveleurs ne trouvèrent pas d^élémens particuliers de révolte, et d^ou ils furent expulsés facilement : la Suède et le Danemark. La troisième enfin, est formée de deux pays où ces doctrines, se rattachant à d'autres élémens de fermentation, contribuèrent plus ou moins aux plus violentes révolutions : ce sont l'Angleterre et les Pays-Bas.
En Angleterre les dodrines des niveleHn^ je demande à pouvoir me servir de cette exptession
quoiqu'elle soit un peu moderoe^ firent peu de progrès dans cette période; il y eut pourtant beaucoup d'Anabaptistes en Angleterre à Tépoque de la grande révolution de ce pays, et dès ces tempsHsi nous en trouvons parmi les victimes des lois de Henri VIII. Aucun pays d'Europe n^était mieux préparé que FAngleterre pour les doctrines des rebelles de Souabe et de Westphalie. Henri VU avait irrité le peuple par son despotisme, par son insatiable cupidité, par ses exactions perpétuelles. Depuis Tavénement de son fils un despotisme plus lourd et des exactions plus intolérables pesaient sur cette noble nation, qui, eu parlant à la royauté, veut bien mettre un genou en terre, mais qui veut aussi que les droits de la couronne respectent les privilèges de l'humanité. Or sous Henri VllI la couronne ravissait au peuple, avec une avidité égale, les droits et la fortune* La presse d^ argent, les demandes et les exactions de bénévolences ne cessaient pas un instant. Aussi les paysans d'Allemagne n'étaient pas encore écrasés dans les plaines de Thuringe, quand ceux d^ Angleterre prirent les amies pour s'opposer à la levée^d'un impôt odieux, iâ25*
Déjà' l'année précédente le Parlement, outré des demandes sans cesse renouvelées de Wolsey,
fastueux ministre d'un despote opulent, avnit résisté à ses bills. Henri VIII lui-même connaissait si bien le mécontentement qu'^excitaient ses spoliations, que, pour désarmer la colère publique, il crut devoir lui jeter pour victimes deux ministres, instrumens trop dociles de son prédécesseur. Mais, loin d'^éteindre cette soif de vengeance qui dévorait le peuple, Pholocauste qu'ion lui offrait ne fit que Tirriter davantage. Un supplice ne remboursait pas les dettes que le monarque avait contractées envers ses sujets, et qu'il s'était fait remettre par ses parlemens. Sauf le fameux dilemme appelé la fourche de Morton : « Vous V vivez avec magnificence, et dans ce cas vous » pouvez donner de votre supeiflu ; ou vous viy» vez avec économie , et dans ce cas vous devez )i avoir des épargnes, » les nouvelles exactions étaient les mêmes que sous le règne de Henri VII, et, comme avaient fait les ministres de ce prince, ceux de son fils forçaient les citoyens à s'imposer bénévolement.
Sous les règnes d'Edouard, de Marie, d'Elisabeth, la levée des impôts fut plus régulière et l'emploi en fut plus sage \ mais l'absolutisme que semblait affecter le gouvernement, l'oppression qu'il faisait peser sur la liberté religieuse, Tintervention qu'il se permettait dans les élections, et même dans l'administration de la justice, conli-
nuèreat à grossir ks doléances ei les haines populaires, et sur ces mécontentemeDS s'^établirent les plus mmiTaises doctrines, celles des niTeleors ou des Anabaptistes, celles des adversaires de toute loi ou des Aatinomiens, celles des antagonistes de toute aalorité en matière de religion on des ludépendaos. Dans un pays qui a deux constitutions, la grande charte des Tienx temps et ie bon sens en permanence, ces maotaises doctri-> ness^émoussaîent néanmoins contre Tune ouTautre, â les fautes du pouvoir ne venaient ajouter au fanatisme de ces puissances. Malheureusement ees fautes furent énormes sous les successeurs d'Elisabeth, et alors dut éclater nécessairement Forage qui s^amassait depuis si long-temps iur rhorizon moral et politique de TAngleterre.
Dans les Pays-Bas, les doctrines de i525 et de iâ^ trouvèrent encore plus d'élémens de fermentation qn'aillenrs. Aussi établirent-elles là leur foyer principal, et avec les fautes du gouvernement elles concoururent à j faire éclater la première des révolutions modernes.
