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tement arrêlé et, d^un sacerdoce qui élevait jusques au-dessus de la couronne, gouTernaii les intelligences, et, dans toutes les classes de la société,, les consciences étaient dirigées diaprés les mêmes codes el les mêmes règles.
De cette théocratie morale et politique, Tautorité royale avait eu quelquefois à se plaindre; d^autres fois les populations elle-mêmes avaient pu en murmurer; mais la supériorité des lumières Tavait établie; d^immenses bienfaits, de hautes institutions Pavaient consolidée; ses réaultats étaient brillans encore, et, en thèse générale, les peuples et les rois la respectaient. Au Dom de la religion, les peuples prenaient encore les armes ; à leur foi, ils sacrifiaient encore leurs biens les plus chers. Les rois, à leur tour, étaient dévoués a un ordre de choses où leui:s droits puisaient une sanction si auguste; et, si quelquefois le glaive spirituel les fit tremhlersur leurs trônes,, ils coQiprenaient néanmoins que, sans Tappui de cette arme sacrée, le glaive temporel qu^ils tenaient de leur côté se briserait impuissant dans leurs mains.
Cet ordre politique offrait, non-seulement un caractère hautement rehgieux et moral, il présentait des rapports nettement tracés et reposait sur un fondement sacré, sur des lois divines et par conséquent des lois étemelles.
Telle était FEurope, telles étaient ses instita-
lions et ses doctrines générales avant 14^3.
Et tout cet ordre de choses, toutes ces doc* trines et ces institutions, les réfugiés de Byzance vinrent les ébranler jusque dans leurs fondeiHens, déchirer le pacte de la religion et de la philosophie, de la politique séparer la morale, et opérer une double émancipation, le tout en substituant h Pautorité la discussion, le progrès à Timmutabilité.
Ciommentla Grèce fugitive, la Grèce byzantine a-t-elle pu opérer cette immense révolution?
L'Europe, pour donner au germe qu'on lui apportait un développement si rapide, n^a-t-elle
pas du présenter un terrain d'une merveilleuse fécondité?
En eflFet, TEurope oflFrait ce terrain aux fugiti& et aux doctrines de Byxance. Dans l'Occident entier, sous Fapparence du calme, se ca* chait la tempête, et l'esprit de ces puissantes populations du moyen âge, qui portaient encore sur leur physionomie les marques du respect et de la soumission, était sillonné par tous les genres d^excitation et d^ébranlement. Déjà Pinsurrection perçait de toutes parts, dans les doctrines, dans les institutions, dans tous les élémens du corps social.
En efiét, entre la politique et la religion l'ai-
liance étaii apparente, la dissolution réelle. La guerre de PEmpire et da sacerdoce s^était calmée, mais elle ea était là précisément parce que la séparation de leurs intérêts était désormais entendue, et qu^ancun genre d^ambition n^excitait plus le successeur du pénitent de Canosse à combattre le successeur de Grégoire. La dictature du pontificat n'avait-elle pas cessé, quand partout sWaçailla prépondérance deFEglise; qaand,dans son propre sein, on désertait son système ; quand répiscopat, jusque sur les bancs des concileS| se prononçait pour Tindépendance des couronnes; quand Rome, aux synodes de Pise, de Constance et de Bâle, trouvait ses adversaires les plus redoutables dans ces prélats de France et à^E&r^ pagne dont les prédécesseurs, pour régner par elle, Pavaient jadis fait régner sur les rois 7
A la défection de ses princes, PEglise déjà voyait sVi^îi' défection de ses peuples. LUnsurrection religieuse était commencée. EnFrancè^ en rieinont, en Angleterre, en Bohême, des populations considérables s^étaient détachées des institutions et des doctrines publiques, et, dans tous les coins de PEurope, de simples prêtres répétaient les paroles d^opposition quHmprudemment avaient articulées des prélats.
Ainsi s^émancipaient non-seulement les princes et les empires ^éjè se révoltaient les consciences^
et la houlette la théocratie paraissait deToir se briser par les coups mêmes qu^elle oe pouvait pas ne pas férir.
Il en était de même du glaive de la féodalité. £atre les vassaux et les suzerains, comme eutre TEmpire et le sacerdoce, la guerre s^était calmée. Grâce au système d^éraancipation et à la hache de Louis XI, les donjons tombaient des hauteur^ du pays, comme tombaient les couronnes ducales des tètes de la noblesse princière. Cependant cette guerre, pour n^étre plus yiolente, était sérieuse encore, et à la fin de cette période, un roi de France, en montant sur le trône^ prit pour la première d^ ses maximes celle de se mettre hors (le pairs.
