CHAPITRE SECOND
APPLICATION DXS DOCTEIMBS DE ESFESSSION AUX PAIS*
BAS. uYOLunoH DB i565. — mmojcTum v
PBILIPPB II A PHILIPPB III.
Des deux systèmes contraires^ qui se trouvent en présence pendant cette période, c^est Philippe U > qui conçoit le plus nettement Pun; c^est le peuple des Pays-Bas qoi saisit le plus nettement Faaire. Cest à ce peuple que Philippe essaie d^appliquer ses doctrines; c^est contre Philippe que ce peuple fait valoir les siennes* Là, sur ce théâtre, sejm ' le grand drame de répoque; là est Tintérét nio- | ral et politique de TEurope. Ailleurs se troayent en présence des principes semblables ; nulle part i ib ne se dessinent avec la même précision ni < arec la même hardiesse. Ce qui se passe eo France, ce qui, en Angleterre, en Ecosse, en Al- 1 lemagne et en Italie agite les esprits, nVst qu^one pâle imitation du terrible duel qui ébranle 1^^ Pays-Bas, qui en remue le sol jusque dans \
fondemens et en fait jaillir, au bout de quarante ans, une république, riisfae et pnlnante dès sm
origine.
DaDs rbistoire d^aucun pays^ d^aucuo peuple,' d^auean prinke ne se tronveDl des pages plus imposantes que dans Tbistoire de cette lutte. PoQirfes, vmièt^raoê appteDdre Vmt^ de démcdir et celui d^édifier; princes, voulez-vous qu^on vous enseigne Tart de résister et Tart de çéder, ou même oebU de saceoQAber sans fléebir? méditez rbistoire de la première des révqlutions flsûdenies»
Les leçons qa^elle présente ne sont plys les froides tbéories de la Renaissance sur la vieille wtkHotTsâS» de la Grftce qui eombal la vieille démocratie d^Athènes ou sur Téternelle dispute des pairioicli« et des prolétaires. Ces classiques bistDinto et ees théories antiques ont fait place à un monde nouveau, ou ne serait écouté ni le sécbcîeuE disooiitB du conseiller La* Boélie, ni la platonique utopie du chancelier Morus. Ce n^est plus ni de réminiscences littéraires ni de rêveries sookiles quMl s^agit ; il 7 a stfr la scfcne ùne riehe boargeoisie et ^ue aristocratie puissante qui, d'an oômman eMfirdi dcfmandënt au 41s de Charles-Quint à jouir de tout ce que le progrès du temps a joiiit aux vieux droiis du pays, et en fteesemoatrelepremerniénârqaédil temps, qui-
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dédarei que doctrines noavelles et institutions anciennes, tout doit disparaître devant sa
loDté, religieuse et politique, unique et immuaUa*
Voilà les combattans, Tobjet et le théâtre da duel.
La lutte dora quarante ans. Elle oonunença
au moment où Philippe apparut sur TJiorizon politique*
Entre lui et les Pajs-^Bas la dtôanoe avait
même précédé les premières relations. A son avènement aux affaires, on avait dressé m ser* ment plus explicite que n^en avait prêté aucun de ses ancêtres. On lui avait fait jurer non-seulement qu^il respecterait tous les droits et tons les usages du pays, mais encore qu^il serait un prince juste et bon^ De leur côté,, les États ne lui avaient prêté leur serment qu^aveo cette res* triction, qu^il se conformerait à leurs privilèges; on n^avait promis Tobéissance qu^à la condition que ses ordres seraient toujours doonés dans les limites de la loi*
. Ces précautions indiquaient clairement une
hostilité latente, et après ce qui s'hélait passé entre Charles-Quint et le pays^ il était impossible qu^'l n^y eût pas de défiance. Cependant ni Philippe ni le pays n^étaient inquiets. Le pa js savait résister et mieux* Philippe, avec la force
de son génie, Penlhousiasme de ses croyances, le secours derinquîsition, des décrets de Treote, des jésuites et des trésors du NouTean-Monde, ne pouvait redouter le conflit. Il devait désirer, au cootrmre, nue i^neoutre franche et furompte aTCC ce génie du siècle qu'ail haïssait comme Tau leur de tous les maux et quMl était appelé, lui, k terrasser s^il pouvait Pèlre. Loin de manquer de courage, Philippe, on le sait, joignait à Penthoariasipe tout ce qui peut conduire au fiiBatisme.