Les Pays-Bas étaient pour Charles-Quint en partie des états héréditaires, en partie des provinces réunies par lui à cet héritage. Une affection spéciale liait ce prince à ces riches contrées; ct*pourtant les libertés dont elles jouissaient étaient celles de toutes qui le gênaient le plus.
Aspiraii-il ayant tout a être seuji maître ehèz
lui? S^irri tait-il de cette vieille mutinerie de Flandre plus que de Tesprit de révolte qui agitait la Caslille ? Les airs d^indépendance qu^afiectaient ces petites républiques lui donnaient -ils plus d^humeor parce que sans cesse elles Tobligeaient à détourner sur elles des regards qui avaient à planer aar Wittemberg et Rome, sur Constanti- Qople et Paris, sur Madrid et Mexico?
Quoi qu^il eu soit, il en voulait aux Pays-Bas, et en raison même de leurs privilèges.
Ces privilèges, sans être exorbitans, étaient remarquables. Dans chaque province, des états composés de députés des trois ordres assemblaient aussi .souvent que Texigeaient les intérêts publics, et sans leur concours le prince ne pouvait ni lever les impôts* ni £iire la guerre, ni changer les monnaies, ni introduire des lois nouvelles. L^administration était à tel point Taffiiire du pays qu^aucun étranger ne pouvait y prendre part, et que chaque province réservait pour ses enfans les emplois qu^eile avait à don^ aer. La souveraineté était héréditaire, mais, avant de la recueillir, le prince devait jurer le maintien de la constitution A ces privilèges, qui constatent d^ailleurs unct
* iîroUus, lib. i, 5*
civilisation peu. avancée el ce même fraclionne-^ ' ment des forces de Télat qae nous avons déjà signalé dans les principaux empires de Tépo— que, les diverses provinces attachaient une impor^ tance extrême. En théorie ces institutions étaient loin de valoir celles de TAngleterre, mais en pra^ tiqne elles étaient plus utiles. Elles approchaient j davantage de la représentation directe qui dis- | tingnait la constitution de la Suède, seul empire où le plus laborieux et le plus honorable des divers ordres de Pétat, celui des paysans, ait ob- I tenu jusqu^ici des délégués spéciaux. Aux Pays- Bas chacune des provinces tenait à ses droits f avec d^autant plus d^enthousiasme que ces droits Tariàient et se nuançaient davantage de ville en ville. Le£rabant, par exemple, passait pour être la . terre classique de la liberté, et les mères, pour assurer à leurs enfans la jouissance de ses privilèges, s^y rendaient au moment de leur donner le jour. Ainsi, dit un historien du pays, on transporte dans des climats plus fortunés les plantes qu^on veut ennoblir*.
Les droits du prince elles droits des états étaient I si nettement sus de part et d^autre qu^il était difficile d^envahir sur les uns ou les autres.
Cependant plusieurs provinces avaient. prc^té
* $lrada, (U Belle Belgieo, lib. lî, H.
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de diverses circonstances favorables pour étendre leurs anciennes franchises et s'en donner de nouvelles. La Hollande et la Zélande avaient
1 l'Il
lui arracher des lettres-f)atentes qui les rendaient à peu près souveraines. La haute cour de Matines s^était procuré Tindépendance. La ville de Gand, dans un moment favorable, avait traîné à sa barre même des serviteurs de la princesse; on avait poussé la hardiesse jusqu'à décapiter sous les yeux de leur souveraine des hommes qui n'étaient justiciables que d^elle.
De son côté, le gouvernement avait usurpé sur les droits des provinces. Maximilisn, pour se venger deTaffront qu^elles loi avaient fait h la mort de sa femme, en lui refusant l'exercice de la souveraineté en toute autre qualité que celle de tuteur de ses enfans, avait frappé le pays d'impôts extraordinaires, donné aux étrangers des places éminentes et occupé les viHes par les troupes de son père Frédéric III. Sans une mesure extrême, les libertés publiques étaient anéanties. Mais, en ce péril, la ville de Bruges n'avait pas hésité ; elle avait mis la main sur le prince ^ elle Tavait conduit en prison; il n'en était sorti qu'après avoir juré les libertés qu'il venait d'enfreindre *. Noble
et haut sentiment des devoirs et de la dignité d^un peuple. Et oombîeQ od a décha de ces temps !
