‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 132 sur 1102 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

APERÇU GÉNÉRAL SUR LA THEOLOGIE EN OCCJOENT PENDANT LE III® ET AU DÉBUT SU IY° SIECLE.

S 1. •— Les Pères et écrivains ecclésiastiques.

Pendant' qu'en Orient la théologie prenait tout son essor dans les travaux de Clément d'Alexandrie et d'Origène, elle s'élaborait aussi en Occident dans desœuvres de moindre envergure et d'un horizon plus restreint, mais d'une langue singulièrement ferme et arrêtée. Saint Irénée, on l'a dit, avait donné à cette théologie son fond doctrinal et comme l'esprit qui la devait animer; Tertullien allait fixer ses formules ; Novatien écrira son premier manuel.

Jusqu'à la fin du ii* siècle, cette théologie avait parlé gréa, et, si l'on pouvait observer déjà chez les écrivains d'origine occidentale une tournure d'esprit plus positive et des préoccupations plus pratiques que chez les orientaux, au moins les uns et les autres s'exprimaientils dans le même idiome. Mais, à cette époque, nne séparation se produit ' le latin conquiert droit de cité dana l^ çlirîstianisme, et en quelques années, devient la langue thêoiogique de l'Occident : saint Hîppolyte sera le dernier docteur romain enseignant en grec. Il y aura désormais deux théologies, l'une grecque,

332 LA THÉOLOGIE ANTENIOÉENNE.

l'autre latine, unies dans la doctrine, mais chacune parlant sa langue et portant la frappe du génie particulier des deux grandes divisions de l'Église.

Les auteurs de l'Église latine du m* et du début du iv^ siècle forment géographiquement trois catégories : les africains, les romains, et ceux qui ne rentrent pas dans un de ces deux groupes. De ces derniers il n'y a ici que peu de chose à dire. Le Pannonien Victorin de Petavio (Pettau), qui mourut martyr dans la persécution de Dioclétien, avait écrit sur plusieurs livres de l'Écriture des commentaires dans lesquels il s'inspirait d'Origène, et où saint Jérôme trouvait plus de bonne volonté que d'érudition profonde. Il en reste des morceaux assez importants, surtout du commentaire sur l'Apocalypse'. Le Gaulois Reticius, évéque d'Autun, qui assista à des conciles tenus en 313 et 314, n'a équivalemment rien laissé ; et l'on ne doit pas trop regretter, si l'on en croit saint Jérôme, la perte de son commentaire sur le Cantique, mais peut-être faut-il regretter davantage celui de son grand ouvrage contre les Novatiens^.

Ce n'est pas en Gaule et en Pannonie, en tout cas, qu'il faut chercher les premiers grands représentants de la théologie latine. Nous les trouvons d'abord en Afrique, et celui qui peut le plus justement passer pour son fondateur est aussi le premier en date que nous rencontrons : c'est Tertullien (dont les écrits vont de 197 à 222)3.

1. Patrologie latine, V, et J. Haussleiter, Theolog. Literalurblatt, XVI (1893), p. 193-199. Cf. deux articles de D. Morin, Victorin et le canon de Muratori, et Victorin et le fragment chronologique d'Alexandre de Jérusalem [Journal of theolog. Studies, VII (1906). L. Atzberger, Geschichte der chrisll. Eschatologie, Freiburg im Br., 1896, p. 566-573.

2. S. JÉRÔME, Episl. XXXYII; cf. V, 2; De vir. illuslr., 8'i.

3. L'édition citée est celle de Fr. (Hïuler, Q. S. F. Tertulliani quae supersunt omnia, Lipsiae, 1853, 1854. — Travaux : E. Noeldechen, Tertullian, Gotlia, 1890. P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chré-

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