Cependant Philippe n'^agissaît pas en aveugle* Autant ses convictions étaient immuables,- antant ses résolutions étaient réfléchies. Il savait tout ce que le nouveau système avait de puissance, et de toutes les ressources que lui fournissait Pan-* cien, il employa d^ abord celle qu^aimait le plus son père, Part de diviser. Plus que ne Pavait fait le moyen âge, il sépara les divers élémens du corps social, le clergé, la noblesse, la bourgeoi-» sie, le peuple. Le clergé, il en fit deux parts, combla de faveurs et de distinctions Faristocratie de PEglise, et mit aux pieds des prélats le simple prêtre, Phomme de la paroisse. La noblesse fut divisée de même. Il ruina les grands par les honneurs les plus dispendieux; les petits, déjà dé* vorés par les dettes, il les relinl dans leur misère. La bourgeoisie des cités opulentes, celle qui
concentrai dans ses comptoirs k commerce dn
monde et remplissait le fisc public parles droits que réiai prélevait sur ses opérations, il la ménagea, il la pirotégea même. Do péople qoi formait avec la noblesse pauvre le véritable élémeni de trouble, il fit Tobjet ^>écîai de sa diaci|dhie politique et religieuse.
Cependant devant le monarque rien n'^était grand, et star tontes les classes de la société, sur toutes les intelligences et toutes les consciences, il était résolu d^étendre le même empire. Au moyen d^me armée espagnole et du tribunal de rioquisition dirigés par un ministre et un g^ou- Terâeor étrangers, sa pensée relîgiense el p#Utique devait être Tunique pensée qui régnât dans le pays. Son système, en un mot, était le panthéisme de la royauté;
L^armée espagnole bien établie dans le pays, tout était fait pour loi, il le savait. Les Euts le savaient aussi, et la lutte commença sur ce point. Au nom de leurs privilèges et de- ses sermeas, les Etats demandèrent Péloignement des troupes espagnoles, et appréciant toute Timportance d'un succès ou d'un éekeo, ils prirent dis le débot une attitude qui ébranla le cotasse auquel ils s'attaquaient. Philippe fut à tel point saisi d'une demande présentée avec le calme d^uiie résolotion immuable, qu'il ne trouva que la ressource
de prooiettre avee Piatentioa d^ânder. Il tenta
d^éluder, en effet, en proposant le commandemeol de sea troupes aux fararis de la nation, au prince d^Orange et au comte d'*Egmont; mais ces deux hommes n^ étaient les favoris du pays que par ramaor passionné qu^ils portaient à ses privilèges; ils comprenaient celte position, et ils refosèrent Tinsidiense bienveiiLance du moaar» que, pour ne pas concourir à la violation des lois» Philippe céda. Cédant plus tôt, il se fût épargné la di)uléttr.'d?entendre ces rudca aceens d^'ndépendance que le syndic de Gand fit retentir, eo sa préseilce, devant les états-généraox. « Pourq«6i des naias étrangères ? veut<-on nous dire que nous somoies ou trop frivoles ou trop IMP R9DBtis pour garder les armes dans les nôtres ? Il est dans le pays el à ton service, beaucoup de l^raves gens a qui ion père, dans des temps difficiles, a eonfié la république* Pourquoi douterais*tu d^une iidélilé qu^ont éprouvée tes anoéii^s?» '
Lorsque, étourdi encore de ces graves paroles, Philippe s^ écria ea quittant la salle : a Je suis étranger aussi, quW m^expulse dônc moi aussi,*» il ne considérait pas que dans ce mol il donnait une formule aux vœox du pays^ Deux jours après il promit de le satisfaire dans Tespace de quatre
mois^ et tout ce qu^il put gngner fut de ne tenir sa parole qu^au bout de dix-huil.