S^ÎDsorger poar btrnrir ou assassiner, Toilà le progrès de notre décadence. Nous sommes deve* nos trop faibles pour garder de la mesure, pour savoir à la fois résister aux intempérances du pouvoir et enchaîner les nôtres.
Dans un pays qui avait pour doctrines de tels précédens et, disons-lci de telles vertus, il n^était pas aisé de concentrer les pouvoirs» de tuer Te»prit de cité. Au commencement du seizième siècle cela était plus difficile que jamais. A cette époquci une opulence qu'ion pourrait appeler fiibuleuse et qui fut réelle, donnait aux bourgeois des grandes villes une puissance presque royale. Fruit d^«ne industrie propre au pays et d^un commerce qui embrassait le monde, ces richesses inspiraient à la fois renîvrementd^uae fortune ét akai d^une création.
Ce fut pourtant à cette époque, et quand les nouvelles doctrines, jointes aux nouvelles décou» vertes du temps, inspiraient aux bons Tenthou' siasme du progrès, aux mauvais la frénésie des
révoltes, que Charles-Quint résolut de dépouiller les Pays-Bas de tout ce qui, à leurs yeux, faisait la gloire de leur yie morale politique.
Depuis long-temps on se défiait de sa puissance, de ses plans, de ses armées. Cependant, fort de
sesdroitSi de ses biens ei de ses vertus y sachant op* poser des digues même à rocéan, le peuple comptait opposer aux envahissemens du prince sa vieille coostitutioo. Quand on le vit coup sur coup lever de nouveaux impôts, introduire dans le pays des troupes espagnoles, confier les emplois à des ^ étrangersi fausser la justice et soumettre la cour de Malines au conseil royal de Bruxelles, on fut étourdi et on plia. Il n^est pas d^instîtutions qui aient force contre la violence, les Bataves le savaient. Ils savaient aussi que de simples pro^ testations. seraient inutiles, et ils n^en firent aucune.
Leur salut était ailleurs. Ils le cherchèrent en eux et dans les principes de iSiy. Ceux de i535, plus énergiques et plus puissans , auraient jeté contre le colosse impérial toute la population du pays ; mais ces doctrines avaient déjà fait trop de progrès dans le bas peuple pour que les rois des cités n^en fussent pas inquiets. Le nivellement des rangs et la communauté des biens flattaient mal des gens qui devaient à leur travail une grande richesse et une position élevée. Il n^en était pas de même des doctrines de i5i7, qui dans Torigine avaient inquiété également, mais qui se pré* sentaient sous un jour plus favorable depuis que, dans plusieurs pays, surtout en Allemagne, en Suisse^ en Suède, en Angleterre et en Dane-
luai'ck, elles étaient arrivées à un état de choses plus régulier. Ces doctrines offraient évidemment un moyen de salut, et Ton s^en avisa d^autant plus vite, que déjà dans les provinces du nord elles avaient fait plus de progrès* En effet, dans ces contrées les esprits y étaient généralement préparés. La Presse, jeune encore, mais au* daciense dès le berceau, et le Théâtre, encore grossier, mais d^iutant plus libre, avaient depuis long-*temps ébranlé les vieilles institutions. Des bandes de chanteurs, de comédiens et de harangueurs avaient, en parcourant le pays, versé le ridicule sur les hommes et les choses; ils avaient semé le doute dans les populations, ens^adressant à la fois aux consciences et aux bourses, aux pas* stons et à la raison.
Charles-Quint, transigeant avec les idées ou les nécessités du temps, sauvait le pays et son trône de toute commotion. Mais comme la plupart des hommes d^état, ce prince, ne voulut jamais connaître que deux façons d^agir : la violence, où il était le plus fort; la négociation, ailleurs. Charles consentait bien à négocier avec TAlle-» magne, pays grand, et puissant contre lui par ses divisions mêmes. Quant aux Pays-Bas, il entendait qu^ils se soumissent k toutes ses volontés. Se sentant le plus fort, il accabla et les Belges et les' Bataves ; il leur dicta du moins les lois
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les plus rigoureuses; il leur défendit de lire PÉvaugilej de tenir deg réunions de piété, de «»miw
TRKT8NIR A TABLE DES DISCUSSIONS DU JOUR. Et CC
fut pour punir de tels crimes qu'il créa dras chaque province des tribunaux spéciaux.
