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LES THEOLOGIENS OCCIDENTAUX DU IIP SIÈCLE

On connaît assez, sans qu'il soit nécessaire de le redire, quelle était la nature de son esprit, âpre, vigoureux, singulièrement souple et puissant, mais manquant de la mesure qui maintient dans les vues justes et qui trace les voies réalisables. Philosophe, Tertullien ne l'était à aucun degré : la spéculation lui restait étrangère, et il n'a considéré la révélation chrétienne ni comme une lumière nouvelle qui vient élargir nos horizons intellectuels, ni comme un ensemble de vérités qui sollicite nos investigations. Mais il a possédé au plus haut point le sens juridique. C'était un avocat qui voyait avant tout dans le christianisme un fait et une loi. Le fait, il fallait l'établir et le comprendre : la loi, il fallait l'interpréter et surtout l'observer. Dieu est, à. notre égard, un maître et un créancier : nous sommasses sujets et ses débiteurs. Il est donc juste, pour déterminer nos rapports avec lui, — c'est-à-dire notreattitude, nos rapports religieux, — d'appliquer lesprincipes des législations humaines, et de porter dans cette application la rigueur qui préside à la détermination de nos dettes et de nos droits civils : question de passif et d'actif qui se peut traiter avec l'exactitudedes opérations de commerce.

tienne, tom. I, Tertullien et le^ origines, Paris, 1901. H. Leclercq,. L'Afrique chrétienne, I, Paris, 1904. A. d'Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1903. G. Caucanas, Tertullien et le Monlanisme, Genève, 1876. G. EsSER, Die Seelenlehre Tertullians, Paderborn, 1893. G. SCHELOWSKY, Dev Apoloçet Tertullianus in seinem Verhûltnis zu dergriechisch-rômischen Philosophie, Leipzig, 1901. E. F. Scuulze, Elemente einer Theodicee bai Tertullian, dans la Zeitschr. fur wissenschafll. Théologie, XLIII, 1900. M. Winkler, Der Tradilionsbegriff des Urchristentums bis Tertullian, Miinchen, 1897. J. Stiei, Die Gottes und Logos Lehre TeriwiJians, Gôttingen. 1899. J. Kolderg, Verfassung, Rultus. und Disziplin der christlichen Kirche nach der Schriften Terlullians, Braunsberg, 1886. Fr. Nielsen, Terlullians Ethik. Afhandling, Schoaberg, 1879. K. H. Wirth, Der « Verdienst » Degi-iff in der christlichen Kirche, I, Leipzig, 1892. Gh. Giignebert, Tertullien, étude sur se*, sentiments à l'égard de l'empire et de la société civile, Paris, 1901. J. TuRHEL, Tertullien, Paris, ICOi.

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Une pareille conception, on le comprend, ne laisse aucune place, dans lafoi religieuse, à l'intuition mystique, à l'expérience directe et intime, à l'effusion du cœur et à l'abandon de l'âme à Dieu : et aussi la théologie latine s'en serait-elle trouvée complètement desséchée, si d'autres influences — celle de saint Augustin surtout — n'avaient, au rv* et au v" siècle, corrigé ce qu'elle présentait d'excessif. Mais, en revanche, elle était singulièrement propre à donner à la langue théologique de la fermeté et de la précision, et ce n'est pas le moindre service que Tertullien a rendu à cette théologie que de lui avoir fourni ainsi, dès le principe, une terminologie presque arrêtée, et un certain nombre de formules définitives. La langue théologique latine est vraiment sa création. Venu le premier, et lui-même écrivain supérieur, il a su plier à des idées nouvelles, et quelques-unes bien abstraites, un idiome synthétique et rebelle. S'il en a négligé les règles et constamment violé la pureté, il en a du moins enrichi le vocabulaire et élargi les cadres. Il lui a fait traduire des sentiments jusqu'alors inconnus, et l'a ainsi rendu capable de devenir en Occident, et pour longtemps, le moyen d'expression ordinaire et partout reçu de la foi chrétienne.

Cependant et malgré les g^ands dons de son esprit, Tertullien — qui mourut dans le schisme — ne pouvait être un guide sûr pour les chrétiens. Ce guide, l'Afrique le connut dans saint Cyprien (né vers l'an 210, martyrisé le 14 septembre 258) ^

1. L'édition citée est celle de G. Hartel, S. Thascî Caecili Cypriàni opéra onim'a, Vindobonae, 1868-1871. — Travaux :P. Mo^•cEAux, Histoire liiléraire de l'Afrique chrétienne, It, Paris, 1902. Saint Cyprien, Paris, l'jli. H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, I, Paris, 1904. E. Wh. Benson, Cyprian, his life, his times, hts work, London, 1897. A. d'Alès, La théoloyie de S. Cyprien, Paris, 1922. 0. Ritschl, Cyprian von Karlha^o und die Verfassung der Kirche, GOllingcn, 188S. J. Delarochelle, L'idée de l'Église dans saint Cyprien dans la Revue d'Hist. et de Littér. reli-

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Saint Gyprien n'est pas un spéculatif ni proprement un théologien : de t<îutes les notions tliéologiques, il n'y a guère que l'idée de l'Eglise qu'il ait un peu approfondie : encore n'y est-il pas complètement original. Il est avant tout, je viens de le remarquer, un homme de gouvernement et d'action, un évêque du type que reproduiront saint Ambroise et saint Léon, entrant dans les difiBcultés doctrinales seulement dans la mesure que requiert l'instruction de son peuple, et veillant avant tout à maintenir la paix dans les esprits, afin de tourner à la réforme intérieure toutes les énergies de l'âme. Bien qu'admirateur et disciple de Tertullien, il est aussi calme et aussi pondéré que son maître est excessif et violent. Son éloquence porte la toge et conserve toujours quelque chose de solennel et de grave. Son influence néanmoins, et à cause même de cette possession forte et calme de soi, a été immense sur ses contemporains et dans toute l'ancienne église. Comme le siège de Rome était « le siège de Pierre », celui de Carthage était, au iv^ siècle, « le siège de Cyprien^ ». Rome et l'Occident se reconnaissaient dans ce génie pratique et cette habileté singulière à conduire les hommes.

C'est en Afrique et à l'époque de saint Cyprien qu'il faut définitivement, ce semble, placer Commodien, « le mendiant du Christ », qui écrivait entre 251-258 2.

gieuses, 1, 1896. K. H. Wiuth, Der Verdîenst Begriff in der christlichen Kirche, II, Der Verdienst Begriff bei Cyprian, Leipzig, 1901. P. Batiffol, L'Église naissante et le catholicisme, Paris, 1909.

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