CHAPITRE PREMIER
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Le progrès qae nous avons entrepris de décri* rC) et qui, dans le cours de trois siècles, est une saccession des luttes les plus yiolentes, prend son origine dans la renaissance des études les plus pacifiques, les plusinoffensives. Cétaieutdes études de littérature et de philosophie. Cette philosophie et cette littérature étaient même antiques. Cinq siècles de décadence et de barbarie avaient passé sur Tune et Tantre ; elles étaient froides^ elles étaient glacées.
Mais un orage, Tinvasion de Constantinople par les Turcs, jeta ces lumières dans le sein des populations d^Occident, par les réfugiés grecs, au moment même où ces populations, grâce aux travaux des Pétrarque et des Boccace, renaissaient d'elles-mêmes au goût, à la raison, au sentiment de la dignité humaine. L^éclair rencontra des éclairs* En eflFet, si les réfugiés qui apportèrent ces études, furent aussi pacifiques qu'elles ; si ce furent les plus imbelliqueux des hommes, de vrais savans de rempire^ grec, ils eurent pourtant à peine touché le sol de lltalie, qu'ils y firent éclater des tempêtes- Des accens d^émancipation rencontraient alors des vœux de liberté, et causaient des révolutions.
Neuf ans après la prise de Constantinople naquit en Italie Pomponace, qui devait émanciper la philosophie ; et, sept ans après Pomponace, y naquit Machiavel, qui devait émanciper la politique.
Ces deux hommes amenèrent le changement de toutes les doctrines et de toutes les institutions sur lesquelles reposaient Tordre moral et Tordre social du monde.
 ces deux hommes, qui furent les plus grands parmi les élèves des réfugiés, et aux deux faits d^émancipation qui dominent^les études morales et politiques de cette époque, se rattachent tous
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les autres faiis^ toutes les autres doctrines. Tout
se trouve amené ou expliqué par ces faits et ces hommes. Nous donnons dans cet ordre Thistoire de cette époque, sans plier les événemens aux idées ou les doctrines aux événemens, acceptant dans leur simple vérité^ mais aussi dans toute leur grandeur, Forigine et les progrès du débat qui s^ouvre.
Où en étaient, à cette époque, les uns à Tégard des autres, les peuples et leurs maîtres? Où en étaient leurs doctrines morales et politiques?
Que vint demander, pour les doctrines morales, Pomponace , le plus grand philosophe de Fépoque?
Que vint faire, pour les doctrines politiques, Machiavel» le plus grand des publicistes?
Cdmment TEurope accueillit-elle les enseignemens de l^un et de Pautre ?
Quel fat le résultat immédiat de leur œuTre ?
Avec quelles doctrines les peuples arrivèrentils à la révolution religieuse de tàtj ?
Voilà les questions qui résument le débat de répoque, voilà aussi Tordre dans lequel nous avons à les suivre.
Si, de la science, qui peut échoir à Pintelligence humaine, nous essayions de nous élever à celle qui lui est refiisée ; si, dans ce que Thistoire nous montre, nous prétendions voir aussi
ce qu^elle nous cache, nous serions amenés saos doute à dire admirable cette marche de la Provideace qui, à CoDstantiDople, jelte au milieu d^une ciTilisation décrépite des barbares qae leurs yictimes doivent civiliser tôt ou tard, et dans les débris de ^cette civilisation, portés à d^autres barbares, aux peuples de rOccideni, donne à ces derniers le germe des plus glorieux progrès. Mais, loia de vouloir interpréter le dessein de la Providence, et payer à ses voies, dans nos récits, un tribut d^éloges que les faits paient mieux que les mots, nous nous tenons à ces faits et nous bornons à lire dans les pensées des hommes. Cest encore là s^occuper de la pensée de Dieu ; le génie en est le reflet, les hommes en sont les instrumens; et si à cette époque ils ne furent que des instrumens grossiers, ils furent encore des instrumens sublimes. En effet, les désseins qui s^accomplissent dans ces soixante ans, sont plus hauts que les leurs. Dans ce labyrinthe qu^offraient alors les doctrines et les institutions, et dans cette guerre de tous contre tous, qui est rhistoire du temps, quelle est Tintelligence humaine qui eût pu tracer une voie aux peuples ou à leurs maîtres? Une intelligence supérieure à celle de Phomme a seule pu diriger d^une manière si ferme la marche si imposante des nations.