Mansi, XY, appendix, 43o, 437; P. L., CIV
fait * ; le pape et les Francs restèrent sur leurs positiofis respectives.
C'est à ce moment que se place l'éclat de l'évêque de Turin, Claude*. Claude était un espagnol, ancien disciple, dit-on, de Félix d'Urgel, qui avait été quelque temps prêtre dans le palais de Louis le Débonnaire, et que celui-ci promut, vers 817, à l'évèché de Turin. Il se donne lui-même comme peu cultivé : en tout cas il se manifeste comme un de ces logiciens intrépides et étroits qui ne reculent devant aucune énormité, dès qu'ils la croient contenue dans leurs principes. Le nouvel évêque trouva donc pratiqué dans son église — peut-être avec quelques abus — le culte de la croix et des images. Il effaça les images, détruisit les croix, ^ puis, allant plus loin, s'éleva contre le culte des reliques et l'intercession des saints, et fut même soupçonné d'arianisme. Ces excès révoltèrent le sentiment public, et l'abbé du monastère de Psalmodie dans le diocèse de Nîmes, Théodemir, son ancien ami, reprit l'évêque dans une lettre que nous n'avons plus, mais qui paraît avoir été assez forte. Claude y répondit par un écrit volumineux, dont il n'est' resté que des extraits 3 révélant l'homme entêté et malappris. Son grand principe est que Dieu seul mérite un culte, et qu'on n'en saurait rendre aucun à ce qui est créé. En conséquence, il s'élève avec violence contre le culte et l'usage même des images et de la croix — c'est à ses yeux de l'idolâtrie sous un autre nom [non idola reli-
1. On sait seulement qae l'évêque Halitgar de Cambrai et l'àbbé Ansfried de Nonantul% furent envoyés par Louis en ambassade à Constantinople.
2. Sur ce personnage, voir les 'auteurs qui l'ont combattu, Jonas d'Orléans ei Dungal, dont les ouvrages vont être" cités, et l'article de F. YEnsET, Claude de Turin, dans le Dictionnaire de Théologie cathoiique.
3. Apologelieum alque rescriptum Claudii episeopi adveratts Theutmirum abbalem (P. L., CV, 459-464).
querunt sed nomina mutaverunt) — et s'efforce de jeter le ridicule siïr ses adversaires. L'écrit ne resta pas sans réplique. Nous en avons une première du moine Dungàl, de Saint-Denys\ et une seconde — mais qui ne parut qu'après la mort de Claude (vers 827) et même celle de Louis le Débonnaire (840) — de l'évêque d'Orléans, Jonas ^. Ces deux auteurs adoptent en principe la doctrine de l'assemblée de Paris de 825 : on se rend compte cependant que l'audace de Claude de Turin les a effrayés, et les a rendus plus circonspects dans leur condamnation du culte des images. Jonas distingue avec soin plusieurs sens du mot culte, et montre, après saint Augustin, qu'il existe une acception dérivée, parfaitement applicable à la créature^. Il ne veut pas qu'on traite crûment d'idolâtres les partisans du culte des images , et les représente plutôt comme des ignorants qu'il faut charitablement instruire "•. Dungal va plus loin, et nô refuse pas « aux saintes peintures » un certain honneur « in Deo et propter Deum ^ » .
Cette opposition déclarée, bien qu'adoucie dans la
i. Liber adversus Claudium Taurinensem (P^ L., CV, 46S-S30). L'ouvrage est de 82T.
2. De cultu imaginum libri très (P. L., CVI, 303-388). On s'est demandé à ce propos si Claude avait fait école et en des imitateure en Occident. Le fait que Jonas trouva opportun de publier son traité même une quinzaine d'années après la mort de Claude rend la chose vraisemblable. On ne peut que rappeler ici le traité d'Agobard de Lyon, Liber de imaginibus sanctorum (P. L., GIV, 199-338), écrit vers 835, et qui offre avec l'Apologeticum de Claude des principes communs, celui notamment que Dieu seul peut être l'objet d'un culte. L'auteur, tout en admettant l'usage des images < causa historiae, ad recordandum >, insiste beaucoup pour qu'on évite de les honorer et, en somme, approuve le concile d'Elvire d'avoir défendu qu'il y eût des peintures dans les églises, afin de couper l'abus par la racine (col. 23S, 326).