LES THÉOLOGIENS OCCIDENTAUX DU IIP SIÈCLE. S
Symbole, est composé avec un souci d'ordre et de méthode qui en a fait le modèle pour longtemps des ouvrages du même genre. Il a exercé, par le fond et par la forme, une influence considérable sur la théologie romaine postérieure, et à ce titre on peut donner à son auteur rang parmi les initiateurs de la théologie occidentale.
Parmi les auteurs proprement dits du m* siècle nous ne trouvons aucun pape. Plusieurs papes de cette époque cependant ont écrit des lettres qui ont été conservées en tout ou en partie*, et plusieurs ont joué, dans les débats théologiques dont il sera question ci-dessous, un tout premier rôle. Les noms de Victor (189-199), Zéphyrin (199-217/218), Callisle (217/218-222/223], Pontien (230-235), Corneille (251-253), Lucius (253-254), Etienne (254-257), Xystell (257-258), Denys (259-268), Miltiade (311-314) reviendront dans ce que nous avons à dire des hérésies, des schismes et aussi des progrès de la foi qui ont marqué la période que nous étudions.
§2. — Les sources de la foi, Écriture, tradition, philosopliie.
Quelles sont, pour nos auteurs latins du iii^ siècle, les sources de la théologie, et comment s'en servent-ils?
Au premier rang il faut mettre l'Ecriture. Le canon de l'Ancien Testament admis par saint Hippolyte et Tertuliien est celui des Septante, qui comprend les deutéro-canoniques. Les écrits du Nouveau Testament forment aussi pour eux une collection : c'est Vinstrumentum novum (divisé en ev.angelicum ùistj'umentum et apostoUcum instrumentum) qui s'oppose à
1. Voir Bardenhewbr, Geschichte der aUchrîstl. Liter., II, p. 374 et suiv.
Vinstrumentiun vêtus ^ . Il inclut les Évangiles, les Actes des apôtres, treize épîtres de saint Paul (l'épître aux Hébreux exclue, bien qu'on la cite avec respect), les deux épîtres de saint Pierre, l'épître de saint Jacques, celle de saint Jude, deux de saint Jean et l'Apocalypse^. A cet instrumentum noviim la même autorité absolument est accordée qu'à l'ancien. L'Eglise romaine, déclare Tertullien, « legem et prophetas cum evangelicis et apostolicis litteris miscet : inde potatlidem^ ». Il ajoute que le Nouveau Testament présente même plus de lumières, car l'Évangile a éclairé la Loi, et ce qui n'était que figure pour les juifs est devenu réalité pour les chrétiens''. En tout cas, l'Écriture inspirée ne saurait se tromper, et ses enseignements s'imposent au fidèle"^. Quel usage en font nos auteurs, et comment l'inlerprètent-ils? — On sait que pour saint Cyprien l'Écriture est presque l'unique autorité qu'il fasse valoir. Les Testimonia ad Quirinum et l'ouvrage Ad Fortunatum ne sont que des recueils de textes disposés sous les énoncés de certaines thèses qu'ils sont destinés à prouver et à développer. Tertullien et Novatien ne manquent jamais non plus de l'invoquer. L'exégèse des Africains est généralement littérale et objective : s'ils font une part à l'allégorie, cette part est restreinte et mesurée^. Chez saint Hippolyte, cette part est plus large : il y a dans le génie du docteur romain quelque chose de mystique et d'élevé qui le porte aux sens spirituels et cachés,
i. Tertoix., Adv. Hermog.i^O; De resurr. carnis, 33, 39, 40; cf. S. HiP- POL., De Antichr., LVHI; In Daniel., IV, 49,
2. V. E. Jacquieb, Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, I, p. 211-220; 282-28*. On sait que S. Hippolyte a soutenu contre Caïus que l'Apocalypse est l'œuvre de l'apôtre saint Jean.