Dans Tissue de ce premier combat est donnée rissoe de toute la lutte. A toutes les pensées de Philippe, à tous ses moyens de gouvernement, le pays opposa constamment le même amour de ses droits et la même énergie de résistance, et comme dans ce premier débat, Philippe succomba dans tous les autres.
Pour faire régner sa pensée religieuse et politique sans troupes étrangères, il lui fallait au moins un premier ministre btun gouvemeur-gé-^ néral étrangers. Il est vrai que l'opinion du pi^ys appelait au poste de gouverneur le prince d'Orange ou le comte d'Egmont ; mais précisément parce que ces personnages représentaient les libertés et les voeux du peuplé, il était impossible que Philippe, dans son système, en choisit Pun ou Tautre pour en faire le dépositaire de sa pensée. Pour eoncentrer en ses mains toute la puissance et toutes les affaires , il fallait mettre à la tète du pajrs un personnage qui se contentât des vains honneurs delà représentation et en seconde ligne un agent dévoué, qui n'appartint qu'au monarque. Philippe choisit dans ce sens. Il nomma au gouvernement sa sœur naturelle , la duchesse de Parme, qui devait se borner à figu*
rer au premier raog, et il appela au minislire le l>ourguîgnon Pércnot de Granvelle, évêqued'Arras, qui était la représentation pure et simple du système de son maître.
Les moyens qu'ail mit à la disposition de la régente et du ministre étaient combinés avec la même adresse.
J^ux derniers Etats de Gand^ surpris par la manifestation si unanime et si énergique des députés en faveur des* privilèges du pays, Philippe avait promis qu^il prescrirait aux personnes chargées de la poursuite des nouvelles doctrines les ménagemens les plus affectueux, mais il avait déclaré aussi que jamais il ne transigerait avec oes doctrines. <c Plutôt ne pas régner cpe régner sar ceux qui les profess<Nii : » tel avait été son dernier mot.
Ce dernier mot, les Etats, tout en se proposant de le combattre, le considéraient comme un vœu honorable, mais fugitif, dans la bouche d^un jeune prince. Pour Philippe, au contraire, ce mot était toute une religion, une existence, un système ; et Gran vdUe eut pour mission princi^ pale, disons mieux, pour mission unique, de le réaliser.
L^Inquisition était Tunique moyen qu'il pût employer à cet effet} mais ce tribunal, on ne pouvait rétablir que sous une forme acceptable pour le
Digit
pnys. Philippe Tobtiat da Saint-Siège sous une forme de cette natore, au moyen de Iraze évè-
chés nouveaux. En effet, à chacun de ces évèchés étaient adjoints neuf prébendim, doeteurs en droit ou en théologie, chargés spécialement de la poursuite des nouvelles doctrines; et, audessus des quatre évéques anciens et des treize évêques nouveaux s^élevail Granvelle, archevêque de Malines, ajant le pouvoir énorme de proposer et de déposer ses confrères sous rautoriié du Saint-Siège; c^estr*à-<lire que k même homme était à la fois monarque et ministre, pontife et inquisiteur suprême.
Mais aussi dans Ténormiié de ces pouvoirs et dans les excès d''usurpation où ils conduisaient naturellement, était la ruine du système et celle de son agent. Concentrant en ses mains toutes les afiaires d^un gouvernement qui blessait tous les droits, et. que n^osaient défendre ceux mêmes qui en partageaient les opinions, Granvelle cumula contre sa personne , et en raison même de sa qualité d'^étranger, si précieuse pour son maître, toutes les haines, toutes les calomnies, toutes les intrigues. Dès le jour de sa nomination, son ex-* pulsion fut résolue dans le pays ; mats comment y arriver? Un précédent était établi à la vérité: la ville de Bruges, pour forcer le prince d^Autriche de renvoyer des étrangers, Ta vait conduit en
prisoo. Le droit d^expulser les étrangers était formeL Mais le nojen de le faire valoir par cm fait de plus manquait au pays. Le courage de ses premiers citoyens, des pripcipaiiz membres de son gratid-conseil) ne lui manqua pas. Sonteaus par Topiaioa généralci par les murmures «t les résistances de» chapitres, des villes, des' moines, des prêtres (tous mécontens des nouyeauxéyêphés qu^oa avait établis à leurs dépens), le prince d^Orange, les comtés de Some et d^Eg* mont, membres du conseil d^£tat, adressèrent au Toi im mémoire poar demander le changement du ministre.