De leur côté, les communes, surgies du progrès des bourgeois autant que des torts de la féodalité et de la politique des monarques, luttaient contre les barons, et apprenaient dans cette lutte à porter plus haut leur audace. £n effet, dans les jours difficile^, la royauté avait appelé aux états des députés pris dans leur sein; les services qu^ils avaient rendus et les subsides qu^ils avaient votés étaient mis en oubli tout ensemble ; on avait k les rappeler^ on y songeait partout, et la manière dont le fit contre le puissant Cbarles*Quint une petite cité de Flandre, nous montre comment, en dernière analyse, on entendait s^assurer ses r iviléges.
De celte émancipation et. des discordes qui Pavaient amenée, la royauté profitait généralement pour s^entourer d^hommes et d^institutioDs.
Cependant un esprit de révolte semblait se réveiller partout. Les exemples que les pâtres de quelques obscures vallées de Suisse et les bourgeois des plus opulentes cités d^Italie, avaient donnés en Europe étaient d^autant plus périlleux que Tindépendance des uns et les richesses des autres excitaient plus d^envie.
Hais la guerre n^était pas même circonscrite dans] Tordre religieux et politique, dans TEglise et dans Tëtat; elle était dans toutes les études, et toutes les écoles étaient des arènes. Partout on attaquait Pempire de cette scolastique qui était àlafois, et depuis quatre siècles, une rhétorique, une logique, une philosophie et une théologie, enjua mot, la science du monde. Sans doute elle était enseignée encore et devait Têtre encore loDg-temps, mais déjà des doctrines nouvelles affectaient d^en mépriser la forme et le fond, et, à cette époque, pour parvenir à la faire écouter, les plus modestes de ses défenseurs croyaient déjà devoir la modifier dans leurs leçons*. Tous ceux qui lisaient Boccace et Pétrarque, Cicéron
* Modifications apportées à la scolastique par Gabriel de
et Horace, la sapaient dans sa base, et les nouvelles littératures populaires, dans toutes les langues, chan&onnaient et honnissaient sa vieille allure. Quand abordèrent en Italie les fugitifs de Byzance, déjà les peuples d^Occident avaient sor les lèvres, pour nne foule de doctrines, Tai^ gument du doute ou le sarcasme du mépris.
A cet esprit dUnsurrection littéraire, morale el politique, se joignait une singulière excitation, une sorte d^exaltation magique.
Cette gigantesque accumulation des richesses de FAsie et de F Afrique, des objets d^ art et des itionumens du génie des plus célèbres peuples de la terre, qui illustrait celles des villes d^Italie que PEmpire avait laissées libres ; cette haute fortune que s^étaient faite les cités anséatiques du Nord dont le commerce et Findustrie civilisaient les contrées les plus barbares; cette heureuse découverte du Cap qui ouvrait une voie générale aux régions fabuleuses des Indes orientales; cette découverte plus heureuse encore des Indes occidentales, qui bientôt révéla un nouveau monde ; cette vaillante expulsion des Maures de FAnda— lousie qui termina si glorieusement quatre siè-des de croisades; ces faciles expéditions d^Italie, et ces beaux rêves de conquêtes que Charles VIII jetait dans Fimagination du peuple le plus hardi de la terre; cette brillante invention de la boas-
sole, qui enseignait à tracer sur TOcéan des routes
plus sûres et plus lointaines ; cette création plus maj^que encore de la presse mobile, qui fut à ellc^ seule une révolution tout entière : tous ces faits si immenses donnaient aux esprits une impulsion sublime.
Est-il surprenant que la foudre qui vint tomber tout-à--coup au milieu de ces élémens ait produit des flammes si subites et si vires? Nous Favons dit, le génie de la Grèce antique venant souffler sur le génie du temps, c^était Féclair rencontrant réclair.
Quand les fugitifs de Byzance abordèrent en Italie, ne sauvant du naufrage que des manuscrits, ni eux ni leurs hôtes ne jugeaient ainsi le faible don que les supplians tenaient dans leurs mains. Que venaient*ils donc apporter à ^Occident touché du récit de leur catastrophe ?