LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE
qu'il les présente à son tour pour nous, et que par lui nous obtenions la vie. — Quelle était au juste la portée de ces expressions, il n'est pas aisé de le dire. Remarquons seulement que le premier Théodote semble avoir confondu le Christ avec l'Esprit-Saint ; d'autre part nous voyons ici Melchisédec nommé — avec allusion à VEpître aux Hébreux (vu, 3) évidemment — fils de Dieu. Or, saint Epiphane {Haej\y/, 5, 7) nous apprend qu'un peu plus tard, Melchisédec était identifié par un Égyptien, Hiéracas, avec l'Esprit-Saint, et par certains chrétiens avec le Fils de Dieu qui serait apparu à Abraham ^ . D'étranges malentendus se sont évidemment produits ici qu'il suffit d'avoir signalés.
Le dernier représentant de l'adoptianisme en Occident fut Artémon ou Artémas. Nous ne savons guère sur lui que ce que nous apprend le traité contre son sys:tème cité par Eusèbe {H. E., v, 28). Il dut enseigner à Rome vers l'an 235 ou même plus tard, et est présenté par le troisième concile d'Antioche, tenu en 266-269, comme le père en hérésie de Paul de Samosate, et vivant encore à cette époque [H. E., vu, 30, 16, 17). Quant à ses relations avec l'école théodotienne, elles sont assez obscures. Théodote avait été condamné par le pape Victor vers 190. Or, Artémon prétendait que la doctrine qu'il prêchait lui-même avait été celle de l'Eglise romaine jusqu'à Zéphyrin exclusivement (199-218). Comment, s'il n'avait fait que continuer et répéter Théodote, aurait-il pu émettre pareille assertion ? Il a donc vraisemblablement existé au moins une nuance entre les deux écoles ; mais nous ignorons en quoi elle consistait. On sait seulement qu' Artémon niait, lui aussi, la divinité de Jésus-Christ.
1. Plusieurs auteurs en effet ont yu en Melchisédec une théophanio. Ceci explique qu'on l'ait identiOé avec le Fils ou le Saint-Esprit, et que Théodote l'ait proclamé plus grand que Jésus homme.
L ADOPTIANISME ET LE PATBIPASSIANISME. 353
S 2. — Le monarchianisxue patripassien ^
L'erreur adoptianiste n'avait, en somme, que fort peu troublé l'Occident : elle s'attaquait à une croyance trop bien établie pour qu'elle pût sérieusement l'ébranler. Il n'en fut pas de même du patripassianisme. La lutte qu'il souleva fut considérable autant par les personnages qui y prirent part que par les intérêts enjeu. Elle eut d'ailleurs son prolongement en Orient, et y provoqua, nous le verrons plus loin, d'importants débats.
Praxéas, d'après TertuUien, aurait le premier importé à Rome, ou plutôt en Afrique l'erreur patripassienne. Ce qu'a été Praxéas nous l'ignorons absolument, et quelques-uns même (De Rossi, Hagemann) se sont demandé si on ne devait pas l'identifier avec Épigone ou Calliste. On a supposé avec plus de vraisemblance que, venu à Rome sous Éleuthère ou Victor (vers 180-200), et ayant éclairé Zéphyrin sur le vrai caractère du montanisme, il était ensuite passé en Afrique où il développa sa doctrine. Là, il rencontra TertuUien qui le convainquit d'erreur et lui fit signer une rétractation. On expliquerait ainsi que son nom ne soit pas connu de saint Hippolyte.
Saint Hippolyte, en effet, donne Noët comme le premier fauteur du monarchianisme, et met à Smyrne le berceau de l'hépésie. Deux fois mandé devant le presbyteriiim de cette ville pour s'expliquer sur ses propos scandaleux, Noët finit par les avouer et fut excommunié. Il ouvrit alors une école qui essaima bientôt. Cette affaire doit se placer entre les années 180-200.
1. Sources : TERTCttiEN, Adversus Praxean. Saint Hippolyte, Contra Noetum; PAi'tosopAoMJwenœ, IX, 7-12; X, 27. Pseodo-Tertl'llien, 23. Saint ÉPiPHANE, Eaer, vni] lxii. Philastrius, 53, S4
354 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
Épigone apporta à Rome la doctrine patripassienne sous Zéphyrin ou un peu avant (vers 198-210). Il y forma un parti indépendant, et trouva dans Cléomène un disciple et un collaborateur précieux. Celui-ci devint chef de la secte jusqu'à ce que prévalurent chez elle le nom et la personne de Sabellius. A ce moment l'hérésie atteignit son plus grand développement, et la controverse battit son plein. On n'entendait, dit Tertullien ^ , que des gens qui parlaient de monarchie : a Monarchiam, inquiunt, tenemus ! j) La communauté chrétienne en fut gravement troublée.
Quelle était donc cette monarchie que prêchaient les novateurs, et quelle solution apportaient-ils au problème trinitaire ?
Nous avons du monarchianisme trois exposés, deux de saint Hippolyte, un de Tertullien, à peu près identiques. Les hérétiques nous y apparaissent mus — saint Hippolyte le dit explicitement ^ — non seulement parle désir de sauvegarder l'imité divine, maisaiîssi — et cela explique en partie leur succès — par la volonté de maintenir la pleine diviaité de Jésus-Christ, ils n'y parviennent malheureusement qu'en sacrifiant la distinction personnelle du Père et du Fils, -en faisant d'eux les deux aspects d'une même personne.
Ce dernier point constitue l'article foudameatai du système : « Duos unniim voiunt esse ut idem pater et fÛius habeatur 2. m Dès losrs le Verbe n'existe pas à part soi : 'û. n'est qu'un autre nom du Père, un flalus vocis « vox et sonus oris... aer offensus... ceterum neseio quid ^' » ; le premier chapitre de saint Jean n'est qu'une allégorie : °ltoavvrj< juiv y^» XéfeiTiÔYov, aXV àXXo)? ^Xrç^<y^tl ^.
i. Adv. Praxean, 3.