La démarche était nouvelle, le monarque ré^ sista. « Pour changer mes ministres, ce ne sont pas leurs accusateurs que je consulte; » telle fut sa réponse* JLes signataires dn mémoire eurent beau protester contre la qualiBcatîon d'c'iccusateurs et prepdre celle de conseillers du roi, ayant, avant Unit, sooci de ses intérêts* On ne trompait pas aisément Philippe.
Biais on trompait anssi peu Gnillanme d^Orange, autrefois favori et élève de Charles-Quint, comme son maître^ et les nobles conjurés obtinrent bientôt par la voie dn ridicule jointe à celle de la colère publique, ce qu^ils n^avaient pu obtenir ni par lenrs plaintes ni par la menace de qatUer le conseiL Le moment mdme où le non->
Veau cardinal GranreUe se revêtait à^nne potnv»
pre qui le mettait hors de pair dans le pays, le pays, représenté par sa plus haute noblesse) par«vint, par ses libelles, ses sarcasmes, les folies et les parodies que lui suggérait le costume du ministre, à le rendre, au même degré, risible et odieux. Philippe se hâta de le rappeler au moment où il pouvait encore avoir Tapparence et le mérite de le rappeler de son gré. Mais ce fiit là son deuxième échec.
Vhomme qui avait absorbé tontes les haines qu^on portait au système étant changé, le gouvernement de la régente parut, un moment, plus puissant que jamais. Tout le monde, la noblesse, grande et petite, la bourgeoisie, haute et basse , le peuple et le clergé, firent acte de dévouement autour de la princesse. Mais les uns voulaient le pouvoir, les autres la liberté. La noblesse s^empara des affaires, les villes chassèrent les inqui-^ siteurs. La cité de Bruges, qui mettait en prison les princes oublieux de ses privilèges, y jeta des sergens qui s^étaient avisés d^arrèter des dissidens. Mais cet état de licence qui fut aussi un état de gaspillage pour le trésor, ne pouvait durer. Il fallait de Tordre dans le sens du pays ou dans celui du monarque, et quand on reprit le système de Philippe, les mécontens reprirent le leur.
Le concile de Trente venait de terminer ses
tirai^aox. Ce corps de doctrines^ qu^avait si loog-
temps demandé Charles-Quinl, était enfin arrêté et publié pour toute la chrétienté* Philippe se hâta d'^ordonner que désormais il fài suivi dans le pays comme principale loi de TEglise.
Les décrets de Trente^ on le sait, présentent trois grandes faces ; une belle réforme, une proscription formelle des principes de i5i7i et une puissante réintégration de la souveraineté spiri*tuelle«
Sons les deux derniers rapports, ces décrets, qui rencontrèrent de Topposition même dans les états les plus orthodoxes, conyenaient peu aux provinces bataves, et la volonté du monarque de lesintroduire, fut à peine connue qu^elle excita une violente fermentation. Les trois cKmseils de régence réunis pour en délibérer votèrent une députation extraordinaire à Philippe, afin de le prier d^accorder une législation religieuse plus indulgente que rinquisition et le concile.
Cette démarche, au premier aspect, était toute simple. Rien n^est plus légal qu'une doléance. Il Y avait cependant dans celle des Pays-Bas, même prise isolément, une censure du système de Philippe, et, combinée avec le mémoire contre Granvelle, elle présentait une sorte d'insurrection morale contre ce système; elle révélait au moins m système en face .d^un autre.
