C. Cels,, V, 4: VIN, 13, 26; De orat.,U
•8. In loann., II, 6, Lom., 1, 113; P. G., XIV, 132.
-9. De princip., l, 3, 5; cf. I, 3, 8. 1
Il serait trop long, on le comprend, de discuter ici tous ces passages et ceux qu'on leur pourrait adjoindre^. Mais on n'appuiera pas sur eux un jugement trop sévère pour l'orthodoxie trinitaire d'Origène, si l'on remarque que plusieurs peuvent très bien s'expliquer, et sans beaucoup d'effort, d'une façon acceptable; que l'incorrection des autres vient plutôt des termes employés qu'elle ne tient à la pensée de l'auteur ; qu'il est juste enfin, dans le doute, de le faire bénéficier de ses déclarations fermes et précises, formulées ailleurs. Tous les critiques ont remarqué que, avant le concile de Nicée, le langage théologique sur la Trinité était imparfait. Celui d'Origène, qui écrivait beaucoup et vite, est meilleur que celui de ses devanciers sous certains rapports, mais ne pouvait être sans défaut. Désireux de maintenir contre les modalistes la distinction réelle des personnes divines, tout occupé de fournir l'explication de textes scripturaires embarrassants, engagé à fond dans des discussions épineuses, il lui arrive de ne voir devant lui que la vérité particulière qu'il veut établir, et de parler comme si elle était la vérité totale. Ajoutons qu'il s'est plaint lui-même que certains de ses ouvrages eussent "été falsifiés parles hérétiques, ou même eussent été publiés par des zélateurs indiscrets avant qu'il y eût mis la dernière main^. Ce sont là des circonstances qui, si elles ne le justifient pas complètement, atténuent singulièrement la gravité des accusations portées contre lui.
Nous avons vu qu'Origène, en proclamant l'éternelle génération du Verbe, avait anticipé nettement la définition nicéenne. On a voulu diminuer son mérite, en
1. On en trouvera un bon nombre discutés dans F. Prat, Origène, p. 50 et Euiv.
2. RuFiN, De adiilter. libror. Origenis, P. L., XYII, 626 ; S. Jérôme, Epist. LXXXIV, 10.
310 LA THEOLOGIE ANTÉNICEENNE.
remarquant qu'admettant la création ab aeterno, il devait tout naturellement admettre aussi la génération éternelle du Logos. Cela est vrai : mais pourtant, entre ces deux éternités, celle des créatures et celle du Fils, Origène met une différence profonde :
« Haec enim sola Trinitas est quae omnem sensum intellegentiae non solum temporalis verum etiam aeternalis excedit. Caetera vero quae sunt extra Trinitatem in saeculis et in temporibus metienda sunt s. — « Sempiternum vel aeternum proprie dicitur quod neque initium ut esset habuit, neque cessare unquam potest esse quod est. Hoc autem designatur apud loannem cum dicit quoniam Deus lux est. Splendor autem lucis eius sapientia sua est, non solum secundum quod lux est, sed et secundum quod sempiterna lux est, ita ut aeternus et aeternitatis splendor sit sapientia sua, Quod si intègre intellegatur, manifeste déclarât quia subsistentia Filii ab ipso Pâtre descendit, sed non temporaliter neque ab ullo alio initio, nisi, ut diximus, ab ipso Deo ^. »
Je viens de dire qu'Origène a admis la création ah aeterno. C'est un des reproches qu'on lui a faits et qui est justifié. L'éternité de la toute-puissance divine lui paraît inconciliable avec l'hypothèse d'une durée où rien n'aurait existé que Dieu, car la toute-puissance ne se conçoit qu'à la condition de s'exercer effectivement sur des êtres réels 2. Des créatures ont donc dû toujours exister. Lesquelles? Avant tout des esprits (vouç), mais pas des esprits tellement purs cependant qu'ils ne fussent unis à des corps éthérés et subtils. Car, malgré qu'il trahisse quelque hésitation, notre auteur ne pense pas qu'en dehors de la Trinité il puisse exister un esprit absolument dégagé de toute matière et sans corps ^.