Pendant que les sujets de TEmpire avaient la faculté de dire et de croire à peu près ce qu'ils voulaient, les sujets de Charles-Quint dans les Pays-Bas éuient punis de mort quand ils s^arîsaient de prendre les mêmes libertés. Tout habitant convaincu d'avoir répandu les nouvelles doctrines on assisté seulement atix réunions où elles étaient prêchées, encourait le supplice de la décapitation. Les femmes qui partageaient ce crme étaient enterrées vivantes. On accordait de Tindulgence au repentir; mais cette indulgence se bornait k on genre de mort nKMns violent*.
A ses mesures judiciaires Charles^uint ajou^
ta des rigueurs administratives; par exemple, tout employé qui montrait quelque penchant pour les principes de i5i7 était frappé de destitulion.
Il faut le dîre^ Cbarles^^uint et les ministres de son gouvernement ne furent pas les seuls barl>ares. Parmi les hommes qm professment les
• De Thou, UtBior. Pars 1, lib. V. ^ Grotius, Vih, 1.
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nouvelles cliietrioes, quelques-uns ne i^tknh^ saient les suivre que pour se livrer au désordre sous une bannière quelconque. Ces gens, chaque jour, commettaient des actes d^un vandalisme effroyable; arrachaient les prêtres et les reli*gieuses des couvens et des presbytères ; renversaient les autels et brûlaient les temples. Maisy opposer à la violation de toutes les lois la violation de toutes les institutions d'un pays, c''est proclamer Tétat de guerre et en accepter les chances; c^est, de la part dn prince, abdiquer le pouvoir, sauf à le conquérir. Charles-Quint se mit à peu près dans cette condition; il se plaça da moins sur une de ces pentes qui n^offrent plus aux souverains d^autre point d^arrêt que rabime.
Cest un spectacle d^one grande instruction que le vainqueur de Tunis, d''Alger, de François I*% de Clément VII, de Frédéric de Saxe, de Philippe de Hesse, se brisant contre un petit peuple qui veut la liberté des doctrines morales*
Charles essaie de ce tribunal d^Fspagne dont le seul nom épouvante depuis Ferdinand V. Un soulèvement général repousse cette justice barbare, et alors Charles descend h la ruse. II déguise rinquisitioD. Cachée par des conseillers . habiles sous des formes moins répulsives, elle est combattue encore ; alors Charles descend jusqu'à transiger» U transige avec les négocians d'An-
vers. Ces négociant lui font la loi. Ou il leur don^ nera un tribunal à part« au ils quitterout la yillew
Les: habiians des' aufares. provinces- sont moifis forts et moins heureux. Cinquante mille tètes y sont liirrées .par les tribanaux à ta politique» Le nom de Oharles-Quint, qui'ouyre aux com-* aperçantes cités du pays toutes les mers et tous les ports du inonde, conjure, pendant la durée de son règne, les haines que provoquent ces massacres réglés en cour de justice* Mais quand cette grande gloire et cette immense protection viendront à manquer; quand les niveleurs auront reçu des mains de Menno Simonis des mœurs plus calmes, des doctrines pjus pures et une organisation plus régulière ^ quand on aura vu Marie Tudor mettre sa main souillée de sang dans celle de Philippe II| souillée de sang aussi, aucune considération alors ne pourra plus arrêter des gens qui lisent dans les Livres saints : Tu OBEIRAS ▲ Dieu PLUS Qu^ÂUX HOMxMEs, et quî entendent cés paroles dans Pintérét de leurs passions comme dans Fintérêt de leurs droits.
Quand on suit ainsi, dans les diverses classes delà société, les doctrines de Fépoque, et qu^au bout on se trouve toujours en face d^une catastrophe, c^est avec une sorte d^anziété qu^on se demande si, au milieu de tant de passions et de violences, il ne se trouvera pas quelque sage
ffmi^ m don de voir Pabliiui qu'on creuse partoat| joigne la puimince d^arrèter sur le bord cens qui conrent •' j engloutir lee uns après les
autres ? Cesi naturellement dans les écoles qu^on cherche ce sage; et quand là non plus on ne le rencontre, on préroit que des catastrophes seront les seules leçons que recevront ces aveugles.
Digitizec Ly v^oog|e
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