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Cest biea ainsi que Pentendait le chef de
ropposition nationale, Guillaume d"*Orange, qui était le chef du complot^ parce qu^il en était la plus grande expression. Guillaume voulait même révéler nettement la conflagration générale et faire reconnaître la nécessité d^une transaction politique. Quand le faible successeur de Granvellci le vieuii Viglius« eut présenté un projet de mémoire que le comte d^Egmont devait porter à Madrid, Guillaume s^écria : u Ce tableau est audessous de la vérité; et comment le roi poorrat-il appliquer les remèdes convenables à nos maux, si nous lui en laissons ignorer la source ? Ne lui cachons plus le nombre des novateurs; avouons plutôt Franchement que nos provinces, nos cités, nos bourgs en fourmillent. Ne lui cachons pas non plus qu^ils méprisent ses édits et cessent de respecter ses magistrats. A quoi bon des réticences, quand il faut de toute nécessité qu'il apprenne que la répulique ne saurait demeurer sans péril en Tétat où elle est ? »
Les amis du prince ne voyaient pas aussi loin que lui^ mais ils trouvaient, comme lui, qu'il ÊiUait un changement dans Tétat. Ils n^étaient pas plus que loi membres des trois petits conseils qui se partageaient le gouvernement réel, et le grand oonseil d^ ils étaient avec lai Tapplaudît vivement quand il montra qu^il serait plus utile
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de concentrer Tadmintstration dans cette assem-^ blée* On Fapplaudit bien plus encore quand il attaqua tontes les institutions et toutes les mesures du système de Philippe, les nouveaux tribunaux, les nouveaux evêchés; quand il déclara le concile de Trente lui-même contraire aux anciennes libertés du pays. En dépit de la régente, ses réclamations fbrent insérées dans la dépêche d^Egmont.
D^Egmont, la seconde 6gure de cette révolution, était trop rapproché d^Orange pour n^ea être pas jaloux; il lui était trop inférieur pour ne pas se glorifier de son amitié ; il aimait trop le pays, pour ne pas le défendre) mais il était aussi trop dévoué au roi, pour ne pas avoir foi en lui. Il se rendit à Madrid avec toutes les illusions d'un grand cœur et dWe raison médiocre ; il en revint avec toutes les amertumes d'un cruel désenchantement. La réponse du roi était pourtant faci^ à prévoir. Elle fut ce qu^elle devait être dans le système de répression. « Puis-je accorder ce qu'on me demande ? avait dit Philippe à une commission de théologiens. — Le danger d'une révolte doit vous y engager, avait-on répondu. — Jene demande pas à savoir sH\ convient que je le fasse» mais s'il faut que je tolère ce qui me déplaît. — Non. — Dans ce casy 6 Majesté du Tout -Puissant, ne me laissez jamais tomber si bas, je vous prie, que je veuille régner sur des hommes qui vous rejettent. »
La réponse aax Pays-Bas fat daas ce sens.
Point de concession^ dit Philippe ; mais puisque la comiption des moeurs et Pignorance qui la favorise ont été les causes principales des nouvelles doctrines^ on nommera une commission de trois iwèqaes et de quelques ecclésiastiques distingués^ pour aviser aux moyens de procurer au peuple une éducation meilleure; et puisque les supplices publics n'ont fait jusqu'ici qu'augmenter le nombre des dissideii|s« on exécutera désormais les condamnés en secret.
Une commission chargée de faire un plan d'ér ducatiou pour Pavenir et des exécutions secrètes, voiU toils les remèdes que Philippe voulut apporter aux maux et au désordre de Pépoque qu^avait si bien peints le conseil du pays.
Dans les doctrines de Philippe cela était d'une conséquence rigoureusci mais cette conséquence même ue derait-elle pas Palanner sur ses principes?
Dans le pays, de ceux qui pouvaient étslairer
le pouvoir, les uns s'en éloignèrent, les autres abondèrent dans le sens du maitre avec une tactique qui mrait dû lui ouvrir les yeux. On nomma donc la commission épiscopalci et on répondit à Philippe que ses dispositions étaient d'une exécution facile; que déjà les décrets du concile offraient beaucoup de réglemens sur les études; qu^on n'avait qu'à les appliquer aux Belges et
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ox BaUves ; et qaCf pour Fariiele des suppUoeB^ 16 roulant plo8 donner de speolacle dangereux
UJL enthousiastes^ on enverrait les coupables aux ;alère8 on en eidl, te .qui , joint à la eonfiscatîon le leurs biens, débarrasserait les provinces des loctrinea de tSiy. '
Quelques membres du conseil d^état, le présiient et la régente elle-même, avaient hésité. La politique de GnîUanme les avait entraînés. « Nos avis, dit-il, ont été loyalement donnés au monarque; il les a jugés^ il les a rqetés, maintenant nous n^avons plus qu'^a nous conformer à ses
On ne s^ezpliqnattifiasœs paroles delà part
d^un tel patriote. Guillaume les expliqua dans celles-<^i qu^il dit à un confident en sortant dn conseil : ce £t maintenant nous allons avoir la traj^ie. a
La tragédie commença en effet. La régente, suivant avec une folle oonfiance les avis de MUanme^ avnt U peine ordonné la stricte exé^ culion des ordres de Philippe , créé une inqui* ntion politicpie k côté de Tinquisition religieuse, diargé les gouverneurs de nommer des surveilla spécîanz poor observer le zèle des fonctionnbres, pour presser Tapplication des mesures prescrites et pour signaler de trois mois en trois inois les dévoués ou les retardataires ; die leur
avait à peine ordonné de mettre à la (]ispM>sîtion des évéqaes les troupes nécessaires pour faire respecter le ooncile, qo^elle reçut de toota parts des refus, des remontrances ou des proteslalioDS *•
Plusieurs gouverneurs lui répondirent cfu^il leur était impossible d^exécoter ses ordres^ qu'il faudrait sacrifier cinquante k soixante nulle victimes par province. Ici ce fut le bas clergé qui réclama, se erojant lésé par les décrets de Trente; aîUeiirs ce fut Pépiscopat qui repoussa la terrible mission qu^on lui donnait. Les Tilles s^émnrent à leur tour. Les unes protestèrent comme elles avaient protesté contre les nouveaux évêques; les autres rappelèrent les sermens de Philippe; d^antres, plus nolentes encore, lancèrent contre la tyrannie et les tjraas les brochures les plus incendiaires. Le- ncnobre des libelles de tout genre fut immense. La régente en signala cuiq mille au roi. On y proposait, entre antres, de traduire Philippe dcTant la cfaan^ de Spire, pour avoir violé le traité de Passau à régard du firabant , partie de TSaipire.
Cependant tonte cette efftrreseence de jm* soins et de colères se serait évanouie aussi rapi^ dément qa^elle s^était élevée, si elle n^eût troevi
un chef pour la diriger. Gaillaume d^Orange, que ses contemporains surnommaient le discret^ se borna, il est vrai, dans son opposition patente, à déclarer qn^il quittait le service publie pour n^avoir pas à opter entre le roi et la patrie. Mais son opposition latente alla sans doute plus loin, et quand on considère que son frère, le comte de Nassau, fut Tun des premiers signataires du fameux Compromis qui fit éclater la révolution, i565, on ne doit pas supposer que le prince resta étranger à ce document. Dans cette fédération dont le Rutli fut la boutique d^un peintre en armoiries, et dont les chefs furent la haute aristocratie du pays, les seigneurs de Brederode, deXhoulouse et de Sainte- Aidegonde, on reconnaît jusqu^au langage habituel du savant élève de Charles-Quint.
« Desmalveillans, » y disent les conjurés, «c sous • le masque d^un grand zMe de dévotion, mais guidés au fond par la cupidité et Pambition, ayant égaré le roi notre seigneur et Tay an t engagé à mettre dans nos contrées le tribunal de Tlnquisition^ tribunal contraire à toutes les lois divines et humaines, supérieur en barbarie aux plus cruelles institutions de Taveugle paganisme, soumettant aux inquisiteurs les autres pouvoirs de Fétat, avi-r lissant les hommes dans un esclavage sans bornes, exposant le citoyen à des angoisses perpé-^
iuellest permeitant à quelque prèlre^ a tfudque
ami perfide , à quelque Espagnol , à quelque mauvais homme, d^accuser à toute heure qui il veut, de le faire emprisonner, condamner et supplicier, sans qu^il soit possible ni de confoDdre le dénonciateur ni de faire constater rinnocence, nous soussignés nous sommes engagés à veiller à la sûreté de nos familles, de aos biens, de nos personnes. »
» Noui^ous unissons, à cette fin, dans une sainte fraternité et nous engageons par un serment solennel à nous opposer de tous vos moyens à Tintroduction de ce tribunal dans notre pays, quW y songeât publiquement on secrètement et sous tel nom que ce pût être.
» Mous déclarons en même temps que nous sommes loin de méditer quelque cbose d^illégal contre le roi notre seigneur, qu^il est au contraire dans notre volonté la plus immuable de soutenir et de défendre son royal gouvernement, de maintenir la paix et de nous opposer à toute insurrection.
D Dans cette intention nous avons juré et nous jurons encore de respecter le gouvernemratdans nos actes et dans nos paroles; et que le Dieu toa^ puissant soit le témoin de ce serment.
» Mais de plus nous jurons aussi et nous promettons de nous soutenir et de nous défendre
mutoeUemeat, en tous lieux, eu tous temps, contre quelque attaque que ee soit sur les articles
du présent Compromis *•
» Nous déclarons qu^aucune accusation, diri* géc contre nous sous quelque nom que ce soit, iusurrection, révolte ou autre, ne peut nous dé* lier du serment que nous prêtons ni de la promesse que nous faisons de nous défendre. Tous ceux, au contraire, qui auraient ^té poursuivis pour une telle cause, nous nous engageons à les assister de notre fortune et à user de tous les moyens licites pour leur procurer la liberté.
» Et en ceci, comme pour toute règle de notre conduite, mais surtout à régar4' de Tln*^ quisition, nous nous en rapportons à Pavis commun de la fédération, ou bien au jugement de ceux que d^unevoix unanime nous aurons choisis pour nos conseillers et nos guides.
» En témoignage et en confirmation de cette alliance nous invoquons le saint nom du Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu^ils enfisrment; qui sonde les cœurs, les consciences, la pensée, et qui connaît la pureté de la nôtre.
» Nous lui demandons Tassistancede son saint Esprit, pour que la fortune et la gloire dirigent
* Promesse commune à plofliaiirir
notre œuvre a la glorifioalion de m» nooii ao
boDheur^et^à la paix de patrie. »
Il faut le dire, cette pièce est forte de raison, parce qne le pajrs était fort de droitt de patriotisme, de vertu. Le texte de la Ligue française et celui de Tassociation de Hampden, ont eu peut-être plus de portée, mais ils n^ont pis plus de diguitéi et ils n'en ont été que des copies variées suivant le besoin des circonstances. £t cependant elle est séditieuse en tous points ; elle arme la société contre la justice} de la cause de Findlvidn elle fait celle d^une association ,* elle constitue dans Tétat un pouvoir autre que celui de Pétat-) elle est une révolution tout entière, car elle se dresse en face du gouvernement; elle se constitue juge et partie. Sans doute il est impossible ^d^organiser la révolte pour oœ cause plus belle, avec des sympathies nationales plus universelles, avec une plus profonde intelligence des progrès de Thumanité; mais la voie qu^on y ouvre à des théories de politique , est bien la pure voie de rinsurrectiooi et| si belle que soit cette cause, si noble que soit ce langage, le Compromis belge de i565 n^en est pas mois la Remontrance castillane, de iSss et les Articles de Souabe de i525, La phase est nouvelle, la lutte est la même.
Traduite en plusieurs langues, communiquée
à toutes les provinces, recommandée par les noms magiques du prince d^Orange et dif comte d^Egmont, dont on imita les signtUures, présentée aux mécontens dans les tavernes du bourge<^ et dans les manoirs du gentilhomme, cette charte de fédération fut partout accueillie avec enthousiasme et couverte de signatures nouvelles* La régente» ne sachant sur qupi s^appnyer au milieu de toutes les colères nationales, convoqua le conseil général| comme pour donner à rhomme qui concentrait en lui tous les griefs du paysy roccasion d^introduire ses exigences dans le sein de Fadministration.
Déguisant autant qu^il le put Timmense progrès que son activité secrète avait a^uré au complot, mais sachant bien que cinq cents conjurés approchaient de Bruxelles, .Guillaume d^Orange, qui sut toujours aller aussi loin qu^il voulut et s^arréter au point nécessaire, fit éclater tous les mécontentemens et trembler tout le sol de la patrie par les audacieuses vérités qu^il jeta au miheu de rassemblée.
« Le gouvernement nous ruine de toutes manières, s^écria-t-il; le roi envoie 40)00O florins d^or à la reine d^Ëcosse pour seconder de folles entreprises contre FAngleterre; et non-seulement il nous prive, nons qui sommes écrasés de dettes, des secours que nous mériterions, il excite contre
nom la colère d^EUftabeth dont Tamité éuit si importunle, dont la haine sera si terrible. Cen^est pafi tout ; le roi veut, à la perte des libertés du pays joindre celle des hommes qui les défendent.
Pour se débarrasser de moi, de quelque manière
QUE CE fiOlT, IL s'fiST ENTENDU, JE LE SAIS, AVEC LES éniRNELS ENNEMIS DE MA FAMILLE. »
Les plus minces conseillers puisèrent du courage dans Faudace d^un politique si éminent, et une impétueuse majorité décida, contre Ta vis de la princesse, que les cinq cents conjurés qui demandaient à exposer losgriefr du pajs, seraient admis en sa présence.
Guillaume, comme pour loi marquer rheore dernière d^qne administration placée entre les mains d^une femme, à ces vérités en ajouta de plus fortes. La princesse, m soutenant les édits, avait demandé au conseil pourquoi on les rejetait : « Vous les avez votés, avait-elle dit, les états les ont sanctionnés, TEmperenr les a laits il y a seize ans; dites-moi franchement pourquoi vous n^en voulez plus. »
A cette interpellation téméraire Guillaume dévoila à la ibis le secret de la situation et celui de ses doctrines de gouvernement.
ce Oui, dit-il, nous avons voulu les édits; mais c^était dans d'autres temps. Maintenant tout est changé} nous avons autant d'^évéques que de
provinces. Pourquoi l\rt de oouvBRifSR ne suivrait-il pas L^BSPRiT DES TEMPS? Ce xi^est pas de la rigaeor, de la doueeur qui convient.
L'^irritation du peuple est un fait; il faut le calmer, si Ton ne veut pas le pousser à la révolte.
» Le besoin des temps a fait rinqnisition ; mais ces temps ont cessé. Le plus grand des monarques que nous offire Thistoire, Charles-Quint, Ta compris. Vaincu par une longue expérience, il a quitté la voie de Tintolérance. Il a fallu les conseils de Granvelle poar la faire reprendre & Philippe. Mais pour moi, il mV toujours paru m lois DorvBifT sa oonformer aux moburs m LES doctrines aux temps. »
Après cette profession de foi et cette manifestation d^an nouveau système de gDuvëmement, on savait désormais ce qu^on voulait de part et d^autre, et comme de part et d-autre on répugnait h toute concession, il avait plus qu^à prendre les armes pour vider le di£férend. Des deux côtés on y était résolu.
Le gouvernement fit quelques promesses pour gagner le temps dWmer; les conjurés, pour donner à leur cause un air de légalité, présentèrent à la princesse, au nombre de trois à quatre cents, une requête tendant à obtenir la suppression de rinquisition. Ils demandaient en même temps avec une habileté rare ou avec un respect
profond pour la légalité, le témoignage qu^ils n*waientfixU en cela que leur deçair et montré leur zèle pour le service de Sa Majesté
Mais ces vaines parades faites de part et d^aa- Ire ne changèrent rien au cours nécessaire des évènemens. La lutte engagée, il fallait la finir ou renoncer sincèrement ' a Tune ou Tautre des deux doctrines qui partageaient les combattans.
Des deux côtés, pour mieux s^assurer la Fietoire, on s^attacha à tromper et à gagner de vitesse. Les conjurés avaient promis d^ attendre une nouvelle décision de Madrid, et ils Tatteodirent, mais en Pattendant ils recrutèrent des partisans. La régente avait promis de modérer les édits, et elle les modéra, mais sa mod^tion dicta le décret suivant.
« Les écrivains qui publient de nouvelles doctrines, les chefs de ces doctrines, ceux qui les reçoivent chez eux et favorisent des assemblées ou donnent qublqub scandale puUic, seront